JUAN , ISABELLE
JCAN*.
Venez-vous , bonne sœur, respirer à loisir ?
ISABELLE , crée indijfférence .
Je vais oii me conduit un incertain désir.
JUA-V,
Je me souviens d'un temps , h\^ï\ loin , il faut le dire , Où ma sœur L>abelle , exprimait un sourire En voyant ses amis.
Ah , Juan , ce temps n'est plus ; De ma bouche à jamais , tous sourires sont elclus.
Sans doute j'outrageai la vengeance divine... Et je ne souris plus depuis qu'en ma poitrine Le ciel pour me punir mit un germe de mot I
JUAN
Ahl dona, doua, peut-être en faisant quelqu'effort Souririez-vous encor.. . là je vous en supplie, Souriez-moi I. ,. bon dieu que vous êtes jolie ! S'il vous voyait Alphonse !
ISABELLE
Alphonse ahl oui, vraiment,
Depuis un an pour lui je souris rarement.
JUAN'
C'est vrai , depuis un an avec vive amertume Vous vous plaignez toujours d'un mal qui yous consume.
Ohî quel soir que celui léuioin de laut d'effroi , Où paie , échcvclée, expirante de froid , Vous parîites à nous, et puis sans coiuiaissanco Vous tombales so'.idain
ISABELLE
Ah î silence , silence î Ne m'en parlez jatnnis... ce soir sans mon trépas Une seconde fois ne se passerait pas î
JUAN
Je conçois , chère sœur, que votre iime frissonne Au nom d'un scélérat.... mais ([u'eile me pardonne , Ma chère sœur, doit-elîe avoir ncnr déscnnais D'un homme... mort?
ISABELLE
Alors, ne m'en parlez jamai.s^!
JCAV.
Je respecte vos vœux, et tout bas votre frère, Gémifci d'un chagrin qu'il ne pourra distraire. Pourtant s'il est un cœur généreux , sans détours , Qu'a vous un doux lien encbaîne pour toujours. C'est mon cœur; cet amour n'est pas de fantaisie, C'est celui d'un amant; mais sans la jalousie , Mais sans contrats , sans droits et sans conditions , Toujours sacré , fidèle et sans restrictions ; C'est une flamme amie et jamais importune Qui lie paraît, ma sœur, qu'aux jonrs de rinforlune , S'immole, se dévoue, el revieiit vnas sou coin Attendre que d'un signe on l'appelle ;;u besoin. Muet aux jours heureux , fidèle au -orl contraire, Pur de tout intérêt tel est l'amour d'un frère I
ISABELLE
Juan , ne me forcez pas de vous faire un aveu Que je n'fii point encore osé faire à mou Dieu I
JUàN.
Quoi, .seriez-vouf. coupable!*
ISABELLE
Ohl uou... non pas coupable !
Mais plutôt le jouet d'uu sort épouvantable!... Je sais qu'il est des coups que ne peut oublier Notre fierté de fcmrae.... Oh! j'aurai beau prier, D'un cœur déjà flétri Dieu repousse l'ofiFrande ! Il ne nie rendra pas la paix que je demande.
JUAN
Flétri I
ISABELLE
Don Juan , la honte est un cruel fardeau ! C'est le secret du mal qui me creuse un tombeau ! Pardonuez-moi , don Juan , je vois que mon langage Vous étonne , eh bien donc, sachez-en davantage-... C'était un soir... O ciel I
( Elle se cache le visage dans ses mains. )
JUAN
Ah! parlez, bonne sœur!
ISABELLE
A des pressentimens j'abandonnais mon cœur.^.. Tout-à-coup I...
JUAN
Tout-à-coup?
ISABELLE
Non , je ne puis ! je n'ose !
JUAN
Parlez...
ISABELLE
Je n'ai rien ditl... ai-je dit quelque chose ?
JUAN
Ne devenez donc pas votre propre bourreau î N'aggravez pas le mal par un tourment nouveau. Diteà-moi tout , ma sœur, je ne sais rien encore.
ISABELLE, d* une voix suffoquée. Dieu.,,. Don Juan de Lopez se souvienl-il du Maure ?
Ji'AN , frappé.
Ciel !
ISABELLE
Grâce I... Alphonse I Alplionse...