L'AMUSEUR
RooBB Blondel est ce qu on est convenu d'appeler on onnMMa-. n met de la gsité partout où il paaee et fait Bourire les jeunes filles les plus s^ rieuses.C'est un véritable rot du rire.
La scène se passe ches Louise T.... vers le milieu de la soirée.
Roger et son ami Jean Rivelot grillent une cigarette dans im c<Mn du fumoir. Par la porte de gauche, on voit passer les danseurs qui glissent au son d'un orchestre nègre.
Jean. — C'est une musique assommante! RoQBB.— <)iieUe idée aussi d'avoir ehoin des
nègres ? C'est du wotiiww, Jean.— Évidemment, c'est plus rare. Mais je
ne crois pas que la musiiiiiD nègre fave miens
RooEB. — Ce n'est pas ce que m'a avoué la frêle petite mademoiselle B... EUe m'a dit eo oonlant un regwd languide: "Aht cette masque, cette musique! EOe est divine! Les nègres ont unt de sentimeniL.."
Jban— U petHo soUsI
\\(< I \mi SUR
RoaxR. — Me la blâme pas. mon cher, elle s'imagine que c'est ultra-chic la musique nègre! Tiens. regSJtie ces silhouettes qui passent: elles en sont toutes convaincues. Aussi quel aduuneiiient, quelle fièvre, quelle rage de danser jnsqu'à la dernière note métallique du banjo!...
Jean. — Te sens-tu à Taise parmi cette débauche musicale ?
Roger. — Le moins du monde! Il me semble que je suis à l'étranger et que, dans quelques seeoodeSy je vais me trouver en face d'une daneeuee hawaïenne!...
Jban. — Le fait est qu'avec de l'imagination...
{Un temps assez long. La fumée des dgareUes monte lentement. Uorcheslre joue toujours son fox-trot endiablé.)
RooER. — {brusquement) Jean, nous sommes des idiots!
Jean. — Qu'est-ce que tu dis?
RoQEB. — Tu ne trouves pas que nous sommes ridicules?... Cette soirée me dégoûte! Tous les gens qui passent devant nos yeux me font l'effet de pantins qu'on ferait évoluer dans un décor Tous ces rires fardés, ces haleines de parfum, ces visages plâtrés comme des statuesl.. J'y renonoe! Sais-tu pourquoi? Parce je comprends qu'au milieu de tout ce monde qui s'esclaffe nous ne sommes, nous, que des bouffons. Mais oui, dc^
l'amuseur 117
bouffons stupide», tristement dWVles, des amuseunl
Jean. — Des amuseura ?
IlooEH. — Allons! mon pauvre vieux, tu sais bien que nous faisons à nous deux une paire de elowns, qu'on nous accueille partout avec un joli sourire, comme on accueillerait le pianiste, le salarié, parce que nous sommes un peu l'esprit de salon...
JxAN. — C'est vrai.
RooBR. — Des amuseurs! Sens-tu tout ce qu'il y a de terrible dans ce mot-là. L'amuseur, mon vieux Jean, est le plus malheureux des hommes. Nous ne pouvons que faire rire; nous ne pouvons pas être aimés. Va! les femmes ont toujoum aimé le physique avant l'esprit, et si elle nous écoutent parfois plus tendrement c'est qu'dies ont de la piti<^ pour le bouffon qui les fait rire. Elles voudraient que nous cessions d'être drôles au moment où elles commencent à nous aimer; mats c'est plus fort que nous, il faut que nous plaisantions toujours! Car \o un: c'est notre succès, notre luxe!...
{Un Umpt)
Jean. — Tu es malheureux ?
RooKR. — Peut^tre !
Jean. — ^Tu aimes? RooBH. — Oui.
J F. AN . — Susanne 7 RooBE. — Susanne I
118 l'amuseur
Jkan. — Mon pauvre vieux!...
Roger. — Ah! oui "mon pauvre vieux"! Ta m bien raison de me dire ça. je comprends ce que tu m'exprimes dans ces trois mots. J'ai tort n'est-ce pas ?
Jean.— Oh!...
Roger. — Si. J'ai tort: je le sais. Mais je suis fou de cette petite. Je m'ingénie pendant des heures à être drôle, à inventer dcf histoires pour la faire rire, pour faire naître un pea de gaieté dans ses yeux... Suzanne est très jolie.
Jean. — Une profeMional beauiy !
RoOER. — Poète!... Oui, elle est fxqujso, muis c'est l'intelligence la plus nulle que jr connaisse. En dehors de ses toilettes, des acteurs de cinéma qu'elle préfère, des potins de société, elle est incapable de parler cinq minutes. Et cependant, je l'aime ainsi... C'est fou?
Jean. — Je te plains.
RooEE. — Elle est frivole, Suzanne, terriblement frivole! Elle collectionne les beaux garçons f... Ah! comme je les hais ces bellAtres imbflriMS aux tailles de fillettes! Tiens, quand je peoae qœ nous formons cette armée de danseurs mécaniques, j'ai honte d'être comme les autns.
Jean. — Sais-tu pourquoi nous en sommes rendus là? C'est à cause de Suzanne!
RooBE. — De Suzanne ?
Jean. — E>e Suzanne et de toutes celles qui lui smblent. Elles ont fait de nous ce que nous
L AMUSEUm
soinmM aujourd'hui. CMt parce qu'elles ont reçu une éducation de prinoeMe ei qu'elles ont eu tous leurs e*prices; c'est parce qu'elles ont été âeyées comme des poupées; c'est parce qu'elles ont U tête vide que nous sommes devenus des jeunes gens sans oouveiaation, des amuseun pour jeunes filles blasées. Voilà !
RoGEB. — Tu ss peut-être raison.
JcAN. — Et pour être à leur niveau nous consentons à faire les polichinelles I
Roger. — Tu vois ces types qui dansent, là? Us ont plus de succès que nous... Si, sif Ce ne sont pas des cerveaux! Si nous voulons plaire, soyons comme eux.
Jean. — Ou plutât: jouons notre rôle jusqu'au bout!
RoaxB. — C'est ça! {j)ou$»ant un êoupir) Allons danser!