‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule (volume 4)Chapitre 139 sur 146 · LES LÉGENDES BOURGUIGNONNES · texte numérisé non relu

LES LÉGENDES BOURGUIGNONNES

Il y avait à Vézelay, dans le diocèse d'Autun, une abbaye fondée vers 860 par le célèbre comte Girard de Roussillon et sa femme Berte, en même temps que celle de Pothières, au diocèse de Langres. Ce monastère était placé sous la protection du Sauveur et de Notre-Dame. Les documents qui s'y rapportent forment une longue série, depuis la fondation jusqu'au quatorzième siècle et au delà. Dans les plus anciens (1), c'est-à-dire dans ceux du neu viéme siècle et du dixième, jusqu'à la lettre de Silvestre II, datée de Tan 1001, la titulature du monastère ne comprend pas le vocable de sainte Madeleine; il n'y a non plus, jusque-là, aucune trace d'un culte spécial de cette sainte à Vézelay. Après Silvestre II, le monastère traversa une période d'extrême décadence, à laquelle succéda une renaissance due à l'intervention des moines de Cluny. Un abbé Geoffroy, installé en 1037, restaura la discipline. C'est sous son gouvernement que l'on voit, pour la première fois, apparaître à Vézelay le culte et le pèlerinage de sainte Madeleine. Vézelay devint alors le sanctuaire de sainte Madeleine, tout comme Fleury était celui de saint Benoît. Le nom de sainte Madeleine entra dans la titulature officielle de l'abbaye; on l'y rencontre, dès Tannée 1050, en tète d'une lettre du pape Léon IX, délivrée le 27 avril (2).

(1) Jafifé, 2831 (Nicolas I), 3189 (Jean VIII), 3514 (Etienne VI), 3542 (Serge III), 3589 (Jean XI), 3621 (Marin II), 3770 (Benoît VI), 3786 (Benoît VII), 3920 (Silvestro IIj.

(2) Jaffé, 4213.

La sainte était invoquée spécialement par les prisonniers, dont elle brisait les chaînes et les carcans. Une fois en liberté, ils s'acheminaient vers Vézelay et déposaient dans son sanctuaire les liens dont ils avaient été délivrés par son intercession. Ces ex-votos s'accumulèrent au point que Tabbé Geoffroy put en tirer le métal nécessaire pour entourer de grilles Tautel de son église.

Ces hommages s'adressaient à un tombeau. Le corps de la sainte était censé reposer dans l'église du monastère. Comment y élait-il venu ? On l'ignora d'abord, et l'on ne savait trop que répondre à certains questionneurs importuns. Le plus ancien document du culte de Vézelay (1) est très instructif sur ce point. L'auteur commence par raconter la renaissance du monastère sous l'abbé Geoffroy, la prospérité du culte de sainte Madeleine et les miracles qui se produisaient ; il attribue même à la sainte le succès de la Trêve de Dieu, qui faisait alors son apparition dans le pays. Puis il passe aux objections de ceux qui demandent « comment le corps de la bienheureuse Marie-Madeleine, qui était de Judée, a pu être apporté de si loin dans les Gaules. » A cela il répond d'abord que rien n'est impossible à Dieu ; ensuite, que la plupart de ceux qui ont douté ont été réduits par des châtiments divins à se repentir de leur incrédulité. Si le premier argument est peu concluant, le second était déjà propre à faire réfléchir les incrédules. Mais le narrateur en ajoute deux autres. Sainte Madeleine lui est apparue, à lui qui parle, debout auprès de sa châsse, et lui disant : cr C'est moi celle que beaucoup de personnes croient être ici (2). » Enfin, on ne saurait citer, en dehors de Vézelay, aucun lieu où l'on prétende avoir le corps de Madeleine, tandis que nombre de saints sont réclamés par diverses localités (3).

(1) Paillon, t. II, p. 735.

(2) Ego sum quae hic a multis ezistiroor esse.

(3) Illud etiam certissime praenotandum quod nusqnam ab aliquo, nt de plerisque solet, praeter Viceliacum dicatur corpus eiusdem baberi.

De ce raisonnement peu convaincant il résulte pourtant que notre hagiographe n'avait pas le moindre vent d'une tradition concurrente, et que, selon lui, Madeleine était morte loin de la Gaule, ses ossements seuls y ayant été apportés à une date inconnue (1).

Ses explications ne semblent pas avoir eu beaucoup de succès. Les moines de Vézelay durent s'ingénier à trouver autre chose pour accréditer leur possession. Le système auquel ils s'arrêtèrent consiste à supposer que le corps saint leur venait d'une sépulture des environs d'Aix et que cette sépulture était vraiment celle de sainte Marie-Madeleine. Pour l'établir, ils fabriquèrent une double relation (2), dont Tune exposait comment Madeleine était venue mourir en Provence et en quel endroit on l'avait enterrée, l'autre contenait le récit du « pieux larcin » auquel on devait son transfert de Provence en Bourgogne.

La sépulture provençale est indiquée avec une grande précision. Elle se trouvait au lieu appelé Saint-Maximin, dans une église monacale, dont Feutrée était interdite aux femmes. C'était un sarcophage de marbre blanc, orné de sculptures; on croyait y discerner la scène du repas où Madeleine, identifiée suivant l'usage latin avec Marie de Béthanie, aurait parfumé la tête (3) du ^uveur.

(1) Dans an roanatcrit qui n'a pat été à ma disposition, le n* 13 de Fabbaje d*Heiligen Krenz, de la fin dn XII* siècle, le récit que je viens d'exposer se termine par quelques chapitres inédits. Les PP. Bollandistes en ont publié un, tout récemment {AnalecU BolL, t. XII, p. 297), en rendant compte du présent mémoire. Il y est dit que Tabbé Geoffroy ajant voulu tirer sainte Madeleine de la petite crjpte oii elle reposait, pour la mettre dans une châsse précieuse, l'église fut aussitôt plongée dans des ténèbres épaisses; les personnes qui assistaient à l'opération s'enfuirent épouvantées; toutes furent plus ou moins mises à mal. Aussi renonça-t-on à toute tentative d'ouvrir le saint tombeau, «r Ce récit, • disent les Bollandistes, « est assez clair pour qui sait et veut le comprendre. Il en ressort nette- 9 ment qu'on eût été fort embarrassé k Vézelay, si quelqu'un de ces ques- » tionneurs importuns dont parle M. l'abbé Duchesne avait demandé à voir 9 le corps saint que Ton prétendait posséder, a

(2) Paillon, t. Il, p. 440.

(3) Les pieds d'après saint Jean (XII, 3), la tète d'après Marc (XIV, .1) et Matthieu (XXVI, 7); la mention de 8imon le lépreux, propre à ces deux

Le lieu, l'église, le sarcophage existent encore. Ce sarcophage n*est pas isolé; il fait partie d'un groupe de tombeaux du même genre réunis dans une crypte de Téglise Saint-Maximin. Tous ces sarcophages sont sculptés (1) ; quatre dalles plates, qui font partie de la décoration de la crypte,* portent des figures gravées en creux. Aucun de ces monuments, il est vrai, n'offre la moindre relation avec les histoires évangéliques où soit Madeleine, soit Marie de Béthanie, soit la pécheresse de saint Luc, ont joué un rôle. On n'y trouve même pas la résurrection de Lazare, si fréquemment représentée sur les anciens sarcophages chrétiens. Mais de ce que les yeux exercés des archéologues d'à présent ne découvrent rien de semblable dans la crypte de Sainl-Maximin, il ne s'ensuit pas que les visiteurs du XI* siècle et des siècles suivants aient été aussi peu perspicaces, surtout lorsque leur déchiffrement était guidé par l'intérêt.

Pour toute personne impartiale, la crypte de Saint- Maximin n'est autre chose que la sépulture d'une famille gallo-romaine du V« ou du VP siècle. Une sépulture du même genre se trouvait à la Gayole, près de Brignoles, non loin de Saint-Maximin. D'autres pourraient être signalées soit à proximité de certaines villes gallo-romaines, soit dans la campagne (2). Les membres de l'aristocratie, en nos contrées, aimaient à résider sur leurs terres, dans leurs immenses villas ; ils y avaient des chapelles et s'y faisaient volontiers enterrer. Le monument de Saint- Maximin n'a rien d'extraordinaire, sinon sa fortune.

Malheureusement, il ne subsiste aucune inscription, aucun texte quelconque d'où l'on puisse déduire le nom des défunts enterrés là et même celui que portait la

évangélistes, donne lieu de penser que le légendaire de Vézelay les a suivis plutôt que s. Jean.

(1) LeblantjiL^s sarcophages chrétiens delà Gaule, pi. lii-lyiii.

(1) La crypte, de saint Corcodéme, dont il est question dans la Vie de saint Germain d'Auxerre, celle de saint Vénérand à Glermont, celle de Mellébaude à la porte de Poitiers, celle de Saint-Martial de Limoges, etc.

localité clans les temps romains. Les plus anciens documents qui la mentionnent sont des chartes (1) de Saint- Victor de Marseille; celle qui remonte le plus haut est de 1038. Dans celle-ci, on voit que Pierre, archevêque d'Aix, et ses frères donnent à Saint-Victor une terre allodiale qu'ils avaient reçu de leurs parents ; elle était sise au comté d'Aix, dans le territoire d'un château {castrum) appelé Rodanas, et comprenait quatre églises : celles de Saint-Maximin, Sainte-Marie, Saint-Jean et Saint-Mitre. Les moines de Saint-Victor ne tardèrent pas à fonder un prieuré à Saint-Maximin, qui devint ainsi, si elle ne Tétait déjà, la principale église du lieu. Ce lieu était appelé à de hautes destinées.

Antérieurement toutefois, et avant qu'il ne fût donné à Saint-Victor, ce n'était qu'une église rurale, élevée sur une propriété particulière. Pourquoi portait-elle le nom de Saint- Maximin ? De quel saint Maximin dérivait ce vocable ? On n'en sait rien, absolument rien. Les textes antérieurs au XI* siècle ne mentionnent aucun saint Maximin provençal. Quant aux chartes de Saint-Victor, elles se bornent au vocable Sancti Maximini, sans donner au titulaire de Téglise une qualification quelconque, comme celle d'évêque, de martyr, de confesseur. Tout ce qui en a été raconté depuis dérive, non d'une tradition locale, mais des écrits fabriqués par les moines de Vézelay.

Quelqu'un d'entre eux, ou de leurs amis, préoccupé comme on Tétait alors à Vézelay, d'expliquer Torigine des reliques de la Madeleine, aura passé par Saint-Maximin et remarqué les bas-reliefs. L'un d'eux lui aura paru représenter l'onction du Christ chez Simon le lépreux ; et, suivant un raisonnement familier aux gens d'alors, il se sera dit que puisque Madeleine était figurée sur ce sarcophage, c'est qu'elle y avait été ensevelie. Dès lors, la légende était virtuellement constituée. Madeleine a été enter-

(1) Paillon, t. II, p. 665-688.

rée en Provence : c'est donc qu'elle y est morte. Elle n'y est pas venu seule : une femme a toujours besoin d'appui. La mère du Seigneur s'attacha à saint Jean; Madeleine aura eu pour compagnon et protecteur le saint dont l'église abritait son tombeau. Une fois en Provence, que pouvaientils faire, sinon prêcher TEvangile ? Maximin aura été l'apôtre du pays et le premier évoque d'Aix. On les aura naturellement enterrés l'un auprès de l'autre.

Maintenant, comment les corps saints ont-ils passé de Provence en Bourgogne ? Il y avait, pour ces translations, un type classique. Saint Benoit et sainte Scholastique étaient venus du mont Cassin à Fleury-sur-Loire, parce que de pieuses personnes, voyant leurs tombes abandonnées dans le pays occupé par les Lombards, avaient eu' ridée d'en extraire les reliques et de les transporter en France. Au XV siècle on savait très bien que la Provence avait été longtemps occupée ou ravagée par les Sarrasins. Il n'était pas difficile de se figurer que des fidèles zélés eussent trouvé moyen de soustraire à leurs insultes les reliques de l'église Saint-Maximin et d'en enrichir le monastère de Vézelay (1).

En effet, les moines de Vézelay, après l'échec de leurs premières explications, se mirent à raconter (2) que Marie- Madeleine avait pris pour tuteur Tun des soixante-douze disciples, appelé Maximin, à peu près comme la Vierge Marie s'était attachée à saint Jean l'Evangéliste. Lors delà persécution qui suivit le martyre de saint Etienne, ils s'embarquèrent tous les deux pour Marseille, et vinrent s'ins-

(1) Tout cela est fort naturel. Au XI* siècle nous aurioos tous raiscooé de cette façon. M. G. Doncieuz l'a fort bien expliqué (Annales du Midi, t. VI, 1894, p. 351). Il a même réussi à découvrir sur le sarcophage de la Madeleine à Saint-Maximin, la scène qui aura été prise pour celle de l'onction du Christ. Elle représente en réalité Pilate se lavant les mains; mais un archéologue du XI* siècle pouvait confondre. C'est la seule qui soit visée dans la plus ancienne légende; l'autre, la plus répandue, indique bien d'autres épisodes ; mais son auteur n'a pas vu le monument et parle d'imagination.

(2) Paillon, t. II, p. 440 et 741.

taller dans le « comté » d*Âix, où ils prêchèrent l'Evangile. Maximin fut le premier évêque d*Aix. Madeleine mourut avant lui; il lui donna la sépulture ; et quand il eut luimême terminé sa carrière, on l'enterra à côté de sa sainte amie. Leurs sarcophages se voyaient dans Téglise qui porte son nom, Saint-Maximin. Sous le roi Carlomah, Tévêque d'Autun, Adalgar, étant venu à Vézelay, en compagnie du chevalier Adelelme, celui-ci, qui était le frère de l'abbé en fonctions, Eudes, déclara qu'il savait où était le tombeau de la patronne du monastère. Naturellement, on le pria de se mettre en route et de tâcher de rapporter des reliques aussi importantes. Adelelme partit pour la Provence avec une escorte ; arrivé à Arles, il apprit que le sanctuaire qu'il cherchait se trouvait dans une contrée au pouvoir des Sarrasins. Il se risqua cependant, se saisit des corps de sainte Madeleine et de saint Maximin, et parvint à les transporter jusqu'à Vézelay.

Dans ce récit, il y a juste ce qu'il faut pour authentiquer les reliques de Vézelay. De Lazare, de Marthe, des autres personnages évangéliques auxquels on donna plus tard un rôle en ces histoires, il n'y a pas la moindre trace. Cependant la mention de saint Maximin, utile pour la détermination du lieu de provenance, était de nature à éveiller certaines susceptibilités. Les moines du prieuré provençal n'ayant nullement conscience du séjour de Madeleine dans leur pays et de sa sépulture dans leur église, n'avaient pas de raison majeure pour réclamer contre le prétendu larcin d'Adelelme, en ce qui regardait cette sainte. Il n'en était pas tout à fait de même pour saint Maximin, dont leur église portait le nom. Qui sait si elle ne contenait pas son corps? En cent endroits divers, à Vézelay même, on concluait du vocable au tombeau.

Ou ne sait si les religieux provençaux réclamèrent, il est sur, en tout cas, que ceux de Vézelay substituèrent bientôt une autre relation à celle dont leurs confrères auraient pu se plaindre, et que, cette fois, saint Maximin

LA LÉGENDE DE SAINTE llARIE-llADELBINE. 335

fut laissé dans son prieuré, sainte Madeleine seule ayant été emportée eu Bourgogne.

Dans cette nouvelle rédaction (1), on ne voit plus intervenir ni l'évoque Adalgar, ni le chevalier Adelelme, mais le comte Girard et le moine Badilon. Le premier, c'està-dire le fondateur de Vézelay, s'entend avec l'abbé Eudes pour envoyer Badilon dans le territoire d'Aix, où Ton savait, par la rumeur publique, que Marie-Madeleine avait été enterrée. Badilon se rend en efTet à Aix et parvient, après quelques recherches, à trouver le précieux trésor et à s'en emparer.

Ce système avait l'avantage de donner un rôle à Girard de Roussillon, personnage dont la légende populaire s'était déjà occupée et qui figurait comme principal héros dans plusieurs chansons de geste (2).

Si bien combiné que fût leur récit, les moines de Vézelay n'en avaient pas moins commis une grave imprudence en indiquant avec tant de précision le lieu de provenance de leurs reliques. Il y avait là comme une attache toute préparée pour des revendications futures. Les Provençaux ne pouvaient laisser dire indéfiniment qu'on leur avait volé leur sainte.

Cependant, le conflit ne se produisit qu'au XIII* siècle. Pour le moment, il ne vint de Provence aucune réclamation et l'opinion donna pleine créance aux explications des religieux bourguignons. Au XII* siècle il n'y avait guère en France de pèlerinage plus célèbre que celui de sainte Madeleine de Vézelay. Dans leurs bulles, les papes Lucius III, Urbain III, Clément III, constatent sans hésiter que l'abbaye de Vézelay possède le corps de l'amie du Christ. Les rois de France, les évoques, les écrivains, tout

(1) Paillon, t. II, p. 745. C'est celle que Ton rencontre le plus souvent dans les leclionnaires.

(2) P. Meyer, fîomanla, t. VII, p. 161 et suiv.; Longnon, Revue historique, t. VIII, p. 241 et suiv.

ce qui marque dans le inonde et dans la littérature s'accorde à relever ce lieu saint.

Avant le déclin du XIP siècle, les chartes provençales authentiques et les autres documents de l'opinion reçue en ces contrées ne laissent pas voir qu'on s'y intéress&t à Madeleine et à Lazare. Le martyrologe d'Arles, à l'usage de Téglise de Toulon, a été étudié récemment (1). M. de Mauteyer a fixé aux environs de 1120 la date de sa transcription originale. Le texte est, pour Tensemble, celui d'Adon, mais il a été enrichi de nombreuses fêtes de saints provençaux. Sur les personnages évangéliques, Madeleine, Lazare et les autres, il ne contient rien qui ne se trouve déjà chez Adon, c'est-à-dire rien qui décèle une spécialité provençale, une préoccupation quelconque des légendes de Vézelay. Maximin (6 juin) n'y figure pas.

Quant aux chartes, M. de Manteyer a fait observer que celles du XP et du XIP siècle où Tinfluence de ces légendes se fait sentir ne se sont point conservées en original, tandis que celles, assez nombreuses, dont nous avons les originaux, sont toutes absolument muettes. A la première catégorie appartient la circulaire de l'évéque Roslaing de Fos (1056-1082) pour la reconstruction de l'église Saint- Sauveur d'Aix. Sa teneur est des plus suspectes : je ne crois pas qu'un diplomatiste sérieux la puisse considérer comme authentique. Elle mentionne à la fois Maximin, Madeleine et Lazare, lequel est représenté comme évéque de Marseille. C'est quelque chose de plus que la légende de Vézelay.

Les deux autres documents, une lettre de Pascal II (28 mars 1102) et une note relative à la consécration de l'église Saint-Sauveur (7 août 1103) ne soulèvent pas les mômes objections. Ces documents sont probablement au-

(1) De Manteyer, Les légendes saintes de Provence et le martyrologe d* Arles-Toulon t dans les Mélanges de l'école de Rome, t. XVIl (1897), p. 467 •t tuiv. — dom Q. Morin, Un martyrologe d^Arles, dans la Revue d'hist. •I de Utt. religieuse, t. III (1898), p. 10 et suiv.

thentiques dans Tensemble. Toutefois, les détails ne peuvent être garantis, car on a pu aisément les interpoler dans la copie. Il n'est question que de Madeleine et deMaximin. Leurs fêtes sont indiquées, dans la bulle, comme principales pour le diocèse d'Aix; dans l'acte de consécration, on note que, les fondateurs de Saint-Sauveur et de deux églises voisines ayant été Maximin et Madeleine, on a dédié un autel en leur honneur dans l'église Saint-Sauveur. La phrase où il est question des deux saints est une interpolation manifeste (1).

Ainsi les chartes d'Aix, antérieurement au XIIP siècle, n'offrent aucun appui sérieux à ce que l'on prétend être la tradition. Toutefois, il y a lieu de relever certains faits propres à expliquer, dans une certaine mesure, la genèse des légendes provençales.

Celles de Vézelay ne donnaient à Madeleine qu'un seul compagnon, Maximin ; il était pourtant assez naturel de lui associer sa sœur Marthe et son frère Lazare. C'est ce qu'a fait, dès la fin du XP siècle, Tauleur d'un récit qui figure avec d'autres pièces relatives à Sainte-Madeleine de Vézelay dans un manuscrit de la fin du XP siècle ou du commencement du XIP (2). Il commence par les mots Omnipotentis Domini clementia, et raconte comme quoi, d'après une veridica muUorum relatio, Madeleine, fuyant la persécution des Juifs, se transporta par mer à Marseille, en compagnie de son frère Lazare et de sa sœur Marthe. Ici il n'est plus question de saint Maximin, au moins comme d'un disciple palestinien; la cité d'Aix n'est pas nommée. C'est Marseille qui est le champ d'apostolat et c'est Lazare qui le cultive, car Madeleine sait qu'en ce genre de choses le rôle des

(1) La suivante, Cuius consecrationis diem etc.« suppose qu'on vient de parler non d'un autel en particulier, mais de l'église elle-même. Elle se rattache, par dessus la phrase oii Madeleine et Maximin sont nommés, à ce qui précède immédiatement : ... qualenus venerabilis ecclesia gloriosiSal» vatoris, a venerabilibua viris consecra<a, in posterum per infinilum venerabilius venêraretur.

(2) Paris, 17627 {Notre-Dame, 101). — Paillon, t II, p. 573.

Il faut avoir tous ces faits présents à l'esprit pour bien saisir ce qui va suivre, c'est-à-dire l'intervention des Provençaux dans une affaire où, pendant plus d un siècle, ils s'étaient tenus passifs.

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