Saint Ausone d'Angoulême
Le culte de saint Ausone ne se manifeste pas avant la fin du Xe siècle. Au temps du roi Robert (996-1031) et du comte d'Angoulême Guillaume, il y avait, aux portes de cette ville, une basilique placée sous le triple vocable des saints Ausone, Aptone et Césaire (1). Ce sanctuaire avait
(1) Charte résumée par Mabillon, d'après un exemplaire de l'abbaye de Saint- Ausone, Annales, t. IV, p. 300.
une légende, qui avait été publiée d'après un manuscrit du XIIe siècle (1). Ausone et Aptone sont deux frères jumeaux, nés miraculeusement à Mortagne-sur-Gironde (diocèse de Saintes) de parents déjà justes et craignant Dieu, que saint Martial baptisa avec leurs enfants, à son passage dans la localité. Ils le suivent à Limoges, après la mort de leurs parents; il se les associe pour l'évangélisation de l'Angoumois et se décharge sur eux du gouvernement des fidèles de ce pays, dont Ausone est par lui consacré premier évêque. Conversion d'un personnage royal, Garrulus, d'une grande dame, Calphagia, et de son serviteur Arcadius, puis de Sigilbert, qui persécutait saint Front à Périgueux. Après quelques autres miracles, vient le dénouement. Angoulême, assiégée sept ans par les Vandales, se décide à ouvrir ses portes. L'évêque, chargé de traiter avec le roi des barbares, est massacré par un de ceux-ci. Dans le clergé qui l'entoure, l'archidiacre Césaire a un rôle particulier; mais c'est Aptone, son frère jumeau, qui recueille sa succession épiscopale.
Ce sont les trois patrons de l'église du XIe siècle. Le légendaire aura pris leur culte pour point de départ. Mais il est difficile de dire jusqu'à quel point il dépend d'une tradition antérieure pour les rôles qu'il assigne à ses personnages. Le seul connu des trois est Aptone, qui fut évoque d'Angoulême au temps du roi Childebert. Les noms d'Ausone et d' Aptone, séparés par un nom gratté, nous sont fournis par la liste épiscopale. Celle-ci, cela est clair, ne présentait pas Aptone comme le successeur immédiat du premier évêque. On voudrait savoir quel personnage elle intercalait entre eux. Etait-ce Césaire? Il est sûr, de toute façon, qu'elle ne s'inspirait pas de la légende. On peut en dire autant de l'annotateur, qui admet un intervalle considérable (per multos annos) entre saint Aptone et
(1) Leyde, Voss., 108; publiée d'après ce ms. dans les Anal. Doll., t. V, p. 295; cf. Acla SS. mai., t. V, p. 138 (22 mai).
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son prédécesseur, et qui rapporte Aptone au temps du roi Clovis. Cet annotateur, bien évidemment, n'ajoutait pas foi à la légende, que pourtant il ne pouvait ignorer. Ceci nous donne la mesure de l'autorité dont elle jouissait au XIIe siècle dans le clergé d'Angoulême.
Mais depuis quand existait-elle? Dans le faux concile de Limoges (1031), Adémar prétend qu'un évêque d'Angoulême, mort depuis plus de quarante ans, c'est-à-dire Hugues (973-990), aurait ainsi parlé de saint Martial dans une composition (in quadam sua edilioné) : « En ces temps-là, la cité de Limoges brillait avant et au-dessus de toutes les autres villes de Gaule, à la tête du royaume d'Aquitaine. Saint Martial y vint, envoyé par le Seigneur et son représentant saint Pierre, pour être Papôtre des nations aquitaniques. Comme il se rendait à Bordeaux pour prêcher aux Gascons, il passa par Angoulême, y fit un long séjour, convertit le peuple au Dieu vivant et lui donna pour premier évêque Ausone, natif du pays, qu'il avait baptisé et qu'il consacra lui-même. »
Ce récit est assez conforme à la légende pour qu'on puisse l'en supposer extrait. Elle existait donc du temps d'Adémar ; mais je ne saurais admettre sur sa parole qu'elle existât déjà au temps de Tévêque Hugues. D'ailleurs, comment croire que la liste épiscopale fût disposée comme elle Test, si l'évêque Hugues eût accepté les idées consignées dans la légende sur la succession de saint Ausone?
Entre la légende d'Angoulême et la légende aurélienne de saint Martial il y a une ressemblance manifeste. Je suis très porté à croire que celle de saint Martial aura inspiré l'autre, à moins, ce qui est fort possible, qu'elles ne soient du même auteur. Adémar exerça, comme on sait, à Angoulême autant qu'à Limoges. Au cas où ce soupçon serait fondé, la légende de saint Ausone nous représenterait non ce qu'on racontait à la cathédrale d'Angoulême ou même à l'abbaye de Saint-Ausone, mais ce qu'imaginait Adémar de Chabannes dans son couvent de Saint-Cybar.
138 fastes épiscopaux de i/ancienne gaule.