ISABELLE, ALPHONSE
ALPHONSE
Ah ! si ce que j'ai fait est une chose impie.
Il n’est rien, croyez-moi , que mon atnour nVspie ! Et que vous prononciez le plus fatal arrêt,
Tenez, voici la main qui l'exécuterait.
ISABELLE
Selon moi, don Alphonse à son aise en préjuge;
Je ne condamne pas, moi, je ne suis pas juge.
Quoi qu’il en soit pourtant, le dévouement est beau. De se faire mourir par la main d’un bourreau ! ALPHONSE.
Bourreau, moi ! non, c’est vous, dont le plaisir infâme Est de briser mon cœur, et de m’arracher Came. Ah! que votre mépris, pour ce cœur est amer !
Eh bien, de tous les noms qui hurlent dans l'enfe Accable ton amant; qu’il soit ignoble, esclave, Isabelle, je t'aime, et mon amour me lave ;
Le pur feu du soleil me rend ma pureté...
Cher ange, iminolez-nioi , si je l*ai mérité;
Je meurs purifié par la main qui se venge,
Ennobli, racheté, par le regard d'un ange !
ISABELLE
N’attestcx pas l’amour lorsque la vérité N’atteste autour de vous que votre cruauté !
N'atlestez pas l’amour...
ALPHONSE
Si, je l'atteste encore!
Et toujours, oui , toujours ! cher auge , je t’adore î Si tu me pardonnais !... Isabelle, en retour,
Non , je ne pourrais pas le donner plus d’amour ! Tu détournes les yeux, lu gardes le silence...
Pour un moment d'erreur un siècle de souffrance ! Mais un refus amer ne doit pas m’étonner.
Qui ne m’aima jamais ne peut me pardonner.
ISABELLE
Je ne t'aimai jamais !... oui , je suis implacable.
Si je t'eusse aimé moins, tu serai* pardonnable... Ah ! que pour me venger par un juste relotir Dieu tevoueaux tourments que je souffre en ce jour! Ton cœur d’un vain désir n’était pas à l'épreuve; C'est toi qui n'aimais pa«... va, j’en ai là la preuve ALPHONSE.
Je ne vous aimais pas ! vous me connaissez mal... Vous me jugeriez mieux si j'avais un rival !
Ah ! j’en ressens déjà la flamme sur ma joue...
Si j'avais un rival ! ce serait, je l’avoue,
Une épreuve terrible et fatale â-la-fois
Pour mon rival ou moi... peut-être pour tous trois!
Je ne vous aime pas, Isabelle, Isabelle...
Vous le savez trop bien, je vous aime , cruelle , C’est avec tout mon sang , c’est avec passion !
Je vous sacrifierais l'honneur, l'ambition !...
Je me jette à tes pieds, pardon , fille céleste ,
Le ciel sait mon amour..* que faut-il que j’atieBteî Tu me pardonneras...
ISABELLE
Quand ils sont à nos pieds , Les vains ! ils croiraient tous leurs crimes expiés ! ALPHONSE.
Eh bien , venge-toi donc! punis-tnoi comme un trai- Comme un vil scélérat!... [tre,
ISABELLE
Je le devrais peut-être.
Alphonse, si, fidèle à mon ressentiment.
J’écoutais aujourd’hui les vœux d'un au(r« amant, Que frrais-tu . dis-moi f
r> ruées.
FARRUCK UE MAURE
ALPHONSE
Je l’ai dit, Isabelle:
Si la vengeance est sainte, elle est aussi cruelle! Je te tuerais... Moi-même ai dicté mon arrêt.
Eh bien, prends ce poignard, tiens frappe, je suis ISABELLE. [prêt.
Ta m’aurais tuée?
ALPHONSE
Oui. Tu dois faire de même.
ISABELLE, prend le poignard et le jette.
Non , je ne l'aitne pas !.♦. tu vois bien que je t'aime ! ALPHONSE.
Ah! tu m’as pardonné!
ISABELLE
Fuyez vite à présent ,
Car Dieu ne souscrit pas au pardon complaisant... Ah! laissez-moi rougir jusqu'au fond de mon ame. Quand elle aime, bon Dieu ! qu'elle est faible, une Alphonse. [femme!
Dieu I tu m’as pardonné !
ISABELLE
Mais de votre action
Qu'à tout prix l’Africain ait satisfaction !... Jurei-le-moi.
ALPHONSE
Pourquoi ?
ISABELLE
Marie est morte.
( On frappe.)
Comte, j’irai demain frapper à votre porte.
ALPUONSE.
C’est Farruck.
ISABELLE
Réparez ce que vous avez fait, Alphonse, que Farruck s’en aille satisfait!
ALPHONSE
Il sera satisfait, cher cœur, je vous l’assure.
ISABELLE
Je pardonne à ce prix.
ALPHONSE
A ce prix , je le jure.
(Isabelle sort.)
ALPHONSE
Je le jure et tiendrai ma parole.
Parle, que me veux-tu ?
FARRUCK.
Je n'avais qu’une idole, Qu’un être dont à Dieu je pus dire merci ,
Qu’un être que j’aimais et qui m’aimait aussi :
Cet être composait à lui seul ma famille;
C'était mon bien, ma vie, enfin c’était ma fille! Elle seule, Dieu sait! par son touchant amour M’aidait à supporter la misère et le jour...
Un noble, un assassin , hier me l’a ravie;
Cet assassin me doit la moitié de ma vie;
Il faut qu'il me la rende !
ALPHONSE
Allons, dépêche-toi;
Parle, homme, que veux-tu ? qu’exiges-tu de moi? Veux-tu de l’or?
FARRUCK.
Non pas, tu m’as tué ma fille!
Couverte d’un réseau, d'une simple mantille,
Sa fraîcheur pour attraits, sa vertu pour trésor;
À mes yeux mon enfant valait mieux que tou or!
Veux-tu ta liberté?
FARRUCK.
Ma liberté, sans doute;
Mais je la puis trouver à grands pas sur la route : Libre quand je voudrai , je puis penser, agir;
Mais quand la honte engraisse on n'en doit pas rou-
[ 6 lr -
Rends-moi , rends-moi ma fille, ou bien comble ce
[vide
Que son absence a fait insupportable, aride!
Rends-moi, rends-moi ma fille ! nu mes affections; J’adorais mon enfant, donne à mes passions De nouveaux aliments ; oui, rends à ma tendresse Une idole !...
ALPHONSE
En un mot, que veux-tn
FARRUCK
Ta maîtresse.
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