NOUVEAUX JEUX
Le hall d'un hôtel très chic. Un groupe de jeunes filles en costume de tennis échangent une conversation bien fâninine. Devant la cheminée, un homme, caehé par le journal qu'il lit. semble être absolument étranger à cet harmonieux roucoulement.
Georoettb. — Je suis invitée che« les Bigras, cette
après-midi.
Jehane. — Bridge .' Georoette. — Bridge. Ma ( lu •!•• ;»• pas^raiM ma
vie à jouer le bridge.
Jehan s. — Pas moi.
Lues. — C'est un jeu stupidc.
G BOROETTK.— Pardon, ma chère, ce n'est pas un
jeu stupide! Et d'ailleurs si tu le jouais il n'y
aurait rien de plus intéressant... Tu aimes
mieux la compagnie des chiens et des chats. Lu CE. — N'insulte pas Loveyt Une béte auati
déUeieuse . . .
Gbobobtts. — Délicieusemeçt bétel Lues.— Oh! Qeorgette! lie chien est l'arai le
plus fidèle
80 NOUVEAUX jBUX
Gtouamm, — De l'honime.
LucK. — Pour la femme, c'est un oompagnon affectueux, reeonnaiasant . .
Gboroettb.— Et encombrant!
Lu ce. — Dieu que tu es désagréable!
J EH ANE. — Avez- vous VU U Uîne que j'ai achetée au "Children'8 Shop?"
LucE. — Non. Fais voir.
Jehane. — ^J'ai pris len deux derniers écheveaux.
Georgette. — Ah! ma chère, quelle teinte! e'est superbe.
LucE. — C'est pour tes manches de "slip-over 7"
Jbhank. — Non. J'ai l'intention de tricoter une parure pour mettre autour de mon chapeau, tu sais? comme celui de Madame Dupré.
Georoettk. — Ça sera joli.
Muriel. — {qui brodait tlanê un coin, trèê abtorbiê) Tu devrais tricoter des bas pour le bébé de Simone.
Jehake. — Merci. Depuis qu'elle a épousé Charles DupJRton, nous ne pouvons plus causer avec son mari sans qu'elle vienne nous l'enle» ver!
Muriel.— Il est gentil Charles.
Jehane. — Un amour! Moi, j'en raffole.
LucE. — Il joue au tennis avec tant do grâce...
Georgette. — Il est toujours d'une éWcaaee...
Jehane. — Ses yeux sont d'un bleu indèds. . .
MuRiEL.--€hangeant.
NOUTBAUX JWUX 81
Lues. — Simone a bien raison de le surveiller;
Moi, j'en ferais autant à sa place.
GEoaoBTTE. — C'est drôle, tous les hommes que
j'aimerais épouser sont nuuiés.
Lu CE. — Tu es comine m<M. Je trouve que tous
les jeunes gens sont fades...
Georgctte. — Et comme tu ne veux pas de ceux-ci
et que ceux-là te sont défendus, tu donnes ton
coeur aux chiens?
MuRicL. — C'est beaucoup mieux que de donner
le coeur d'un homme aux chiens!
Jebaxk, — J'éprouve plus de pfaûar à me tricoter
un chandail qu'à causer avec un homme. Gbobqctte. — Ecoutes, mes très chères, voulea-
vous mon avis? Je n'aime que les joueurs
de bridge. Ce que j'aime en eux ce n'est pas
l'homme: c'est le bridge!
MuRisL. — Bravo, Georgettei Gbokikttb. — Aux cartes, on oe doit pas parier;
eh bien, les hommes trouvent toujours m03ren
de lancer une phrase!
MuEUCu — C'est juste. On nous trouve peutêtre évaporées, mais su moins nous jouonti
sénsmement.
Gbomutts. — (oprte un peht êtiene») Il y .«iura
un "JaM»-Bandf* au bal, aunedi.
Muriel. — Ça c'est chic! J'espère qu'il y aura
aussi de boos danseurs.
82 NOUVEAUX JKUX
Jkhane. — Nul doute, ma chère: les offioien
de marine arrivent demain. Des "coeurs"
cntcnd»-tu? de vrais "coeurs!" LucE. — Vous savez qu'il est onse heures et quart. J EH ANE. — Oui.
LucE. — Nous devons aller jouer au tennis chea
les Mauclair. Dépéchons-nous!
Jkhane. — Elle a raison: j'oubliais.
Muriel. — Voulez-vous ra'attendre? j'acl
mon ouvrage. Encore quelques points v-
suis prête.
LucE. — (apercevant son chien) Lovcy! Lovey!
Viens ici mon petit amour...
(Et Lovey, obiùaarU, s'approche tout joyeux de sa mattresse qui le prend immédicUemerU dans êês bras, le couvre de baisers et le eareiae nerweusement tout en laissant échapper dm " Ok! le joli petit trisorr... "Qu'il est fin le petit chieri-chien!" etc. . .)
Le monsieur qui semblait no prêter aucune attention à ce caquettcment baisse brusquement son journal. On aperçoit alors une figure de jeune homme vieilli, de penseur-philosophe, aux chevnr longs, aux yeux noirs et perçants. Il contciuj . le spectacle d'un air dégoûté.
L'homme au journal. — (fixant chacune des jeunes fiUes) Bridge ! Chiens ! Tricots ! Tennis! Danse!.. . Voila donc leurs jeux! Qui ■ait ai nous ne verrons pas bientôt ces jeunea