LÉONCE. 12Ô
ment de celui-ci au pontificat romain. L'empire d'Occident était alors de fait entre les mains du magister miliium Ricimer, Suève de naissance, qui venait de supprimer Tempereur Majorien et d'élever l'empereur Sévère. Goths et Burgondes devenaient de plus en plus exigeants. L'armée du nord de la Gaule, entre les mains du général ^gidius, contenait tant bien que mal la poussée franque. Les Francs étaient divisés en petits groupes rivaux et relativement faciles à vaincre. Mais les Wisigoths poussaient leurs conquêtes vers la Loire, les Cévennes et la Méditerranée; les Burgondes descendaient des montagnes savoisiennes et s'avançaient progressivement vers les grandes villes de Lyon, Vienne et Arles. Les premiers s'emparèrent de Narbonne en 462; les Burgondes cherchaient, vers le même temps, à mettre la main sur la ville de Die, qui domine le cours de la Drôme. Dans ces pays, la véritable force locale était l'évêque; nulle autorité n'était plus reconnue et plus sentie que la sienne. Aussi importait-il de maintenir à la tête des églises des personnes d'un patriotisme éprouvé. Les gens de Narbonne ne pouvaient mieux faire que de se serrer autour de leur évêque Hermès, disciple de Rusticus, formé à bonne école. A Die, une vacance se produisit vers 461 ou 462. Au point de vue ecclésiastique, cette ville dépendait d'Arles, et c'était à Tévêque Léonce qu'il appartenait de présider à l'ordination. Mamert, évêque de Vienne, plus voisin, accourut à la première nouvelle et fit reconnaître en toute hâte un nouveau prélat. Léonce ne paraît pas s'en être beaucoup ému ; il appréciait sans doute les nécessités de la situation. Mais les barbares, frustrés dans leurs espérances, s'avisèrent de se faire les champions de la discipline canonique. Frédéric, le frère du roi des Goths, et Gundioc, un des princes bourguignons, déférèrent au pape Hilaire les ordinations d'Hermès et du nouvel évêque de Die.
L'affaire de Narbonne arriva la première. Le 3 novem-
FASTES ÉPISCOPAUI DE l'aNGIENNB GAULE.
jlaire écrivit à Tévêque d'Arles pour lui demander ignements, le gourmandant fort sur son insou- 3 affaires de la province : quae ad monarchiam inet (1). Soit que Léonce eût fait diligence après
cette lettre, soit qu'il en eût prévenu l'expédi- : évoques provençaux, Fauste de Riez, l'ancien érins, et Auxanius, de siège inconnu, se trouvèaie au concile du 19 novembre, anniversaire de n du pape.
3 chargea ces prélats d'une lettre (2) adressée les de Viennoise, de Lyonnaise, des deux Narel des Alpes-Maritimes; il leur notifiait ce qu'il é au sujet de Narbonne. Hermès, dont on lui elé le mérite personnel et la vertu, conservait é, mais perdait ses droits de métropolitain, transvieux Constantius d'Uzès. Cette solution était nieuse ; provisoirement, la prépondérance ecclétait enlevée à Narbonne, devenue sujette du roi , et passait à Uzès, localité romaine, voisine ilaire insistait en même temps pour que Léonce s les ans des conciles de toutes les provinces 'ait possible d'avoir des évoques. La situation ommandait cette mesure, à tout le moins autant cessités ecclésiastiques.
once avait peu de goût pour le rôle de patriarlée suivante, le 10 octobre, le pape lui écrivit (3) lemander des renseignements sur ce qui venait er à Die. Il voulait que Léonce tînt un concile l'affaire. L'évêque d'Arles obéit. Vingt évoques nt à lui. Eustasius de Marseille assista à cette
Bien entendu, Mamert se dispensa d'y venir, on ne parait pas avoir été bien sévère pour lui. Vntonius, chargé de porter au pape les décisions
du concile, donna aussi des renseignements favorables sur Tévéque de Vienne, et Hilaire se décida à sanctionner le fait accompli. Cependant il voulut que Tordination du nouvel évéque de Die fût confirmée par Léonce, et il chargea Veranus, évéque de Vence, qui avait, parait-il, un crédit particulier auprès de Mamert, de lui faire des remontrances et de l'avertir qu'une nouvelle usurpation entraînerait de droit la suppression de la métropole de Vienne et la réintégration de toutes les églises de la province sous Tautorité de Tévôque d'Arles (1).
On voit que le pape Hilaire attachait une certaine importance aux pouvoirs supérieurs de Tévôque d'Arles. Il reprenait, sans le dire (2), la tradition interrompue depuis la mort de Zosime ; mais Léonce n'était pas Patrocle, et Tinslilution restaurée ne porta guère de fruits. Cependant, nous devons signaler un concile qui se tint, il est vrai, après la mort du pape Hilaire, mais qui correspondait assez bien aux idées que ce faisait ce pape sur le fonctionnement de la « monarchie » d'Arles.
Depuis longtemps la Provence était agitée par des controverses sur la prédestination. L'opinion du pays, notamment celle des grands monastères de Marseille et de Lérins, n'avait pas accepté les doctrines extrêmes de saint Augustin. On les combattait, non point en invectivant contre l'illustre évoque d'Hippone, dont la figure imposante eût déconcerté toutes les attaques, mais soit en théorie, soit dans la personne de son disciple Prosper. Celui-ci disparu, on continua à disserter contre les prédestinatiens ; toute une littérature est sortie de ces controverses. Mais les prédestinatiens en chair et en os étaient rares sur le sol de la Gaule; les maîtres de Lérins se trouvaient un peu dans la situation de chasseurs sans gibier, lorsque l'un d'eux,
(1) Jaffé, 557, 558, 559.
(2) U n'est pas possible d'admettre que le vicariat ait été rétabli par lettres officielles; de tels documents se retrouveraient dans le recueil des pri* Tilégos de l'église d*Arles.
Fauste, évêque de Riez, découvrit, dans son propre diocèse, un représentant des idées les moins mitigées de saint Augustin. C'était un prêtre appelé Lucidus. On eut la satisfaction de le réfuter, ce qui était relativement aisé, et même de le convertir, ce qui se voit plus rarement. Cependant on n'y réussit pas du premier coup. Fauste commença par argumenter avec le prédestinatien ; puis, celui-ci faisant résistance, il le somma par écrit de signer une liste de cinq ou six propositions, sous peine d'être traduit devant le concile. Lucidus maintint encore son opposition. Fauste alors décida Tévêque d'Arles, Léonce, à user de son droit de convoquer les prélats en concile et à tenir une assemblée solennelle contre les fauteurs de la prédestination (1).
Le concile se tint, en effet, à Arles, en 474 ou 475. Outre les évêques des provinces méridionales (Narbonnaises, Viennoise, Alpes Maritimes), on y vit aussi des prélats de la Lyonnaise première. Patient de Lyon, Euphronius d'Autun, Jean de Chalon-sur-Saône, puis Mamert de Vienne et ses suffragants, même les évêques de Marseille, Graecus, et d'Aix, Basile, en tout trente prélats, dont les sièges, malheureusement, ne sont pas tous identifiables. Les vieilles rancunes étaient oubliées. Les circonstances, d'ailleurs, étaient graves et solennelles (2) ; à ce moment, les Goths portaient leur frontière jusqu'à la Loire et au Rhône. Bourges et l'Auvergne allaient bientôt tomber en leur pouvoir. Un empereur récemment expédié de Constantinople, Julius Nepos, essayait de traiter avec eux pour les décider à ne pas pousser plus loin leurs conquêtes. La Gaule romaine était réduite à bien peu de chose : à l'ouest, les provinces d'entre la Loire et la Somme ; au sud-est, ce que nous appelons maintenant la Provence. Arles et Orange étaient
(1) Sur ces affaires, voir la lettre de Fauste à Lucidus et celle de Lucidus au concile (Af. G. Scr. an(., t. VIII, p. 288, 210).
(2) M. Br. Krusch (M. G. Scr. anL, t. VIII, p. LVi) pense, avec raison, que ce concile se tint peu avant Mb,
encore impériales; mais depuis Valson jusqu'à Lyon et peut-élre plus au nord, les Burgondes étaient maîtres des cités ; ils atteignaient ainsi, ou peu s'en fallait, la frontière orientale du royaume wisigoth ; s'ils n'avaient pas été mieux disposés que ceux ci en faveur de l'empire, l'armée romaine du nord aurait été entièrement coupée de la Provence et de ritalie.
Je soupçonne que le besoin de se concerter en face d'une situation aussi difficile ne fut pas étranger à la réunion de tant d'évéques et que l'affaire de Lucidus ne fut guère qu'un prétexte. Quoi qu'il en soit, Lucidus comparut et s'exécuta. Nous avons encore la lettre de rétractation qu'il adressa à la sainte assemblée.
Après la mort du pape Hilaire, et môme après l'année 464, nous perdons toute trace de correspondance entre Rome et la Gaule méridionale. Vers 480, la Provence tomba aux mains des Wisigoths et les rapports devinrent plus difficiles. Le 23 août 494, le pape Gélase écrivit à iEonius, successeur de Léonce, en profitant de l'occasion offerte par deux quêteurs venus de Gaule en Italie. ïl est heureux, dit-il, d'avoir trouvé ce moyen de reprendre la correspondance interrompue depuis longtemps, et de pouvoir ainsi notifier son avènement à Tévéque d'Arles (1). Cet avènement avait déjà deux ans et demi de date.
Les relations furent reprises. Indépendamment des traces qui en subsistent dans les anciens recueils arlésiens de droit canonique, on peut constater directement que les
(1) JaiTé, 640 : c Inter diflficultates varias copiam nos roperisse gratulamur qua per dîvinam gratiam sedis apostolicae regimen nos adisse pandontes, praeteroiissum diu cum tua niisceremus fratarnitata sermonem. »
es Anastase II (496-498) et Symmaque (498-514) (1) eninrent des relations assez suivies avec ^onius, bien nt le temps où, par suite de l'intervention du roi Théoic dans la querelle entre Francs et Wisigoths, la Proce fut de nouveau (508-536) rattachée à Tltalie. Ces itions avaient pour motif des affaires ecclésiastiques 1 caractère général, comme la question du traduciane (2) ou la date de la fête de Pâques dans les cas )igus (3). Mais la question locale par excellence, celle frontières entre les deux obédiences métropolitaines Vienne et d'Arles, fut aussi remise en discussion. Durance servait alors de limite entre les deux royau- 5 burgonde et wisigolh. Les évoques de Vienne pen- 3nt qu'elle devait aussi servir de démarcation entre deux provinces ecclésiastiques. Saint Avit entama à ce ît des négociations avec le pape Anastase II, qui entra s ses idées. Mais iEonius réclama, et Symmaque, sucseur d'Anastase, lui donna raison (4). Cette dernière ision est de Tannée 500, c'est-à-dire d'un temps où la (vence était encore soumise aux Wisigoths. Quand l'an- 1 régime y eut été rétabli, en 508, sous les auspices de îodoric, Arles et Rome se trouvant de nouveau avoir mêmes maîtres, l'évêque d'Arles, qui était maintenant it Césaire, se mit en rapport avec le pape et obtint de : l^ une confirmation expresse du partage ordonné par it Léon (5); 2" la concession du pallium (6) ; 3® la surllance générale des affaires religieuses de la Gaule et de spagne (7), avec le droit de convoquer des conciles; éque d'Aix est indiqué nommément parmi ceux qui
Jafifé, 751, 753, 754.
► Jafifé, 751.
Jaffé, 754.
I Jafifé, 753, 754.
Jafifé, 765.
Jafifé, 764. Cf. la vio do saint Césaire, Acla SS. Aug„ t. VI, p. 71.
L'Espagne élait alors sous la direction politique du ro^ gs^rogoth Théoc, comme tuteur du jeune roi Araalaric,
ont le devoir d'obéir aux convocations du métropolitain d'Arles (1).
Ces décisions romaines ne sortirent pas complètement leur effet. Si Ton juge de la province d'Arles par le concile d'Agde de 506, concile national de la Gaule wisigothique, on voit qu'elle ne dépassait pas la Durance, sauf peut-être à son embouchure dans le Rhône. L'évêque d'Avignon assistait au concile (2), avec ceux de Fréjus, Antibes, Digne et Senez ; mais on n'y trouve aucun titulaire des sièges situés plus avant vers le nord, c'est-à-dire des sièges devenus burgondes (3). Plus tard, en 517, neuf ans après l'installation du régime ostrogoth en Provence, trois ou quatre ans après les règlements arrêtés entre saint Césaire et le pape Symmaque, saint Avit de Vienne, dans la lettre qu'il adressa aux évêques de sa province, provinciae nostrae, pour les inviter au concile d'Epaone, leur parle comme à des suffragants, sans avoir le moindre doute sur son autorité, ni introduire aucune distinction entre les anciens suffragants et les nouveaux. 11 insiste beaucoup pour que personne ne manque à la réunion. En effet, personne ne manqua; depuis Viviers (4), Orange, Avignon, Apt, Sisteron, Gap, Embrun, toute la nouvelle province de Vienne se trouva au complet. L'évêque d'Avignon resta, il est vrai, chez lui, mais il se fit représenter par un légat.
Six ans après le concile d'Épaone, en 523, les Burgondes et les Francs se trouvant en guerre, les Ostrogoths établis en Provence portèrent secours aux Burgondes ; mais ils se firent payer parla cession des cités méridiona-
(2) La Durance coupe en deux le territoire de la cité d'Avignon ; mais le chef-lieu est au nord de la rivière.
(3) Cf. Longnon, Géogr, de la Gaule au V/« siècle, p. 73, en écartant ce qui est dit (d'après un document que Ton a depuis reconnu faux) d'une extension transitoire de la Burgondie, vers 499.
(4) L'évêque de Viviers n'assista pas au concile d'Agde, en 506; son diocèse, la civilas Helviorum^ avait fait partie, pendant quelque temps, du royaume wisigoth ; ceci résulte d'une inscription de Viviers (Le Blant, n* 482), datée de l'année t2« d'Alaric II (496).
les de la Burgondie. Cassiodore (l), qui fait allusion à cet
événement en termes assez vagues, parle d'une « province »
acquise alors par la « république romaine »; mais il n'en
donne pas les limites. On peut les reconstituer en s'aidant
des conciles célébrés par saint Césaire, en 524, 527, 529,
533, c'est-à-dire en un temps où la Provence romaine avait
ension qu'elle conserva jusqu'à son annexion
franc, vers 536. Il est facile de voir : 1"* que
de Viviers et de Die n'assistèrent à aucun de
; 2"* que Ton y vit les évéques de Trois-Chà-
)n, Orange, Cavaillon, Carpentras, Apt, Gap,
mbrun (2), qui avaient pris part au concile