‹ Faune de la SénégambieChapitre 38 sur 48 · SINGES BLANCS DU BAMBOUK · texte numérisé non relu

SINGES BLANCS DU BAMBOUK

Compagnon, le premier voyageur ayant pénétré au Bambouk , 1716 ). rapporte le fait suivant dans la relation de son voyage (i) :

« Le Royaume de Bambouk produit quelques animaux extraordinaires- on y trouve une espèce de Singes blancs, d’une blancheur beaucoup plus brillante que les Lapins blancs de l’Europe. Ils ont les yeux rouges. On les apprivoise aisément dans leur jeunesse; mais lorsqu’ils avancent en âge, ils deviennent aussi méchants que les Singes des autres pays. Jusqu’à présent, il n’a pas encore été possible d’en apporter un vivant au fort Saint-Louis. Outre la délicatesse de leur constitution, ils paraissent chagrins lorsqu ils sortent de leur pays, et leur tristesse va jusqu’à leur faire refuser toute sorte de nourriture. »

Plusieurs Naturalistes ont reproduit ce passage sans commentaires, Valmont de Bomare (.2) cite textuellement Compagnon;

Abrey (3), ajoute quelques renseignements au récit du voyageur :

«Il paraît, dit-il, que les Singes blancs du Royaume de Bambouk sont des espèces de Guenons, telles que l’Atys ( Simia senex d’Erxleben ; Simia Atys d’Audebert) et l’Entelle de Dufrène ( Simia entellus). Au reste, on assure qu’ils sont d’une blancheur éclatante et qu’ils ont les yeux rouges. Il paraît aussi qu’ils ont éprouvé la même dégénération que celle des Nègres blancs ou albinos dans l’espèce humaine. Ce sont des Singes blafards; il y en a de plusieurs espèces qui ne sont que des variétés individuelles. »

Le fait de donner le Simia senex d’Erxleben ( Semnopitliecus senex, F. Cuv.), et le Simia entellus de Dufrène ( Semnopitliecus

(1) Voir AValkenaer, Histoire générale des Voyages, 1762, t. 111, p. 259, et Labat, Afrique occidentale, t. IV, p. 32.

(2) Dict. raisonné universel d’Hist. Nat., 1775, t. V, p. 823.

(3) Nouveau Dict. Hisl. Nat., éd. Deterville., 1819, t. XIII, p. 301.

F Cuv.), Singes de l’Inde et de Ceylan, comme Afrien tellu!> ' donner également comme synonyme du Simia senex le cains> d’Audebert, qui est un albinos du Cercocebus fuligi- Sim a y l, eoff dénote combien Virey connaissait peu les ani-

nosus b. ’’

x dont il parle.

maU faut cependant tenir compte de l’époqne où il écrivait cet ^ aU son o*er que les Colobes étaient peu ou pas connus et a1, né râlement confondus avec les Semnopitlièques.

^Sous ces réserves, la note de Compagnon et l’article de Yirey ont suggéré une supposition, et nous nous sommes demandé si les Singes blancs du Bambouk ne seraient pas, peutêtre, des Colobes?

En rappelant que le Guereza vit dans les montagnes du Fouta, du Fouladou et du Bambouk, que ce Guereza, suivant Temminck (1), est entièrement blanc jusqu'à l’âge adulte, notre sup-

position semblerait assez fondée; il est vrai que la couleur rouge des yeux dénote un état complet d’albinisme ; il resterait à savoir si Compagnon n’a pas exagéré le caractère dont il parle; si, prévenu par sa comparaison avec les Lapins blancs d’Europe, il n’a pas été trompé par une fausse apparence ?

Nous ne pouvons, pour le moment, résoudre cette question; les découvertes futures feront certainement connaître ce qu’il y a de vrai dans l’assertion de Compagnon, dont nous avons cru devoir tenir compte, toute hypothétique qu’elle soit.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — L’indication exacte des localités habitées par les Formes composant la Famille des Colobidæ, indication que nous avons donnée en étudiant chacune de ces Formes, nous dispense d’entrer dans de longs détails sur leur distribution géographique.

A part le Piliocolobus Kirki, paraissant jusqu’ici spècial à l’île de Zanzibar, toutes les autres Formes vivent sur le continent; à cause même de leur genre de vie, elles se rencontrent naturellement, de préférence, dans les stations où les grands bois et les forêts dominent, soit comme on le sait, à peu de distance des cotes, soit avant dans les terres et presque toujours au voisinage des grands cours d’eau et de leurs tributaires.

(1) Voir précédemment, p. 132.

tiVulièremént propres aux régions monoïques Forces P"^ ar ^ présence sur les hauts tagneuses sembleraient ^ gn faveur de la division du

sommets, un aigumer ^ Zoologiques distinctes, et lune

continent AfricM en preuïe à l’appui de cette

d’elles a pu etre longtemp

manière de voir. vient affirmer au contraire la dis-

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de plus en plus. la première fois d’une ma-

le B.gnaWp ^ de rAbyssine

mère authentique p^ ^ ^ considéré comme le type le

rdus^ caractéristique de la région, disons mieux, de la Zone Zoof nWbvssinienne^ été découvert depuis sur quatre points : îes Montagnes du Pays des Bongos et des Niam-Niam (2,543 mètres environ d’altitude); le versant des Monts de Kilima N’Djaro (1,500 mètres environ d’altitude); les forets du Congo (400 mètres environ d'altitude); enfin le versant ouest des Montagnes du Fouta (750 mètres environ d’altitude).

On peut suivre ainsi, presque pas à pas sa dispersion, et bien que son centre d’occupation paraisse plus particulièrement établi dans le massif Est du continent, bien que dans l’une des localités éloignées le type ait éprouvé une modification telle qu il a dû être & différencié, il n’en est pas moins démontré que ce type Guereza a irradié jusqu’aux deux points extrêmes de la Côte Occidentale : le Fouta et le Congo, séparés du point de départ : le massif Abyssinien, par la largeur presque tout entière du continent.

Les autres Formes sont échelonnées le long de la Côte Occidentale de la Gambie à Saint-Paul-de-Loanda, et sur cette longue étendue, leur mélange intime ne peut être nié; d’autre part, des Formes de la Côte Occidentale se retrouvent sur la côte opposée; nous en citerons tout particulièrement une : le Colobus Angolensis, tout à la fois d’Angola et de la Côte de Zanzibar, au grand étonnement, comme on l’a vu, de M. Sclater.

On nous objectera sans doute que le Tropicolobas rufomitratus est particulier à la Côte Est, que le Procolobus vents habite uniquement la Côte-d’Or; jusqu’à présent le fait est exact, mais

■ouve que ces deux Formes ne seront pas découvertes rieT1 Ue très' 1 points; caractéristiques aujourd’hui d’une ou plu- SU1> ^^ones Zoologiques, elles cesseront de l’être demain, exac- Si6UrS t comme le GuerezaRuppelli, comme le Colobus Angolensis, te men C Qementg en étonnements, les créateurs des prétendues

^nes finiront par comprendre qu’elles sont de plus en plus

insoutenables. .

Les divisions du continent Africain en régions distinctes, ■actérisées par des Formes spéciales, divisions minutieusement définies par Andrew Murray en 1866 (1), et encore aujour- )phui acceptées par un grand nombre de Zoologistes, malgré les découvertes qui depuis cette époque auraient dû modifier les données premières, ne peuvent donc être admises, soit qu’on étudie l’ensemble des animaux, soit que l’on s’adresse à l’un quelconque de leurs groupes.

Dans nos précédentes discussions sur ce sujet, nous nous sommes occupé de l’ensemble des Formes Africaines; l’étude des Colobes, en affirmant la seconde proposition relative aux groupes. sert en outre à réfuter une objection d’Andrew Murray et de bien d’autres, objection d’après laquelle les grands fleuves constitueraient un obstacle capable de s’opposer à la dispersion, propre à délimiter par conséquent les Zones Zoologiques; cette réfutation doit nous arrêter quelques instants.

Les grands fleuves, dit Andrew Murray, opposent une barrière efficace à la dispersion des espèces, mais, pour remplir ce rôle, il faut qu’ils ne puissent être facilement tournés : « Great rivers we bave already seen, form effective barriers to restrain tbe spread of species, but they must be long- enough not to be easily turned. »

« Le Niger d’une part, le Congo de l’autre, remplissent ces

(1) The Geographical distribution of Mammals 1887. — Il est inutile de lappeler qu avant Andrew Murray, quelques auteurs avaient proposé l’établissement des Zones Zoologiques ; celles de Sclater, et plus récemment celles de Wallace ont été unanimement adoptées; elles reposent toutes sur les mêmes bases. Wallace a subdivisé les régions en sous-régions « ce qui constitue un itablc p> ogres, » dit le rééditeur du manuel de Conchyliologie do °°rï wai 'd, 3 n éd., p. 195. — On ne doit pas s’étonner devoir leD r P. Fischer, 6 Giaad Malaco Logis te, happer une idée fausse, il a liï flair pour cela!

~ , délimite la Zone Zoologique comconditions. Le Niger, en e , même Niger; le Congo délimite

prise entre le Sud du Sahara et ^ ^ gud e[ le Niger au

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