Lettre du 19 septembre
beaucoup. Si ce n’était l’attente et l’angoisse de la séparation, c’est un bien pourtant pour elle... Il a trente-sept ans et un bel avenir devant lui; vous voyez que c’est une bonne chose pour elle qui n’était plus jeune (vingt-neuf ans) : je craignais toujours que cela n’arrivât pas1... » Et tout de suite après, il ajoute : « Vous comprenez pourquoi, malgré tout le plaisir que j’aurais de vous voir, il m’est impossible d’aller à Sunbury cette année. Me voilà seul enfant pour mon père et ma mère; je ne peux les laisser seuls maintenant, n’est-ce pas? Ce serait cruel et je les aime tant. Je sens que c’est mon devoir et c’est bien le plus vrai de tous les devoirs. Je crois même que cela est des plus fortifiants pour le travail. Je veux leur donner du bonheur, leur faire passer leur vieillesse dans la tranquillité, l’aisance et même, si je le peux en travaillant beaucoup, leur donner du bien-être, du luxe. On doit être si sensible à cela en vieillissant. Ma récompense sera le bonheur de les voir heureux; mais le pourrai-je2?... »
Et quel coup ce fut pour Fantin que la maladie et la mort de sa mère arrivant juste au moment où il avait le plus de raisons d’être heureux, car au milieu de la bruyante colère de tous les refusés, lui, avait vu recevoir son tableau! Ce tableau, qui était, le portrait de Manet, avait vivement frappé tous les jurés et gens de l’administration qui avaient pu l’entrevoir avant l’ouverture du Salon. « Mais je ne peux goûter ce plaisir, écrit-il à Edwards le 12 avril 1867, préoccupé et inquiet de l’état de ma mère qui est toujours très