‹ Fantin-Latour, sa vie et ses amitiésChapitre 45 sur 61 · Lettre du 2 juillet · texte numérisé non relu

Lettre du 2 juillet

FA N TIN-LATOUR DANS L’INTIMITÉ. 175

absence s’est fait sentir1. Il croit trop à l’argent, à l’habit, au bruit, pas assez au bien, qui est le seul moyen de parvenir. C’est long, c’est, vrai, et c’est pénible : il faut travailler, mais quelle belle occupation, un travail intéressant et le prix de ce travail si captivant! le Capitole! Couronnes! Gloire2!... » Ils* ne rompirent jamais, c’est vrai, mais combien leurs relations se relâcheront, surtout après que Whistler se sera marié! Et la dernière fois qu’ils se rencontrèrent, à l’Exposition centennale de 1900, comme ils passaient devant la Famille D... :

« Dis donc, s’écria joyeusement Whistler ; et toi qui me plaisantais sur le portrait de ma mère? — Oh! repartit Fantin de son air le plus doux, ce n’est que ma belle-mère. »

Certes, Fantin, à la différence de Whistler, n’était pas un remuant, pour ne pas dire plus, et ne « croyait pas à l’habit » ; il n’était l’homme ni des grandes phrases ni des grands éclats de voix, et on se le représente mal autrement qu’écoutant, fumant et buvant — oh! très peu — dans ces réunions de café auxquelles il se rendait pourtant régulièrement, afin d’y récolter quelques nouvelles d’art, mais dont le ton général déplaisait à sa nature silencieuse et renfermée. C’est au café de lîad e , où il s’arrêtait tous les jours, avant le dîner, en remontant du Louvre vers la rue Saint-Lazare, qu’il avait fait la connaissance de Maître, lequel venait là de son côté avec un ami très original, nommé Fioupou, sous-chef au Ministère des Finances et grand collectionneur d’estampes, une

1. Chez les Grecs, c’est-à-dire dans la colonie grecque de Londres où Whistler lui avait fait vendre plusieurs tableaux.

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