‹ Fantômes et vivantsChapitre 16 sur 29 · FUREUR DE QUELQUES JUIFS · texte numérisé non relu

FUREUR DE QUELQUES JUIFS

éléments dont il est formé? Sous quel rayon de la triple Hécate se sont assemblées les bêtes maudites dont il représente le conglomérat? La ténacité dans la destruction est une de ses caractéristiques; une autre, la faculté d'exécrer de près et de combiner des « vinginces », comme il dit ; car il subsiste en lui, et c'est le seul relief d'humanité, un léger accent provincial. Joseph Reinach et lui se sont partagé, chez nous, la besogne; tandis que le premier s'attaquait à la cité, le second faisait son affaire de la famille, et mettait à réaliser le divorce un acharnement de termite fouisseur. Naquet a le goût du délabrement, de la corruption et delà mort. Il hante, en reniflant, les charniers sociaux. Cet ancien chimiste aime de passion ce qui se décompose, ce qui se dégrade, ce qui se putréfie, les larmes familiales, le deuil national, l'émeute, la guerre civile, tous les fléaux. Puis, quand le danger s'approche de lui, spectateur ricanant, jouisseur haletant, vous le voyez qui se sauve de biais, sur ses longues pattes maigres, portant la double boule de son abdomen et de sa tête chevelue. Sa commère, alors, c'est la peur panique, comme l'était tout à l'heure la cruauté.

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Ce monstre a la libido du néant et il l'assouvit (Tune manière spéciale, à coup de textes de lois. On peut dire que la République et lui étaient faits pour se reconnaître et pour s'étreindre, dans l'ombre propice du drapeau noir.

L'amitié de Lockroy pour Naquet, du temps que j'avais de l'affection pour Lockroy, m'a souvent fait froid dans le dos. Car on surprenait chez Naquet, à l'endroit de son camarade et complice, de véritables regards d'assassin. Chose singulière, Lockroy, parle contact, avait pris le rire adéquat à la bosse de Naquet ; au lieu que Naquet, quand il rit, se contente décarquiller silencieusement, dans sa barbe, une grande bouche de dromadaire altéré.

Quelle a pu être depuis tant d'années, car il est vieux, la vie mentale, la vie secrète, mais vraie, de cet oriental, fléau des cités, au milieu de notre civilisation? Quelles crises d'impatience, quelles acres sueurs en constatant que les choses ne marchaient pas aussi vite qu'il l'aurait voulu, qu'il partirait peut-être avant que cette chienne de race, la nôtre, fût définitivement crevée sous les coups insidieux de sa race à lui ! On trouve l'aveu de cette méditation

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morose dans une page bien connue de Naquet sur la France, Christ des Nations, où le blasphème tourne dans le regret, comme le crachat dans une eau sanglante. C'est là, dans sa crudité politique, la confession d'un nécrophile. Parmi le monde proprement dit, la France Juive jeta un grand trouble. Les habitués des fêtes et galas des Rothschild, les salonnards, parasites sociaux de ces parasites ethniques, qui jouaient le rôle de microbes chez les riches ténias d'Israël, sentirent sur eux le mépris public. Ils continuèrent à s'avilir, mais devant des spectateurs ironiques et renseignés, au lieu qu'avant ce livre vengeur, on pouvait à la muette peloter Judas et se suspendre, par une corde d'or, à son arbre généalogique. Ceux qui livraient aux juifs les clés de la Ville contre un matelas de billets de banque n'eurent plus l'excuse commode de l'ignorance. Drumont infligea à toute une clique dorée, qui se donnait des airs de noblesse, le sentiment de la trahison. La véritable aristocratie française lui en sut gré, comme à tous les niveaux de l'échelle sociale on lui sut gré d'avoir marqué à jamais l'ennemi commun. Désormais dans la guerre franco-juive, dont dépend le sort de

la France, il y aura des hauts et des bas, mais il n'y aura plus de confusion. Ce ne sera plus, comme de 1789 à 1886, un combat de nuit.

Les silhouettes de Koning et d'Albert Wolff sont liées pour moi aux représentations de Sapho, de cette pièce tirée du roman célèbre, que mon père m'avait dictée à Saint-Estève. Victor Koning avait épousé peu auparavant sa ravissante pensionnaire Jane Hading et l'on avait fait courir, à cette occasion, l'adage sévère : « Hading Koning — shocking. . . . »Le

contraste de cette dogaresse vénitienne au doux et harmonieux visage, lumineusement éclairé par un inexprimable charme, et du ver de noisette, choquait presque la bienséance. On avait envie de crier : « Voilà un satyre juif qui a enlevé une nymphe! » Les images ainsi suggérées par cette union n'étaient pas agréables. Que pouvait en penser l'anti-esclavagiste Victor Schœlcher, platoniquement épris de Jane Hading? Je ne l'ai jamais interrogé làdessus.

Aux répétitions, Koning bousculait tout le monde y compris sa jeune femme, bondissait, vociférait, puis, calmé brusquement, examinait son gilet et son pantalon et leur administrait

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