‹ Fastes de la ville de Vienne, publ. avec des notesChapitre 43 sur 56 · URNE DE VERRE · texte numérisé non relu

URNE DE VERRE

DÉCOUVERTE DANS UN CHAMP, ENTRE VIENNE ET AUBERIVE, l'aN Ijbl.

ET LE EST DANS MON CAB NET (ij.

Un laboureur travaillant dans un champ qui dépend de la métairie de Rivière, située entre le prieuré de risle, la montée de Reventin, le Rhône et la grande route, découvrit avec sa charrae une pierre dure de dix pouces de hauteur et de un pied quatre pouces de diamètre ; elle était creuse et couverte d'une pierre plate arrêtée avec des petits crampons de fer bien scellés. Le laboureur pressé par l'espoir et par l'avidité du gain alla promptement chercher un pic pour l'ouvrir. Il le fit avec tant de précipitation et si grossièrement qu'il brisa la pierre et qu'il endommagea un peu le couvercle d'une urne de verre qui était enchâssée dedans. Les urnes de verre sont fort anciennes^ Seleucus Gybiosactès, roi d'Egypte, vola le cercueil d'or où était enfermé le corps d'Alexandre et en substitua un de verre.

L'urne dont je parle est ronde, elle a neuf pouces de hauteur et trois lignes d'épaisseur. Le verre en est uni et de couleur de vert d'eau. Elle était pleine de cendres,

(1) Le manuscrit contient les dessins de l'urne avec une fiole dedans, d'un vase et d'une pierre.

d'ossements, et elle renfermait une petite fiole de verre pleine d'une matière rouge assez solide parce qu'elle était desséchée et endurcie. Le laboureur fouilla exactement l'urne et la fiole où il ne trouva qu'une petite monnaie de cuivre totalement fruste et rongée. Frustré de son espérance, il communiqua sa découverte à son maitre qui enterra les cendres dans son jardin, recueillit les ossements dans l'urne qu'il ferma. Elle m'est parvenue depuis. On découvrit successivement dans le même champ des colonnes brisées, de grosses pierres taillées et chargées de fortes moulures, un vase de pierre creusé comme un cornet à jouer aux dés et revêtu en dehors de feuilles de lauriers. Son diamètre à la surface est de deux pieds trois pouces, et à sa base d'un pied et demi. Il y a sous la base un boulon de fer scellé pour l'arrêter sur son plan.

Les chrétiens suivaient les martyrs dans les places publiques et dans les lieux où on les tourmentait et où on les menait pour les exécuter à mort. Ils recueillaient avec soin le sang qui coulait de leurs plaies, avec des linges ou des éponges, pour le conserver dans des fioles qu'ils mettaient dans les sépulcres. Ils avaient une attention singulière de distinguer les corps des martyrs ou leurs reliques par des marques intérieures et extérieures. Les marques intérieures étaient une fiole où l'on avait recueilli le sang du martyr, des linges ou de la terre mouillés de même sang, les actes ou les instruments du martyre, des médailles, des feuilles de laurier ou de quelque autre arbre toujours vert. Quand saint Gyprien eut la tête tranchée, les fidèles avaient étendu des linges

autour de lui pour recevoir son sang. Les signes extérieurs étaient une palnae ou un prochristi que Ton gravait sur le sépulcre, des croix, Tépitapbe ou le nom du martyr. Les fidèles s'exposaient hardiment pour enlever le corps des martyrs ou en recueillir les restes , car souvent il ne demeurait que des os ou des cendres, comme quand ils avaient été brûlés ou dévorés par les bêtes. Ils n'épargnaient point la dépense pour racheter ces précieuses reliques des mains des bourreaux et les ensevelir honorablement. Les autels des églises étaient placés ordinairement sur la sépulture de quelque martyr, et comme les chrétiens s'assemblaient aux tombeaux des martyrs, on y bâtissait les églises, ou bien on transférait leurs corps aux lieux où on les bâtissait. Delà est venue la règle de ne point consacrer d'autel sans y mettre des reliques. La tradition dans Vienne, et quelques titres anciens, ont conservé la mémoire d'une église paroissiale sous le vocable de Saint-Alban de Navou ou Navoz, située au-delà de l'obélisque appelé l'Aiguille, mais on ne connaissait plus le véritable endroit où elle était. Chorier la place dans le lieu où l'on voit aujourd'hui un petit oratoire dédié à saint Alban, mais ce n'est qu'une conjecture. Le temps vient de nous découvrir et le lieu et les ruines de cette féglise, dont le service fut transféré, avec la paroissialité, en l'oratoire de Saint-Georges, joignant l'église collégiale de Saint-Pierre; elle était véritablement dans le territoire de Navoz ( 1 ) .

(l) L'ancienne église, connue sous le nom de Saint-Alban-des- Vignes ou de Navou, était située, d'après la légende de saint Sévère, sur le territoire de Vogoria^ aujourd'hui Vaugris.

FASTES DK VIENNE 173

Je ne doute point que Turne dont je parle ne renferma les reliques de saint Alban, et qu'elle ne fut enchâssée dans Tautel de cette église. Les colonnes brisées, les pierres taillées, une statue mutilée, sont les restes d'une ancienne église. Le vase creusé en forme de cornet en était le bénitier; les feuilles de laurier dont il est orné en dehors, ainsi que plusieurs autres pierres, indiquent une église de martyr. La flole remplie de sang ou de terre imbibée de sang est un signe intérieur qui distingue le corps ou les reliques d'un martyr. Si la médaille n'eut pas été rongée , nous le saurions plus sûrement.

REMARQUES

SUR m: s

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