DIVISIONS POLITIQUES APRÈS L*BMPIRB ROMAIN
Peu d'années après la rédaction de la Notifia Galliarum )maiença Toccupation de Tancienne Narbonnaise par les irbares Goths et Burgondes. Les premiers, cantonnés, 3S 419, dans Touest de l'Aquitaine, obtinrent en même mps la cité de Toulouse, qui fut la première résidence 3 leurs rois. En 443, les Burgondes s'installèrent dans la ipaudia^ c'est-à-dire, sans doute, dans le territoire de enève (1). De ces deux points extrêmes, l'occupation barire s'avança dans la direction du Rhône et de la métro - )le d'Arles. Les Goths entrèrent à Narbonne en 462, r&ce à la trahison du gouverneur, le comte Agrippinus (2). n 463, on voit les Burgondes se mêler aux affaires eccléastiques de Die, ce qui suppose qu'antérieurement ils
[1) n faut noter aussi, vers ce temps (440), rétablissement d*une colonie Alains dans les campagnes de Valence; elle y commit, deux ans après, is violences fort graves contre les propriétaires gallo-romains {Chronique ! 452 [Prosper Tiro], édit. Mommsen, p. 660).
(2) Chronique dUdace.
DIVISIONS POLITIQUES APRES L^EMPIRE ROtfAlN. 8l
avaient occupé Grenoble (1). Les années suivantes ils firent de grands progrès ; cependant Vaison t^nait encore en 474 (2). A la chute définitive de Terapire, en 476 ou en 480, le roi des Goths, Euric, s'installa à Arles. Il avait alors sous son autorité, outre les trois Aquitaines, toute la Narbonnaise I", plus la cité des Helviens, c'est-à-dire toute la rive droite du Rhône ; de plus, les parties méridionales de la Viennoise, delà IV Narbonnaise et des Alpes Maritimes; la Durance formait la limite de ce côté. Aux Burgondes était échu le reste du pays compris entre le Rhône et les Alpes (3).
Ces arrangements furent troublés par la guerre de 507, entre les Francs, alliés aux Burgondes, et les Goths d'Alaric IL Indépendamment de TAquilaine, les Francs acquirent alors la cité de Toulouse, les Burgondes celle des Helviens (4).
D'autre part, le régime romain fut rétabli en Provence
(1) L*on des continuateurs de Prosper {Conlin. Havniensis) marque à Tannée 457 : « Qundiocus rex Burgundionum cum gente et omni praesidio, annuente sibi Tbeuderico ac Gothis, intra Qalliam ingressus, societate et amicitia Gothoruin functus. »
(?) Sidoine, Ep. V, 6.
(3) Pour ce qui va suivre, je renvoie, en général, au livre de M. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle. Si, sur certains points, mes conclusions différent de celles de mon savant confrère, cela tient à ce que je n*ai point fait usage : 1* du colloque de Lyon, de 499, cette pièce ayant été démontrée fausse postérieurement à la publication de M. Longnon (J. Havet, dans la Bibliothèque de VEcole des chartes, t. XLVI, 1885, p. 205 et suiv.); î* du concilium Arvernense de 549, qui n'a pas plus de valeur que le document précédent; 3* de certaines compositions hagiographiques peu propres, eu égard à leur date, à fournir des renseignements précis dans des questions comme celles-ci.
(4) Peut-être aussi celle d'Uzès. L'évéque d'Uzés figure, en 506, au concile d'Agde; on ne le voit pas, en 517, au concile d'Epaone, ce qui donnerait à croire que son diocèse n'avait pas encore été annexé au royaume burgonde. U n'apparaît dans les conciles francs qu'en 541, en mémo temps que les évéques de Provence jusque-là soumis aux rois d'Italie Entre 506 et 541, on n'a aucun indice sérieux sur l'attribution politique de ce pays, de sorte qu'il est difficile de dire de quelles mains les Francs l'ont reçu, si c'est dos Wisigothsy ou des Ostrogoths, ou des Burgondes. — La guerre de 507 valut aussi aux Durgondes une occupation plus complète de la cité d'Avignon.
82 i?ASTEs épiscopaux de l'ancienne ôaule.
parle roi Théodoric, et son domaine, d'abord restreint aux cités situées au sud de la Durance, fut étendu, en 523, jusqu'à la Drôme, de sorte que les cités burgondes les plus méridionales étaient alors celles de Die, Valence et Viviers.
En 534, le royaume burgonde passa aux mains des Francs ; en 536, ils héritèrent aussi de la province romaine. Depuis lors, ils furent les maîtres de toute l'ancienne Gaule, sauf la partie de la Narbonnaise F* qui demeura sous l'autorité des rois wisigoths d'Espagne, c'est-à-dire les anciennes cités de Narbonne, Lodéve (1), Béziers et Nimes. C'est ce qu'on appela la Septimanie (2). Elle suivit les destinées de l'Espagne, jusqu'à l'invasion musulmane du VIII® siècle. Les Sarrasins parurent, en 720, au delà des Pyrénées^ depuis lors jusqu'en 759, ils furent presque toujours en état de guerre avec les Francs. En 759, Pépin le Bref prit Narbonne et porta sa frontière jusqu'aux Pyrénées. Mais l'ancienne province wîsigothique conserva son individualité; sous les noms de Septimanie ou de Gothie, elle forma une circonscription spéciale de l'empire franc et plus tard du royaume de France. Au delà des montagnes, les conquêtes de Charlemagne et de Louis le Pieux amenèrent la fondation de la marche de Barcelone, où se trouvèrent comprises les anciennes cites d'Urgel, Ausona, Empuriae, Gerunda, Egara et Barcelone. Cette province transpyrénéenne doit être mentionnée ici, car elle entra, pour un temps, dans l'orbite ecclésiastique de Narbonne.
Le groupe formé au delà du Rhône par les provinces de Viennoise, de Narbonnaise II®, des Alpes Grées et Pennines, des Alpes Maritimes, s'arrondit, vers 575, par l'annexion de l'ancienne province des Alpes Cottiennes et de
(t) Lodùvc fut quelque temps soumise aux Francs ; son évôquo assista» en 535, au concile austrasicn de Clermont. En 589 et depuis il figure rogaliôrement aux conciles d'Espagne.
(2) Ce nom se trouve déjà, et pour désigner le pays oii nous sommes^ dans Sidoine, Ep., III, 1.
DIVISIONS POLITIQUES APRÈS l'eMPIRE ROMAIN. 83
la cité d'Aoste. De ce côté, l'empire franc déborda un peu le faîte des Alpes (1).
Les partages successifs entre les princes mérovingiens introduisirent ici, à certains moments, quelques dififérences dans Tappartenance politique. La civitas Helviorum passa, dès 534, au royaume d'Austrasie ; elle demeura, dans les partages subséquents , annexée au groupe des provinces que ce royaume possédait au delà de la Loire et dont l'Auvergne formait le centre. Il en fut de même d'Uzès, soit alors, soit depuis 536, ou encore depuis la mort de Clotaire (561). Ces deux cités ou diocèses sont sur la rive droite du Rhône. La rive gauche, autant qu'il est possible de s'en assurer (2), passa tout entière, en 534 et en 536,
(1) A partir de ce temps-là, les notices des provinces italiennes, tout en conservant le nom des Alpes Co<(tae, le transportent à un pays différent, à la région sud-ouest de la Ligurie administrative du quatrième et du cinquième siècle, c'est-à-dire à la vraie Ligurie ancienne. Paul Diacre suit ce système y mais il avait des racines anciennes, que P. Fabre a fort bien mises en évidence dans son mémoire sur le patrimoine des Alpes Cottiennes (Mé* langes de l'Ecole de Rome, t. IV, 1884, p. 402 et suiv.) et que Mommsen [Auct, ant., t. IX, p. 536) a eu tort de négliger.
(2) En ce qui regarde le partage de 534, Marins d'Avenches y fait intervenir Clotaire : « Childebertus, Chlotarius et Theudcbertus Burgundiara obtinuerunt, et fugato Godomaro rege, regnum ipsius diviserunt. » Mais Grégoire de Tours nous a conservé le souvenir d*une campagne de Childebert et de Théodebert contre Clotaire {Hist. Fr., III, 28); il représente (III, 7A, 31) Ghildebert comme très intime avec Théodebert, très mal disposé, au contraire, pour Clotaire. Il n'est pas possible de prouver qu'aucune cité burgonde (pour Vienne, voir plus loin) ait été soumise à Clotaire avant qu'il n'eût hérité de l'Austrasie (555) et du royaume de Paris (558). Childebort céda, en 534, plusieurs cités importantes à Théodebert (Bourges, Sens [ville], Auxerre); de plus, il lui laissa s'adjuger, dans le partage de la Burgondie, les cités d'Autun, Chalon-sur-Saône, Langres, Avenches, Viviers, probablement encore celles de Nevers et de Besançon. En lui attribuant le reste du royaume conquis, c'est à peine si on lui fait part égale. M. Longnon (loc. cit., p. 231) assigne à tort le Valais à Théodebert, en se fondant sur la présence de l'évéque Grammatius au concile austrasien de Clermont (535); Grammatius était évéque de Vindonissa et non du Valais. — En 536, Clotaire e«t, il est vrai, mentionné par les historiens grecs comme ayant traité avec Vitigés; mais Grégoire de Tours (III, 31) rapporte que l'argent versé par les Goths fut partagé entre Childebert et Théodebert, et que Clotaire n'en toucha rien; il ne dit mot des provinces; je suis bien porté à croire qu'il en fut d'elles comme de l'argent. Théodebert s'attribua les provinces rbctiques et poussa ses conquêtes jusqu'en Norique et en Pannonie ;
IX mains de Childebert, fils de Clovis. Clotaire y régna isuite (558 561), puis Contran (561-592).
Au temps de Gontran, toutefois, le royaume d'Austrasie Hendait jusqu'en Provence, où il possédait Avignon, Aix la moitié de Marseille (1).
Cette extension austrasienne , ce dédoublement de la •ovence entre deux obédiences politiques, se reproduisit isuite, chaque fois qu'il y eut en même temps un roi Austrasie et un roi de Bourgogne, c'est-à-dire de 595 à 2, de 639 à 656, de 663 à 678. Depuis 678 jusqu'en 855, utes les provinces entre les Cévennes et les Alpes de-
lot de Childobert eût été maigre si on no lui eût pas donné toute la Proice. — Théodebert et ChildebeK sont les seuls rois de ce temps que Ton le en rapports avec l'Italie ; le premier se mêle activement à la guerre thique; le second traite avec le pape pour les affaires du vicariat d*Ar- . Il était sûrement le souverain d'Arles et do Lyon; aucune cité de la e gauche du Rhône n'est indiquée, dans un document sérieux, comme evant de Théodebert ou de Clotaire. Si celui-ci a gagné quelque chose X acquisitions faites par les Francs en 534 et en 536, c*est, sans doute, r voie de compensation : il était aisé de l'avantager en Aquitaine ou ime ailleurs.
l) Marseille était partagée (Hist. Fr., IV, 44; VI, 2, 11, 31, 33) et le parre s'étendait vraisemblablement à la ville et au port lui-même. La ville Lvignon était austrasienne {Hist. Fr,f IV, 3U; VI, 1), mais une partie du ys appartenait au royaume de Gontran (VI, 43, 45). L'évéque d'Aix était jet de Sigebert {Gl. conf,^ 60). Toulon relevait sûrement de Gontran; son cque assista, en 573, au concile de Paris, oii ne figura aucun prélat aus- .sien (on n'en peut dire autant du concile de Mâcon, en 585). Pour Fréi, que M. Longnon attribue à TAustrasie, il n'y a aucune raison de le re, si ce n'est que son évéque ne figure à aucun des conciles de Gontran : a n'est pas suffisant. Pour Vence, le texte allégué {Hist. Fr., IX, 24) ist pas non plus très concluant. L'évoque d'Agdo, Phronimius, abandonne pays wisigoth pour se réfugier auprès du roi d*Austrasie, Childebert II; af ans après, en 588, le siège de Vence étant devenu vacant, il y est mmé rege largienle. Est-il sûr qu'il s'agisse ici du mémo roi que dans la rase précédente, et, en cas d'affirmative, ne peut-on pas admettre que le idit de Childebert H auprès de son oncle, avec lequel il était alors très m, ait suffi pour lui permettre de caser dans le royaumo de Gontran un ?lat persécuté en Septiraanie pour son dévouement à la nation franquo ? tout cas, ou voit très bien pourquoi les Austrasiens tenaient à Mar- Ilc, ainsi qu'aux territoires d'Aix et d'Avignon, qui reliaient ce grand rt à Uzès et à leurs domaines d'Aquitaine; mais on ne voit nullement urquoi ils auraient recherché la possession de Vence, petit canton alpiUi is valeur propre et séparé de leur territoire par des cités sûrement bourignonncs, Antibcs, Glandève, Riezi etc.
DIVISIONS POLITIQUES APRES l'eMPIRE ROMAIN. 85
meurèrent soumises aux mômes princes mérovingiens puis à Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Pieux, Lothaire. A la mort de celui-ci, le groupe principal passa à Tun de ses fils, Charles de Provence. Cependant, il y eut, sur le pourtour occidental et septentrional , nuelaues changements d'attributions. Aoste fut rattachée au royaume d'Italie (Louis II) ; Genève et Sion moment (855-859) annexées à celui de Lothaire rantaise, qui appartint aussi, de 855 à 858, à Le rentra, en 858, dans le domaine du roi Charles étant mort en 863, ses états passèrent à son frère sauf Uzès, Viviers, Vienne et le pays de Sermoi ron), démembré de Grenoble; ces contrées tomb mains de Lothaire II, puis, en 870, de Charles 1 Celui-ci ayant hérité, en 875, de son neveu l'union se reconstitua. Mais elle ne prit sa forme qu'à partir de la proclamation de Boson comme r vence à l'assemblée de Mantaille, le 15 octobre 8 Les trois cités de Genève, du Valais et d'Aoste il est vrai, aux mains de Charles le Gros et fire depuis 888, du royaume de Bourgogne {regnurri mais dans le reste des provinces alpines et dans ] Gallia Narbonensis^ jusqu'à Uzès et Arles, on l'autorité du nouveau souverain.