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AU THÉÂTRE

Ne M au théâtre que pour voir jouer son acteur favori.) Tu as manqué quelque chose!

Gabt.— C'était beau?

Fernandk. — Ah! ma chère, je n'ai jamaia vu une pièce de mêmel Imagine-toi <! c'était Cléry et Beeman qui se H i l'amour d'une femme!...

Gaby.— Non ?

PzRNANDB. — Oui! Tu saîs, c'est la nuit. Beeman est fAché contre sa femme... et puis ils ne couchent pas dans la même chambre!

Gabt. — (ouvrant de f/rande yeux)l...

Fbbnandb. — Tout à coup, on frappe à la porte. C'est Beeman! Il entre. Il a son faux-col déchiré, il marche les mains pendantes. Ah! ma chère, il a l'air asses Ibil... Alors, il se verse un verre d'eau, et puis, il boit ça tranqwillwnwit, par petites gorgées... Tiras, nia chère, A ee moment-là, il se fait un sileoee tellement grand qu'on entend l'eau qui lui tombe dans le corps!

GABT.—Non?

Fernande. — Oui! C'est épatant! Et puis, alors, le plus beau c'est à la fin, quand ils s'embrassent!

Ix)Ui8B.— Oh! voui!...

Fernande. — Onchl... Beeman dit: 'Tais-toi, i't'écrase!" Elle lui répond: "Ecrase!" Beeman l'embrasse et tous les eheveux lui eouvrent le visage!

Gabt. — Est-ce qu'ils vont jouer ça eooort^?

102 AU THéÂTKB

Louise. — Oh! non, je oe pense pas...

Oabt. — Comme c'est dommage I...

Et ses jolis yeux se remplissent presque de larmes à la pensée qu'elle ne pourra pas voir Becm&n boire à petites goigées et dire : "Taiatoi, j 't'écrase!"

iLDKBurr NiAiiBUX, vingt et quelqiMt anaéet, amoureux de tout le monde, ne sachant plus à qui donner son cœur. Quand il est au milieu des jeniMB fflles, il a Tair d'un diable dans l'eau bénite, il a

AoèLE, plus jeune, mais dans le même genre. EDe agit par impulsion et fait penser à on jraeht sans gouvernail qui se serait pris dans on remons (m» moral, bien entendu, au moral !)

80PHIB Ladouceub, teint jaune, peau luisante, de très beaux yeox enflammés comme des vokans. En gfeérd, eQe reçoit des docteurs es lettrée ou des poètes sans talent, en quête d'inspiration. Alors, pour se venger de l'indifférence des hommes, elle possède la collection de photos de tous les acteurs de cinéma.

Madame Ladouceub, de la bonhonunie confortable, un sans-gêne extraordinaire.

M0N8ISUR Ladouceub, pwonnage invisible.

104 ATTENDS-MOI f

Un salon cbes Sophitv

Dimanche quelconque, i .

Monsieur Ladouoeur, père, .. ^i !<• n'avoir

rien fait pendant la semaine. M. :\dou-

ccur digère dans un fauteir^ :r«

que les pattes, tant clic est ^... i-

pire près d'elle. Une botte • n

proportion avec Madame Ladouccur est sur la table, à portée de sa main.

Le cartel tinte la demie.

Presqu'au même moment, on entend la sonnette du vestibule.

Madame Ladouceur. — {du chocolat juji^uaux oreilles). Je parie que c'est ta tante Alice. Va répondre.

Sophie. — Oui, maman.

(Elle se dirige vers in ptfnr, i ouvre et pousse un cri de surprise en apercevant lUUbert Niai' xeux.)

Sophie.— Tiens ! Ildebert !... Entres don» Ildkbsbt. — Mademoiselle Sophie, j'espère que jc> ne TOUS dérange pas 7 (sons <a laisser dnv non). Je passais dans le quartier. Je me suis souvenu que je vous avais promis de venir faire de la musique un de ces dimanches...

Sophie. — Oh ! mais c'est charmant, monsieur Ildebert !... (criant, à sa nUre). Maman, monsieur Niaizeux qui vient faire de la musique I...

Madamk Ladodcbub. — (w levant vivemeni el penant tten lUèberf). Bonjour, monsieur, (d Soj^ie). Je regrette, ma chérie, mais tqn père dort.

Sophie. — (contrariée). En e»4u certaine? il est monté avec les journaux du samedi...

(On entend un ralliement terrible.)

Madame La douceur. — ^Tu vois?

Sophie. — Otii.

Madame Ladouceub. — (voyant la mine déeolée dee deux jeunes gène). Mais ça ne fait non, nKMwieur Niaixeux, mon mari a le sommeil très lourd. Vous pouves venir faire un peu de musique, en sourdine. Sophie sera enchantée...

(IldebeH enlève mm paletot. Sophie raeeroehe.)

Madame Ladouceur. — (forçant le jeune homme à demeurer contre la porte). Vous étudies totgours avec le professeur Gaspey ?

Ildebebt. — Toujours, madame.

\f ■ ■■ ■ '■- LaDOUCEUE. — C'est un si bon proiosjK'ur!

on est foUe !...

Ildebest. — (avec une amabilité forcée). Elle a bien raison.

(il priât avoir parie au projesecur Gaepey, du chant par la méthode tabiaUt du prix dee leçona. Madame Ladouceur eoneent d finir le hlocue et loieve lldebert pénétrer dan» le Milon.)

106 ATTBNDS-MOI I

Madamb Ladoucsub. — Voua ailes nous chanter

quelque choee.

Ildebert. — Je n'ai paa ma musique...

Madame Ladouceur. — {trèa impretano). J'en

ai, moi. {ouvrant un ctuier d musique). Tenei,

tout ce que vous pouveg désirer !... Coomie

vous êtes gentil, vous ailes me faire le plaisir

de chanter mon morceau favori.

Ildebert.— (crain^i/). C'est?

Madame Ladouceur. — Le dernier succès des

Bouffes Montréalais, "Tu m'as donné t<» cœur

de femme !" Ildebert. — Ah ?

Madame Ladouceur. — Ce n'ewt pas tout ce qu'il

y a de plus classique, mais c'est si entraînant !

(lapant sur le davier). Je prélude !... Un et

deux et trois... et...

Ildebert. — {chantant) :

Folie d'un jour . . . our, Tendrcate. amour . . . our!

Tu m'as donné ton coeur de femme . . . emme!

{Sonnerie. Ildebert s'arrHê,)

Madame Ladouceur — {^punu-ej. Continues. C'est

beau !...

Ildibert. — On a sonné, je pense.

Sophie. — Ne vous déranges pas. Commuez. Je

vais ouvrir.

Ilbkbebt. (rtprermwl, dùttaiti :

Folie d'un jour. . . ovr, TcpdwM, aoKNir. . ouii Tu m'as doané coa. . .

(Jouant la turpriâe). Tiena, Adèle ! Comment

alles-vous?

Adèle.— (même jeu) Bonjour, ndebert ! Qudie

heureuse rencontre !...

Madame Ladouceur. — Monsieur Nûdxeuz a bien

Toulu venir faire un peu de musique. Nous

aUons continuer, n'est-ce pas, Monsieur Niai-

seux7 Ildebkbt. — <d €»ntrt-ceeur). Si vous voules.

(Mutiçue. lUUberi, trèt dùtrail, toute du liçneê, change le» mots. Madame Ladoueeur couvre lee accroc* d'ildeberi avec force basêee et nmkukê.)

Madame Ladouceus. — {toute rouge). Bravo !

bravo !

Ildebebt.— Je ne sais pas ce que j'ai, il m'est

impossible de chanter aujourd'hui.

Madame Ladoucevb. — Voulci-vous bien vous

taire ! Vous aves une voix délicieuse... Qu'est<e

que vous dites de la Valte Mièrref Ildebixt. — (diêtrait). Rien du tout.

Madame Ladouceur. — Comment?

Ildebibt. — Ah ! la Vaiae Mièrrt ?... Ah ! oui I...

Très jolie, très... «enttmentale !

Madame Ladouceur.— Vous ailes la chanter?

Ildbbbbt. — {Utrgnanl AdHe qui ut aans» é l'atUre txtrémiU du êohn). Chère madame, je suia un peu enroué... C'est stupide, au fond, car c'est la première fois que je chante aujourd'hui.

Madame La douceur. — Allons, vous aimes à vous faire prier !

Il DESERT. — Pas du tout, madame. Ne croyes pas ça. Si je n'avais pas un petit rhume, je chaoterais tout ce que vous voudriez !...

Madame Ladouceub. — Nous vous pardonnons le petit rhume, monsieur Niatseux.

Ildebert. — Vous êtes bien indulgente, mais...

Madame La douceur. — {croyarU avoir trouvé VargumerU décisif). Ah ! vous ne pourres pas refuser, cette fois. Sophie va chanter avec vous, à l'unisson. Vous voulez bien?... Sophie, viens un peu, ma chérie. Tu vas chanter la Kolse Mièvre.

{Sophie obiit. On se groupe autour de Madame Ladouœvr qui a vraiment Voir du pilier central 9W lequel s'appuient les deux chanteurs et Vunique spectatrice.

nd^ert profite de l'attention «jêinraU iK>ur serrer la main d'Adèle et cherche à lui faire comprendre qu'ils vont filer toiu les deux, dans cinq minutes. Il pousse même Vatutace jusqu'à mon' trer se» cinq doigts en guiee d'explication.

Madame Ladouceur plaque le dernier aeeord.)

Madame Ladouceub. — On ne dirait pas que vooa avex un rhume, monsieur Niaixeux !...

Ildebebt. — Pourtant...

Madame Ladouceub. — Sophie, veux-tu servir un peu de limonade T... Vous ailes prendre quelque chose, n'est-œ pas 7

{Madame Ladouoeur accapare liUéralement le jeune homme, IldAeri, ne sachant plue que faire pour eommumiqiiêr qmc Adile qui ê'obMine d ne rien eomprendrtt prend une carie de matUt aane que Madame Ladoueeur «'en aperçoive, ei griffonne detetu "Attends-nBoi". Fuis, il parvient d faire glisser la carte jusqu'à la jeune fiUe.)

Ildebebt. — Vous avcs, chère madame, le don de l'accompagnement I

Madamk Ladouceub. — (msùmudant). Ah 1 cher monsieur Udebert, vous me flattez, vous me flattes énormément !... Je n'ai pas eu l'occasion de faire beaucoup de piano depuis mon mariage, vous comprenex. . . J 'antmipagiMt Sophie, eonune ça, le dimanche.

Ildebebt. — Sophie a fait beaucoup de progrès.

Madame Ladouceub. — Ole est tellement studieuse f

.\DèLE. — (qui a lu la carte, d IhUbert, asec intention) C'est entendu I...

Madame Ladouceub. — {soiis comprendre) Oh I oui, c'est entendu f Sophie travaille beaueoup. Elle fera un jour une épouse eieeUente, car eOe

110 ATTEND8-yOI !

a toutes 1m quIitéB {appuyant êur Uê mUê, à Vintentùm (Tlldebert) toutes les qualités I...

Ildebkst. — {gêné) Je n'en doute pas.

{Sophie revient avec dee verres de limonade. On boit en silence.)

Madame Ladouceur. — Des chocoiaie, Auèlc?

Adèle. — Non, merci, madame... {se levarU) D'ailleurs, je vous prie de m'excuser, il se fait tard...

Sophie. — Tu t'en vas déjà?

Adèle. — Oui. Je dois dîner chez ma grand'mère. C'est assez loin, tu comprends...

Madame Ladouceur. — Il faudra revenir, n'estr«c pas, chère petite? {apercevant Ildebert çui s'est levé, lui aussi.) Mais vous ne partez pas, monsieur Niaizeux?

Ildebert. — Mon Dieu, madame, je vous avoue que cela me plairait infiniment de rester, mais je suis également invité à dlnor...

Madame Ladouceur. — Chez votre grand'mère?

Ildebert. — Oh I non, madame, ches des amis. C'est assez loin...

Madame Ladouceur. — Alors, je ne peux pas vous retenir. Rappelez-vous que vous êtes toujours le bienvenu. Quand vous voudrez revenir, un de ces dimanches...

Ildebert. — Je n'oublierai pas, chère madame... un de ces dimanches I...

ATTINIM-MOI ! 111

(AdiU tort en mime tempe que lUUberi. Diê qu'ûê eont partie, madame Ijodoucewr ee rtmid à manger âm dioeelUde.)

Madame Ladocceur. — Il est bien afT^able, ce

monsieur NiaiMUx.

Sophie. — (Jaieani un peu d'ordre) Très agréable. Madame LADoucEtTB. — Il faudra l'inviter à la

campagne, cet été...

SopBis. — {apercevant la eorte oubUie par AdèU)

Tiena !

Madame Ladodceub. — Quoi?

Sophie. — Une carte de visite sur laquelle on a

écrit : '*AUendê-moi T Madame Ladouceur. — Attends-moi?

Sophie. — Attenda-moi !... Je ne sais pas qui a bien

pu... {examinant de plue prè») mat« c'est récriture

d'Udebert !

^î • ' r.M-n! I i I :'. i ' :• •,-u'ur

Sophie.— ^11 n'y t j a- d'erreur. J'ai déjà reçu une lettre de lui, i an dernier !... (desmonl Imd à coup la petite comédie qui vient de ê$ jouer) Mais oui, c'est bien ça ! Et aloni... alors... il vient d'écrire ''Attendê-moi !" à... à Adèle !

Madamk Ladouceur. — Adèle? pourquoi Adèle?

Sophie. — Mais parce qu'ils viennent de sortir aonmUe !... II lui a écrit ces deux mots devant noua, sous nos yeux I

Madame Ladouceur. — C'est impossible !

Sophie. — Et moi qui croyais qu'il était venu pour faire de la musique !...

{Sophie, tri» nervtuae, bouêcule tout)

Madame Ladouceub. — Sophie, tu exagères !...

Sophie. — (renversant le* choeolata) Je te dis qu'ils se sont rencontrés ici, qu'ils avaient prévu ça ensemble ! Ah ! le polisson, le vilain personnage t

(Elie envoie promener la Valse Mièvre et U dernier succès des Bouffes Montréalais.)

Madame Ladouceub. — (achevant de ramasser lês bonbons) Sophie !... ma musique ! Sophie f Dé> chire n'importe quoi mais pas la Valse Mièvre, je t'en supplie !...

Sophie. — Ah ! je vais lui dire ma façon de peneer à Ildebert Niaizeux !... (criant) Je lui dirai : "Vous n'êtes qu'un Roujat, oui, un goujat... un goujat !"

Monsieur La douceur. — (du haut de Vescalier). Sacré bonsoir, il n'y a donc pas moyen de dormir le dimanche !

Madame Ladouceur. — (oubliant le tapage qu'elle a fait tout à l'heure, avec une voix lantenlMet comme si une catastrophe venaU de se pndmn). Sophie !... tu as réveillé ton père !

^ ' amureufi

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