‹ Fantin-Latour, sa vie et ses amitiésChapitre 5 sur 61 · F A N T I N - L A T 0 IJ R · texte numérisé non relu

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mois pour qu’il y puisse entrer. Cependant le secrétaire, touché de le voir si désappointé, passe sur le règlement et lui donne quand même une carte d’admission. Le lendemain soir, 10 octobre 1850, à l’heure dile, le nouvel élève arrive avec son petit bagage; il ne connaît aucun maître, aucun élève; il occupe une place quelconque, fait exactement ce qu’il voit faire aux autres et se tire si bien de ces études d’après la bosse qu’au premier concours de places, il est classé d’emblée le premier : jugez de la joie du jeune homme et du bonheur de ses parents.

Celui qui venait au second rang était un nommé Solon, avec qui Pantin s’était rapidement lié parce qu’ils prenaient le même chemin pour rentrer chez eux, au sorlir de l’école. Or, ce Solon suivait aussi les cours que M. Lecoq de Boisbaudran faisait au n° 39 du quai des Grands-Augustins pour expérimenter, sur des élèves déjà capables de peindre, son système basé sur l’éducation de la mémoire pittoresque. Le système très original de ce maître, qui professait à la fois à l’école de la rue de l’École-de-Médecine et dans une succursale de la Légion d’honneur, comportait deux sortes d’exercices : ceux propres à développer, soit la mémoire de la forme (dessins), soit la mémoire de la couleur (les premiers se faisaient à la rue de l’Ecole-de-Médecine, les seconds au quai des Grands-Augustins), et le résultat à atteindre, au bout d’exercices gradués, était de reproduire de mémoire et sans le secours d’aucun document, quelque morceau de peinture qu’on était allé voir au Louvre. Solon n’eut pas de peine à décider Pantin à l’accompagner là; mais le difficile pour

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Fantin était d’obtenir la permission de son père. Aux yeux de celui-ci, en effet, des cours du soir, comme ceux de l’école de dessin que Fantin suivait déjà, étaient toujours bons à fréquenter; mais ceux de l’atelier Lecoq avaient lieu le matin jusqu’à midi, et permettre à son iils d’y assister régulièrement c’était presque, pour M. Fantin, cesser de l’avoir pour élève et même un peu pour aide dans ses travaux personnels : le père de Fantin se laissa cependant convaincre et, à partir de 1851, l’école du quai des Grands-Augustins compta un élève de plus.

Ils n’étaient pas nombreux là, dix ou douze environ, et l’installation était des plus sommaires, la cotisation de dix francs par élève subvenant tout juste aux frais généraux et ne permettant que de recruter des modèles d’occasion, presque de bonne volonté. Fantin, à dire le vrai, pendant les trois ou quatre années qu’il suivit ces cours, lit, quelques-uns des exercices de mémoire recommandés par son maître, mais sans beaucoup de conviction; par tempérament, il était rebelle à tous les régimes, quels qu’ils fussent, et venir exactement à l’atelier n’était pas même son fait, à tel point que M. Lecoq avait fini par l’appeler : « l’Oiseau voyageur » . Eu réalité, ce qui l’attirait et le ramenait là, après des absences plus ou moins longues,, c’était le plaisir de travailler d’après le nu; c’était encore la grande liberté que le maître laissait à ses élèves, car il entrait dans le système d’enseignement de M. Lecoq de ne les contraindre en rien, d’éviter de^peser sur eux le moins du monde, lut-ce en leur montrant sa propre peinture; de respecter enfin les dispositions individuelles, de cultiver d’une

façon plus ou moins intense la personnalité de chacun par le développement de la mémoire de l’œil, à laquelle le maître attachait une si grande importance.

Ce qui charmait enfin Fantin par-dessus tout dans cette école, c’était les solides amitiés qu’il y avait nouées et dont il garda jusqu’au bout le plus agréable souvenir. C’était d’abord Alphonse Legros, simple enfant du peuple et n’ayant reçu qu’une éducation de rencontre, mais le boute-en-train de la bande, possédant un don d’imitation très particulier et beaucoup d’esprit naturel : n’est-ce pas lui qui, beaucoup plus tard, après s’ètre fait naturaliser Anglais, dira si drôlement : « Comme c’est simple! Hier, j’avais perdu Waterloo; aujourd’hui, je l’ai gagnée ! » C’était naturellement Solon, fils d’un avocat appelé par le Khédive en Egypte et qui avait un goût très vif pour les choses littéraires; c’était Guillaume Régamey, déjà porté de préférence vers les études de chevaux et les scènes militaires; c’était Léon Ottin, fils du sculpteur à qui l’on doit le groupe de la Fontaine de Médicis et que son goût très développé pour la musique rapprochait de Fantin; c’était Charles Cuisin, très épris de Jean-Jacques, passionné pour la botanique, et que Fantin, le jour où il était entré à l’atelier, avait été très surpris de voir refaire de mémoire, avec son seul couteau à palette, la tète du joueur de viole des Noces cle Cana : ce dernier, à vrai dire, était l’élève préféré du maître et le phénix de l’atelier Lecoq.

Après la séance du matin tous ces jeunes gens prenaient leur vol dans Paris, travaillant chacun selon ses préférences; - c’est alors que Fantin commença à aller régulièrement à la

PORTRAIT DK M. AU'HOKSE I, E Ci I{ O S A M Paul Paix (1838).

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Bibliothèque impériale pourvoir les gravures d’après les maîtres, puis au Louvre pour voir les tableaux mêmes; — mais, le soir venu, tous ceux que je viens de nommer, et d’autres encore, se réunissaient tantôt dans l'atelier du père d’Ottin, tantôt dans une petite chambre que le père de Fantin, se trouvant trop à l’étroit, avait louée pour son fils dans la même maison, et c’étaient parfois de si bruyantes discussions, des causeries ou des plaisanteries tellement vives, qu’elles linissaient par exaspérer les voisins. Alors, pour ne plus gêner personne, nos apprentis peintres se rendaient dans un petit café, le café Taranne, où ils occupaient en maîtres la salle d’entrée, tandis que des littérateurs, Gustave Flaubert et Louis Bouilhet entre autres, poursuivaient leurs entretiens dans une pièce plus reculée. L’été venu, d’autres distractions s’offraient à ces jeunes gens : ils allaient à la campagne, surtout du côté de l’étang de Villebon, et là, pour mettre en pratique les idées chères à M. Lecoq, ils faisaient des études de nu en plein air, en profitant d’une baignade pour peindre l’un ou l’autre d’entre eux et juger des effets de la lumière plus ou moins diffuse, de ceux de l’éloignement, en un mot de tous les problèmes de la perspective sous un jour autre que celui de l’atelier. Ce furent là quelques années pendant lesquelles Fantin travailla le plus librement et plus utilement du monde; après quoi, sur le conseil de son maître, et sans pour cela quitter l’atelier Lecoq, il se présenta à l’Ecole des Beaux-Arts, avec quelques-uns de ses camarades. Au bout d’une seule année d’études, en 1851, il avait déjà reçu de son maître un certificat l’autorisant à passer ce concours, mais il n’en avait

rien fait; cette fois-ci, après trois années de travail de plus, il s’y présenta et fut admis le 41e, à la date du 28 février 1854.

A cette époque, il n’y avait pas d’atelier de professeur à l’École, et le seul avantage que Fantin et ses amis dussent trouver là, c’était d’avoir des séances de modèles gratuites : tout l’enseignement officiel consistait en des classes du soir où peintres et sculpteurs, confondus, travaillaient d’après le nu ou l’antique. Un membre de l’Institut venait les inspecter, deux ou trois fois par semaine, et c’est, ainsi que Fantin se souvenait d’avoir vu passer là Horace Yernet, Paul Delaroche, Léon Gogniet, David d’Angers : le premier, toujours aimable et bienveillant; le second, sec et gourmé, n’épargnant pas les observations désobligeantes; le dernier enfin, très intéressant à écouter, le seul qui parût vouloir faire profiter les élèves de son expérience. Au total, les résultats du travail de Fantin à l’École des Beaux-Arts furent négatifs : tous les trois mois, pour être maintenus, les élèves devaient subir un nouveau concours de réadmission ou de maintien, comme on voudra dire; or, au premier de ces concours, Fantin eut un numéro inférieur à son numéro d’entrée; à l’examen suivant, il descendait encore, et au bout de trois ou quatre concours, il était éliminé : les juges avaient trouvé qu’il faisait constamment des progrès à rebours.

C’est ainsi que Fantin, n’ayant pas eu d’autres maîtres que son père et Lecoq de Boisbaudran, se fit gloire de s’inscrire toujours sous ce double patronage et contribua pour une très large part à la célébrité de l’atelier où passèrent après lui Georges Bellengeiy Gazin, Lhermitte, Félix et Frédéric

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Régamey, Roty; c’est pourquoi le brave M. Lecoq, tout heureux et tout fier des succès tardifs de son élève, se rappelait à lui, d’une façon très touchante, à son heure dernière : « J’ai bien regretté, m’écrivait Fantin le 24 septembre 1897, de ne pas être à Paris pour les funérailles de M. Lecoq : la lettre de faire-part m’est arrivée trop tard. Au mois de janvier de cette année, il a fait son testament (il avait 96 ans), dans lequel il me laisse 5000 francs, en souvenir. Cela m’a touché, car j’étais un élève indiscipliné et il y avait bien longtemps que je ne l’avais vu... »

En réalité, les véritables maîtres de Fantin étaient au Louvre, et c’est, comme je le disais plus haut, peu de temps après son entrée à l’atelier Lecoq, en 1853, que le jeune peintre entama cette longue série de copies et d’études où il devait égaler parfois les originaux devant lesquels il passait toutes ses journées. La première toile qu’il entreprit de reproduire fut le François 1er , du Titien, auquel succédèrent bientôt le Duc de Richmond , de Van Dyck ; le Mathématicien, de Ferdinand Roi, l'Assomption et une Sainte Famille, de Poussin, le Saint-Jérôme, du Titien, etc. ; et quelle fut sa joie tle voir souvent de près, mais sans lui adresser la parole, Delacroix qui venait parler à son élève Andrieu, alors occupé comme Fantin à copier la Vierge du Saint-Georges, de Véronèse ! A cotte époque, c’est lui-même qui l’a dit, il fut saisi d’une véritable lièvre d’admiration pour ce maître et repro-

le

dni sait , sur des bouts de toile qu’on a pu voir à l’Exposition de son atelier, après sa mort, la femme et l’enfant du Massacre de Scio ; puis, tour à tour, tous les personnages des Femmes d'Alger ; enfin, l'été venu, comme son camarade Solon, installé avec sa famille à Versailles, l’avait engagé à y venir passer quelques jours, il occupait toutes ses après-midi à copier, dans la Galerie des Batailles, le groupe central de l'Entrée des Croisés à Constantinople .

Tout à coup, arrivèrent des commandes fructueuses, encore par l’intermédiaire du brave Solon : il s’agissait de faire des copies d’après les maîtres pour former en Amérique un musée organisé par le très riche M. Stowe, beau-frère de la célèbre romancière Mme Beecher-Stowe, et ce fut Fantin qui fut choisi pour ce vaste travail, sur la désignation de M. Belloc, le directeur de l’Ecole de dessin de la rue de l’École-de- Médecine, qui ne connaissait nullement Fantin, à la vérité, mais qui le jugea d’après ses copies antérieures. « Toi qui passes ta vie au Louvre, avait dit Solon à son ami, voilà un travail qui serait tout à fait à ta convenance! » Et Solon ne se trompait pas, car Fantin, comme entrée de jeu, mit près de deux ans à faire une copie des Pèlerins d'Emmaüs du Titien, grandeur originale, copie si religieusement faite qu’elle attira l'attention des amateurs ou des peintres qui venaient encore au musée étudier les maîtres, et le mit en rapport avec Couture et Lehmann, avec Bonvin, Bicard et Bobert-Fleury, avec Jeanron, le « Peintre plébéien », qui suivait de jour en jour les progrès de ce travail et à qui le jeune homme donna quelques pochades, tant il était fier d’un pareil encouragement.

Lithographie originale ( 1877 .

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Mais ce n’était pas tout que de copier. Fantin commençait à produire par lui-même : dès 1853, alors qu’il n’avait que dix-sept ans, il faisait un portrait de lui, qu’il a reproduit plus tard en lithographie pour accompagner le catalogue de ses lithographies dressé par Germain Hédiard, puis un petit portrait de son oncle le Jésuite et un minuscule paysage de Montmartre, deux toiles qui ont été revues, il y a deux ans, à l’Exposition rétrospective de son œuvre. Ensuite vinrent une tète au crayon, d’après sa sœur Nathalie; un portrait de la même en talma de velours noir sur fond rouge, qu’il projetait d’envoyer à l’Exposition de 1855 et qu’il détruisit tout à coup ; une esquisse du Songe, offerte à sou ami Solon, du Songe qui devint peu après d’abord un pastel, puis une peinture à l’huile ; et c’était encore de nouvelles études d’après ses sœurs, sujets de lithographies pour l’avenir, avant qu’il ne s’improvisât pour un jour peintre de scènes religieuses.

Voici dans quelles circonstances s’opéra cette métamorphose : Je curé du Plessis-Piquet, qui s’appelait Berlioz, ayant manifesté un jour devant le sculpteur Ottin le désir de faire décorer une chapelle de sa modeste église, la chapelle des fonts baptismaux, pourvu qu’il n’eût à payer que les dépenses matérielles : couleurs, échafaudages, etc., les jeunes peintres, avisés de ce désir, saisirent l’occasion qui s’ofï'rait à eux de se distraire et de travailler ensemble pendant tout l’automne de 1855. Cuisin, l’aîné et le plus fort de l’atelier Lecoq, devait représenter sur le mur du fond le baptême du Christ dans h; Jourdain ; Ottin s’était chargé de peindre sur la voûte les médaillons des quatre Evangélistes, et les murs

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latéraux furent attribués, l’un à Solon pour y peindre le baptême de l’eunuque par saint Philippe, et l’autre à Fantin pour y représenter saint François-Xavier baptisant les Indiens. Inutile de dire qu'il ne subsiste plus rien aujourd’hui, sauf les tètes d’Ottin, des peintures que ces jeunes gens avaient pris tant de plaisir à faire, que le curé avait été si fier de voir achever et dont le maire avait été si satisfait, qu’il avait demandé à chacun des peintres d’exécuter pour lui un dessin de leurs compositions; c’est ainsi que Fantin vit tomber inopinément dans sa poche un beau billet de cent francs dont il ne dut pas faire fi, lui qui ne gagnait encore un peu d’argent qu’en donnant des leçons de dessin dans une pension de la rue des Postes.

Mais ces jeunes peintres ne se contentaient pas de peindre. Alin de s’exciter au travail et de se forcer à échanger leurs idées, ils avaient imaginé de composer un album collectif, où ils transcrivaient leurs impressions en les accompagnant au besoin de croquis et d’aquarelles, et Fantin, justement en cette année 18ho, y inséra une petite allocution à ses amis où, après leur avoir marqué sa joie de se retrouver au milieu d’eux et le regret de ne pouvoir exprimer élégamment ce qu’il éprouve, il affirmait déjà que, pour lui, il n’y avait pas d’autre plaisir ni d’autre but dans la vie que de peindre; que, selon lui, la nature devait être le souverain modèle, la meilleure source d’inspiration pour l’homme de génie comme pour l’artiste doué de facultés moindres, et qu’il lui semblait que l’époque où ils vivaient devait être féconde parce que l’art entrait dans la voie de la nature et de la vérité.

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A ta suite de ce petit « laïus », Cuisin, qui paraît avoir été le gardien de cet album, ne s’est pas tenu d’ajouter les lignes que voici : « Ces phrases écrites sans art, sans prétention, sont celles qui me font le plus de plaisir. Ce sont celles où, bien loin de se le figurer, notre modeste Fantin s’est le mieux peint. Je l'y retrouve tout entier; j’y retrouve son parler calme, doux et tranquille, ses expressions indécises qui ne tracent que quelques mots à de grands intervalles, laissant à la pensée à combler ce qui manque. Et puis il y dit, comme s’il parlait, tout simplement ce qu’il pense. C’est pour cela qu’il y montre bien sa nature, son caractère particulier; c’est pour cela qu'il y a de l’originalité, et pourtant il n’osait nous les lire, craignant que nous ne les trouvassions trop ordinaires, trop banales. Et pourtant voilà comme on devrait faire des arts. Le sentiment et la personnalité, loin d’être un objet de recherche et d’étude, devraient être comme une source d’où l’eau s’épanche, sans cesse et sans peine. On devrait se laisser aller à faire tout simplement ce qu’on aime, comme on l’aime; dire ce qu’on pense comme on le pense, et se complaire soi-même dans ce que l’on fait1... »

Cette' année-là même, l’Exposition universelle ouverte au Palais de l’Industrie avait produit une forte impression sur notre jeune homme qui fut toujours très sensible à ces grandes manifestations internationales et que ses promenades dans les salles consacrées à Ingres, à Diaz, à Rousseau rendaient fou d’admiration. C’est dans le même temps qu’il entreprenait

1. Cet album, dit Album de Cuisin, est aujourd’hui au Musée du Luxembourg.

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pour la première fois de copier — toujours sur la demande de M. Stowe — ce tableau des Noces de Cana , cette « merveille de l’art » qui n’allait pas lui demander moins de deux ans de travail, dont il devait faire encore cinq copies par la suite, et à propos duquel un connaisseur qu’il ne nomme pas lui dira plus tard, au Louvre : « C’est bien, cette copie, vous sentez cela. Je ne crois pas que l’on ait mieux compris Véronèse que vous ne le faites. » Eloge bien doux à l’oreille de l’artiste, mais qui ne l’empêchait pas d’entendre des voix lui disant : « Tu ne peux voir l’ensemble; tu te raccroches aux détails; celui qui sentirait vraiment les grandes choses de ce maître, verrait et ferait cela bien autrement que toi » ; éloge qui l’enchantait, mais ne le grisait pas, et qui lui faisait écrire à Edwards : « Bien des fois, je me suis dit : Travaillons; le travail c’est le bonheur, et un tas d’autres sentences dans ce goût. Eh bien! voilà le moment. Je veux en avoir le courage. Puis vous ne vous figurez pas combien cela m’est pénible de ne pas faire ce que je veux. Le Louvre, où je vis, me désespère. J’ai travaillé assez sérieusement depuis un mois, voulant finir ma copie. Cela me rendait tout triste de n’être vraiment rien à côté de tous ces grands artistes, et vous connaissez le remords de l’artiste qui résiste même aux plus grands compliments C.. »

Ces longues séances quotidiennes au Louvre qui durèrent presque sans interruption jusqu’après 1870 — car Fantin continuait d’y travailler pour lui-même à l’époque où je fis sa

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