I. Lettre à Édwards, du 14 avril I8(i
beaux moments de l’art. Allez, quoi qu’en dise Legros, Paris est bien éveillé. Ce que l’on y dit, discute, espère ou tente nous promet un temps très heureux dans l’avenir. Que je regrette de n’être pas tout à fait un débutant, de ne pas pouvoir avoir la naïveté première! Je vais travailler au vraivrai1. » Puis, moins de deux mois après : « Je suis très satisfait que mes natures mortes vous fassent cet effet que ce n’était pas changé et que cela vous paraisse naturel. Je crois bien que je n’ai qu’à attendre le moment où l’on viendra au naturel comme à ce qui est le plus difficile et le plus méritant. Je crois qu’il y a dans mes natures mortes bien des choses que le public n’apprécie pas parce qu’il est mal élevé : on ne sait pas combien cela est difficile à faire. Vous me dites : « Vous faites cela et vous ôtes triste. » Vous comprenez maintenant : c’est prétentieux et bête de se dire incompris; mais que voulez-vous? j'ai beau me dire cela, je ne peux faire autrement quand je vois le goût du jour et les choses que l'on trouve bien \ »
L’heure qu’il attendait finit par arriver, celle où l’on goûta surtout le naturel : il recueillit alors la récompense de sa persévérance et de sa fermeté de convictions par des compliments bien doux à son oreille; mais sans attendre jusqu’à ce moment-là, est-ce que les témoignages d’estime les plus flatteurs ne lui étaient pas venus surtout d’Angleterre, au début comme à la fin de sa carrière? En 1864 déjà, la première fois qu’il eut l’honneur d’être exposé à l’Académie de Londres, il avait