SCÈNE IV
Les Mêmes, ALPHONSE.
ALPHONSE
Ah ! je vous trouve enfin.
Eh bien , mon Isabelle, es-tu mieux ce matin? Toujours sur ton beau front cette pâleur d’amante Qui voit son bien-aimé fuir sur l’onde écumante. ISA BELLE.
Moi , je souffre toujours.
ALPHONSE
Mais, Juan , qu’a-t-elle donc?
Dieu , d’une heure de mal lui fera-t-il pardon !...
JUAN
Par trop, mon cher ami , si cela ne vous lasse , Voulez-vous avec moi goûter uu peu de chasse?
(A part.)
Il vaut mieux l’éloigner. .
ALPHONSE
Qu’avez-vous donc tous deux ?
Est-ce moi qui vous donne un air si malheureux?
C est donc un morne ennui que ma présence inspire! Isabelle, entre nous, pourriez-vous bien me dire Ce que je vous ai fait pour me bouder ainsi? [merci. Tout l’amour de mon cœur est pour vous... Dieu Vous ne m’en rendez guère... Oh! que me fait,
[méchante,
Que votre cœur soupire une angoisse touchante. Si votre amour est feint, si vous ne m’aimez plus!
( Ella $e cacLc le visage dam ses main».)
JUAN
Ah ! parlez, bonne sœur !
ISABELLE
A des pressentiments j'abandonnais mon cœur... Tout-à-coup !...
JUAN
Tout-à-coup?
ISABELLE
Non , je ne puis ! je n’ose !
JUAN
Parlez...
ISABELLE
Je n’ai rien dit !... ai-je dit quelque chose ?
JUAN
Ne devenez donc pas votre propre bourreau !
N ‘aggravez pas le mal par un tourment nouveau. Jites-moi tout, ma sœur, je ne sais rien encore.
ISABELLE, d’une voix suffoquée.
Dieu... Don Juan de Lopez sc souvient-il du Maure? JUAN , frappé.
Ciel!
ISABELLE
Grâce’... Alphonse' Vlphonse...
JUAN
Vous lui faites du mal.
ALPHONSE
Les pleurs sont superflus ’ Dona, ce ne sont pas des pleurs que j’ose attendre ; C’est un amour sincère, un autour aussi tendre, Aussi passionné que l'est le mien, dona;
A mon cœur amoureux quand l'hymen vous donna... Vous me jurâtes , vous , de m'aimer comme on aime A vingt ans, quand s'aimer est le bonheur suprême! Mon amour crut au vôtre, et votre pureté M’était un sur garant de ma félicité!
Dieu sait si tous les soins furent votre partage...
Ah! ne pleurez pas tant, airaez-moi davantage!...* Dieu sait si je vous aime! il sait, dans vos douleurs. Si je boirais mon sang pour racheter vos pleurs!... Il sait si je vous aime ! et certes il peut le dire,
Je ne suis pas jaloux ! Qu’avez-vous à sourire ?
Je ue suis pas jaloux ! au fait, quel coup fatal Vous donne auprès de moi cet aspect glacial ?
Si quelque autre que moi sur vous a plus d’empire... Si vous ne m’aimez plus... vous pouvez bien le dire, Je vous laisserai libre... et me consolerai...
De mon trop fatal amour... ou bien j 'étoufferai. Ah! voyons, parlez donc !...
Mais le peut-elle, Alphonse Loi s que vous faites seul et demande et réponse ?
FARRUCK LE MAl'RE.
ALPHONSE
Ah ! ne pleurez donc pas, vous m’arrache* le cœur ! Allons, mon frère, allons, consolez votre sœur. JEAN, à (««belle.
Vous nous causez , ma sœur, une douleur extrême... Alphonse sc ripent.
ISABELLE
Il se repent... il m'aime.
ALPHONSE , lui baisant la nain.
Ah ! toujours !
JUAN
Vous faut-il vos femmes en ce heu?
ISABELLE
Mon, voici Beatrix.
nus.
Allons, ma sœur, adieu.
Venez, mon cher Alphonse, exercer notre audace. ALPHONSE, à lia bel le.
Ah ! nous te reverrons au retour de la chasse.