CB QUE VEULENT LES JEUNES FILLES
Solange. — (vivement) D'abord, je n'ai rien dit!... Et puis, un joli garçon, ça ne refuse jamaial
EvA. — Chérie, va! On se ressemble!
Solange. — Plus le joli garçon résiste, plus je m'acharne!
Et A. — Je comprends ça. Il te faut la victoire...
Solange. — Dis plutôt la reddition de l'ennemi!
Et A. — De l'ennemi ?
Solange. — En tout cas, de l'adversaire. Parce que, tu sais, moi, je suis inconstante, inconstante)!... Jusqu'ici je n'ai eu que des fiirt». Mais quand au grand amour, à l'amour sérieux, pftt!... Dans la vie de l'homme et de la femme, il y a toujours un moment où les amourettes font place à un sentiment durable, •olidel
Et A. — Qui eet-ce qui a dit ça?
Solange. — Je ne me rapelle plus... mais il avait raison!
Eva. — Et tu attends le coup de foudre qui t'emportera pour le reste de vie 7
SoLANOK. — Hélas ! ma chère, ne psMnns nous pas notre vie, nous autres femmes, à attendre eoDtinueUement ? Dès que nous sommes fillettes, nous brûlons d'impatience pour le jour où noua entrerons dans le grand monde. Là il faat attendre encore! Car, cette fois, c'est la chasse qui commence, la ekatêê au siort... Nous luttons, nous tendons des pièges au monsieur nuetptibU d'être épousé. C'est la chasse!
éi ce QUR VEULENT LES JEUNES FILLES
Et le plus attrapé, tu sais, c'est le monneur!
EvA. — Chut!... Si on nous entendait !
Solange. — (riant) Cela ne changerait rien, ma chère. Le gibier est ai béte qu'il ne veut pas entendre raison à la sageaw dee nèeleal Et Dieu sait s'il en a été écrit, des livres sur l'amour! Oufl... de quoi remplir un théâtre comme le Loew'a] Malgré tout l'homme demeure le même et nous en faisons ce que nous voulons... Songe donc! Hector n'oee même pas aller avec les autres jeunes filles! Il me Ta dit. Je le loi ai fait jurer.
EvA.— Et tu Tas cru?
BoLANOE. — Naturellement! Pourquoi pas?... D'aillcurs.il est incapable de mentir: il se troublerait, et alors je m'apercevrais immédiatement qu'il veut me tromper. C'est vrai, ma chérie, il y a des hommes qui ne savent pas mentir!
EvA. — Comme tu as raison! I>e mensonge, c'est un entraînement. Pour bien mentir, il faut y être habitué! Je te l'avoue sans honte: il n'y a pas de pire menteuse que moi! C'est mon sport!... Je mens comme je marche, comme je magasine... enfin, tout naturellement. C'est incroyable! Parfois, j'ai peur de moi-même; car j'en suis rendue à me convaincre de mes propres mensonges! En sorte que l'on finit par me croire tout comme »\ je disais la vérité...
Solange. — Tu es un petit monstre! Tu m'épouvantesl...
CB QUI YBULBNT LES jEUNBS FILLES 65
{Cependant dU* ont bu Uur OU et grignoté leurê êondtciehe».)
Et A. — E»-tu prcMée?
SoLAifOB. — Pas trop. L'heure 7 Eta. — Six moins dix.
(Une iléganU poête prie de leur Ud)U «i êolue
BtM.)
SoLANOB. — ^Tu la connais?
Eta.— Lili Poitras. EUe est très chici
SoLANOB. — Tu trouves ? EUe ne me paraît pas
très aimable...
EvA. — Oui, avec les femmes. Mais, avec les
hommes! Il faut la voir! des sourires, des yeux!... SoLANOB. — Comment! elle aussi? Elles sont donc
toutes comme nous?
EvA. — Mais je crois bien!
{Un tcnxps.^
SOLA.VOE. — Du thé ?
EvA. — Non, merci.
SoLANOB. — Un sandwich?
EvA. — Je n'ai plus faim. Veux-tu me donner
mon manchon ?
SOLAMOB. — Tiens. . .
{EUê le lui donne.)