‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 2)Chapitre 14 sur 59 · LE TROProONOTE VIPÉRIN · texte numérisé non relu

LE TROProONOTE VIPÉRIN

Dœ YipebnnÀtter Tkopidosotus vipbeinus, Latr.

GriSj verdâtre ou brunâtre eii dessus, avec des bandes noirâtres oliiques et transverses disposées souvent en ligne dorsale sinueuse; des taches foncées sur les flancs, marquées d'*un espace clair au centre; grisâtre ou jaunâtre en dessous j avec des taches grises ou noires sur le ventre et le bord desgastrostèges. Queue moyenne^ portant 6 squames en ligne transverse médiane. Préanale divisée. Tronc subcylindrique et de proportions moyennes^ comptant, au centre^ 20 à 21 éaiiUes en ligne oblique transverse. Tête svibconique en avant, déprimée et fnédiocretnent large en arrière. Cou assez distinct. Museau moyennement acuminé. Intemasoles triangulaires. Écailles sublancéolées et carénées. Généralement 2 préoculaires et 2 postoculaires. 7 suslabiales, les 5™ et 4"** en contact avec Vceil. 1 temporale aupretnier rang. Longueur totale moyenne de r adulte = 68(y

CoLUBER viPERiNUs, LoUv. Hist. Nat. Rept. IV, p. 47, t. a, p. 32, f. 4.

> KATRICULA, Hermatin, Obs. Zool. I, p. 276.

> (Natrix) viperinls, Merr. Syst. Amph. p. 126, n. 127. .

Natrix CHERSOiDES, N. OCELLATA, Wogler, Serp. Brasil. p. 29-32, lab. 10 et

li, fig. 1.

» viPERiNA, Bonap. Fauna italica, lasc. XI^ p. 56.

> TIPERINA VAR. viTTATA, Gcné^ Syn. Rept. Sard. p. 269, t. III, fig. 2. Tropidonotus chersoides vel ocellatus, Wogler^ Syst. Amph. p. 179. —

Ihim. et Bib, Erpét. gén.

» viPERiNTS, (in parte) Schlegel, Phys. des Serp. p. 325. — Dum. et

Bib. Erpét. gén. VII, p. 560.

• BoxELUi, Fitz. fide Bonap.

» viPERiKUS VAR. TiTTATA, Dc Fil. Cat. rag. Serp. p. 42.

> (Tropidophorus) viperinxs yar. biuneata, VAR. CHERSOIDES, Jon,

Qen. Syst. d. Ofidi, p. 71.

^ Cette espèce est communément appelée, dans la Soisse française, la Vipérine on la CoaleuTre vipérine; elle est, comme la précédente, connue dans le Tessin tous le nom de Vipera d'aqua.

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Tête moins large en arrière et un peu plus conique en avant que chez la Couleuvre à collier; d'une largeur, sur la région temporale, à peu près égale à la distance qui sépare l'extrémité postérieure.des pariétales du bord antérieur dos préfrontales, ou un peu davantage suivant Tftge. La face supérieure un peu déprimée en arrière et légèrement busquée en avant. Neuf plaques suscéphaliques médiocrement lisses et laissant libre une assez grande partie de Tocciput; les internasales triangulaires. Le museau médiocrement acuminé, assez arrondi au bout et mesurant, depuis le coin de Tœil, une longueur généralement égale à celle qui sépare les yeux en avant ; la rostrale de largeur moyenne et légèrement rabattue en dessus. Œil moyen.

Narines moyennes.

Temporale, une au premier rang.

Suslabiales, sept; la troisième et la quatrième en contact avec

l'œil.

Préoculaires, généralement deux ; rarement une seulement. Postoculaires, deux ; exceptionnellement une troisième petite en

bas.

Scutelles gulaires en deux paires consécutives presque égales et séparées, d'ordinaire, de la première gastrostège par deux ou trois paires de petites squames.

Ck)u moins brusquement accentué que chez le T. natrix^ à cause du moindre dévelopi)ement de la tête entre les angles des mâchoires.

Tronc assez fort et à i)eu près cylindrique ou, quelquefois, légèrement triangulaire dans sa partie postérieure, chez les adultes ; beaucoup plus effilé, chez les jeunes. Une section verticale presque aussi large que haute, au milieu du con)s, mais parfois un peu plus élevée en arrière.

Écailles dorsales sublancéolécs , légèrement échancrées à la pointe et nettement carénées ; celles des flancs, plus grandes, plus ramassées et moins carénées.

Une ligne transversc oblique, au milieu du tronc, comptant généralement 20 ou 21 squames.

Gastrostéges de moyenne grandeur, peu relevées sur le côté et en nombre variable de 147 à 160 '.

Ftéanale divisée.

Queue plutôt acuminée et moyenne, quoique de dimensions assez variables, suivant les individus, ainsi que plus ou moins comprimée ou arrondie ; sa longueur entrant de trois fois et deux tiers à cinq fois et demie dans celle du tronc.

Une série transverse, au milieu de ce membre, comptant 6 squames.

Urostèges généralement doubles, quoique parfois accidentellement simples sur une étendue plus ou moins grande de la queue en dessous, et au nombre de 48 à 64 ^

Faces supérieures, de teintes fondamentales aussi variées que les dessins qui les recouvrent; ainsi, tantôt grises, brunes, verdâtres ou même d'un noir bleuâtre, et tantôt blondes, jaunes ou rosées, sans que la différence de sexe semble y contribuer d'une manière régulière.

Sur les parties dorsales, le plus souvent, une série de taches brunes ou noires disposées obliquement et réunies de manière à former, de Tocciput à la queue, comme chez la Vipère commune (Pelias Berus)^ une ligne sinueuse plus ou moins continue, avec ou sans points clairs dans les angles rentrants; d'autres fois, simplement une suite de petites bandes foncées, séparées et transversales, un peu comme chez la Vipère rouge ( Vipera Aspis) ; d'autres fois encore, en outre de ces premiers dessins, une large ligne claire et jaune, courant de chaque côté du dos sur le haut des flancs.

La tête parfois sans taches, mais, dans la majorité des cas, ornée de dessins, accentués surtout chez les jeunes. Quelquefois de petites macules et des points clairs sur la face et très-souvent deux V noirâtres renversés, et disposés l'un dans l'autre, entre le sommet de la tête et

^ Souvent chez nous 151 ou 152.

* De Filippi donne 70 comme maximum. Ce nombre me paraît exceptionnel chez cette espèce. J'ai compté, souvent, de 51 à 61 paires chez les Vipérines de notre pays.

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les côtés de la nuque, le premier arrivant jusqu'entre les yeux, le second jusqu'aux pariétales seulement. Souvent encore une grande tache et une ligne foncées, Tune enveloppant plus ou moins les parties latérales du cou, en arrière de Tangle des mâchoires, l'autre s'étendant du coin de Tœil à la commissure de celles-ci. Enfin, généralement, des taches transversales sur les suslabiales antérieures.

Les côtés du tronc et de la queue de teintes analogues à celles du dos, quoique volontiers plus claires, avec de grandes taches régulièrement distribuées, quadrilatères, ovales ou arrondies, brunes ou noires, plus ou moins accentuées, et souvent marquées au centre d'un point clair, giisfttre, verdfttre ou jaunâtre.

Iris jaune ou jaunâtre mélangé de brun, ou encore noirâtre avec un cercle intérieur jaune ou rougeâtre.

Faces inférieures blanchâtres, jaunâtres, jaunes ou d'un gris plombé, avec de grandes taches noires ou d'un noirâtre plus ou moins foncé, à peu près carrées, et souvent distribuées alternativement à droite et à gauche du ventre. Les bords latéraux des gastrostèges tantôt clairs, tantôt cerclés de noir. Les parties postérieures du corps généralement plus sombres que les antérieures. Le dessous des mâchoires, la gorge, le cou et une portion de la poitrine de même couleur que le ventre, ou quelquefois d'un jaune orangé assez intense.

Jeunes : tête comparativement plus forte, et corps phis effilé et plus arrondi que chez les adultes. Teintes fondamentales assez variées, plus particulièrement, cependant, dans le premier âge, grisâtres ou blondes en dessus et d'un gris roussâtre ou brunâtres en dessous. Dessins ornementaux plus accentués que chez les vieux sujets. Presque toujours, entre autres, les deux V sur la tête avec des chamarrures en avant ; assez généralement aussi la ligne dorsale sinueuse continue et les taches ocellées des flancs. En tout, assez semblables aux jeunes de hi Vipère commune, dans leur première année.

Cette espèce est, certainement, celle qui varie le plus, à tous égards, dans notre pays. Ses dimensions, ses formes plus ou moins élancées ou ramassées et sa livrée ofirent, suivant les conditions, des difiérences très-notables; en outre, certaines parties de son écaillure présentent, à leur tour et plus souvent peut-être que chez aucune autre, des troubles ou des anomalies. Voici, en quelques mots, la description des trois formes principales qu'affecte la Vipérine en divers lieux ; formes, il est vrai, fort distinctes dans leurs extrêmes, mais reliées pourtant par plusieurs variantes transitoires.

(a) J'ai nommé la première variété Vwr. incerta^ à cause de la manière incertaine dont les dessins caractéristiques de Tespèce sont indiqués chez elle. Celle-ci présente des formes comparativement élancées et atteint aux plus grandes dimensions de l'espèce. Sa tête est plutôt effilée et sa queue légèrement triangulaire. Elle est d'un gris verdàtre ou quelquefois blonde en dessus, avec des taches dorsales et latérales ne formant ni raie sinueuse continue, ni oceUes bien distinctes ; le dessus de la tête montre rarement des taches chez l'adulte et le V nuchal est chez celui-ci presque effacé. Les faces inférieures sont souvent d'un gris plombé avec des taches noirâtres ; la gorge est blanchâtre, jaunâtre ou jaune. Cette première forme de la Vipérine m'a paru se trouver de préférence dans les parties occidentales de notre pays, au nord des Alpes, et, plus particulièrement, au bord du Rhône. Son faciès rappelle quelquefois passablement celui de l'espèce suivante, et je comprends que quelques observateurs aient pu confondre, comme nous le verrons, le Trop, viperinus^ sous cette forme, avec le Trop. tesséUaJtus qui suit et pourtant si différent à d'autres égards. Les très-jeunes individus ressemblent du reste assez à ceux d'autres variétés.

(b) Une seconde forme qui peut être considérée comme typique et mérite plus spécialement le nom de Vipérine, n'atteint guère à des proportions aussi grandes que la précédente ; son corps est un peu plus trapu, sa tête légèrement plus ramassée et sa queue plus cylindrique. EUe présente sur le dos une ligne continue brune ou noire formant des zigzags tout à fait analogues i ceux de la Vipère commune ; ses flancs portent de grandes taches de même couleur qui, marquées d'un petit espace clair au

i6t FAUNE DES VERTÉBRÉS.

centre, lui ont valu quelquefois le nom d'ocellée ( Var. ocdlata). Enfin, elle montre, assez généralement, un ou deux V bien accentués sur Pocciput et la nuque. Elle m'a paru plus répandue dans notre pays au sud qu'au nord des Alpes, en particulier sur les bords du lac de Lugano dans le Tessin.

(c) Une troisième, distinguée sous les noms de Var. bUineata ou Chersaides^ n'a jamais, à ma connaissance, été trouvée dans notre pays. Son faciès assez particulier Ta fait considérer par certains auteurs comme espèce différente de la Vipérine '. Sa taiUe est comparativement petite, son corps gros et cylindrique, sa tête ramassée et arrondie en avant, et sa queue presque ronde. Elle présente, de chaque côté du corps, sur le haut des flancs, de l'occiput à la queue, une large ligne blanche ou jaune, Le dos est, en outre, ou parcouru par une ligne foncée sinueuse, ou simplement semé de taches obliques ; les flancs présentent souvent des taches ocellées semblables à celles de la forme précédente. Cette variété est particulière à des pays plus méridionaux que le nôtre, au midi de la France, à l'Espagne, à l'Algérie et à l'Egypte.

Je n'ai point rencontré en Suisse de variété noire de cette espèce '; cependant, j'ai eu l'occasion d'examiner des individus jeunes encore de la forme (6) qui affectaient des teintes noirâtres assez foncées.

Parmi les nombreux troubles accidentels de l'écaillure, je me bornerai à citer les quelques observations suivantes qui suffiront je pense à donner une idée de la variabilité de cette espèce. Ainsi, j'ai capturé, au bord du Rhône, deux individus d'ftge moyen de la forme (a) chez lesquels un certain nombre des plaques souscaudales étaient parfaitement simples; à partir de l'anus, neuf chez l'un et dix chez l'autre. J'ai rencontré quelques individus d'âges différents des var. (a) et (b) qui portaient, tantôt une seule préoculaire, tantôt trois postoculaires, et cela d'un côté seule-

" Dum. et Bib. Erpét. gt^n. Trop, chersoides, VII, p. 6G2.

* Mcisner raconte avoir trouvé, prrs de Luf^ano, des sujets du Col. tet' «tUatuM entirrement noirs en dessus. Si, comme je le suppose, Tauteur da Muséum der Naturg. Helvetiens a confondu quelquefois les Drop. tesselUtiMi et T. viperinuê^ il est bien posbible que la variété noire de la Vipérine se trouve dans le Tessin.

ment ou des deux également. Enfin, j'ai trouvé un jeune de la forme (b) qui comptait seulement trois suslabiales sur une mâchoire et quatre sur l'autre.

For. (a) jav. (bilineata *) Tiperina Ç incerta 9 '

Longaear totale .0»,405à(0»,676)àO«,660àO«,710àO",850

» de la tète (au bout des

pariétales) 0,014 (0,015) 0,017 0,024

» de la tête (à l'angle des

mâchoires) 0,019 (0,021) 0,024 0,027 0,036

» de la queue 0,100 (0,123) 0,112 0,180 0,140

Diamètre vertical (au milieu

du tronc) 0,012 (0,016) .... 0,019 0,026

La Vipérine est, comme son nom l'indique, l'espèce qui, dans nos contrées, a le plus de rapports avec la Vipère. Cependant, malgré cette malheureuse ressemblance, elle sera toujours facilement reconnue aux plaques qui recouvrent une forte partie de sa tête, à sa pupille arrondie et à sa queue plus allongée et moins conique.

Cette espèce habite la France, quelques parties méridionales de l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, l'Algérie et l'Egypte. Je ne l'ai rencontrée, dans notre pays, que dans les cantons occidentaux et méridionaux, Genève, Vaud, Valais et Tessin, et jamais au-dessus de 1000 à 1200 mètres. Je l'ai trouvée, en particulier, très-communément au bord du Rhône, près de Genève, un peu au-dessous de la jonction de ce fleuve avec l' Arve. De même, je ' l'ai vue assez souvent dans le lac de Lugano, le long des murs qui bordent les routes riveraines aux abords de cette ville. M. Bastian, conservateur au Musée de Lausanne, m'a assuré que cette espèce n'est pas rare au bois de Sauvabelin, en dessus de la ville ; enfin, on la voit, de temps à autre, dans les marais ou au bord du Rhône, dans le Valais, entre Martigny et Sion.

Le Trop, viperinus est encore plus aquatique que le T. nairix. On le rencontre, il est vrai, çà et là le long des fossés, dans les

* Étrangère à notre pays.

* Cette dernière femelle de très-grande taille a été prise, non loin de Lausanne, aux Grenets près la tour de Gourze.

] 6i FAUNE DES VERTÉBRÉS.

champs ou les bois; mais il semble préférer de plus grandes eaux et s'établit plus volontiers dans les étangs et les marais ou sur les rives des lacs et des rivières. Non-seulement il nage et plonge avec beaucoup d'adresse, mais encore il peut demeurer longtemps sous Teau, circulant lentement entre les herbes ou les pierres du fond, en quête de quelque proie. Sa nourriture consiste principalement en Grenouilles, Tritons et petits Poissons. Une grande femelle, pleine de dix-huit œufs, que je pris, dans la première moitié de juin, au bord du Rhône, contenait deux Chabots (Cottus gobio) de taille moyenne et encore en parfait état de conservation.

C'est d'ordinaire dans quelque endroit chaud et humide, sous la mousse ou entre des pierres, ou encore à une petite profondeur sous la terre meuble d'un rivage que la Vipérine dépose ses œufe, au nombre de quinze à vingt, cela à une époque variable de la fin de mai au commencement de juillet. En automne, et plus ou moins vite suivant les années, ce Tropidonote se retire, comme ses congénères volontiers en société, dans quelque trou ou dans la vase, pour ne reparaître qu'au printemps suivant, et généralement un peu plus tard que l'espèce précédente.

M. Bastian m'a raconté qu'on lui a apporté un jour un paquet de Vipérines qui, au nombre de cinquante à soixante, avaient été trouvées, dans l'arrière-saison, roulées ensemble et mêlées à quelques individus d'autres espèces.

Malgré son analogie extérieure avec la Vipère, la Vipérine est cependant tout à fait inoifensive; c'est tout au plus si elle fiait quelques tentatives de morsures innocentes qui à peine égratîgnent la peau de la main.

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