C. /. L., XII
PATRÔCLfi. 99
relevaient aussi, sous le haut empire, des magistrats artésiens (1). Marseille n'avait alors qu'une banlieue fort étroite, qui ne comprenait pas même Allauch et Aubagne, C'est, avec quelques localités de la côte, comme les lies d'Hyères, Nice et Monaco, tout ce qui lui restait de Timmense territoire perdu par elle dans la guerre entre César et Pompée.
On peut se demander, toutefois, si ces délimitations demeurèrent invariables, et si, au moment où Patrocle s'engageait sur ce point dans un conflit avec Tévêque de Marseille, le territoire de la cité marseillaise n'avait pas été notablement agrandi. Une chose est certaine, c'est que le diocèse de Marseille, dès le haut moyen-âge, comprenait les deux localités réclamées en 417 par l'évéque d'Arles ; déplus, le diocèse de Toulon, à Test de celui de Marseille, s'étendait sur des régions qui, au III* siècle encore, étaient arlésiennes; enfin, le diocèse d'Aix est plus grand que le territoire de l'ancienne colonie d'Aquae Seœiiae (2). Comme les diocèses du moyen-âge correspondent sensiblement dans ces contrées aux cités de la fin de l'empire, on est fondé à croire que, postérieurement au II* siècle, et probablement vers le temps de la réorganisation des provinces par Dioclétien, le territoire d'Arles fut considérablement diminué, du côté de l'est, au bénéfice d'Aix et de Marseille. Un cas semblable se présente pour Lyon. Lyon, sous le haut empire, n'avait qu'une mince banlieue; on lui forma un territoire aux dépens de la cité éduenne.
Ces rémaniements sont toujours désagréables à ceux qui en font les frais. Quand les querelles des cités furent devenues des querelles d'évéques, on vit souvent les évoques d'Arles en froid avec leurs collègues d'Aix et de Marseille, Ceci nous ramène à Patrocle.
(1) C. /. L., XII, 388, 696 (cf. Add,, p. 817); C. Jullian, dans le Bullelin épigraphique de la, Gaule, t. V, p. 166.
P) Sur les limites de ce territoire, voir C. /. L., XII, 531. Cf. Jullian Bull, épigr., t. V, p. 12*2; t. VI, p. 172.
100 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNGIBNNB GAULE.
Il est assez étonnant qu'il n'ait pas réclamé Toulon, localité sur laquelle il avait tout autant de droits que sur Citharista et Gargarius. L'évéque de Toulon assiste toujours aux conciles arlésiens du V* siècle, tandis que les èvéques de Marseille et d*Âix s'en abstiennent systématiquement. Son siège avait peut-être été fondé par quelque évêque d'Arles. Sur ceci, cependant, les documents n'offrent aucune indication, et le diocèse de Toulon peut fort bien avoir été démembré de celui de Marseille dans le courant du IV* siècle. Nous savons au moins qu'à Marseille on était assez porté aux fondations de ce genre, et que l'on avait érigé en sièges épiscopaux ces deux vici de Citharista et de Gargarius, maintenant réclamés par l'évêque d'Arles. On ne dit pas si ces fondations remontaient à une date antérieure au conflit ou si c'est à lui qu'elles devaient leur origine.
Toujours est-il que Patrocle fit reconnaître par le pape son droit épiscopal sur les paroisses en litige. Il ne tarda pas à se débarrasser des évoques envoyés de Marseille. L'un d'eux, Ursus, se laissa effrayer et consentit à donner sa démission; l'autre, Tuentius, fut apparemment chassé sans trop de cérémonie ; tous les deux se virent réduits à l'exil, comme Héros et Lazare. Patrocle avait ses raisons de craindre les discours qu'ils pouvaient tenir sur son compte ; il les diffama si bien auprès du pape que celui-ci invita, par lettre (1) encyclique, Tépiscopat du monde entier à les repousser et à les considérer comme des scélérats.
Il n'est pas douteux que l'évéque d'Arles ne se soit mis en possession de Citharista et de Gargarius. La première de ces localités faisait encore partie du diocèse d'Arles au temps de saint Césaire (2). A la longue, cependant, il in-
(1) Jaffé, 331.
(2) Vie de saint Césaire, II, 17 (Migno, P. L., t. LXVII, p. 1033) : Cum «d CUaristRnam parochiam venisset [Cacsarius] oisitandi çralia*.. Dans rintervalie, saint Uilaire d'Arles avait fait des concessions sur certaines de ses paroisses. Le pape Hilaire, saisi de cette affaire par l'évéque Léonce» qui désirait rentrer en possession, remit le règlement au concile proviaclal
tervint un accord, sur la date duquel nous ne sommes pas renseignés, et Tévéque de Marseille reconquit ce qu'il avait perdu au temps du pape Zosime.
Il est à noter ici que Zosime, dans les deux pièces relatives à cette affaire, ne dit pas que Citharista et Gargarius appartiennent présentement à la cité d'Arles. Il est question d'abord, dans sa première lettre, du territoire de Véglise d'Arles, non du territoire de la cité.
Un peu plus bas, il est dit qu'en raison de sa dignité spéciale, la ville métropolitaine d'Arles ne doit subir aucun préjudice; qu'elle doit revendiquer toutes les paroisses qu'elle a possédées jadis^ dans quelque territoire qu'elles soient situées, môme en dehors de la province (1). Ce dernier trait vise probablement le diocèse d'Aix, auquel Patrocle avait aussi quelques réclamations à faire. Dans la seconde lettre, il est dit qu'Ursus et Tuentius avaient été ordonnés évéques territoriis indebitis^ ad Arelatensium ci^ vitatem antiquitus pertinentibtts.
Si le pape était entré plus avant dans ce genre de concessions, s'il avait provoqué partout le remaniement des diocèses épiscopaux d'après les circonscriptions de l'ancien régime impérial, c'eût été un bouleversement universel (2).
(Jaffé, 555). On peut admettre que Citharista et Gargarius sont visées dans cette lettre sans être nommées, que le concile arlésien les remit, en effet, sous l'autorité de Léonce, et que c'est en vertu de sa décision que saint Césaire y exerçait son ministère pastoral. Un arrangement postérieur dut intervenir, car les deux localités rentrèrent dans le diocèse de Marseille.
(1) « Sane quoniam metropolitanae urbi vêtus privilegium minime derogandum est... idcirco quascumque paroecias in quibuslibet territoriis, etiam extra provincias suas, ut antiquitus habuit, intemerata auctoritate possideat. »
(?) Patrocle ne fut pas le seul à bénéficier de ces changements. Un évéque Rémi (Remigius) reçut du pape Zosime une lettre, datée du 3 octobre 417, qui l'autorisait à réclamer contre les usurpations de Proculus de Marseille et de plusieurs autres évéques. Cette lettre (Jaffé, 337), publiée pour la première fois en 1870 (Maassen, Quelleriy 1. 1, p. 955), est encore peu connue; elle a d'ailleurs été mal ponctuée par Maassen, si bien que le second éditeur des Regesta ponlificum en donne une analyse qui est un véritable contresens. Je crois donc devoir la reproduire ici :
c Dilectissimo fratri Remigio Zosimus. Licet proxime scripta dederimus
Le mieux était évidemment de s'en tenir aux délimitations ècle ; c'est ce que Ton fît en général, et, même en 3, la nature des choses finit par l'emporter sur des ins surannées.
e n'était pas seulement Patrocle qui s'autorisait, rdre de choses, de relations anciennes. Son advervêque de Marseille, cherchait de son côté à per-
»num discipllnam Iraditionemque maionim ne quis parrocias in Titorio civitatis crederct rotincndas, tamen, quoniam libello tuo . etiam ad te scripta specialiter mitterentur, cas de quibus queûas per Proculum et Domninum ceterosque dctineri nostra auc- »c est apostolicae sedis statuto vcl canonum, remoto omni praeectionem tuam ad se volumus rcvocarc, frater carissime; ita ut itentus parrociis iure tibi debitis alterius non usurpes. Deus te custodiat, frater carissime Dat. v non. octobris, Honorio Aug. tio V. c. iterum conss. »
intéressant de savoir où ce Rémi était évéque; plusieurs autres le mentionnent, mais aucun d'eux n'indique son siège. H signa de Nimes en 396; quelques années après, il est mentionné au Turin (c. 2) comme s'étant ingéré sans droit dans certaines ordisemble bien que l'on doive le compter parmi les évéques de la naise qui contestaient les droits de Proculus; le chroniqueur de isen, l. c, p. 652) dit que Proculus permit de lui faire un procès *e : Proculus Massiliensis episcopus clarus h&betur; quo anigna de suspecto adulterio Remedi episcopi quaestio agilalur, larqué dans la chronique à l'année 408, c'est-à-dire à une date à l'avènement de Patrocle. Le quo annuente semble indiquer lemi était sufîragant de Proculus, c'est-à-dire évéque de la II* Nar- II n'est pas étonnant, après ces rapports, qu'on le trouve, en 417, ) des adversaires de l'évéque de Marseille. Il est encore nommé, as une lettre du pape Boniface (J. 349), et cela aussitôt après Paqui prouve qu'il avait une certaine importance, due sans doute enneté dans l'épiscopat. Ce ne fut pas un évéque d'Aix : l'hisazare le prouve assez. Apt et Fréjus sont également impossibles, ues Castorius et Leontius étant nommés, avec Rémi, en tête de e 419. On ne voit pas quelle querelle do limites eût été possible ique de Marseille et ceux de Riez, Sisteron, Gap. Reste l'évéque voisin de territoires côtiers qui avaient relevé et relevaient ent encore de la cité de Marseille. Cependant il faut noter que ait à Gap, vers la fin du VI" siècle, deux anciens évéques, Teriimedius, marqués au 3 février dans le martyrologe biéronymien ; rt, l'église de Digne, voisine de celle de Gap, fut fondée, dans la loitié du IV* siècle, par les deux saints Vincent et Domnin. Il est eux que ce dernier vécClt encore en 417 et qu'il soit le Domninus la lettre pontificale.
pétuer des relations métropolitaines un peu archaïques, qui remontaient sans doule à Tévangélisation du pays, mais qui n'étaient guère conciliables avec le système des circonscriptions administratives.
Il est probable, comme j*ai eu l'occasion de le dire (1), que la ville grecque de Marseille s'ouvrit de bonne heure à la prédication chrétienne. Que, dans ce grand port, si fréquenté des Grecs d'Asie Mineure et des Syriens, il y ait eu, dès les premiers temps du christianisme, je dirais volontiers dés le temps des apôtres, un petit noyau de fidèles, c'est ce qui est, en soi, très vraisemblable. De là, l'Evangile se répandit à l'intérieur du pays. On peut soupçonner que Marseille fut pour la Provence ce que Lyon fut pour Tancienne Gaule celtique, une église-mère, un foyer de rayonnement chrétien. Arles dut être une de ses premières colonies. On y trouve des évoques dès le milieu du IIP siècle. Suivant une tradition recueillie par Grégoire de Tours, Trophime, le premier d'entre eux, aurait été envoyé de Rome. Cette tradition parait avoir des racines anciennes. Patrocle la fil valoir auprès du pape Zosime; encore qu'il en ait déduit ou fait déduire des conséquences excessives, rien n'autorise à croire qu'il l'ait inventée. En tout cas, que sa fondation remontât à l'église de Rome ou à celle de Marseille, il est sûr que la chrétienté d'Arles devint bientôt assez importante pour se soustraire à Tinfluence de sa voisine. Au IV* siècle, les évoques d'Arles jouent quelquefois un rôle ; de ceux de Marseille on n'entend presque jamais parler.
Cependant ils avaient gardé une certaine autorité, sinon sur tous les évéques de la région, au moins sur ceux de ce que l'on appelait la IP Narbounaise, le pays situé entre la basse vallée du Rhône et les hautes chaînes des Alpes. A la fin du IV* siècle, tous les évéques de cette région recevaient l'ordination des mains de l'évéque de Marseille,
(1) Gi-d6S8U8, p. 76.
lequel, d'ailleurs, se considérait comme le fondateur de "?urs sièges. Ceci était l'ancienne tradition. Malheuient, Marseille était en Viennoise, et il semblait de 1 plus incongru que les relations métropolitaines ne t pas réglées par les circonscriptions provinciales, êques de la II* Narbonnaise réclamaient donc un >oIilain qui fftt l'un d'entre eux, et il est à croire que le d'Aix ne fut pas le dernier à protester contre la lole de Marseille. Ce conflit fut porté devant le con- Turin, qui reconnut en principe la justice des reations narbonnésiennes, mais décida que Ton ne îrait rien tant que vivrait le vénérable évoque de lie, Proculus, Celui-ci ne se pressa pas de mourir, te que la métropole de Marseille survécut encore es années. Peu de temps après le concile, le siège Hant devenu vacant, Proculus y ordonna un évoque, îment ce Lazare qui fut chassé en 411 par une réac- )litique. Ce conflit, assez anodin, entre Aix et Marfut tranché par les évoques d'Arles. Patrocle donna
Bt
lit les plaideurs d'accord en croquant Tun et l'autre.
dant, pour en arriver là, il lui fallut d'abord résoudre itre diflBculté.
mportante que fût devenue la ville d'Arles, surtout ' siècle, depuis qu'elle avait été comblée de faveurs maison constantinienne (1), elle avait cependant à er, dans la Gaule du Rhône, avec le prestige de l'an- 5 cité de Vienne. Celle-ci, dont le territoire s'étendait ois jusqu'aux plus hautes vallées des Alpes et au lac
rs la fin du IV* siôcle, Ausone, énumérant les grandes villes de ), assigne à Arles un des premiers rangs. Avant elle il ne place, en que la cité de Trêves, qui était, alors encore, résidence impériale XIX, 8).
Léman, avait été notablement diminuée par la création des cités de Genève et de Grenoble. En revanche, elle était devenue métropole de la province à laquelle son nom demeura; de plus, on y avait installé le vicaire des Sept Provinces : c'était le chef-lieu d'un diocèse. Administrativement, après Trêves, Vienne était la seconde ville des Gaules. Mais, vers le début du V* siècle, peut-être un peu plus tôt, Arles succéda à Trêves comme siège de la préfecture du prétoire.
Ce changement se produisit juste au temps où s'introduisait au delà des Alpes le régime des métropoles ecclésiastiques. Il compliqua singulièrement la situation (1). Comme on ne pouvait plus s'y reconnaître, on demanda au concile de Turin de décider entre les deux cités rivales, entre celle qui était indiquée par les relations administratives des cent dernières années, et celle qui venait de recevoir un si grand accroissement de situation. Le concile hésita. Sa sentence porte que celui des deux prélats qui prouverait que sa ville était la métropole devrait être considéré comme le métropolitain de la province entière. C'était répondre à la question par la question. On ajouta un conseil pratique : diviser la province en deux obédiences, chacun des deux sièges de Vienne et d'Arles exerçant les droits métropolitains sur les évoques les plus voisins. La preuve que ce conseil était sage, c'est qu'il finit par prévaloir, une cinquantaine d'années plus tard, grâce à l'influence du pape Léon. Mais, au temps où Patrocle succéda à Héros, aucune décision autorisée n'était encore intervenue. Patrocle se chargea de régler cette affaire.
(1) On voit par la constitution Saluberrima de Temporeur Honorius (Coustant, Epp, Rom. pont,, p. 978) que le préfet du prétoire Petronius avait, dés avant le temps de Tusurpateur Constantin, c'est-à-dire avant 407, transféré à Arles le concile des Sept Provinces. Siquidem hoc, iam et v, m, praefectus Petronius observnri debere praeceperit quod interpolalum vel incuria temporum vel desidia tyrannorum reparari.., decemimus. C'est donc à tort que Mommsen {M. G. Auct, anliq., t. IX, p. 553) dit que la translation eut lieu peut-être, fortasse, en 413.
106 FASTES ÉPIBCOPAUX DE l' ANCIENNE GAULE.
Le pape Zosime lui reconnut les droits de métropolitain, non seulement sur la Viennoise entière, mais encore sur Tune et l'autre Narbonnaise. II avait persuadé au pape que telle était la coutume antique. Aussi fut-il déclaré que Tévéque d'Arles aurait seul, sicuti semper habuU, le droit de présider aux ordinations épiscopales dans les trois provinces. Quiconque contreviendrait à ce règlement serait considéré comme privé de Tépiscopat, et l'ordination célébrée en dehors du métropolitain d'Arles ne pourrait avoir aucun effet.
Un tel décret, si manifestement contraire à l'usage, ne pouvait manquer de provoquer la contradiction des intéressés. Il y avait alors deux évéques d'Aix, l'un en fuite, Lazare, l'autre, dont nous ignorons le nom, à la dévotion de Patrocle. Celui-ci ne dit rien. Quant à Proculus de Marseille, comme il ne tenait aucun compte du rescrit de Zosime et qu'il persistait, en s'autorisant du concile de Turin, à célébrer des ordinations d'évêques d^ms la II* Narbonnaise, il fut bientôt invité à venir s'expliquer à Rome. Soit qu'il se défiât d'un juge aussi prévenu que l'était Zosime, soit qu'il pensât que le texte formel du concile de Turin parlerait assez clairement en sa faveur, Proculus no bougea pas. Exaspéré par cette attitude, conseillé par Patrocle, qui, lui, ne manquait pas les conciles romains, Zosime commença par déposer l'évoque de Marseille; il fulmina ensuite une lettre où non seulement Proculus, mais encore Simplicius de Vienne, également absent, étaient traités d'impudents et presque de faussaires. La décision du concile de Turin, dont ils se réclamaient, était évidemment obreptice, car comment le concile aurait-il pu aller contre les droits de saint Trophime et de son siège?
Saint Trophime, déjà invoqué â propos des paroisses de Citharista et de Gargarius, était le grand argument de Patrocle. Il avait bien soin d'insister sur ce que cet évéque avait été envoyé par le siège apostolique; il ajoutait que la Oaule entière avait reçu l'Evangile par son jnterjnQédiaire,
PATROCLB. 107
ce qui était une bien forte exagération. Mais Targumenl était fait pour plaire à Rome, alors que le saint-siège, en lutte contre tant de capitales officielles, se défendait incessamment par le nom et la succession de Tapôtre Pierre. Pierre à Rome, Trophime en Gaule : le rapprochement était opportun et concluant.
On l'opposa, non seulement aux évoques de Vienne et de Marseille, mais encore à celui de Narbonne, Hilaire, le seul des prélats lésés dans leurs droits qui eût fait mine de prolester directement. Hilaire avait allégué que sa province n'avait rien avoir avec celle de Viennoise, qu'il en était métropolitain et qu*il y présidait aux ordinations, au vu el au su du saint-siège, sans que son droit eût été contesté. Zosime lui répondit très durement (t) qu'il était un menteur, que ses explications ne tenaient pas compte de Tusage observé jusqu'en ces derniers temps ni surtout de saint Trophime et de ses droits. II lui déclara que, s'il persistait à faire des ordinations, elles seraient tenues pour nulles et que lui-môme serait excommunié.
L'évéque de Narbonne se le tint pour dit. Il demeura si bien coi que, quand le saint-siège eut abandonné l'extraordinaire attitude du pape Zosime, ce qui ne tarda pas, on eut assez de peine à lui persuader qu'il était toujours métropolitain et que ses ordinations comptaient pour quelque chose. Quant à Proculus, il continua de faire la sourde oreille el d'exercer ses droits de métropolitain. C'était un saint homme, en relations d'amitié avec tous les promoteurs de la vie religieuse, avec les disciples de saint Martin, avec saint Jérôme, qui le considérait comme un miroir de perfection, avec saint Honorai, le fondateur de Lérins, qu'il essaya de retenir à Marseille, avec le célèbre Cassien, qu'il parvint à garder auprès de lui. Fort de sa conscience et de ces illustres amitiés, il laissait passer Torage. Peutêtre eût-il bien fait de montrer un peu plus de déférence
(1) Jaffé, 832.
FASTES éPISGOPAUX DE L' ANCIENNE GAULE.
droit du siège apostolique. Mais il faut dire à sa dée qu'il ne lui était pas facile de contre-balancer à 5 et à Ravenne le crédit de son collègue d'Arles, Tarai, aseiller du pape Zosime et le favori du vice-empereur :ance. Il avait été réglé que tout évêque ou clerc des 5S qui aurait essayé de se présenter au pape sans un port de Patrocle se serait vu impitoyablement écarté, •cle était homme à profiter de cela et à ne délivrer bon escient des lettres de recommandation ; les perîs qu'il aurait soupçonnées d'avoir quelque chose à loutre lui auraient eu sans doute des difficultés à se *e en règle.
jime ne vit donc venir de Marseille ni soumission ni nations. En revanche, Patrocle ne cessait de Texciter e son collègue. Il lui représentait que ses décisions it méprisées, que l'évêque de Marseille s'entourait de nnes inquiètes, turbulentes, que la maison de Proétait un foyer d'opposition au saint-siège. A ces nou- 5, Zosime écrivit (1) au clergé, à la curie et au peuple arseille; il leur rappela que leur évêque était déposé, \ ne devaient plus le soutenir et que Patrocle était mais chargé de leur gouvernement spirituel.
Lte dernière lettre est du 5 mars 418. On ne sait ce en advint. Le pape Zosime, à qui cette année apporta d'autres déconvenues, finit par mourir, vers les fêtes oël. Son esprit inquiet, son humeur cassante, avaient nent troublé le clergé romain lui-même qu'un schisme a sur sa tombe. Celui des deux candidats qui prévalut, Hre Boniface, ne continua pas sa faveur à Patrocle. jIus dut respirer à l'aise.
ce moment prit fin l'espèce de délégation générale acje à Patrocle, le droit que Zosime lui avait attribué ilivrer des lettres formées et de connaître des litiges siastiques de la Gaule entière (2). Il n'est pas possible
affé, 341.
Ad cuius (sodis Arolat.) notîtiam si quid UHc negotionim emerserit
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de dire en quelle forme se produisit le retrait de ces pouvoirs extraordinaires. Trente ans plus tard, le pape saint Léon (1) déclarait nettement que les pouvoirs de Patrocle ne lui avaient été concédés que pour un temps, et que le saint-siège, mieux inspiré {senlentia meliore)^ les avait révoqués. Peut-être y eut-il une lettre de révocation, en termes formels. On ne trouve, il est vrai, aucune pièce de ce genre dans la collection des privilèges de l'église d'Arles ; mais ce recueil est éclectique ; on en a exclu avec soin les documents désagréables. Quoi qu'il en soit de cette question de forme, les actes du successeur de Zosime témoignent nettement du changement survenu.
Un de ces aventuriers ecclésiastiques comme Patrocle en avait tant installé sur les sièges épiscopaux de sa nouvelle juridiction, Maxime, évoque de Valence, faisait la désolation de ses ouailles. Plusieurs de ses clercs, après avoir tenté vainement de le faire comparaître devant le concile de la province, s'adressèrent au pape Boniface. Celui-ci reçut de leurs mains divers procès-verbaux, desquels il résultait que Maxime avait été reconnu, en concile, appartenir à la secte manichéenne; qu'il avait été condamné pour homicide par un tribunal ordinaire ; on découvrit aussi que les papes précédents s'étaient déjà occupés de cette affaire et qu'ils s'étaient efforcés de le faire juger en Gaule, mais sans y réussir. Boniface écrivit (2) aux évoques des Gaules et des Sept provinces de se réunir en concile et de prononcer enûn une sentence contre lui, soit dans les formes ordinaires, s'il se présentait, soit par contumace, s'il refusait encore de comparaître. La sentence devait être communiquée au pape.
L'adresse de la lettre est ainsi conçue : Bonifaiius epis^
referri censemus, nisi magnitudo causae etiam nostrum requirat examen n (Jaffé, 328). — Hlic se rapporte à totae Galliae, qui se rencontre dans la phrase précédente.
(t) Ja£fé, 407. Ce texte est cité plus loin, p. 116, note 2,
(2) Jaffé, 349, lettre du 13 juin 419.
10 Castes épiscoPAux de l'ancienne ûaule.
s PatroclOy Remigio, Maximo, Hilario^ Severo (etc., en 14 noms), et céleris episcopis per Gallias et VU provinconstitulis (1). Patrocle est nommé le premier, mais , tout ce qu'on lui accorde. Dans le texte, il n'est pas ;tion de lui. Le pape ne dit pas qu'il doive convoquer irésider le concile ni que celui-ci doive se tenir à Aria date seule de la réunion est indiquée, c'est le 1" nobre. Le jugement doit avoir lieu intra provinciam, \ on n'indique pas les limites de cette province, si c'est ement la Viennoise ou l'ensemble des trois provinces sudest sur lesquelles Patrocle revendiquait l'auto- (2).
î langage de Zosime aurait été différent. Il est clair Boniface n'a pas pour Patrocle la même estime que son écesseur. On peut même conjecturer que, si Maxime ;i difficile à juger, c'est que le puissant évoque d'Arles a pas souci. Quand on songe à quel trafic d'évéchés t accusé de se livrer, quand on réfléchit à la perversion lie que de pareils marchés supposent dans l'acheteur i bien que dans le vendeur, on est porté à soupçonner nous avons en Maxime un spécimen du personnel îopal que le primat d'Arles constituait autour de lui. Mistauce mourut le 2 septembre 421, sept mois après association à l'empire. Quelque temps après, Boniface i une nouvelle occasion d'intervenir dans les affaires rimât d'Arles. Patrocle venait de faire une ordination
L'évéque do Vienne ne figure pas au nombre dos prélats désignes lément.
4. Lœning, Geschichte des deutschen KirchenrechlSt I, p. 471-473, e, contre la teneur de cette lettre, que Patrocle y reçoit commission nvoquer un synode des trois provinces : or, il n*est question ni de •cation, ni des trois provinces. En partant de ce fait faux, M. Lœning Q à signaler un changement subit dans la conduite do Boniface à d de l'église d'Arles, et ce changement coïncide avec la mort de ance, le protecteur de Patrocle. Cela n'est pas exact. Il y a changed'attitude, sans doute, mais entre Zosime, inspiré par Patrocle, et ace, son successeur. Boniface a pu se montrer d'abord plus réservé s Patrocle, du vivant du prince qui le protégeait, mais cette première témoigne déjà qu'il n'avait pas un grand onthousinsuio pour iui^.
patroclë. 111
(l*évêque. à Lodève, dans la Narbonnaise I". L'évêque de Narbonne, Hilaire, que Zosime avait si rudement repoussé lorsqu'il avait voulu défendre contre Patrocle sa situation de métropolitain, avait cru prudent de laisser faire et n*était point intervenu. Mais les gens de Lodève, clercs et fidèles, réclamèrent auprès du nouveau pape. Ils en furent bien accueillis. Boniface (1), sans paraître se souvenir ni des décrets de Zosime, ni de la prétendue tradition de l'église d'Arles, rappela à Tévêque de Narbonne qu'il ne devait y avoir qu'un métropolitain par province, qu'il était métropolitain de la Narbonnaise !'•; que les ordinations le regardaient seul et non pas les métropolitains des provinces voisines. Il ajoutait qu'Hilaire aurait dû intervenir dans cette affaire sans y être sollicité par le siège apostolique, et que celui-ci l'invitait à procéder sans retard, en le soutenant de son autorité.
C'en était fait de la primatie de Patrocle. Ce personnage ne tarda pas à disparaître lui-même, dans des circonstances douloureuses.
Honorius était mort en 423 sans enfants. Le jeune fils de Constance et de Placidie, Valentinien III, se trouvait alors à Constantinople avec sa mère. Il y eut deux ans de troubles en Occident; un des ministres impériaux, Jean, prit la pourpre, mais Théodose II se décida à faire reconnaître Valentinien III et il y parvint dans le courant de l'année 425. Un des premiers actes de la régente Placidie, ce fut de restituer au clergé les privilèges dont il avait été dépouillé sous le « tyran. » Une lettre adressée à ce sujet au préfet du prétoire des Gaules (2) ordpnne en même temps de chasser du pays les évêques pélagiens qui pourraient s'y trouver. On devra toutefois les faire mander par Patrocle, sacrosanciae legis autistes, lequel devra leur accorder vingt jours pour faire leur soumission. Cette constitu-
(1) Jaffé, 362, 9 février 422,
(2) Const, Sirm.^ 6.
n est datée d'Âquilée, 7 juillet 425. Les circonstances se prêtaient pas à ce qu'il en fût fait une application médiate. Les Goths étaient revenus en Gaule depuis inée 419; cantonnés d'abord entre les Pyrénées, la Game et la mer, ils profitèrent des difiBcultés politiques où trouvait l'empire pour venir assiéger Arles; mais Âetius vint à leur faire lever le siège. L'année suivante, 426; trocle fut assassiné par un tribun. On imputa ce crime magister militum Félix, personnage important et audaux, dont la mémoire est chargée de plus d'un fait de ce ire (1).
uB pape Célestin, qui depuis 422 avait succédé à Bonie, suivit dans la question de la primatie d'Arles exactent les mômes principes que son prédécesseur. Dans sa Lre du 26 juillet 428, adressée aux évêques de Viennoise de Narbonnaise (2), il ratifie expressément la lettre de niface à Hilaire de Narbonne et proclame de nouveau le ncipe que chaque province doit avoir son métropolitain que chaque métropolitain doit s'abstenir de tout empiètent sur les droits des autres.
SAINT HILAIRB.
honorât, le fondateur de Lérins, avait succédé à Patro- ; il ne siégea guère que deux ans et mourut le 16 janr 429. Il eut pour successeur Hilaire, sou disciple, perinage d'une incontestable sainteté. Lérins, cette école science religieuse et de vertus monastiques, faisait déjà itir son influence. Au milieu des crises du V* siècle, 3iscopat gallo-romain, recruté parmi les disciples de saint
) Prospor, Chron., 423-426 (Migne, P. L., t. LI, p. 593). Ce Félix fil exé- )r des réparations à la basilique de Latran (De Rossi, Inscr, christ., t. Il, 49). A Rome, il avait fait massacrer un diacre appelé Titus. ; Jafié, 369.
SAtNT HILAIRË. il3
Martin et de saint Honorât et souvent aussi parmi les personnages les plus recommandables de l'aristocratie locale, se montra en général à la hauteur des circonstances.
La Gaule était encore, vers 430, au pouvoir des Romains; les barbares, installés aux extrémités, en Savoie, au pied des Pyrénées et sur le cours inférieur des fleuves du Nord, étaient, du moins en principe, des serviteurs de l'empire. Les Cévennes et les Corbières formaient la limite des Wisigoths; les Burgondes n'occupaient que les montagnes voisines du lac Léman ; les Francs ne dépassaient pas la Somme ; tant que vécut Aelius (f 454), général en chef des armées de Gaule, ces limites furent respectées.
Un homme aussi saint que l'évéque d'Arles devait être vivement préoccupé de la nécessité de renforcer autour de lui la discipline ecclésiastique. Sous son gouvernement, les conciles provinciaux se multiplièrent. Trois de ces assemblées nous sont connues par leurs actes ou plutôt par des résumés de leurs décisions, insérés dans les collections canoniques. Ce sont ceux de Riez (439), d'Orange (441) et de Vaison (442). Au bas de ces pièces on lit encore les signatures des évoques. Ceux-ci appartenaient aux trois provinces de Viennoise, de Narbonnaise IP et des Alpes Maritimes. L'évéque d'Uzès, dont le siège était un casirum dépendant de la cité de Nimes, c'est-àdire situé dans la Narbonnaise T®, fréquentait aussi les conciles arlésiens. En revanche, ceux de Marseille, de Nice, d'Aix n'y paraissent point. Mais, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que l'évoque de Vienne ne faisait pas difficulté d'y assister. Il avait, ce semble, admis qu'Arles était la véritable métropole de la Viennoise. Embrun aussi, on le voit par le concile de Riez, qui est fort clair sur ce point, était considérée comme un simple évêché, non comme une métropole ecclésiastique. En somme, sauf la sécession de la Narbonnaise I" (moins Uzès) et l'abstention platonique d'Aix et de Marseille, la province ecclésiastique d'Arles s'était constituée suivant les idées de Patrocle.
114 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIBNNB GAULE.
Mais Hilaire ne se bornait pas à réunir les évéques et à leur donner, dans ses conciles, une sage direction ; il s'occupait aussi de recruter Tépiscopat. Ce saint homme, si dur à lui-même, qui travaillait de ses mains pour ne pas grever le trésor de son église et le patrimoine des pauvres, ne pouvait admettre que Télection, toujours plus ou moins influencée par les plus terrestres intrigues, portât à la léte des églises des personnes de vertu médiocre. Un siège était-il vacant ou sur le point de l'être, on le voyait arriver, toujours à pied, mais néanmoins toujours le premier. C'était un intrépide marcheur. Les fonctionnaires lui prêtaient volontiers leur concours; il n'avait aucune répugnance à en user pour ce qu'il croyait être le bien des populations confiées à sa sollicitude. Ses procédés sommaires, le peu de compte qu'il tenait des oppositions intéressées, une certaine fierté d'ascèle, à laquelle il ne fallait pas se heurter, lui valurent quelquefois des désagréments. Il lui arriva de se hâter tellement qu'il donna un successeur à un évoque encore vivant. Ce prélat était fort malade, et sans doute Hilaire le croyait déjà mort. Mais il s'avisa de guérir, et sa guérison causa un conflit des plus fâcheux.
Du reste, le zèle d'Hilaire l'entraînait à se mêler des afifaires étrangères à sa province. L'évêque Projectus, remplacé prématurément, avait son siège en dehors de la Viennoise, Au cours d'une visite que saint Hilaire fil, vers l'année 444, à son ami saint Germain d'Auxerre, il apprit que l'ordination de l'évêque récemment installé à Besançon, Chelidonius, était entachée de graves irrégularités. Par ses soins un concile se réunit, probablement à Besançon, et, les faits ayant paru prouvés, Chelidonius fut déposé et pourvu d'un successeur. Cette intervention d'Hilaire ne paraît pas avoir été une application des pouvoirs concédés en 417 à son prédécesseur Patrocle. Ces pouvoirs d'ailleurs avaient été révoqués. Hilaire avait sans doute agi en vertu du droit et même du devoir moral
qui incombe à tout évêquc de veiller autour de lui à ce que la discipline soit respectée. Il est douteux que Besançon fût alors considérée comme une métropole ecclésiastique ; Inorganisation des métropoles, en ces contrées, ne se révèle encore par aucun fait. D'autre part, de tous les évéques dont la sollicitude pouvait être éveillée sur une aËTaire comme celle-là, Hilaire d'Arles était le plus à portée de procurer aux sentences ecclésiastiques Tappui de l'administration. Il ne manqua pas d'y recourir; le préfet des Gaules, à sa requête, fit le nécessaire pour évincer Chelidonius et faire reconnaître son successeur Importunus. Mais Chelidonius ne se tint pas pour battu. Il se rendit à Rome et déféra au pape Léon la sentence d'Hilaire et de ses collègues ; en même temps, il lui signala les procédés autoritaires et expéditifs de Tévêque d'Arles dans les nominations épiscopales. Léon âtbon accueil à Chelidonius, Tadmit à la communion ecclésiastique au rang des évéques, et ouvrit une enquête. Hilaire, à cette nouvelle, arriva bientôt à Rome, à pied et en petit équipage. Les explications qu'il donna au pape, dans un langage assez rude, n'allaient à rien moins qu'à décliner la compétence du saint-siège en pareille matière. Il est sûr que, en s'en, tenant aux canons de Sardique, dont l'église romaine s'était déjà autorisée plusieurs fois, même dans ses instructions aux évéques des Gaules, la revision du premier procès aurait dû avoir lieu. en Gaule, au besoin sous la présidence d'un légat du pape, mais non à Rome. Que saint Hilaire ait porté le débat sur ce terrain, c'est ce qui n'est nullement attesté. Il parait s'en être tenu à des considérations plus générales et les avoir produites dans un style propre à effaroucher les oreilles romaines. Il n'avait pas jugé bon d'amener des témoins, de produire au moins ceux qui avaient décidé le concile à se prononcer contre Chelidonius. Celui-ci, au contraire, était venu avec un dossier et des témoins à décharge. Il les ût valoir avec d'autant plus de succès que la contradiction ût complètement défaut.
116 Castes épiscopaux de l'ancienne Oaulë.
Hilaire annonça hautement Tintention de s*abstenir et même de s'en aller. On eut beau le surveiller; grâce à la simplicité de ses moyens de transport, il put partir inaperçu et rentrer à Arles.
Vivement irrité, le pape Léon poursuivit l'enquête ; on établit que les incapacités opposées àChelidonius n*étaient pas réelles; son siège lui fut rendu. On agit de même à l'égard de Tévêque Projeclus, celui qui avait été pourvu d'un successeur pendant une maladie. Ces points réglés, Léon se retourna contre Tévêque d*Arles. Il adressa à tous les évoques de la province de Viennoise une lettre très dure pour Hilaire (1). II lui reprochait sa précipitation, ses façons autoritaires, ses recours à la force publique, enfin ses empiétements sur des provinces qui ne relevaient pas de lui. « Quelles sont ces usurpations? Avant Patrocle, i> aucun de ses prédécesseurs n'a exercé son autorité dans » de telles limites. Patrocle lui-même n'en a usé ainsi que c< par une concession du saint-siége, concession temporaire, » révoquée depuis et avec raison (2). »
En conséquence, le pape dépouille Hilaire de toute juridiction, non seulement sur les provinces voisines, qui ne sont pas même en cause pour lui, mais sur la province de Viennoise elle-même. Il ne va pas jusqu'à le déposer, mais c*est uniquement par grâce, car il l'aurait bien mérité. Les ordinations d'évêques seront désormais présidées, dans chaque province, parleurs métropolitains respectifs. S'il y
(t) Jaffé. 407. L'impression fâcheuse quo l'attitude d'Hilaire avait faite sur le pape Léon se trahit très nettement, trop nettement, dans le ton de cette lettre. Quant aux affaires en litige, elles y sont rapportées d'après les dires des adversaires de l'évéque d'Arles. Voir là-dessus les explications de Tillemont, H, E., t. XV, p. 7*2 et suiv. Déjà, dans les affaires africaines d'Apiarius et d'Antoine do Fussala, on avait vu les papes Zosime, Boniface, Celestin, accueillir avec une étonnante facilité les récits de plaignants peu recommandables.
(2) « Quid sibi Hilarius quaerit in aliéna provincia, et id quod nuUus decessorum ipsius ante Patroclum habuit quid usurpât? Cum et ipsum qnod Patroclo a sede apostolica temporaliter videbatur esse concessum, postmodum sit senlenlia mcliore revocatum. »
SAINT HILAIRB. 117
a lieu de convoquer en concile les évoques de plusieurs provinces, cela ne se fera qu'avec le consentement du vieil et vénérable Léonce (1), doyen d'âge de Tépiscopat en ces régions.
Cette distribution de pouvoirs a quelque chose d'extraordinaire. Cependant il faut se rappeler que la préséance du doyen parait bien avoir été, en Gaule comme ailleurs, la plus ancienne forme de l'autorité au sein du corps épiscopal. Les doyens sont antérieurs aux métropolitains. Ceux-ci, au temps où nous sommes, ne fonctionnaient que depuis un demi-siècle à peine. Du reste, l'intention évidente du pape étant qu'il ne devait y avoir en Gaule aucun métropolitain supérieur aux autres, il était naturel qu'il remit à un doyen d'âge, même et surtout s'il n'était qu'un simple évoque, le soin de faire ce qu'il pouvait y avoir à faire en fait d'actes interprovinciaux.
Léon ne désigne pas expressément les métropolitains auxquels il remet la présidence des ordinations. Nous savons par une autre de ses lettres (2) que, dans la Viennoise, ce fut l'évêque de Vienne. Je serais porlé à croire qu'il en fut de même des évoques d'Aix et d'Embrun pour la Narbonnaise II* et les Alpes Maritimes. Le pape, en effet, rappelle avec insistance qu'un métropolitain ne peut gouverner plusieurs provinces; il prévoit même le cas où un métropolitain serait tenté de céder son droit à l'évêque d'Arles; il décide qu'une telle cession est nulle, ou plutôt que le droit abandonné par le métropolitain passe, par le fait même, au plus ancien évêque de la province.
Cette prévoyance est propre à montrer que le pape n'ignorait pas les tendances de l'épiscopat provençal à se grouper autour du siège d'Arles, sans distinction de provinces. On craignait à Rome que la déchéance d'Hilaire ne fût pas acceptée au delà des Alpes et que l'on recourût
(t) Lo siège do ce Léonce est inconnu, p) Jaffé, 450.
les subterfttges pour la tourner. Aussi s*ingénia-t-on à struer toutes les voies. Le pape alla plus loin II profita
l'occasion pour solliciter de l'empereur Valentinien III
rescrit (1) où la condamnation d'Hilaire était portée ofiellement à la connaissance du patrice Aetius, représenit de l'empire dans les Gaules. Afin que personne ne fût ité de faire de l'opposition, on ajouta à ce rescrit une use qui obligeait les évoques appelés à Rome par le pe à obéir à sa convocation, et ordonnait aux gouverurs de provin^ce de les y contraindre en cas de besoin (2).
lettre impériale est du 6 juin 445.
Frappé de tant de foudres, le vénérable Hilaire ne sona pas même à résister. Suivant Tordre du Pape, il se ifina désormais dans le soin de son église d'Arles. Il ercha même à calmer l'irritation de Léon. A plusieurs crises il lui députa, d'abord le prêtre Ravennius, puis les êques d'Avignon et d'Uzès, Nectaire et Constance. Ces voyés étaient porteurs de lettres où Hilaire exposait les oses à son point de vue et faisait apparemment quelques ncessions, mais sans se départir d'une certaine raideur u propre à faciliter les négociations. Les deux évêques ►uvèrent à Rome une ancienne connaissance, un grand li d'Hilaire, Auxiliaris, autrefois préfet des Gaules (3), linlenant préfet de Rome ou d'Italie. Auxiliaris se mêla
peu de l'affaire, cherchant à concilier deux saints pernnages dont un au moins était d'un naturel peu accom- )dant. Il parla de ses démarches à Hilaire, dans une lettre nt le biographe de celui-ci nous a conservé un passage 't curieux. « Je me suis, » dit-il, « entretenu avec le saint pape Léon. Ici je vous vois froncer le sourcil. » Sui-
[) Nov, Valenlin., !6.
l) Ceci n^est pas chose nouvelle. Dés le temps de Gratien, pareille pres-
ption avait été édictée dans un rescrit au vicaire de Rome Aquilinus
lU Avellana, 13: Hardouin, ConcUeSf t. I, p. 843). Ce rescrit, il est vrai,
fut pas inséré dans le Code théodosien.
)) Nommé sur un milliaire de 435, entre Arles et Marseille (CL L., t. XII,
RAVENNIUS. H9
vent de grands compliments : Hilaire est d'un caractère égal, quoique inflexible; il n'a ni flel ni arrogance. « Mais » les hommes ne supportent pas qu'on leur parle tout à » fait comme on pense. Les Romains, par exemple, ont les » oreilles sensibles à une certaine douceur de langage. Si » Votre Sainteté voulait bien s'y accommoder un peu, elle » n'y perdrait rien et y gagnerait même beaucoup. »
Hilaire, apparemment, ne parvint pas à se plier à cette teneiitudo qui charma de tout temps les oreilles romaines. Il fut impossible de lui appliquer le Parcere subiectis ; on maintint contre lui le Debellare superbos. Quand il mourut, le 5 mai 449, la réconciliation n'était pas faite. On peut croire, du reste, que si, dans les quatre dernières années de son épiscopat, il s'était prêté à des négociations, c'était beaucoup moins par souci de son prestige perdu que pour ne pas chagriner les Arlésiens. Un prêtre aussi accompli ne pouvait regretter qu'à demi une autorité qui, tout en lui donnant le moyen défaire du bien autour de lui, aggravait considérablement sa responsabilité. Mais les Arlésiens, clercs et fidèles, n'étaient pas de cet avis. Ils tenaient à leur métropole, et j'ai bien peur que quelques-uns n'aient maugréé plus ou moins ouvertement contre le saint homme qui l'avait compromise par son zèle et son obstination. Patrocle, assurément, ne valait pas Hilaire. Mais quel métropolitain !
RAVENNIUS.
Cet attachement à la métropole d'Arles était partagé par
(1) « Locutus 8um etiam cum sancto papa Leone. Hoc loco, credo, aliquantulum animo porhorrescis; sed cum propositi tui tenax sis et semper aequalis nuUoquc commotionis felle rapiaris, sicut nullis extolleris illecebris gaudiorum, ego nec minimum quidem factum beatitudinis tnae arrogantino roemini contagione fuscari. Sed impatienter ferunt homines si sic loqnamur quoroodo nobis conscii sumus. Aures praeterea Romanorum quadam teneritudine plus trahuntur; in quam si se sanctitas tua subinde de« mittat» plurimum tu nihil perditurus acquiris. »
tous les Provençaux — sauf ceux de Marseille et d'Aix — jue province qu'ils fussent. On le vil bien quand il I donner un successeur à Hilaire, et surtout quand ta de ce changement pour essayer de reconquérir ion perdue.
vêques qui prirent part à l'élection étaient tous, [u'on peut les identifier, du midi de la Viennoise, opolitain de Narbonne, Rusticus, fut convoqué et L la cérémonie. Celui de Vienne, Nicétas, y vint
mius, ce prêtre d'Arles qui avait été envoyé quelinées auparavant en ambassade auprès du pape, îs suffrages et fut consacré. Les prélats adressèrent Léon une lettre où ils lui notifiaient Tordinafion. ait à ce moment plongé dans les plus grandes per-
à propos du concile qui se réunissait à Ephése ;er le différend entre le moine Eutychès etTévôque itantinople Flavien. Dans ce moment de crise, la e de l'élection deRavennius, faite évidemment pour 1er satisfaction, ne pouvait manquer de lui agréer ip. Il répondit par deux lettres, l'une aux prélats ateurs, l'autre à Ravennius lui-même (22 août 449). îs jours après, il écrivit encore à Ravennius pour ler un certain Petroniamus, qui, se disant diacre de courait les églises de Gaule et causait des troubles L)(2).
ces lettres, il n'est fait aucune mention des ques- 'ûlantes. Ni les prélats qui avaient consacré Raveni Ravennius lui-même n'avaient cru opportun d'en Se voyant bien accueillis, ils s'enhardirent : dès le icement de l'année suivante, ils reprirent l'affaire
1 juger par l'ordre des noms dans l'intitulé de la réponse que fit le notification de l'élection (Jaffé, 434), ni l'un ni l'autre de ces deux tains n'aurait eu la préséance. On lit, en effet : Consl&ntino (Car- Audenlio (Die), Rustico (Narbonne), Auspicio (Vaison), Nicetae Neclario (Avignon), etc.
i, 434, 435, 436 (22 et 26 août 449).
RAVBNNIUS. 121
de la primalie. Une occasion se présenta. Auspicius, évoque de Vaison, vint à mourir. Ravennius fit diligence; et, avant que Tévôque de Vienne eût pu faire valoir ses droits de métropolitain, il ordonna pour évêque un certain Fonteius. L'évêque de Vienne prit tout naturellement la chose en mauvaise part. Il envoya à Rome pour se plaindre de cette violation flagrante de ses droits. Aussitôt Ravennius organisa une manifestation en sens contraire. Dix-neuf évoques, ceuxd'Orange, Vaison, Avignon, Carpentras, Die, Cavaillon, Toulon, Riez, Fréjus, Antibes, Embrun, Thorame, Senez (ou Glandève), Cimiez, Uzès, et quatre autres dont les sièges ne peuvent être identifiés, adressèrent au pape une supplique (preces) en faveur des droits métropolitains de révoque d'Arles. Cette fois, les signataires ne sont pas seulement des évoques de Viennoise ; il y en a de la seconde Narbonnaise et des Alpes Maritimes. L'évêque de Marseille, Venerius, et vraisemblablement celui d*Aix, ne prirent aucune part à cette démarche collective. Il en fut de même, tout naturellement, des prélats du nord de la province.
Les gens de Vienne arrivèrent les premiers à Rome. Leur supplique est perdue, de même que la réponse que le pape ne manqua pas d'y faire. Mais on a encore les pièces arlésiennes (1). Elles sont fort instructives. Les prélats commencent par les compliments d'usage et insinuent que Ravennius, dont Télection a fait tant de plaisir au pape, no saurait être puni pour les offenses de son prédécesseur. Vient ensuite l'argument de saint Trophime, qui, envoyé par le bienheureux apôtre Pierre^ est le premier auteur de Tévangélisation des Gaules; des évêques ont été institués par lui en divers endroits avant qu'il n'y en eût dans cette ville de Vienne, qui a l'impudence de revendiquer une prééminence à laquelle elle n'a aucun litre. Les prélats signataires et leurs prédécesseurs ont été ordonnés par les
(l) Migne, P. L., t. LIV, p. 879.
FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNGIENNE GAULE.
; d'Arles; c'est une tradition invétérée qu'Arles, de saint Trophime, jouisse en Gaule de la même é qui est reconnue à Rome sur les églises du monde D'ailleurs cette ville a été particulièrement honoles empereurs chrétiens : Constantin lui a donné n (Constantina Arelas); Valentinien et Honorius lui ^rdé divers privilèges. Elle a vu les consuls inauîur dignité; elle est le siège de la préfecture des et des plus hautes juridictions, et cela depuis l'orii primatie temporelle est de même date que sa pripirituelle. Les documents pontificaux démontrent réque d'Arles a le droit d'ordonner les évoques, non mt de la Viennoise, mais des trois provinces, et t le vicaire du siège apostolique poirr toutes les
lix-neuf suffragants de Ravennius exagéraient sinnent les choses. Saint Trophime peut avoir été le jr de l'église d'Arles; rien assurément n'empêche )ersonnage de ce nom ait été envoyé en Provence it Pierre pour y prêcher la foi (1). Mais autre chose Dssibilité du fait, autre chose sa réalité. Celle-ci ne e affirmée que sur de bons témoignages. Patrocle, qui ier mit en avant saint Trophime dans l'intérêt des ons arlésiennes, ne souffle mot de saint Pierre. Les de 450 sont les premiers qui aient introduit ce nom débat. Or, leur perspicacité historique se dément irement un peu plus loin pour qu'on ait le droit de u'ils eussent ici science certaine et personnelle. Du Liand on admettrait l'antiquité qu'ils donnent à saint ne et son rôle d'apôtre premier et principal des
od serait obligé d'écarter la tradition primatiale évêques disent s'y être rattachée dès le principe.
pas trace d'une autorité spéciale exercée sur leurs
irquer que les évéques ne Tidentifient pas le moins du monde au , disciple de saint Paul, connu par Acf.,XX, 4; XXI, 29, et II Tim.,
RAVENNIUS. 1?3
collègues par les évoques d'Arles comme tels avant la querelle portée au concile de Turin.
Quant aux considérations sur l'importance politique de la ville d'Arles, elles avaient leur valeur. Bien que les papes ne fussent guère disposés à admettre que la situation ecclésiastique d'un évoque se mesure à la dignité de sa ville épiscopale, il y avait lieu, surtout au milieu du V® siècle, alors que la dislocation de l'Etat pouvait metlre l'Eglise en péril, de les fortifier l'un et l'autre en resserrant les liens qui unissaient leurs principaux organes. Mais les évêques prétendaient faire remonter aux origines de l'empire une situation qui n'avait encore qu'un demi-siècle de durée. Cette assertion ferait peu d'honneur à leur bonne foi s'il n'était plus naturel de la mettre au compte de leur ignorance et aussi de leurs préoccupations polémiques.
Dans sa réponse (1), datée du 5 mai 450, le pape Léon fait remarquer très finement que la supplique des dix-neuf évêques montre de quels bons sentiments ils sont animés à l'égard de Ravennius ; mais il est obligé de tenir comple des assertions et des revendications contraires de l'évêque de Vienne. Dans le conflit des arguments présentés par les deux parties, il a reconnu que les deux villes de Vienne et d'Arles, très illustres Tune et l'autre, ont joui tour à tour de la préséance ecclésiastique, bien qu'à l'origine elles aient été au civil exactement sur le môme pied. Cette appréciation du pape nous montre ou qu'il s'était renseigné à bonne source sur l'ancienne organisation de la province ou queia requête des Viennois était mieux fondée en histoire que celle de leurs adversaires. En tenant compte de ces faits et de la situation qu'il avait lui-môme reconnue à l'évoque de Vienne k la suite des excès de pouvoir d'Hilaire d'Arles, il juge que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de diviser la province en deux circonscriptions mé-
(1) Jafté, 450.
Iropolitaines. L'évêque de Vienne ordonnera ceux de Valence, de Tarantaise, de Genève et de Grenoble ; les autres seront ordonnés par Tévêque d'Arles.
On ne voit pas très bien ce que saint Léon entend ici
par province. Il nomme d'abord la province de Viennoise
en parlant de la nécessité d'y conserver la paix; puis,
dans les phrases où il est question du partage, il dit seu-
la province. Or, Tarantaise était certainement en de-
le la province Viennoise. Elle appartenait à celle des
Grées et Pennines. Comme le pape n'énumère pas les
\ épiscopaux soumis à l'évéque d'Arles, on peut croire
>ar l'expression reliquae vero civilates eiusdem provin-
il entend, conformément à la teneur de la lettre à
le il répond, aussi bien les cités de la seconde Nar-
Jse et des Alpes Maritimes que celles de la province
ioise proprement dite.
'est pas fait mention de Marseille ni d'Aix. Nous re- 3rons plus tard encore les traces de l'opposition laue les évéques de ces deux sièges persistèrent à faire Hropolitain d'Arles. Cette opposition, cependant, ne lit paà les liens de charité et de communion. Si ue de Marseille ne parait jamais dans les réunions iaires ou les suffragants d'Arles traitent de questions linaires, en revanche on le voit intervenir aussitôt ;'agit de la foi.
is toutes ces négociations, il n'est nullement question îariat. La province métropolitaine d'Arles s'étend, se int, disparaît même quelque temps ; mais depuis Bojusqu'à la mort de saint Léon (419-461), les métroins d'Arles sont et demeurent de simples métropolisans aucune délégation permanente de pouvoirs leurs. Le vicarial, du reste, avait perdu sa raison . Les empereurs s'étaient installés à Ravenne et ne aient pas disposés à réintégrer leur ancienne capitale, . Ravenne était de fraîche date et comme capitale et e métropole ecclésiastique ; à Rome, ou la traitait
RAVËNNÎtJS. 125
toujours en église directement suffragante, et Ton ne songeait guère à en prendre ombrage. On avait donc laissé tomber sans regret l'institution du vicariat.
Cependant Arles demeurait un grand centre d'informations et de communications. On s*en souvenait de temps à autre, quand on avait besoin de correspondre avec Tépiscopat des Gaules ou de lui faire observer une attitude commune.
En même temps que la lettre qui lui notifiait la division de la province, Ravennius en reçut une autre (1), par laquelle le pape lui communiquait deux pièces dogmatiques, sa lettre à Flavien de Constantinople et une autre adressée par saint Cyrille à Nestorius. Ravennius était prié de porter ces documents à la connaissance de tous les évéques (2). Les mômes pièces étaient expédiées par le pape un peu partout. Dans la lutte qu'il soutenait à ce moment contre l'hérésie d'Eutychès, les violences de Dioscore et l'inertie de Théodose II, Léon tenait à s'assurer l'appui de tout l'épîscopat occidental.
Les lettres de Léon à Ravennius étaient datées du 5 mai 450. Il paraît que l'évoque d'Arles ne se pressa pas beaucoup de satisfaire le pape ou que les circonstances l'empêchèrent de faire toute la diligence qui eût été désirable, car la réponse ne fut expédiée à Rome que bien tardivement. Les prélats gallicans furent prévenus par la mort de Théodose II (98 juillet 450) ; ils firent attendre plus d'un an leur réponse. Elle finit pourtant par arriver. La lettre du pape avait recueilli quarante-quatre adhésions. On voit, par les noms des signataires, qu'ils appartenaient presque tous aux provinces de Viennoise (moins les sièges suffragants de Vienne), de seconde Narbonnaise, des Alpes Maritimes, de première Narbonnaise, quelques-uns à l'Aquitaine. Les noms des sièges ne sont malheureusement pas
(1) Jaffé, 451.
(2) UniversU fralribus innolescat. L'expression est un pou vague; le pape ne dit ni toute la Gaule ni toute la province ecclésiastique d'Arles.
indiqués (1), mais aucun des célèbres évoques du nord et de Test des Gaules, que Tinvasion d'Attila mit alors en relief, ne ûgure parmi les signataires (2).
Ingenuus, évoque d'Embrun, fut chargé de porter cette lettre à Rome. Le pape y répondit aussitôt (3), se plaignant
-îu du retard qu'on avait mis à la lui faire parvenir.
ses légats étant revenus d'Orient, il communiqua mêmes évoques gallicans (4) la sentence rendue à jédoine contre Dioscore. C'est sans doute pendant le r qu'il flt à Rome à cette occasion qu'Ingenuus, soupar les évéques des Alpes Maritimes, obtint du pape inion des deux sièges épiscopaux de Nice et de Cimiez, icts jusqu'alors.
j de temps après cette affaire, il surgit un différend le monastère de Lérins et les évoques voisins. L'abbé irins, le célèbre Fauste, défendait l'indépendance de loines contre les revendications de Tévêque de Frériîéodore. Ravennius réunit un concile à Arles le cembre d'une année inconnue (5). Rusticus de Nar- 3 y fut spécialement invité; l'évêque de Marseille ita dans son abstention. L'assemblée réussit à concies parties, en réservant à Tévêque de Fréjus les
olycarpe de la Hivicre prétendait avoir en communication d*un exemde ceito lettre appartenant à J. Savaron, président au prèsidial de mt-Fcrrand sous Henri IV et Louis XIII; les sièges y étaient indi- }a(/. christ., t. 1. p. 3, 86, 474, etc.). Il est sûr que cet exemplaire n'a existé et que les indications géographiques en question sont à mettre :ipte de Polycarpe lui-même.
es signatures, ou tout au moins la plupart d'entre elles, furent donms un concile (in unum celeriter non poluimus convenire). Pour r leur relard, les évéques allèguent l'éloignement et la mauvaise s)«ihose extraordinaire, ils no font pas la moindre allusion à l'invasion a.
iffé, 479.
iffé, 480. Cette seconde lettre ne porte en tête que les trois noms de as, Ravennius et Venerius (Narbonne, Arles et Marseille), avec la n générale et céleris episcopis per Gallias existenlibus, ardouin, Conc, II, p. 779. On fixe ordinairement à Tannée 455 la date concile, mais ce n'est qu'une simple conjecture, sans fondement
RAVENNIUS. 127
ordinations, le saint chrome, la confirmation et l'approbation des clercs étrangers; pour le reste, les moines de Lérins furent déclarés exempts de sa juridiction et soumis seulement à leur abbé.
Rusticus, évéque de Narbonne, a une place importante dans rhistoire de ce temps. Il sortait d'une famille distinguée et vouée en grande partie au service de l'Eglise. Son père, Bonosus, devint évoque; le frère de sa mère, Arator, le fut aussi. C'est lui, sans doute, ce jeune Rusticus marseillais, à qui saint Jérôme écrivait vers l'année 411 (1), lui recommandant de fuir le monde, d'entrer dans un monastère, de suivre les exemples d'Exupère de Toulouse et les sages conseils du saint évoque Proculus. Rusticus entra en effet dans le monastère de Marseille, où il vécut en compagnie de Venerius, le futur successeur de Proculus ; il fit partie avec lui du presbylerium marseillais et, le 9 octobre 427, il fut élu et ordonné évoque de Narb<mne. On conserve trois monuments épigraphiques qui mentionnent son épiscopat. Le plus important est une inscription commémorative de la construction d'une basilique élevée par souscription avec le concours du préfet des Gaules Marcellus (2),
Nous avons vu Rusticus, malgré ses attaches marseillaises, assister volontiers aux conciles arlésiens et prendre part à toutes les affaires ecclésiastiques du midi de la Gaule. Dans soil ressort propre, il rencontra souvent de graves difficultés. Une partie de la première Narbonnaise, et notamment la cité de Toulouse, était au pouvoir des
(i) Ep. 95 (Martianay).
(2) Le Blanti 617. Rusticus date par l*année de son épiscopat et le Jour de cette année, le t*' jour étant le 9 octobre, le second le tO et ainsi de suite; le n* 609 de M. Le Blant est le célèbre autel du village de Minerve, qui sert encore au culte; Rusticus l'érigea en 456; il est couvert de noms gravés à la pointe par les pèlerins; le n* 618 est une inscription gravée sur une colonne de quelque église à Narbonne même; elle porte la date du 1*' juillet 444. -^ Ces inscriptions figurent maintenant au Corp, inscr, lai,, t. XII, n** 5334, 5335, 5337; dans le commentaire de la première, on me paraît avoir un peu embrouillé les dates.
is depuis 419. Au milieu de la désorganisation qui it la morl de Valenlinien III et la prise de Rome par série (455), les barbares se montraient chaque jour plus éprenants. Ils poussèrent à Tempire Avitus, noble gaubeau-père de Sidoine Apollinaire, et se firent donner mission par lui pour réduire les Suèves d'Espagne, jraule, les limites où ils étaient cantonnés depuis quae ans leur paraissaient trop étroites; ils ne cessaient egarder du côté de Narbonne et de l'Auvergne. Nar-
10 leur fut livrée en 462 par sou gouverneur, du vivant ie du roi Théodoric II, qui pourtant continuait à se
rallié de Tempire. Les grands changements se préient; la dernière heure de l'empire d'Occident allait tôt sonner.
église de Béziers étant devenue vacante sur ces entités, Rusticus chercha à y installer son diacre Hermès, i il n'y réussit pas. Hermès, repoussé par quelque sein, dut se retirer auprès du métropolitain. Celui-ci rut peu après. Les gens de Narbonne avaient un évôtout ordonné ; ils le gardèrent : Hermès s'assit sur le e laissé vacant par Rusticus.
était une irrégularité. L'usage était contraire aux slations d'évêques. Le pape Léon vit d'assez mauvais le choix des Narbonnais; mais sa protestation fut interpue par la mort (10 novembre 461).
11 lui donna pour successeur son propre archidiacre, ire, personnage grandement considéré.
LEONCE.
évoque d'Arles Ravennius avait précédé Léon dans la be. Son successeur Léonce et le pape Hilaire échan- !nt des lettres de félicitations (1) à propos de Tavène-
Jaffé, 55^, 553.