‹ Farces et moralitésChapitre 22 sur 47 · LA FEMME, LE MARI, LA FEMME DE- CHAMBRE · texte numérisé non relu

LA FEMME, LE MARI, LA FEMME DE- CHAMBRE

LA FEMME, à la femme de chambre.

Pas si vite... pas si fort... Vous me faites mal...

Îi8 FARCES ET MORALITES

Comme vous êles Lru?que, mon Dieu!,., ^ais faites donc attention...

LA FEMME DE CHAMBRE, la voix brève.

C'est à peirre si je touche Madame... On ne sait jamais comment faire avec Madame...

LA FE3IME

Vous allez... vous allez... Laissez-moi un peu respirer... Et vos mains!... Ah! vos mains!.. Mais qu'est-ce que vous avez donc dans les mains?

LA FEMME DE CHAMBRE

il faut pourtant que je tienne Madame avec quelque chose... Je ne puis pourtant pas laisser tomber Madame...

LA FEMME

Taisez- vous... Vous avez toujours des raisons... Je vous dis que vous allez trop vite... que vous me serrez le bras... Arrôtez-vous... Oh! ah!... Laissez-moi respirer... Je n'en puis plus... (Elle souffle et se plaint.) Qu'est-ce que VOUS ditss?

LA FEMME DE CHAMBRE

Je ne dis rien, Madame...

LA FEMME

C'est heureux... Oh! ce perron... ces marches... c'est atroce...

(Elle pousse un cri aigu.) LE MARI

Quoi?... Qu'y a-t-il?...

LA FEMME

Mes pauvres genoux... mes pauvres genoux!... C'est comme un fer rouge qui me passe dans les genoux...

LE MARI

Veux-tu que je te soutienne de l'autre côté?...

LA FEMME

Non... non... Toi aussi tu es trop brusque... Tu me fais mal chaque fois que tu me touches... Tu os des mains comme des pierres...

LE MARI

Naturellement... Si tu aimes mieux souffrir... je n'y peux rien...

LA FEMME, d'une voix plus plaintive.

Pourquoi aussi m'obliger à venir, tous les

60 FAUCKS ET MOIIALITKS

soirs, sur la terrasse? Tu sais que cela m'est défendu... tu sais que cela ne me vaut rien. L'air humide du soir redouble mes douleurs, et me donne la fièvre... me donne plus de fièvre...

LE JMARI

C'est une idée que lu as... L'air n'a jamais fait de mal à personne... au conlrairc...

LA FEMME

Poul-on dire des choses parrillcs!...

LE MAni

Tu as une hygiène déj)loraljlo... Tu tentèles à rester, loute la journée, étendue dans des pièces closes et surchaulTécs... C'est cela, parbleu, qui te iail du mal... Et, grosse comme tu es, il n'y a rien de plus malsain. Moi qui suis maigre et qui me porte bien, je mourrais de cetle immobilité et de celte chaleur... Mais tu ne veux rien entendre et t'acharnes à ne faire que ce qui te plaît. ...le te l'ai dit cent fois... il faut te remuer... marcher... te fatiguer môme... De l'exercice, voilà...

LA FEM.ME

Mon Dieu!... mon Dieu!... Est-il possible de soiiiïrir comme ça? Qu"ai-je fait au bon Dieu pour souffrir comme çal Me remuer... marcher!...

VIEUX MKNAGE 61

Tomme si je le pouvais!... Tu en parles à ton

aise... (La femme de chambre aide sa maîtresse à s'asseoir. Celle-ci pousse de pplifs cris. — A la femme de chambre, dune VOIX entrecoupée.) Mais quest-ce que vous avez donc dans les mains pour me briser le corps ainsi?... Oh! oh!... mes pauvres reins... mes pauvres jambes... ma pauvre tète!... Que j'ai chaud!...

que J ai troid!... (La femme de chambre pren 1 les couvertures des mains du mari, en enveloppe les genoux, les jambtrs de sa maîtresse qui, haletante, les coudes sur la table, se tamponne les lèvres de son mouchoir pour ne pas crier.) C est

aiïrcux... c'est à mourir... Avcz-vous bientôt Uni?...

LA FEMME DE CHAMBRE

^a!... Madame est bien maintenant?

LA FEMME

Que j"ai chaud!... Celte terrasse me tuera ..

LE MARI

Mai=; non... mais non... Je parie que tu ne souffres plus.

LA FEMME DE CHAMBRE

Madame n'a plus besoin de moi? *

LA FEMME

Oii avez-vous mis mou flacon de sels?

C2 FARCLS ET MOHALITtS

LA FEMME DE CHAMBRE

^^ur la table, près de Madame.

LA FEMME

I)onncz-le-moi... (La femme de chambre passe le flacon de sels.) Avez-vous donné h manger aux chats?

LA FEMME DE CHAMBRE

Oui, Madame. (A part.) Les sales bêtes!...

LA FEMME

Arrangez mes couvertures... Vous voyez qu'elles glissent... Vous faites toujours les choses à demi.

LA FEMME DE CHAMBRE

Elles glissent parce que Madame remue...

(Elle arrange les ccuvertures.) LA FEMME

Doucement... doucement donc...

LA FEMME DE CHAMBRE

♦ Je puis me retirer?

LA FE^LME

Comme vous ôtes pressée!... C'est bien...

.liez... Je vous appellerai... mais ne vous éloignez pas... restez dans le petit salon...

LA FEMME DE CHAMBRE, très brève.

Madame sait que je n'ai pas dîné?

LA FEMME, amère.

Ail! oui!... vous n'avez pas dîné... Vous n'avez amais dîné, quand j'ai besoin de vous... Enfin, liiez...

LA FEMME DE CHAMBRE

Bien, Madame...

(Elle sort.^

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