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Lettre à Edwards, du 2 juillet

FANTIN -LATOUR DANS L’INTIMITÉ

malade; » ou encore, deux grands mois plus tard, le 25 juin, lorsque le succès du Portrait de Manet à l’Exposition lui eut fait venir des commandes, trois portraits qu’il peignait simultanément, d’où trois séances par jour : « Je rentre dîner, n’en pouvant plus; je relaye mon père, je prends sa place auprès de ma mère, passant la nuit auprès d’elle. Oh ! moi qui me croyais autrefois dans une vie dure, je vois la vie aujourd’hui. Je veux en partir maintenant; je suis au bout de mon courage, je n’en puis plus. » Quatre mois après le fatal événement, il n’avait pas encore repris le dessus et écrivait à la date du 25 novembre : « La perte de ma mère me laisse un vide atroce. C’était pour moi une espérance continuelle de lui montrer son fils réussissant; j’aurais tant désiré lui procurer une vieillesse plus heureuse que le commencement de sa vie, et puis rien! Oh! voyez-vous, c’est la plus grande douleur que l’on puisse avoir. Je ne m’en suis pas encore ressenti autant que maintenant et chaque jour ce sont des regrets constants. Au retour, ces jours-ci (il revenait du château de Fontenay-Trésigny, où il avait commencé le portrait de Mlle de Biron), quel vide! Que c’est triste de ne pas trouver un accueil, une conversation, de ne pas faire des projets ensemble, de ne pas parler de choses à faire, des espérances dans l’avenir! » Combien il dut regretter alors de n’avoir pas mis sur l’heure à exécution le projet qu’il avait formé el communiqué peu auparavant à Edwards de représenter sur la toile toute sa famille : père, mère, sœur — et lui-même, sans doute, avec eux !

Tel il était pour sa famille, tel il était pour ses amis : peu communicatif, peu expansif, mais très attaché quand même. A la façon dont il parle d’eux dans ses lettres, par exemple de Legros lorsque celui-ci se brouille presque avec Fantin parce (pie, installé à Londres et y ayant fait toute sa carrière, il ne peut pas admettre que l'amitié de Fantin se partage entre Whistler et lui-même; à la joie que Fantin manifeste, lui qui est si triste et se sent si seul à Paris, en apprenant le prochain retour de Scholderer et aux craintes qu’il exprime de le trouver changé ou différent de ce qu’il le voudrait voir; à l’empressement qu’il met à annoncer le double succès remporté au Salon de 1808 par Legros, dont il ne peut d’ailleurs rien tirer quand il ne lui parle pas de lui-même, et par Manet, qui a envoyé là un très bon portrait de Zola, « son meilleur et le meilleur aussi du Salon tout entier », il est facile de voir que ce garçon-là ne fait bon marché ni de ses opinions ni de ses amitiés et qu’il leur demeure fidèle, alors que certains de ses amis paraissent s’écarter de lui et le laissent continuer seul dans la vie. « Au départ, on est jeune, heureux; des amis autour de soi, puis l’on marche et l’on se quitte sur la route. Adieu! adieu! dit-on de temps en temps, puis on est seul; heureux quand on a encore l’Art. Sans quoi, il n’y aurait plus que le repos éternel comme espoir ‘. »

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