VI PRÉFACE
dans TArchipel Indien et autre-paxt, l'ouvrage d'Ibn Qâsim est désigné indiflëremment par les noms de Taqrtb, de Taqarrob ou de Fatb al-Qartb , tandis qu'on se sert des noms de Mokhtaçar ou de Matn Abl Chodjâ' pour désigner le Précis. Au reste, en ce qui concerne les Javanais et les Malais, cette confusion de titres n'a rien de surprenant; il y a plusieurs autres livres arabes qui sont connus dans les écoles ecclésiastiques de l'Archipel Indien sous d'autres noms que leurs véritables titres.
L'auteur du Précis s'appelait Chihâb al-Millah wad-Dîn A^mad ibn al-Çosain ibn A^mad al-lçfahâni. Il portait en outre deux surnoms, savoir Abou Chodja' et Abou t-Tayyib, et c'est surtout par le premier de ces surnoms qu'on le désigne ordinairement. On ne sait presque rien de sa vie, probablement parce que la popularité et l'autorité de son Précis sont devenues beaucoup plus grandes dans les temps modernes qu'elles ne l'étaient auparavant. Les anciens auteurs arabes ne le connaissent que comme un juriste de second ordre. Baidjouri, dans son ouvrage que nous citerons plus loin *), nous apprend qu'il occupa successivement les fonctions de juge (qâdhî) à Médine et de vizir à Baghdâd, qu'il pratiquait la bienfaisance sur une large échelle, qu'il mourut à Médine l'an 488 de l'Hégire à un âge très-avancé, et qu'il a été enterré dans l'enceinte de la Grande Mosquée de cette ville, tout près de la Hodjrah, ou chapelle renferment les dépouilles mortelles du fondateur de l'Islamisme. En revanche, selon les fragments de Sobkî, de Yaqout et de Hâdjdjî Ehalîfah, cités par Hammer-Purgstall et dans le Catalogue des Manuscrits arabes de la Bibliothèque de l'Université de Leide *), l'auteur du Précis serait né à 'Abadân l'an 484 de l'Hégire et mort à Passera dans le commencement du sixième siècle. Selon les mômes auteurs il aurait enseigné la jurisprudence dans cette dernière ville pendant de longues années. Probablement Baidjouri a con-
0 V. p. 11 de l'éditon du Caire.
*) V. Literaturgeschichte der Araber, VI p. 330, et Cat. Cod. Orient. IV p. 113 et 8.
PRéPACB. VII
fondu Tauteur du Précis avec le vizir Thahir ad-Dîn Abou Chodjâ', qui a vécu de Tan 487 jusqu'à l'an 488 de l'Hégire, et a été enterré à Médine près du tombeau sacré ^).
Outre le Précis, notre Abou Chodjâ' a écrit, selon Sobkl, un commentaire (charti) de l'Iqnâ' de Mâwardî; Hâdjdjî Khallfah mentionne de lui un commentaire (tafsîr) du Co-
ran et les ouvrages intitulés Taçhlb al-Imân, Charly al-Ikhtilâf, Mabsout al-Imâm et al-Moltaqat *). Pour autant que je sache, tous ces livres sont perdus, et certainement ils ne sont plus en usage parmi les Musulmans modernes. Quant au Précis, il s'appelle selon Hâdjdjî Khallfah Ghâyat al- Ikhtiçâx, Ghâyat at-Taqrîb ou bien le Mokhtaçar ou Précis tout court'). Le môme auteur rapporte par deux fois*) que le Précis a eu l'honneur d'avoir été mis en vers, et que deux juristes , Hiçnî et 'Abd asSalâm , morts respectivement dans les années 829 et 981 de l'Hégire, en ont écrit des commentaires*). Quoique le commentaire de Hiçnî soit sans conteste un ouvrage de haute valeur au point de vue juridique*), ce livre n'est plus en usage parmi les Musulmans de nos jours, et il en est de même de celui de 'Abd as-Salâm. Les commentaires dont l'autorité est actuellement reconnue partout où l'on trouve des adhérents du rite de Châfi'î, sont le Fatti al-Qarîb qu'on va lire, et l'Iqnâ' fl Hall Alfâth de Moljiammed ach-Gharbînî , mort dans l'année 977 de l'Hégire ^). Chacun de ces deux commentaires a donné lieu à une série indépendante de nouveaux commentaires, de gloses, etc.; mais ce sont surtout le Fatti alQarîb et les livres qui s'y rattachent, dont l'autorité et la popularité ont
ï) Cf. Hammer-Purgstall op. cit. VI p. 109 et s.
«) Cf. H. Kh. (Ed. Plûgel) II p. 30(>, 378, lY p. 21, V p. 363 et VI p. 108. ») Op. cit. lY p. 296, 300, Y p. 441. ♦) Ibid. lY p. 296, 300.
») Ibid. Y p. 441.
*) Uq manascrit en existe à la Bibliothèque de Leide. Y. Catal. lY p. 113. '<) L'Iqoâ' de Charbînî a été imprimé au Caire en deux volumes Tan 1382 de l'Hégire.
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grandi, avec une tendance marquée à augmenter encore. On peut constater à cet égard un phénomène analogue à celui observé depuis longtemps par rapport au Minhâdj at-Tâ'Iibîn de Nawawî en regard du Motrarrar de Eâfi'î, savoir que l'ouvrage secondaire a éclipsé l'ouvrage primitif.
Quant à l'autorité du Fatiti al-Qarlb comparée à celle du Hinhâdj at-Tâlibîn, il est à observer que celui-ci occupe le premier rang s'il s'agit de décider un procès; mais d'un autre côté, le Fatli al-Qarlb est plus populaire comme manuel des étudiants en droit. Il en résulte que la traduction du Fat^i alQailb forme le complément nécessaire de celle que j*ai publiée du Minhâdj at-T^^in* D'année en année la domination des nations européennes sur les Musulmans se développe; il est donc innutile d'insister sur ce qu'il y a important à ce que les deux ouvrages qui forment la base de la littérature jmldique du rite de Cbâfi*! soient accessibles, non-seulement au petit nombre des arabisants, mais encore aux magistrats et aux agents politiques , pour la plupart desquels l'arabe restera forcément une langue peu ou point connue, dans tous les pays musulmans où ce n'est pas la langue nationale. La Hollande y a un intérêt spécial , parce que la grande majorité des Musulmans du rite de Châfi'î sont ses sujets. C'est pourquoi le Gouvernement a résolu de me charger de la publication du texte arabe du Patti al-Qarîb avec une traduction et quelques annotations '), comme il m'avait chargé auparavant d'un travail analogue par rapport au Minliâdj atrT^Ubîn.
Pour arrêter le texte arabe du Fatti al-Qarîb, je me suis servi en premier lieu de trois manuscrits.
V Le manuscrit N** 291 en deux volumes, appartenant au Gouvernement des Indes Orientales néerlandaises, mais déposé
1) Je n'ai pas cru nécessaire de -répéter dans le Fath al-Qarîb les renvois à la législation française qu'on trouve dans le Minhâdj at-T&libîn. Les deux ouvrages se ressemblent tellement par rapport à l'ordonnanoe que le lecteur n'aura pas de peine à trouver le passage correspondant du dernier.