‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule: Provinces du Sud-est, Volume 1Chapitre 22 sur 141 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

TROPOLES DU SUD-EST ET LA PRIMATIE d' ARLES (1)

e saurait étudier la formation de la province eccléle d'Arles sans s'occuper en même temps d*une ion d'un caractère bien différent, le vicariat pontint les évéques d'Arles ont été investis à diverses s. Je vais donc, dans les pages qui suivent, traiter jx choses à la fois : du vicariat et de la province ; iriat, dont il ne fut régulièrement question qu'au LU VP siècle; de la province, qui se constitua au le et se maintint depuis avec diverses vicissitudes, eudi saint 22 mars 417, le pape Zosime, ordonné jours auparavant, délivra à Tévêque d'Arles Patrocle tre (2) qui lui attribuait ou lui reconnaissait, à lui ) successeurs, des pouvoirs considérables. L'évêque devenait métropolitain , non seulement de la pro-

questions traitées dans ce chapitre ont été étudiées récemment N, Gundlach en deux articles du Neues Archiv (t. XIII, p. 250; ». 9;, lesquels ont été ensuite réunis en volume, avec quelques com- , sous le titre Der Slreit der Bisthûmer Arles und Vienne^ Uaahn, 1890. Au lieu de m'arréter à discuter les points sur lesquels

diffère de celui de M. Qundlach, j'ai cru devoir m'en tenir à Texde mes propres idées. Les sources sont assez accessibles pour que r qui en aurait le désir puisse y recourir aisément et se faire une )ersonnelle. — La même observation s'applique à la thèse singu- M. E. Babut sur le concile de Turin, dont il fait deux conciles,

vers 405, l'autre en 417 {Le concile de Turin, Paris, 1904). J'ai ans la Revue historique, t. LXXXVII (1905), p. 279, les raisons [uelles ce système me paraît absolument inacceptable. 5, 328.

LES MÉTROPOLES DU SUD-EST ET LA PRIMATIE d'aRLES. 87

vince de Viennoise, à laquelle appartenait sa ville épiscopale, mais encore des deux provinces de Narbonnaise I"et de Narbonnaise II® (1). De plus, le pape faisait de lui une sorte d'intermédiaire entre Tépiscopat des Gaules et le siège apostolique. Désormais aucun évêque, aucun clerc des pays gallicans ne devait être admis auprès du pape s'il n'était porteur de lettres testimoniales {litterae formatae) délivrées par l'évoque d'Arles. Toutes les affaires ecclésiastiques de Gaule devaient être déférées à Tévôque d'Arles, à moins que leur gravité ne nécessitât l'intervention du pape lui-même.

Cette lettre de privilège n'est pas isolée. Tant que Zosime vécut, il maintint à Patrocle la situation prééminente qu'il lui avait attribuée aux premiers jours de son pontificat. Mais Zosime ne siégea pas deux ans. Dès l'année 419, Boniface, son successeur, entra dans une voie différente où marchèrent aussi les papes suivants, de sorte que la primatie d'Arles, à peine inaugurée, s'éclipsa. De ces négociations, cependant, il subsista quelque chose. Si les évêques de Narbonne et de Vienne parvinrent à se faire reconnaître comme métropolitains, Arles garda dans son obédience tout le midi de la Viennoise, avec les deux provinces de Narbonnaise IP et des Alpes Maritimes. Un instant même, le pape Hilaire (461-468) reprit le dessein de constituer à Arles une sorte de siège primatial des Gaules. Mais ce projet, contrarié par les circonstances, fut bientôt abandonné. La Provence, occupée par les Wisigoths, se vit séparée de Rome. La primatie d'Arles cessa de faire parler d'elle aussitôt que les grandes administrations romaines dont Arles était le centre, se furent repliées sur ntalie (480).

Mais ces administrations se réinstallèrent, une trentaine

(1) On ne parle pas de la province des Alpes Maritimes; mais il 7 a lieu de croire qu'elle aussi était considérée comme rattachée à la métropole d'Arles. Cette situation était déjà traditionnelle lors du concile de Riez, en 439; elle se maintint jusqu'à la fin du VIII* siècle.

d'années plus tard, après Teffondrement du royaume des Wisigoths (507). Le roi de Ravenne, Théodoric, qui continuait en Italie le régime impérial, en étendit le bénéfice à la partie de la Gaule qu'il s'était annexée à la faveur des derniers événements. Arles revit le préfet du prétoire des Gaules et tout son cortège de dignitaires administratifs. On crut le moment opportun pour y installer aussi un vicariat pontifical : Tévêque Césaire reçut (1), avec le pallium, la mission de représenter le pape auprès de l'episcopat des Gaulés et de TEspagne. Ce dernier pays était alors soumis en fait à Théodoric, comme tuteur du jeune roi Amalric. On ne voit pas que Césaire ait jamais usé de ces pouvoirs, soit dans la Gaule gothique, soit surtout dans les pays soumis aux Burgondes ou aux Francs. Quand il mourut, en 542, la Gaule, sauf la Septimanie, était tout entière franque; la ville d'Arles reconnaissait l'autorité du roi Childebert. Le lien était tranché entre elle et l'Espagne, y compris la Narbonnaise F®, Narbonne, Béziers, Nimes, etc. Les successeurs de saint Césaire, Auxanius, Aurélien, Sapaudus, n'en furent pas moins soucieux de se faire reconnaître à Rome comme vicaires pontificaux et de se faire décorer du pallium. Mais il n'y avait plus là que des formes. Sous le régime franc, le vicariat d'Arles ne rendit au saint-siège aucun service appréciable. En dehors d'Arles et de la Provence, on ne voit pas que le pallium des successeurs de saint Césaire leur ait valu beaucoup de prestige. Dans les conciles nationaux, on les traitait toujours comme des métropolitains ordinaires. Passé le VP siècle, il n'est plus question du vicariat.

Telle est l'histoire du vicariat, dans ses grandes lignes.

Venons maintenant au détail, et, tout d'abord, concentrons notre attention sur l'origine de cette institution, au temps de Zosime et de Patrocle. Il y a là, je crois, une situation historique dont on n'a pas tenu jusqu'ici un compte

(I) Jaffé, 769.

suffisant. Dans son entreprise pour rattacher plus étroitement au saint-siège Tépiscopat des Gaules, le pape Zosime n'a pas rencontré le succès; on peut même lui reprocher d'avoir mal choisi son principal instrument, Tévéque Patrocle. J'irai plus loin et je reconnaîtrai sans détour que, dans cette affaire comme dans plusieurs autres, se trahit le naturel inquiet, agité, du personnage qui occupait alors le siège pontifical. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il ait agi sans raisons, qu'il ait engagé à l'aveugle l'autorité dont il était dépositaire, qu'il ait été en tout le jouet d'un prélat ambitieux et bien en cour.

Quelles avaient été à l'origine, quelles étaient au commencement du V* siècle, les relations entre le saint-siège et les évoques des Gaules?

A l'origine, la chose est aussi claire que possible. Les seuls documents qui nous restent sur l'histoire de nos églises avant Constantin, ce sont les lettres des martyrs de Lyon de Tannée 177, les écrits de saint Irénée, la lettre 68** de saint Cyprien. Rien n'est plus propre que ces pièces à nous montrer l'étroite union qui régnait entre Rome et les églises de Gaule , notamment celles de Lyon et d'Arles. Les martyrs de 177 sont en rapports épistolaires avec le pape Eleuthère ; ils lui écrivent (1) à propos dos prophéties nionlanistes, l'appelant leur père, Harep 'EXeuOepe, et lui recommandant le porteur de leur lettre, le prêtre Irénée, en termes qui supposent des relations antérieures et un certain crédit. Quant à saint Irénée lui-même, très mêlé aux affaires intérieures de l'église romaine, très au courant de son histoire, c'est peut-être celui de tous les Pères de

(l) Eusèbe. H. E., V, 3, 4.

ui a prononcé les plus fortes paroles sur la nése tenir en union avec le siège apostolique. Au

IIP siècle, la lettre de saint Cyprien nous le ril se produisait un désordre grave dans Téglise , on avait soin d'en informer le pape, on consi- 5 sa responsabilité était engagée, on lui attribuait )i le devoir de pourvoir au remplacement d'un ïvoyé (1).

î fuere prius. Au IV" siècle, on ne rencontre rien ble. Sans doute, le concile d'Arles de 314 nous ne lettre empreinte des sentiments les plus resà regard du pape Silvestre et du saint-siège ; î pièce émane d'une assemblée de tout l'épiscopat t : bien qu'il convienne d'en tenir compte, on * qu'elle n'exprime pas spécialement les senti-

l'épiscopat gallo-romain. Celui-ci devenait très :. A la faveur de la liberté religieuse, les évêchés liaient rapidement : il y en eut bientôt un dans ité. Quelle influence le saint-siège eut-il sur ce iment et sur le progrès de l'organisation eccléau cours du IV» siècle? Il serait impossible de le ocuments faisant complètement défaut. Toutefois, produit quelque événement extraordinaire, il en n resté trace, au moins dans la Chronique de évère.

t la crise arienne (353-360), l'épiscopat du midi, une Gaule narbonnaise, parait s'être rallié autour je d'Arles, Saturninus, favori de l'empereur Cousj autres évoques avaient pour chef moral saint 5 Poitiers. Mais ces groupements sont dus à des ices personnelles ; ils n'impliquent aucune prééies sièges d'Arles et de Poitiers. Ces villes , du

ne sentiment se retrouve dans les plus anciennes légendes sur ion des Gaules. C'est de Rome que Grégoire de Tours fait eupt missionnaires, ainsi que saint Eutrope de Saintes; c'est aussi était venu à Auxorro saint Pérégrin.

reste, n'avaient alors aucune prééminence ôflBcielle. C'est à Trêves et à Vienne que l'importance était échue; la vieille métropole lyonnaise, très entamée dès le IIP siècle, ne conservait que le souvenir de son ancienne splendeur. A Trêves résidait l'empereur, quand il y en avait un pour les pays transalpins ; en tout cas, il y avait là un préfet du prétoire, duquel relevaient les gouverneurs de province depuis la frontière d'Ecosse jusqu'au delà du détroit de Gadès. Bien d'autres admininistrations importantes y avaient leur centre. Vienne était le siège du vicariat des cinq (plus tard des sept) provinces entre lesquelles se subdivisait la Gaule du centre et du midi. Dans cette dernière région, Narbonne faisait encore quelque figure comme chef-lieu de province. Quant à Arles, elle avait le relief d'une ville importante par son commerce et sa population, tout comme ses voisines, Nimes et Marseille.

Il semble que, du moment où les vieilles traditions allaient en s'effaçant, du moment où l'on se détachait de la mère-église de Lyon, on aurait dû chercher à se rallier autour de Trêves et de Vienne. Il n'en fut rien. Les rares documents où apparaît alors l'épiscopat des Gaules le circonscrivent beaucoup plus qu'ils ne le groupent. L'expression consacrée pour le désigner c'est Episcopi Galliarum et V (ou VII) provinciarum. On la rencontre dans les lettres synodales des conciles de Valence (375), de Nimes (396), de Turin (v. 400), ainsi que dans la correspondance des papes Zosime et Boniface. Aux conciles de Valence et de Nimes, dont nous avons les signatures, ou trouve, comme président, le plus ancien évéque et non celui d'un siège déterminé : Lyon, Trêves, Arles, Vienne, n'ont ici aucune préséance. Il y a plus; l'institution. des métropoles, qui fonctionnait depuis longtemps en Orient, ne se révèle pas encore dans les décrets de Valence et de Nimes. C'est au concile de Turin qu'il en est question pour la première fois, et comme d'une chose peu définie. Les évéques de ce concile ne savent pas si c'est à Tévêque d'Arles ou à celui

doivent être attribuées les fonctions de ins la province à laquelle appartiennent ces jvêque de Marseille, vraisemblablement en m usage, est considéré comme le métropo- Donnaise 11% bien que sa ville épiscopale le. Nous sommes évidemment aux origines itropolitain, en ce qui regarde la Gaule

scopat si peu groupé, si peu hiérarchisé, relations extérieures ?

gnaler une situation nouvelle. A Torigine, it qu'à Rome; maintenant il y a une ten- ^ser aussi, et peut-être plus volontiers, à

es Gaules avait délégué deux de ses memd'Aquilée, tenu en 381, par saint Ambroise, nt de certaines affaires ecclésiastiques de î concile, le pape ne fut ni présent ni ret avant tout le concile du diocèse d'Italie, i haute Italie, dont le chef était l'évêque de les évêques des Gaules, divisés à propos de

l'évêque de Trêves, Félix, allèrent porter Bvant le même concile, tenu cette fois à sous la présidence de saint Ambroise. C'est ) celui-ci que se réunit le concile de Turin, tendu, est toujours le concile d'Italie, le que de Milan. Sa principale occupation fut irtain nombre d'affaires que les prélats de ône et même des autres régions de la Gaule tre à son autorité, e prenait ; il était même déjà pris. Toutes

avait entre soi un dissentiment grave, que de régler en Gaule, on le portait à Tévêque

z mon livre Origines du culte chrétien, p. 32 et suiv. ;

de Milan et à son concile. Ce n'était pas que Ton mésestimât le siège apostolique, sa tradition, ses lumières; mais on croyait apparemment que les évêques de la haute Italie étaient mieux renseignés sur Tétat des choses en Gaule, et Ton s'adressait à eux plus volontiers. Ce que Ton demandait à Rome, c'était plutôt de la législation : on la consultait sur des cas de morale ou de discipline générale; une église aussi ancienne, aussi importante, était en situation de donner de bons conseils. Ici, nous pouvons citer, précisément pour le temps qui nous occupe, le Synodus Romanorum ad Gallos episcopoSy avec les deux lettres du pape Innocent aux évêques Victrice de Rouen et Exupère de Toulouse (t). Ce ne sont que des réponses à des consultations écrites ou même orales ; ce ne sont pas des décisions judiciaires. L'autorité traditionnelle, en fait de discipline, c'était toujours la vieille église de Rome; mais l'autorité pratique, le juge en cas de conflit, c'était le concile de Milan.

Une telle situation était peu faite pour agréer aux papes ; et cela d'autant moins que les recours à Milan tendaient à passer en usage, même en d'autres pays q«e la Gaule. Les Africains et les Espagnols, en diverses occasions, étaient allés demander conseil à Milan tout aussi bien qu'à Rome. Milan était depuis plus d'un siècle la résidence ordinaire de l'empereur d'Occident. Cette circonstance avait évidemment influé sur le prestige de son évêque. Allait-on voir, en Occident comme en Orient, l'épiscopat graviter autour de la ville impériale? Déjà les Africains étaient organisés et formaient autour de l'évêque de Carthage un faisceau très serré : Carthage n'était guère moins autonome qu'Alexandrie. N'était-ce pas une Constantinople italienne qui se dessinait à Milan? Que deviendrait alors le prestige du siège apostolique? Le sénat de Rome n'était plus qu'une grande curie municipale ; autrefois maître du

(1) Jafifé, 286, 293,

monde, il ne jouissait plus que d'un majestueux honorariat. Etait-ce là le sort que Tavenir réservait au siège de saint Pierre?

Que les papes se soient préoccupés de cette situation et que leurs inquiétudes se soient exprimées dans leur langage et dans leurs actes, c'est ce qu'il y a de plus naturel. A cet égard, la lettre du pape Innocent à Tévôquede Rouen, Victrice, est très intéressante à étudier.

Innocent prévoit le cas où un conflit éclate entre des clercs, môme d'ordre supérieur, c'est-à-dire évoques. Il veut qu'alors le débat soit jugé dans la province même et non pas en d'autres provinces (1). Sur ce point, il n'admet qu'une exception, c'est le cas où l'on s'adresserait à Rome.

Le terme de <i province » est ici un peu vague. Il n'est pas sûr que le pape ait entendu par là des provinces administratives comme celles que vise le canon 5* du concile de Nicée. Le régime des provinces ecclésiastiques calquées sur les circonscriptions civiles n'avait point été introduit en Italie; on peut môme dire qu'il ne le fut jamais. Les ressorts métropolitains de Rome, de Milan, de Ravenne, ne coïncident nullement avec des provinces administratives. Je crois plutôt que le pape considère ici la Gaule comme une vaste province et qu'il engage les évoques de ce pays à terminer leurs querelles chez eux, sauf le cas où ils préféreraient recourir au saint-siège. En toute hypothèse, il est clair qu'une pareille prescription exclut, pour les églises de Gaule, la compétence du concile de la haute Italie.

Innocent présentait cette prohibition comme très importante : l'enfreindre, c'était, selon lui, se mettre dans le cas d'être déposé et puni comme coupable d'une grave in-

(1) « Congregatis eiusdem provinciae episcopis iurgium torminctur, nec alicui liceat — sine praeiudicio tamen Romanae ecclesiae cui in omnibus causis débet reverentia custodiri — relictis his sacerdotibus qui in eadem provincia Dei Ecclesiam nutu divino gubernant, ad alias convolaro provincias. » Jaffé, 28G| c. 5.

PATROCtË. 95

justice (1). Cependant sa décision ne se produisait pas avec une solennité suffisante pour que Ton en pût espérer beaucoup d'effet. Elle fait partie d'un petit liber regularum^ donné par lui, sur sa demande, à Tévéque de Rouen. Celui-ci est bien chargé de le répandre autour de lui, mais Innocent s'en rapporte sur ce point au zèle de Victrice. Il n'adresse pas sa consultation à l'épiscopat gallican tout entier, episcopis per Gallias eê septem provincias. Ce n'est pas avec cette démonstration timide que Ton fût venu à bout de détourner le courant qui portait vers Milan les procès des évoques transalpins.

Zosime, successeur d'Innocent, eut recours à des voies beaucoup plus pratiques.

Si les évoques de la haute Italie avaient tant de crédit aux yeux de leurs collègues de Gaule, c'est qu'ils étaient groupés, organisés, hiérarchisés, et que leur chef était Tévéque d'une ville de très grande importance. Qu'une autorité de cet aspect se rencontrât à l'ouest des Alpes, c'en serait assez pour que les procès gallicans ne franchissent pas les cols. Que cette autorité tînt ses pouvoirs du siège romain et se prêtât à être au besoin l'intermédiaire entre le pape et le clergé des Gaules, c'était autant qu'il en fallait pour calmer les inquiétudes des pontifes apostoliques et renouer l'antique tradition des rapports avec Rome. Or, précisément au moment où nous sommes, la situation politique prenait une tournure très propre à favoriser une institution de ce genre.

Les promenades militaires des Goths à travers l'Italie

(i) « Quod si quis forte praesuropserit, et ab officio clericatus submotus et ioiuriarum rous ab omnibus iudicotur. a

avaient contraint l'empereur latin à délaisser momentanément Milan pour chercher dans les marécages de Ravenne un asile plus sûr, plus voisin de sa ligne de retraite sur Constantinople. En même temps, les barbares de Germanie violaient à chaque instant la frontière du Rhin et le prestige de Trêves. 11 n'était plus possible de maintenir en un lieu si exposé le centre du gouvernement transalpin. Les provinces de Bretagne avaient été laissées à elles-mêmes. En se repliant vers le sud, on s*était arrêté à Arles, à portée de l'Espagne, dont on ne désespérait pas encore, et de ritalie, où était toujours le centre de gravité politique. Arles avait été capitale d'empire sous le gouvernement de l'usurpateur Constantin (407-4H). Reconquise, après un long siège, par le favori d'Honorius, le général Constance, elle avait su faire oublier son opposition momentanée. C'était évidemment, pour l'avenir, le centre de Tinfluence romaine au delà des Alpes, la capitale de ce que l'empire pouvait espérer conserver de ses anciennes provinces en Gaule et en Espagne.

Il n'y avait pas besoin d'être très perspicace pour voir clair dans cette situation. Le pape Zosime la comprit tout de suite et s'empressa d'en profiter. Mais, en cette affaire comme en plusieurs autres, s'il aperçut clairement le but à atteindre, il ne montra pas le même discernement dans le choix des moyens et l'appréciation des personnes.

Au moment de son élection, la grande influence politique, dans Tempire d'Occident, c'était le patrice Constance, le vainqueur d'Arles, devenu le protecteur et comme le père de cette cité, conquise par ses armes ou sa diplomatie. Au-dessous de lui, dans les avenues qui conduisaient à ses bonnes grâces, un autre Arlésien de rencontre, l'évêque Patrocle, faisait volontiers parade de sa faveur. C'était un assez triste personnage. Au temps de l'usurpateur Constantin, Arles, comme plusieurs autres villes des Gaules, avait à sa tête un évêque du type de saint Martin, un de ses disciples : il s'appelait Héros. Ce saint homme avait

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eu le tort de ne pas sacrifier Constantin alors que tout le monde Tabandonnaît. Quand la ville fut livrée au général d'Houorius, il avait été stipulé que le malheureux prince aurait la vie sauve. Les serments de Constance ne suffisant pas à le rassurer, révoque lui donna dans son église la protection de Tasile religieux ; pour plus de sûreté, il crut devoir l'ordonner prêtre. Cela ne le sauva pas. On Tarracha de l'autel, et, peu de jours après, sa télé fut expédiée au « légitime » empereur, à Ravenne.

Quant à Tévôque Héros, on ne se donna pas même la peine de lui faire son procès : on l'expulsa purement et simplement. Son collègue d'Aix, Lazare, un autre disciple de saint Martin, fut évincé par le même procédé. On eût sans doute agi de la même façon à l'égard de Tévéque de Marseille, le vénérable Proculus ; mais celui-ci était un homme de tête, très aimé de sa population, peut-être plus habile que ses collègues. Il conserva son siège.

On ne sait quel fut à Aix le successeur de Lazare. En revanche, on ne connaît que trop le successeur d'Héros sur le siège d'Arles. Les contemporains (1) le représentent non seulement comme l'àme damnée du patrice Constance, mais encore comme un prélat simoniaque, qui mit bientôt à l'encan, dans un commerce infâme, les sièges épiscopaux du midi de la Qaule. Ces témoignages n'existeraient pas que l'on ne serait déjà que trop fondé à se scandaliser de son élévation à l'épiscopat. Accepter ces fonctions du

(1) Témoignage do saint Prosper, Chron., a 412 (Migne, P. L., t. LI, p. 590): « Horos, vir sanctus et b. Martini discipulusi cum Arelatensi oppido episcopus praesideret, a populo oiusdem civitatis insons et nulli insimulationi obnoxius pulsus est, inque eius locum Patroclus ordinatus, amicus et familiaris Constantii magistri militum, cuius per ipsum gratia quaerebatur; eaque res inter episcopos regionis illius magnaruro discordiarum causa fuit. » — Témoignage de la Chronique do 452, rédigée en Provence par un contemporain de saint Prosper, avec des préoccupations théologiques opposées à celles du célèbre disciple do saint Augustin; Migne, /. c, p. 862 : « Patroclus Arelatensis episcopus infami mercatu sacerdotia venditare ausus. v Cf. la récente édition de Mommscn, M. G. Auctores antiquiBiimi^ t. IX, p. 46G, t^4.

98 Castes épiscopaux de l anCienkë ôaulë.

vivant d'un évêque dont la destitution n'avait été prononcée par aucun tribunal ecclésiastique, ceh décèle une conscience des moins timorées.

Patrocle se trouvait à Rome au moment de Télection de Zosime. Eut-il quelque influence sur le choix du nouveau pape ? On n'en sait rien. Ce qui est sûr, c'est que, dès le premier jour, il fut persona gratissima et que son crédit demeura intact pendant les vingt et un mois de ce pontificat. Ce que Ton peut dire de plus favorable pour Zosime, c'est que la grande situation oflBcielle de Patrocle ferma les yeux de son supérieur ecclésiastique sur l'irrégularité de sa promotion et Tétrangeté de sa conduite.

Jusqu'à sa mort il demeura obstinément.attaché à Tévéque d'Arles, s'en rapporta toujours à sa parole et transforma ses moindres désirs en décrets du saint-siège.

Les désirs de Patrocle étaient nombreux et variés. Comme ils ont beaucoup d'intérêt pour l'histoire de l'organisation ecclésiastique en Provence, je dois les énumérer en détail (1).

Le premier concernait son propre diocèse épiscopal. Il contestait à l'évêque de Marseille deux paroisses, CUharisla et Gargarius^ qu'il disait appartenir au « territoire de son église. » Ces deux localités, actuellement Ceyreste et Saint-Jean-de-Garguier, sont situées Tune au sud-est, l'autre à l'est de Marseille; entre Marseille et Gargarius, il n'y a guère plus de quatre lieues. On peut s'étonner que la cité d'Arles se soit étendue aussi loin; cependant, il n'est pas possible d'en douter. Une inscription de Gargarius (2) mentionne les pagani pagi Lucreti qui suni finibus Arelatensium loco Gargario. Elle est du temps d'Antonin le Pieux. D'autres inscriptions, moins significatives, il est vrai, permettent cependant d'aflBrmer que Hyères et Toulon

(1) Sur ceci, voir les lettres de Zosime (Jaffé, 328-341).

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