‹ Fastes de la ville de Vienne, publ. avec des notesChapitre 5 sur 56 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Les AUobroges, peuple de la Gaule Celtique , habi taient le pays situé entre l'Isère , les Alpes et le Rhône jusqu'au lac de Genève. Ils avaient pour métropole VIENNE, qui ne fut d'abord qu'un gros bourg, dont ils flrent^successivement une ville considérable (a). Extrêmement jaloux de leur liberté, ils ne croyaient pas que les dieux pussent être renfermés dans des temples. Ils les adoraient, comme les autres Gaulois, en plein champ dans des bois sacrés. Us personnifiaient et ^déifiaient les lacs, les fleuves, les fontaines (b), les vents, les tempêtes, les étoiles, les signes du Zodiaque (c) ; souvent un chêne antique ou le plus gros arbre du bois sacré était l'objet

(a) Strabon. Lilr. 4.

(b) Divona Cellarum linguâ fons addite divis. Ausone.

(c) Militiam cœli, gyrum steUarum, nimiam aquam, oui spirilum, aul citatum aerem; Sapient, cap. V, v. 13; Deuteron, cap. XVII, v. 3.

principal de leur culte. Ils jetaient leurs offrandes dans les lacs et dans les fleuves. Tout le monde connaît l'or de Toulouse, dont la célébrité a passé en proverbe. Les Lithuaniens convertis à la foi sur la fin du quatorzième siècle, adoraient un feu qu'ils croyaient perpétuel, des serpents et'des bois qu'ils tenaient pour sacrés.

ESUS était le grand dieu qui tenait lieu aux Gaulois de tous les autres. Cependant ils adoraient plusieurs autres divinités sous des noms celtiques : Jupiter était appelé Taranis; Mercure, Theutatès (a); Apollon, Belenus ; Mars, Camulus; Hercule, Ogmius; Diane, Arduina',^ Minerve, Belisana ; Soleil, Mithras, Abellio ; la Lune, Herodias, Hesus , Zia, nocticula ; Venus céleste, Onuava,

Les Allobroges n'avaient ni temples , ni statues , ni images, mais leur commerce avec les Grecs de Marseille et les alliés des Romains, apporta quelque changement dans leur culte , puisque Brennus , chef des Gaulois Sénonnais passant à Vienne, pendant le séjour qu'il y fit, y bâtit un temple à Mars et à la Victoire.

Les druides étaient leurs prêtres; les eûbages, leurs sacrificateurs ; les bardes, leurs poètes. Les druides ordonnaient et présidaient à toutes les cérémonies de la religion. La cérémonie la plus auguste était celle du gui de chêne qu'on coupait un certain jour de la lune avec la faulx d'or, et qu'on recevait dans un linge bien blanc. Les poésies conservaient l'histoire sacrée et profane de la nation. Les grands menaient avec eux les bardes afin

[k] Taran, en bas breton, signifie foudre, tonnerre, éclair; Tat, en langue celtique^ veut dire père, et TheiU, peuple; Theûlalès, père du peuple.

qu'ils fussent témoins de leurs actions et qu'ils les transmissent à la postérité. Les eûbages, outré les victimes ordinaires, sacrifiaient dans les bois sacrés les captifs, et à leur défaut des criminels, et les druides qui étaient en même temps prêtres, philosophes, médecins et augures, consultaient les dieux dans leurs entrailles. Lorsque les captifs et les criminels manquaient, on sacrifiait des innocents , culte barbare et impie que la religion chrétienne a eu la gloire de faire cesser partout où elle a prévalu. Nos philosophes modernes diraient, sans doute, que la pureté de nature et la liberté de raison qu'ils ont introduites auraient eu le même avantage; mais cette prétendue liberté de raison et cette prétendue pureté de nature qui ont amené l'incrédulité, la licence, l'illusion des sophismes, et une philosophie de mollesse, auraient donné le plus grand empire à toutes les passions, aux vices et aux désordres qui en naissent.

Lesdruidessesou les femmes des druides se conciliaient une grande vénération par la divination qui leur était principalement confiée. Les hommes avaient pour les filles un respect qu'ils poussaient jusqu'à l'adoration, faiblesse qui a passé à leurs descendants.

Les Gaulois n'ignoraient pas tous les beaux-arts. Ils étaient fort adroits pour mettre en œuvre les métaux. Ils avaient trouvé les premiers l'art d'étamer si proprement les vaisseaux de cuivre, qu'on les discernait à peine des vaisseaux d'argent, et la perfection de cet art avait été poussée jusqu'à étamer avec de l'argent les harnais des chevaux et les attelages des chars. Plumbum album incoquitur œreis operibus, Galliarum invento, ita ut vixdiscerni possit ab argento, deinde et argentum incoquere simili

modo cœpere equorumi maxime ornamentis, jumentorumque jugis (a) .

La royauté et le droit féodal étaient inconnus chez les Allobroges. Cependant, dans la suite des temps, ils eurent des rois, puisque Annibal, passant sur leurs terres, pour entrer en Italie, la nation était partagée entre les deux fils de son dernier roi qui se disputaient la couronne; Annibal l'adjugea à l'aîné.

On était réputé noble dès qu'on n'était pas d'origine servile. Le peuple destiné à la culture des terres était presque serf. On ne l'admettait point dans les affaires publiques. Toute la puissance était renfermée dans les deux ordres des druides et des cavaliers ou nobles (b).

Les chefs des Allobroges faisaient leur résidence à Vienne (c). La noblesse aimait mieux la campagne qu'elle vivifiait, par la dépense utile qu'elle y faisait; elle évi-tait les villes comme des bûchers funèbres entourés de pièges. La chasse dont ils faisaient un exercice militaire, entretenait la vigueur de leurs corps. Ils avaient appris des Grecs de Marseille l!art de cultiver la vigne et les oliviers, de bâtir des villes, de se gouverner par les lois et non par les armes. Marseille était comme l'académie des Gaules. Les Allobroges y envoyaient leurs enfants. Cette école les avait un peu amollis. Tacite leur reproche d'avoir perdu cette vigueur et cette antique

(a) Plin. lib. 34, cap. 47.

(b) La meilleure cavalerie des armées romaines était gauloise. César se servit toujours de cette cavalerie dont il fait l'éloge dans plus d'un endroit.

(c) Strab. lib. 4.

fierté gauloise qui les rendait redoutables. Strabon dit qu'ils avaient quitté les a'rmes pour prendre la charrue et cultiver leurs champs. Allobroges, superioribus annis, multis admodum hominïbus expeditiones susceperunt: hac œtate reirusHcœ dediti^ campos, et alpinas valles ara/nt (a).

Ils étaient toujours armés et ne faisaient rien en public sans armes. Leurs assemblées se tenaient sous un chêne dans les bois sacrés. On y traitait des affaires publiques et on y jugeait les criminels. SententUe capitales de arbore proferuntur, et scribuntur in ossibus (reorum) illic etiam rustici pérorant ^ et privati judicant (b). A1fonse XI, roi de Gastille, reçut, en 1334, sous un chêne, selon l'ancienne coutume des Goths, le serment de fidélité des Etats de la province de Biscaye.

Les druides, dépositaires des lois qui n'étaient pas nombreuses, avaient beaucoup de crédit dans ces jugements. On regardait leurs décisions et les peines qu'ils prononçaient, moins comme un acte d'autorité et comme un supplice, que comme un commandement des dieux.

Les AUobroges étaient grands, bien faits; ils avaient la chevelure forte, longue et d'un châtain clair, les yeux gris, la peau blanche, la physionomie martiale. Ils étaient sobres, hospitaliers, pleins de franchise, et d'une fidélité à toute épreuve. Les Savoyards ont encore cette réputation. Plusieurs d'entre eux se dévouaient au service des seigneurs, on les appelait Solduriers, Ambactes, Solduriiy Ambactes. Leur attachement était si grand qu'ils épousaient leur bonheur ou leur malheur, cou-

(» De Moribus Germanorum, Gap. 2. — Strabon, Lib. 4. b) Plaute, Comédie intitulée : Querolus ou AuMaria.

raient les mêmes risques et ne leur survivaient jamais. A la bataille de Fornoûe qui ' se donna le sixième de juillet 1495, sept volontaires des plus braves qui craignaient pour la personne du roi de France Charles VIII, prirent des armes, des habits et des ornements tout à fait semblables aux siens, afin qu'on pût moins reconnaître le roi et qu'ils partageassent les dangers auxquels il allait s'exposer (a).

On jugeait de la grandeur d'un seigneur par le nombre des ambactes ou clients qui l'environnaient. Le peuple ne connaissait guère les secondes noces, ni la pluralité de§ femmes. Les grands donnaient dans la polygamie. Mais ce vice n'empêchait pas la population parce qu'ils étaient sobres et laborieux. L'adultère était sévèrement puni. L'éducation des enfants était dure. On ne distinguait pas le fils de la maison d'avec celui du serf. Chaque mère nourrissait ses enfants. Les jeunes gens ne prenaient des armes qu'après avoir subi des épreuves de force et d'adresse, et par l'autorité du magistrat. Cette cérémonie leur tenait lieu de robe virile ; dès lors ils appartenaient à la république ou à l'Etat.

Le peuple était vêtu d'une saye, sagns, sagulus; elle est encore d'usage dans le Dauphiné. Les grands portaient des habits d'étoffes brillantes des plus vives couleurs et où l'or éclatait. Ils avaient des hausse-col et des bracelets d'or. Leurs armes étaient bigarrées de diverses couleurs, car ils savaient, ainsi que je l'ai remarqué, étamer fort délicatement d'or, d'argent et d'autres couleurs, le cuivre sortant rouge du feu, en sorte que le tout

(a) Mémoires de Çomines, Liv. 8, chap. 6.

ne faisait qu'un corps solide et un très-beau mélange d'émaux (a).

Lorsqu'ils allaient à la guerre, malheur aux chefs qui dans une affaire n'étaient pas les premiers en valeur comme en naissance. Ils étaient déclarés infâmes et il leur en coûtait la vie. On étouffait dans la boue les lâches et les infâmes en les couvrant d'une claye. Les voleurs étaient pendus à une branche d'arbre. Les femmes accompagnaient leurs maris à la guerre, partageaient avec eux la gloire et les périls ; elles les encouragaient au combat, pansaient leurs plaies s'ils étaient blessés, et les accablaient de reproches lorsqu'ils fuyaient.

ESUS , leur grand dieu , présidait aux combats. Ils tiraient de leurs bois sacrés de petites divinités qu'ils portaient à la guerre. Ils faisaient leurs serments sur un taureau d'airain ou de quelque autre matière. En 1760, on trouva au bas de Saint-Chef, à sept lieues à l'orient de Vienne, un petit taureau de bronze et une petite statue haute de cinq pouces du même métal. Cette statue était assez grossière, on n'a point su ce qu'elle représentait; on trouva encore deux patères d'un métal jaune et des plats de cuivre planés au marteau et bien étamés. J'acquis le tout et je le remis à M. de Portes, pour l'envoyer à M. le comte de Caylus qui l'a fait graver dans ses Antiquités étrusques , gauloises ^ etc., etc.

Après la victoire, on consacrait à la religion une partie des dépouilles des ennemis. On les mettait en tas, .et personne n'y touchait. Nous lisons, dans Sulpice Sévère, que les Gaulois cultivateurs des terres y promenaient

(a) Philostrale, Icon, lib. l,

lO FASTES DE VIENNE

leurs idoles couvertes de grands linges blancs pour expier leurs champs. Çui^ hœc esset Gallorum rustiois consuetudo, simulachra dœmonum candido tecta velamine, misera per agros suos circum ferre dementia (a). Il se pratique encore quelque chose de semblable dans quelques villages du Dauphiné, du côté de St-Ghef et de Bourgoin ; un dimanche entre Pâques et Pentecôte (b), les paysans, à Ventrée de la nuit, font le tour de leurs terres ensemencées, portant de longues perches au bout desquelles il y a des torches allumées et prononçant des malédictions contre les insectes et contre les autres animaux qui peuvent nuire à leur récolte. J'en ai été le témoin dans ma jeunesse. On appelle ce jour, le dimanche des Lignères, c'est-à-dire des Ignifères, Après cette expiation superstitieuse les paysans se régalent (c).

Les Allobroges, vaincus successivement par les Romains,, les Bourguignons et par les Francs, s'accoutumèrent de gré ou de force aux lois et aux usages de leurs vainqueurs. Les Romains réunirent leurs terres à celles

(a) Vita S. Martmif Gap 9.

(b) C'est le premier dimanche de Caresme appelé des Brandons , et non entre Pasques et Pentecostes. (Noie d'une écriture différente de celle du manuscrit.)

(c) Dans quelques endroits de Normandie, les écoliers font, pendant les fêtes de Noël, une cérémonie fort singulière qu'on appelle les Flambards. Les uns courent dans les rues avec des flambeaux en chantant : « Noël , Noël » ; les autres avec des torches de paille vont autour des art)res fruitiers chanter :

Taupes et mulots, Sortez de nos clos,

Sinon vous brûlerai, et la barbe et les os.

(Mélanges historiques et philologiques, par Michault ; t. l, p. 236 .

que la république possédait déjà en deçà des Alpes, et en formèrent une seule province enfermée entre le Rhône, les Alpes et la Méditerranée. Ils cassèrent leurs lois et leur en donnèrent de nouvelles pour les assujettir entièrement.

Les Bourguignons partagèrent entr'eux les terres des AUobroges, mais ils leur en laissèrent une grande partie dont ils se réservèrent la seigneurie avec des redevances en fruits ou en argent. Ils ne les traitèrent point en esclaves. La nation des Bourguignons avait été convertie à la foi chrétienne, lorsqu'elle était encore au-delà du Rhin, par les missionnaires ariens de l'empereur Valens. Elle était fort attachée à l'arianisme, mais moins intolérante que la nation des Goths. Elle ne persécutait pas ouvertement les catholiques. On voyait dans une même ville un évêque catholique et un évêque arien. L'un et l'autre lâchaient de faire des prosélytes sans effusion de sang. Vienne eut de saints archevêques qui la préservèrent de cette erreur, quoique la cour y fît assez souvent son séjour.

Gondebaud, roi des Bourguignons, adoucit les lois de sa nation, afin que les vaincus ne fussent pas opprimés, (les lois réduites en corps sont datées de l'année du consulat d'Aviennus, par conséquent elles furent publiées Tan 501 ou l'an 502. On appela dans la suite ce nouveau Gode la loi Gombette. Elle a subsisté en partie dans le Dauphiné jusqu'au quatorzième siècle que cette province fut unie au royaume de France. Chaque crime avait sa peine, mais pour favoriser les grands, on pouvait la racheter, parce que chaque peine avait sa taxe, suivant le génie des lois barbares.

L'arianisme qui s'était affaibli sous Sigismond pénultième, roi de Bourgogne, que saint Avit, archevêque de Vienne, avait converti, s'éteignit sous les rois Francs. Le royaume de Bourgogne, réuni à la monarchie française, fut gouverné par des maires, des ducs et des comtes, lorsqu'il n'eut pas des rois particuliers. Le droit féodal introduit par les Bourguignons y fut étendu par les Francs. Les cultivateurs attachés à la glèbe devinrent serfs. Les ducs avaient une pleine autorité sur les troupes et sur les finances. Ces troupes étaient composées des Francs et des Bourguignons qui avaient pris les terres des AUobroges et des Romains sous la charge du service militaire. Les comtes administraient la justice dans leurs départements. Ils avaient *sous eux des vicomtes ou lieutenants, des échevins ou assesseurs, des viguiers ou vicaires. Les châtelains venaient après les comtes. Ils avaient la garde des châteaux et l'administration des finances dans la banlieue. Les anciens auteurs appellent les grands officiers de la couronne : antrustions du roi, leudes, fidèles, sénieurs, sagibarons , convives du roi, pairs, barons.

Les grands tenaient de temps en temps des assemblées ou parlements dans les lieux dont on était convenu, souvent c'était en pleine campagne. Ces assemblées étaient composées des évêques qui avaient un grand crédit dans les affaires civiles et politiques, des ducs, des comtes et des autres grands seigneurs. Chacun, jusqu'aux femmes, plaidait sa cause. Les évêques et les grands se servaient seuls du ministère d'un advoyer ou avocat, attendu l'excellence de leur dignité. Une séance ou deux terminaient les affaires les plus difficiles. On tint, en 858, dans le

bourg de Salmorenc détruit depuis plusieurs siècles (a), une de ces grandes assemblées où assistèrent les grands des provinces de Vienne, de Lyon et d'Arles. Agilmar , archevêque de Vienne, accompagné de son advoyer, s'y plaignit de ce que Vigerig, comte de Salmorenc, lui avait usurpé plusieurs fonds de terre et les serfs qui y étaient attachés. L'assemblée demanda au comte si la demande de l'archevêque était fondée. Le comte ne le nia point, et sachant bien que le fait était certain, il n'osa pas faire paraître son advoyer. Ces assemblées étaient nécessaires pour réprimer la tyrannie et les usurpations des seigneui's. On les appelait quelquefois du nom de Concile pour leur donner plus d'autorité et de respect. Telles furent les assemblées de Mantaille, en 879, et de Valence, en 890, où furent élus rois de Bourgogne Boson et Louis, son fils.

La servitude a eu lieu en Dauphiné jusqu'au douzième siècle que le pape Alexandre III la proscrivit parmi les chrétiens. Louis le Gros est le premier de nos rois qui affranchit les serfs dans les villes et dans les bourgs de son domaine. Il leur permit de s'établir où bon leur semblerait ; la plupart des seigneurs affranchirent aussi leurs sujets moyennant de grosses sommes. C'est à cette époque que les communes commencèrent et que les corps des maisons de ville se formèrent.

Après la mort de Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne et celle de sa femme Hermengarde, l'archevêque de Vienne et son chapitre étant devenus comtes de Vienne

(a) L'église paroissiale de Voiron est dans le lieu où était anciennement le bourg de Salmorenc.

par la libéralité et par la mort de Rodolphe et d'Hermengarde, ils conservèrent à cette ville, ses lois, ses coutumes et ses franchises. Suivant ces lois, les assassins et les faussaires étaient renfermés dans un sac, portés sur la première pile du pont et jetés dans le Rhône. On coupait les oreilles aux voleurs, on les fustigeait, on les marquait d'un fer chaud. La fonction de ceux qui étaient employés à ces exécutions n'était pas aussi honteuse qu'elle l'est devenue depuis. Dans une enquête faite, en 1276, pour constater les droits des 'comtes dans Vienne, Hugues de Bosqueu, un des témoins, dit qu'étant lieutenant du mistral, il avait fait marquer d'un fer chaud un voleur en le tenant par les cheveux, pendant que son valet le marquait (a). Morel de Salière, autre témoin , dit qu'étant lieutenant d'Alleman de Gondrieu, mistral, il avait arrêté un voleur qui avait volé une grande quantité de viande, et que lui-même lui avait coupé l'oreille en présence de plusieurs bouchers.

On faisait courir nus par la ville les adultères des deux sexes jusqu'à une des portes de la ville où on leur rendait leurs habits, en les mettant dehors et les condamnant au bannissement (b).

(a) Ipsemet ienuit ipsum latronem per capillos quousque garcio suus signavit ipsum latronem; dicit quod quidam lairo furatus fuerat in maceUo magnam quantitatem carnium, quam ipse testis cepit, et statim ibi ipsem.^t testis f amputavit eidem latroni auriculam

Valbonnays, Hist. du Dauphiné, T. 1, p. 25.

(b) Cepit adultéras et adultéras, et eos redimit, et quosdam ti'otavit. On voit par le mot redemit que le rachat des peines avait encore lieu dans le treizième siècle. Le rachat de la peine des adultères était de dix livres.

Les criminels pris en flagrant délit, si le crime ne méritait pas la mort, étaient jugés et punis sur le champ, sans autre forme de procès. A l'égard des coupables détenus dans les prisons pour les moindres crimes, le mistral, de son chef, les condamnait à la peine qu'ils devaient subir, se contentant quelquefois d'appeler des nobles ou des bourgeois pour l'assister en jugement.

L'usage à Vienne avait ajouté à la taxe pour le rachat de la peine du crime un droit pour le seigneur ; on l'appelait bannum consuetum. Il était fort cher.

Les parties défendaient elles-mêmes leurs droits en justice. Il était cependant permis à celles qui ne pouvaient les défendre par elles-mêmes de prendre un avocat. Les frais de justice étaient considérables et fort onéreux, surtout aux parties qui étaient condamnées. Il leur en coûtait pour les dépens la cinquième partie de tout ce qui était en litige, suivant l'estimation qui en était faite en argent, et en cas d'accommodement, si l'affaire avait été examinée, on exigeait loujours'les frais de justice.

L'archevêque ou son officiai connaissait de toutes les affaires civiles, testament, donations entre vifs et à cause de mort, action et rescision des contrats, La donation du Dauphiné, faite, en 1289, par le dauphin Humbert I à Jean son fils, se fit en présence de Guillaume de Valence, archevêque de Vienne, séant sur son tribunal, sedentis pro tribunali. Les parties contractantes revêtaient ordinairement les actes de leurs serments. C4ette formalité attirait presque toutes les affaires civiles aux tribunaux ecclésiastiques.

Le mistral était le premier magistrat pour la police et pour les affaires criminelles; il avaitsouslui unlieutenant.

Le corrier, correarlus ^ était chargé du recouvrement des finances et des réparations publiques.

Les empereurs d'Allemagne ayant toujours conservé la suzeraineté sur la ville de Vienne, ils y avaient un corrier impérial et un gardier pour veiller à leurs droits. Henri de Vallin a été le dernier corrier impérial. L'empereur Charles IV, ayant donné des lettres de vicariat dans les royaumes d'Arles et de Bourgogne, au Dauphin Charles, fils de Charles V, roi de France, le Dauphin s'empara de Vienne,' en 1378, et fit payer à Henri de Vallin, corrier impérial, cent vingt francs d'or qui lui étaient dûs pour sa charge.

Depuis 1378 jusqu'en 1400, Vienne fut gouvernée par des régents delphinaux, parmi lesquels on trouve André de Buffevent, Gaillard de Voissen, Guignes Damaisin, Jean de la Balme, Ainard de Bellecombe, Amé de Roussillon, chevalier, seigneur du Bouchage, Louis de Loras, Jean de Virieu, Hugues de Maugiron, Reynaud de Revel, damoiseau, Antoine de Saint -Laurent, Pierre Costaing, Noble Jacques de Miribel, Noble Antoine Albi, Noble Jean de Salamard.

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