‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule: Provinces du Sud-est, Volume 1Chapitre 31 sur 141 · Ado · texte numérisé non relu

Ado

Sur les quarante-quatre premiers noms, vingt-cinq peuvent être disposés en série chronologique, d'après des documents indépendants d'Adon et qui n'ont pas tous été connus de lui. Il est bien remarquable que Tordre qu'il a adopté n'est jamais en désaccord avec la série ainsi établie. Une telle coïncidence serait inexplicable si l'on n'admet-

tait qu'il a suivi un catalogue épiscopal préexistant et de bonne note. Il semble donc que, même dans les cas où Tordre des noms, dans sa Chronique, n'est pas autrement vériflable, on soit fondé à Taccepter comme correspondant à la succession réelle.

Mais là s*arrôte la confiance que mérite ce document. Adon, en distribuant son catalogue épiscopal le long de sa Chronique, a pourvu chacun des noms de déterminations chronologiques auxquelles il est impossible d'ajouter foi.

En s'en tenant à la liste toute seule, dont le quatrième nom se rencontre dans un document de Tannée 314, le premier évoque aurait vécu vers le milieu du IIP siècle. Adon réclame pour lui une bien autre antiquité. Soit qu'il eût déjà trouvé cette idée en circulation dans le pays, soit plutôt qu'il jugeât à propos d'antidater la fondation de son siège, comme tant d'autres TaVaient déjà fait, il identifia Crescensj le premier évoque de Vienne, avec le disciple de saint Paul mentionné dans la 2« épitre à Timothée (1). L'apôtre dit, en effet, que Crescent est parti pour la Galatie, ce que certains auteurs anciens entendirent de la Gaule ; il y a même des manuscrits du Nouveau Testament qui portent TaUiav au lieu de TaXaTiav. Quoi qu'il en soit de la teneur exacte (2) et du vrai sens de ce texte, il est sûr que Crescent n'y est nullement mis en rapport avec Vienne plutôt qu'avec une autre localité gauloise ou galate. Mais il faut convenir que, du moment où le même nom se trouvait en tête de la série épiscopale, dans une église ancienne, importante et célèbre, Tidentification était presque forcée. On ne l'avait pourtant pas faite, à ce qu'il semble, au temps du concile de Turin, du pape Zosime et de saint Léon, alors que la métropole de Vienne avait eu à lutter contre la rivalité de Téglise d'Arles, et, plus spécialement^ contre Tusage ou Tabus que celle-ci faisait de saint Trophime,

(1) 2 Tim., IV, 10 : Aifipiâc yàp... éicopeu6ifi el; 6e<raa).ovixi^v, Kpi^<jXT}; tU FaXa- Ttav, TtTOç clç Aa>.(taTtav.

(?) Pour les variantos, voir l'édition de Tischendorf.

soi-disant disciple de saint Pierre, fondateur de Téglise arlésienne (1).

Ce n'est pas, du reste, pour se procurer un argument dans un conflit de ce genre que l'archevêque Âdon mit en avant saint Crescent et son antiquité. De son temps, la métropole d'Arles n'avait plus aucun relief. Depuis plus de deux siècles, les évéques d'Arles n'avaient plus la qualité de vicaires du saint-siège ; le pallium romain , dont ils avaient été longtemps décorés, à l'exclusion des autres prélats des Gaules, était maintenant accordé à tous les métropolitains; la province d'Arles, autrefois si importante, avait été diminuée des deux tiers par la création des métropoles d'Aix et d'Embrun. Elle ne comprenait plus que huit ou dix suffragants, la plupart titulaires d'évéchés minuscules. La province de Vienne était deux fois plus grande. On ne sentait pas, à Vienne, le besoin de se défendre contre une rivale aussi affaiblie. Il n'y avait donc pas un intérêt bien sérieux à se réclamer d'un disciple des apôtres.

Mais les intérêts frivoles ne sont pas toujours les moins agissants. Du reste, Adon avait vécu dans le nord de la France, où l'on était très préoccupé d'ancêtres apostoliques. Il avait pu apprécier le succès obtenu à Metz, à Paris et ailleurs par d'ambitieuses corrections de la chronologie. Témoin, en 847, de la découverte des reliques des saints Sabinien et Potentien , premiers évéques de Sens, il n'avait pas hésité à faire de ces évéques des disciples immédiats des apôtres et à les désigner comme tels dans son martyrologe, sans y être autorisé par une tradition quelconque. Les événements l'avaient conduit en Italie, où, pour les besoins de son martyrologe, il avait dû consulter beaucoup de livres et recueillir beaucoup de <c traditions » très propres à le familiariser avec l'idée qu'une église aussi noble que celle de Vienne devait avoir eu un fondateur de haut parage.

(1) Ci-d088U8, p. 106, 121.

Quoi qu'il en soit de ses prédispositions, il est sûr qu'il consigna dans sa chronique l'identification des deux Crescent, et reporta au milieu du premier siècle le point de départ de sa série épiscopale ; mais il s'en tint là et n'ajouta aucun nom à la série traditionnelle.

Ce procédé est remarquable. On a dit quelquefois que les vieilles listes épiscopales sont incomplètes et que, après les noms des fondateurs, il doit en manquer beaucoup, que l'on aura oubliés ou perdus pendant les persécutions et les invasions. Adon n'a pas la moindre idée de cela. Non seulement il ne se permet pas d'allonger la liste reçue en y insérant de nouveaux noms, mais il est clair que, pour lui, cette liste doit sufiQre à occuper toute la durée depuis les apôtres jusqu'au IX* siècle. Crescent se présente sous Néron ; il ne remplit à Vienne qu'une mission temporaire, aliquot annos resedit. Ses trois successeurs, môme Verus, celui du concile d'Arles de 314, sont placés sous Trajan. Avec Just, Denys et Paracodes, on atteint le milieu du IIP siècle. Florentius, qui siégeait en 374, est reporté en arrière jusqu'au règne de Gallien, et ainsi de suite. La chronologie réelle n'est rejointe qu'au temps de saint Avit et du roi Gondebaud, c'est-à-dire vers Tannée 500 (1). Il y avait un livre de canons dans la bibliothèque de l'église de Vienne, et Adon l'a quelquefois consulté, môme pour sa chronique. On y pouvait voir aisément que Verus, par exemple, avait vécu sous Constantin et non sous Trajan. Un auteur de chroniques ne pouvait avoir de peine à se débrouiller dans les synchronismes impériaux. Ce n'est pas à l'ignorance, ni à la légèreté, ni à la fragilité humaine, que l'erreur peut élre imputée ici. C'est une erreur voulue, tout comme celles auxquelles nous devons les Areopagitica d'Hilduin, les Fausses décrétâtes et certaines autres productions littéraires du IX* siècle.

(1) Poar 8*en écarter bientôt après, car il y a encore bien des discordances entre ses synchronismes et la chronologie réelle, surtout pour le septième siècle.

152 FASTES ÉPISGOPAUX DE l'aNCIENNE GaULE.

Les prétentions d'Adon sur Crescent, disciple de saint

PauU sont, en somme, assez modérées ; il ne réclame

ir passager de cet homme apostholique. Selon

nt, après avoir passé quelques années à Vienne,

pour la Galatie, où il aurait terminé sa carrière, m tenir compte du « petit martyrologe romain »,

cadre à celui qu'il avait compilé lui-même. Là, -u 27 juin : Apud Galaliam, Crescentis^ discipuli oli. Adon ne pouvait se mettre en contradiction 3C une telle aflBrmation.

irie, successeur de Crescent, il dit seulement irtyrisé sous Trajan.

ème et le quatrième évêque, Mariinus et Verus, ités aussi comme disciples des apôtres. Ici encore )le avoir été le fondateur de la tradition, évêques suivants, jusqu'à saint Mamert, il ne and chose. Cependant, il dit de Just que, sous le et Verus, il fut exilé el mourut martyr (1). ain de Constantin, Just n'a été martyrisé que

encore ne Test-il que dans la chronique; son •e manque au martyrologe. Après Just, on trouve iisciple des apôives {discipulorum Christiauditor)^ enys, lequel pourtant vécut sous Sévère, suivant ogie adonienne, et vers le milieu du IV* siècle,

chronologie réelle. Florentins, son deuxième , un contemporain de saint Martin, est aussi omme ayant été exilé et martyr (2). La chronique

que saint Just, évêque de Lyon, avait été diacre 1 sous Tévêque Claude. Il y a ici un anachroprès de cent ans. Adon a trouvé dans la vie de

de Lyon (3) que ce saint fut diacre à Vienne *e promu à l'épiscopat; c'est lui qui a introduit

tempore ezilio maceratus, martyr gloriosus cfficitur. » entius est marqué au 3 janvier dans le martyrologe biéronyon comme martyr.

. Sept., t. 1, p. 373.

ici le nom de Tévéque Claude. Du successeur de celui-ci, Nectaire, il rapporte qu'il présida, à Vaison, un grand concile, où fut proclamé le dogme de la consubstantialité. Ce concile aurait eu lieu au temps de Tempereur Constance et de saint Âtbanase. Il est absolument imaginaire (1).

En dehors de ces indications, tout aussi fausses que sa chronologie, Adon se borne à un éloge rapide, mais banal : doctrina et confessione clai^it (Verus) ; illustrissimus in confessione ecctUit, clams habetur (Justus) ; erudilissimus floruil (Dîonysius) ; clarté in fidôy clarus in confessione persistens (Paracodes) ; vita et doctrina emicuit (Florentins) ; clare ftoruit (Lupicinus) ; mirae sanctitalis floruit (Simplides) ; floruit vir disertissimus (Paschasius) ; m catholico dogmate clarissimus (Claudius); in doctrina fidei eximius (Nectarius); praeclarissimus in dogmate fidei (Nicetas).

Avec saint Mamert, on rencontre enfin un souvenir historique. Tout le monde savait qu'il avait institué les Rogations. Adon ne se borne pas à le rapporter; il emprunte à une homélie de saint Avit (2) un assez long développement sur ce sujet. 11 avait une connaissance personnelle des œuvres d'Avit ; il en use dans le passage qu'il consacre à cet évoque, ainsi que dans ce qu'il dit de son père et prédécesseur Hesychius. Il est, du reste, possible qu'il ait déjà trouvé une vie de saint Avit (3) toute rédigée (4). Il a

(1) L'cvéquo de Vienne, Nectaire, doit se placer dans l'intervalle 443-449. Son prédécesseur Claude assista, le 13 novembre 442, au premier concile de Vaison ; il y signe le troisième, après Tévéque du lieu et Tévéque d'Arles. Un Nectaire assistait à ce concile, mais c'était Tévéque d'Avignon (Maassen, Quellen, t. I, p. 952). Au deuxième concile de Vaison (529), ni l'évéque de Vienne, ni ses suffragants n'assistèrent ; aucun des prélats de cette assemblée ne porte le nom de Nectaire. Ni l'un ni l'autre des deux conciles de Vaison ne s'est occupé du dogme de la Trinité.

(2) Homilia VI in Rogationibus,

(3) Il est sûr que ce qu'il dit de saint Avit ne provient pas des auteurs étrangers à Vienne, Ennodius, Grégoire de Tours, Isidore, Agobard, qui ont fait l'éloge de cet illustre évéque.

(4) Celle qui a été publiée par les BoUandistes (Ac(a SS. Febr , t. I, p. 667) est sûrement postérieure à celle de saint Apollinaire de Valence (Ac/a SS.

m aussi son épitaphe, dont il rapporte les quatre iers vers.

tint Avit, du reste, n'est pas le seul évoque dont les iphes lui aient fourni quelque chose. C'est dans une ription (1), relative à Tévêque Domninus, qu'il a trouvé raits : Hic tam in divinis quam in saecularibus artibus lit, amator pauperum^ redemptor captivorum, vilaque itissimus. Il a lu l'épi taphe de Pantagathe (2), où il a is que cet évoque avait été consularibus fascibus prii sublimiSy qu'il avait siégé cinq ans (3) et qu'il était ; sous le consulat de Paulin le Jeune et de Basile. Ce ulat est sûrement faux; Paulin a été consul en 533 et le en 541. Adon aura mal compris la notation consuet fondu ensemble deux dates, celle de Tavènement îlle de la mort de Pantagathe (4).

t. III. p. 58), d'où elle est tirée pour les deux tiers environ de son contenu. La vie d'Apollinaire existait sûrement au temps de Louis ux ; il n'y aurait rien d'étonnnnt à ce que celle d'Avit eût été rédigée, !S elle, après ou avant Adon. Tout ce que celui-ci rapporte sur Avit, \e qu'il donne de son épitaphe, se retrouve dans ce texte ; on en peut lutant de la notice d*Avit dans le recueil de Léger, oU l'épitapbe )mplète. Pour bien juger de la dépendance entre ces trois textes, il

utile d'être renseigné sur l'âge des manuscrits où se trouve la biograle saint Avit. Sur la vie d'Apollinaire, v. Krusch, M, G. Scr, merov.,

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