‹ Fantin-Latour, sa vie et ses amitiésChapitre 44 sur 61 · Lettre à Edwards, du 26 février · texte numérisé non relu

Lettre à Edwards, du 26 février

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PANTIN-LATOUR DANS L’INTIMITÉ

Et quelle chaleur n’avait-il pas mise précédemment à défendre Manet, tant que celui-ci était repoussé par des juges qui le condamnaient sans même avoir vu ses tableaux! « Il a été refusé de parti pris, écrivait-il à Edwards eu avril 1866. Depuis l’année dernière, on disait qu’il serait refusé. Ils ont eu le courage de le faire, cela produit un grand effet ici, on ne parle que de cela. Ils lui font, en voulant lui nuire, le plus grand bien : le voilà martyr... J’ai été très satisfait de sa tenue : sur le moment, il a eu un mouvement de colère, puis a repris le calme de celui qui est fort et il est en train de commencer un autre tableau. Malgré le peu de succès que la peinture vraie a dans ce temps-ci, elle est en marche et bien près du moment où on l’admettra. La conduite du jury est si injuste qu'il y a une réaction, même parmi nos ennemis : on trouve cela trop dur1. »

Mais celui de tous ses amis qui le surprenait et le charmait le plus, c’était ce volage et fringant Whistler qui lui

1 . Enfin, beaucoup plus lard, après la mort de Manet : « Vous avez vu les résultats de la vente Manet, écrira-t-il à M"10 Edwards le 11 lévrier 1884. .le crains que l’on n’ait exagéré les prix des tableaux, ce qui fait que I on a trop racheté en ne voulant par les vendre à bon marché. Quelle déplorable idée de croire que la bonne peinture peut se vendre cher, comme la mauvaise! » - Dans la lettre reproduite ci-contre (p. 169-172), Fantin, selon un système qu’il avait adopté par manière de taquinerie, exagère visiblement son admiration pour Rossini en affectant de mettre indistinctement tous ses opéras, même Zelrnira et Hïcciardo e Zoraïdc, au rang des chefs-d’œuvre absolus. Le catalogue dont il parle était celui de ses lithographies, dressé par Germain llédiard, précédé d’une étude générale sur son œuvre lithographique et accompagné de deux lithographies originales (son portrait à 1 âge de dix-sept ans et Vï nus et l'Amour et publié effectivement « chez Edmond Sagol, libraire, marchand d’estampes, LS, rue (iuénégaud, 18(12 ».

FAN TIN-LATOUR

avait donné, c’est vrai, de très nombreuses marques d’affection et l’avait chaudement soutenu en Angleterre, mais qu’il pouvait difficilement saisir, à qui il ne se lassait pas d’écrire sans recevoir de réponse régulière et de qui il disait à Edwards : « Cela me ferait un grand plaisir de le revoir, et je peux dire maintenant que son silence m’a fait bien de la peine, car Whistler est pour moi comme une femme, comme une maîtresse que l’on aime, malgré tous les ennuis qu’elle vous donne. J’ai bien peu d’affection pour les femmes, je n’ai jamais rien fait pour elles; elles me font peur et je ne les comprends pas; mais au fond, tout au fond, je sens que si j’étais aimé, je serais l’esclave le plus soumis et serais peutêtre capable de toutes les plus grandes folies. Je sens que c’est la même chose pour Whistler : s’il savait comme il pourrait avoir un ami dévoué et aimant en moi. Malgré tout, il est séduisant1... «

Mais qu’il se retrouve tout à coup en face de cet inconstant ami, et tout aussitôt les dissemblances de leurs deux natures éclatent à ses yeux el le rendent presque dur pour celui qu’il souhaitait tant de revoir : « J’ai trouvé Whistler très Américain, très aimable; mais, moi, pas trop aimable. Je sens que nos beaux jours sont passés. Offres de service, voulant m’emmener chez lui; mais je ne pouvais pas : ma copie à finir. Je me reproche de n’être pas plus aimable avec lui car il est toujours très bien pour moi, et, je le sens, il m’est bien utile depuis que je le connais : chez les Grecs, son

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