LE ZAMÉNIS VERT ET JAUNE
Die GELBGRaNE Natteb ZAïans viUDiFLAVus, Wagler
Noir verdâtrCy en dessus^ avec de petites macules jaunes Xongitudmcies plus abondatUes vers la queue; jaune clair, en dessous ^ avec des taches foncées sur les côtés des gastrostèges. Queue longue et très-^fUéCy portant 4 squames sur une ligne transverse médiane. Préanàle semi-divisée. Tronc àUongéy dancé et subcylindriquej comptant, au milieu, 19 squames sur une ligne transverse oblique; gastrostèges brusquement rdevées sur les côtés. Tête oblongue et peu Sargie en arrière. Cou pincé et distinct. Plaques suscéphaliques lisses; surcUiaires débordantes. Rostraie un peu conique en avant et à peu près aussi haute que large. ÊoaiUes rhowibcndàles^ sans
* Vulgairement la CooleuYre verte et jaune ; en allemand, schwarzgrûne Natter ; dans le Tessin Scorson.
186 PAUiNE DES VERTÉBRÉS.
carhies et lisses. 2 préoculaires et 2 postoadaires, 8 snslabiàleSy les 4"* et 5"* en contact avec VœU. 2 temporoles au pretnier rafig. Longueur totale : moyenne de V adulte, l^lôO^*.
Akgi'IS .{Isculapii NIGER, Aldrov. Serp. lib. I, cap. 16, p. 263.
» ;£sci;lapii vulgaris, Jonston, Hist. Serp. I, lib. I^ cap. 15, p. ii, tab. 5.
Natrix gemonensis, Laur. Synopsis, p. 56. COLUBER vi'LGAKis, lionnat. Tab. Enc. Ophiol. p. 233» tab. 38.
• PERSONATi'S (juv.), Daud. Rept. VIII, p. 3Î4, tab. C.
» atrgvirens, Shaiv, Gen. Zool. III, part. 2, p. 449.
» LL'TEOSTRIATUS, Gmcl. în Natuff. XXVIII, p. 164, tab. 3, fig. 2.
» VIRIDIFLAVUS, Schlcgcl, Phys. dos Serp. II, p. 160.
» viRiDiFLAvrs, VAR. CARBONARii'S, Bonap. Fauna ital. fasc. V, p. 25, pL Zamenis viRiDiFiAVis, Z. PKRSONATrs(j«t'.), Wagler, Syst.Âmph. 188, gen. 73. lIiEROPHis VIRIDIFLAVUS, Fitz. Syst. Rept. p. 26.
Tête oblongue, comparativement peu élargie en arrière et de forme assez anguleuse, soit très -plane en dessus et à pans latéraux presque verticaux; la plus grande largeur mesurant, d'ordinaire, la distance qui sépare le bout des pariétales du bord postérieur des préfrontales. La face supérieure couverte, en grande partie, par neuf plaques lisses et un peu brillantes, parmi lesquelles Técusson frontal se distingue par sa faible largeur et les surcUiaires par leur disposition débordante. Le museau légèrement busqué en dessus et mesurant, depuis Tœil, une longueur presque égale à celle des pariétales ou à celle qui sépare les yeux en avant ; la rostrale à peu près aussi haute que large, légèrement rabattue en arrière et on peu conique en avant (Voy. PI. II, fig. 20). Œil grand et enfoncé sous les surciliaires. Narines latérales et largement ouvertes entre deux plaques.
Temporales, deux au premier rang.
Suslabialcs, huit, la quatrième et la cinquième touchant à Tœil; cette dernière remontant même assez haut, par derrière.
Préoculaires, deux ; la supérieure très-grande et concave.
Postoculaires, deux.
Scutelles gulaires en deux paires consécutives presque égales
et séparées de la première gastxostège par deux ou trois paires de petites squames.
Cou étroit, légèrement comprimé et assez distinct.
Tronc svelte, allongé, subcylindrique et de diamètre à peu près constant.
Ecailles dorsales rhomboïdales ou losangiques et plus ou moins allongées, entièrement dépourvues de carène, lisses, légèrement bombées et arrondies à T extrémité; celles des flancs un peu plus grandes et plus carrées (Voy. PI. II, fig. 19). Une ligne oblique transverse, au milieu du tronc, comptant généralement 19 squames.
Grastrostèges larges, assez brusquement relevées sur le bas des flancs et en nombre variable de 198 à 225.
Préanale semi-divisée ; soit, la plupart du temps, striée obliquequement par le milieu sans être réellement partagée.
Queue longue, très-effilée, à peu près ronde et d'un diamètre, vers Tanus, notablement plus petit que celui du tronc; sa longueur entrant deux fois et demie à trois fois dans celle du corps.
Une série transverse comptant, au milieu de ce membre, 4 squames seulement.
Urostèges doubles, au nombre de 98 à 112 paires.
Faces supérieures d'un vert noirâtre foncé, ou noires et parfois avec des reflets d'un bleu d'acier, ornées de petites macules allongées jaunes plus ou moins nombreuses et apparentes, suivant les individus. Ces taches rapprochées composant, chez les jeunes surtout, comme des lignes longitudinales parallèles sur la queue et la partie postérieure du tronc. Ces mêmes macules claires, moins régulières en avant et formant souvent, sur la première partie du corps, particulièrement sur la nuque, le cou et les côtés de la poitrine, ou de grandes taches mélangées de tons bruns et bleuâtres, ou des bandes transverses alternativement jaunes et noires.
Le dessus de la tête d'un vert noirâtre, ou d'un noir brun, et plus clair dans la partie antérieure ; quelquefois sans macules, généralement avec des taches jaunes transverses ou obliques. Parmi ces dernières, les plus accusées
iBB PAUNE DES VERTÉBRÉS.
chez le jeune, comme les plus constantes chez Tadulte, se montrant au travers des préfrontales, sur la partie postérieure des surciliaires et en arrière des pariétales. Souvent une tache noirâtre entre la narine et Tœil, et parfois une seconde, de même couleur, au-dessous de celui-ci; souvent aussi, une petite bande oblique jaunâtre sur Tangle des mâchoires. Enfin, les bords des maxillaires jaunes ou jaunâtres, avec ou sans macules. Iris noir ou noirâtre avec un léger cercle doré.
Faces inférieures jaunes ou jaunâtres, généralement sans taches sur le centre et marquées de quelques points noirâtres i droite et i gauche, avec une macule de même couleur sur le côté relevé de chaque gastrostège. Quelquefois, quoique beaucoup plus rarement, ces parties inférieures verdâtres ou brunâtres, pointillées ou légèrement marbrées de noir.
Jeunes : tête grosse, noirâtre et ornée de macules claires plus accentuées que chez les adultes ; en particulier un trait transverse derrière les surciliaires et une sorte de triangle dessiné, de chaque côté de Pocciput, par une ligne jaune partant du bord postérieur externe des pariétales. Les deux tiers antérieurs du corps, environ, marqués en travers, sur le dos et les flancs, de petites bandes alternativement foncées et claires, les unes noirâtres, les autres d^un gris verdâtre, jaunâtres, brunâtres ou même parfois bleuâtres; ces bandes diminuant graduellement d^intensité, d'avant en arrière, i)Our se convertir, sur le reste du tronc et la queue, en fines stries longitudinales alternativement claires et foncées. Toutes les faces inférieures d'un blanc jaunâtre ou d'un jaunâtre sale.
Cette espèce me semble différer assez peu suivant les sexes, et varier surtout avec Tâge des individus. Les principales variantes m'ont paru se montrer dans l'abondance plus ou moins grande des taches claires, ainsi que dans la présence ou l'absence de certains tons mélangés roussâtres et bleuâtres sur les côtés de la partie antérieure du tronc. Toutefois, Bonaparte a décrit sous le nom de var. cartpoiuiria une variété,
par&itement noire en dessus et sur les cfités, à laquelle je crois devoir rapporter un individu que j'ai capturé dans le Tessin, près de Lugano, où l'espèce est très-commune. Ce sujet était d'un noir profond sur toutes les faces dorsales et latérales, à l'exception seulement de quelques légères traces de macules d'un vert foncé sur les côtes de la partie antérieure du tronc; le dessus de la tête était aussi bien que tout le corps complètement dépourvu de taches claires. Toutes les faces inférieures étaient, avec cela, d'un jaune clair sur lequel se détachaient, depuis le coin des mâchoires, jusque dessous la gorge, des taches noirâtres formant comme un large collier presque fermé.
Var.
oarbonaria Rare
Longaeur totale 1» 030 à 1» 100 à 1«,230— (l-,600)
> delatéte(auboatdespariéUle8). 0,019 0,022 0,023 » de la tête (à l'angle des mftchoir.). 0,024 0,027 0,028 » delaqueae 0,270 0,300 0,320 (0,380)
Diamètre vertical (aa niilieu du tronc). 0,015 0,018 0,021
Le Zaménis vert et jaune habite, presque exclusivement, les r^:ions méridionales de notre continent et l'Algérie. Il ne se trouve guère, en Suisse, que dans le Tessin et le Valais, et rarement au-dessus de 1200 mètres ; du moins, je ne l'ai rencontré moi-même dans aucun autre canton, et ne puis citer, ailleurs, que deux trouvaiUes isolées, dont l'une est, en réalité, en dehors de notre pays, quoique presque sur nos frontières, et l'autre est encore incontestablement fort douteuse. M. A. Humbert m'a dit avoir reconnu une fois cette espèce près de Momex, en Savoie, sur le versant méridional du mont Salève, et un autre observateur m'a donné une description assez circonstanciée d'un Serpent qu'il avait rencontré près d'Alveneu, dans les Grisons, pour me faire supposer la présence du Zaménis dans cette seconde localité.
Au reste, il parait probable que cette espèce a été autrefois vénérée, comme VElaj^is JEsculapii^ par les anciens, et que les Romains l'ont importée, comme ce dernier, dans divers lieux où ils ont établi des bains. Ainsi, je l'ai trouvée communément dans de semblables établissements, soit, par exemple, dans la
i 90 FAUNE DES VERTEBRES.
galerie souterraine qui conduit, i Aix-Ies-Bains, à la source des vieux thermes, soit, près de Brigue, en Valais, dans les ruines de bains que Ton fait remonter à Tépoque romaine. Il est donc fort possible, qu'ainsi que nous Pavons supposé pour TËlaphe, notre Zaménis doive aussi sa présence en Suisse au nord des Alpes à une ancienne importation. Dans cette idée, Texistence de vieux thermes à Alveneu semblerait confirmer, jusqu'à un certain point, le nom spécifique que j'ai attribué, hypothétiquement et sous toute réserve, au Serpent trouvé dans cette localité, où sa présence parait cependant insolite.
Le Zamenis viridiflanus se tient volontiers dans les endroits secs et chauds ; toutefois, il ressort de ce que nous avons dit plus haut, qu'il ne craint pas non plus d'habiter des galeries humides. On le rencontre parfois dans les prairies ; mais il préfère s'établir dans les vieilles murailles et les rocailles ou encore dans les broussaUIes, où il grimpe avec adresse sur les arbustes. L'individu adulte, quoique se montrant parfois près de l'eau et y nageant môme avec une grande prestesse, est cependant loin d'être un Serpent aquatique; tandis que le jeune va beaucoup à l'eau, et m'a paru s'y établir, suivant les circon* stances, durant les premiers mois de son existence. La nourriture du Zaménis consiste surtout en Lézards, Orvets, Rainettes, plus rarement en petits Mammifères et en Oiseaux. La femelle dépose, une fois par an et d'ordinaire à la fin de juin ou en juillet, de huit à quinze œufs qu'elle cache dans quelque trou chaud et bien abrité. J'ai cru observer que cette espèce disparaît un peu plus vite, en automne, que nos Tropidonotes et se montre également un peu plus tard au printemps.
Le Zaménis est un grand et fort joli Serpent. L'originalité de sa livrée, le brillant de ses écailles, ses formes élancées et son agilité en font certainement la plus gracieuse de nos espèces. Cependant, il est passablement rageur, et se défend courageu* sèment, se soulevant de l'avant du corps et projetant avec vigueur la tête à droite ou à gauche, pour distribuer des morsures du reste sans aucune conséquence '.
^ Quelques personnes ont réussi à apprivoiser le Zaménis; toutefois, on individu de cette espèce que j'ai conservé plusieurs mois TÎvant, n*a
n. Sous-ordre des TOXODONTES
TOXODONTA
Les ïoxodontes portent, à l'avant de la mâchoire supérieure, des crochets qui, plus développés que les autres, sont toujours cannelés ou perforés, de manière à permettre récoulement d'une substance vénéneuse sécrétée par des glandes particulières.
Les Serpents, tous dangereux, qui composent ce sousordre sont répandus dans les diverses parties du globe ; mais, heureusement, en nombre beaucoup moindre que les espèces inoffensives.
Ils peuvent être distribués dans deux divisions, qui ont reçu de Duméril et Bibron les noms de Protéroglyphes
et de SOLÉNOGLYPHES.
Les premiers, tous étrangers à notre continent, se distinguent principalement des seconds par la forme simplement cannelée en avant et sans perforation, de leurs crochets à venin, ainsi que par la présence assez constante de quelques autres petites dents, en arrière de ceux-ci, sur le maxillaire supérieur. Les Protéroglyphes portent
jamais pu me pardonner la perte de sa liberté. Retenu dans un grand Tase en verre, il saluait toujours mon entrée dans la chambre par des sifflements stridents et se projetait inutilement en avant chaque fois que j^approchais. Sa haine était même si incurable que plusieurs fois, quand je lui rendais un instant de liberté, dans la campagne, il se dirigeait directement sur moi pour me menacer et chercher à me mordre.
I9t PAUNE DES TERTEBRÉS.
généralement de grandes plaques suscéphaliqnes, et affectent des formes assez voisines de celles de nos Couleuvres ; de sorte que leur apparence trompeuse les rend doublement dangereux.
Duméril, qui faisait de ses Protéroglyphes un sousordre particulier, les divisa en Conocerques et Platycerquesj d'après les formes de la queue arrondie et conique, chez les premiers à genre de vie terrestre, ou comprimée en nageoire, chez les seconds à mœurs aquatiques.
Division des SOLÉNOGLYPHES
SOLENOGLYPHA
Les Toxodontes solénoglyphes se distinguent principalement des Protéroglyphes en ce que leurs grands crochets à venin sont perforés, depuis la base, par un canal interne qui vient s'ouvrir, en avant, près de la pointe, au lieu d'être simplement cannelés ou marqués d'une rainure. La mâchoire inférieure, les palatins et les ptérygoldiens portent tous de petites dents; tandis que le maxillaire supérieur, fort ramassé, n'en porte pas d'autres que les crochets à venin. Cet os est non-seulement très-court, mais encore mobile et creusé en dessous, pour permettre aux grandes dents qu'il porte, tantôt de se relever en avant, tantôt de se rabattre en arrière dans un repli de la muqueuse buccale.
Le tronc des Solénoglyphes est comparativement trapu, à peu près cylindrique et légèrement renflé vers le milieu. La tète est courte , large et aplatie, quelquefois avec des écussons frontaux, le plus souvent recouverte de petites écailles. La queue est conique et de petite dimension. L'œil, d'ordinaire enfoncé sous des surciliaires surplombantes, présente une pupille constamment allongée et verticale.
L'absence ou la présence de fossettes lacrymales, entre Fœil et la narine, ont permis de séparer les Serpents de cette division en deux familles : les Vipéridés et les Crotaudés.
Les Solénoglyphes sont répandus dans les diverses parties du globe. Les deux familles sont représentées sur notre continent; toutefois, la seconde, qui manque à la Suisse, ne compte qu'une seule espèce en Europe, le Tri- (/onoceph<dus halj/s (Pallas), signalé en Tartarie, dans les environs d'Astracan.
FamiUe des YEPÉRIDÉS
VIPERIDvE
La famille des Vipéridés, moins riche que celle des Crotalidés, comprend les divers Toxodontes solénoglyphes qui ne présentent pas de fossette entre l'œil et la narine.
Ainsi que nous l'avons dit à propos de la division, ils ont on tronc cylindrique et comparativement trapu, une
tète large et déprimée avec un cou généralement rétréci, une queue courte et conique, et une pupille toujours verticale (Voy. PI. II, fig. 21, 23 et 24). Ajoutons que les Vipéridés présentent, suivant les genres, des urostèges simples' ou doubles % et jamais les sortes de grelots qui se voient vers le bout de la queue de certains Crotalidés. Quelques espèces ont, en avant sur la tête, des écussons céphaliques plus ou moins développés * (Voyez PI. II, tig. 23), tandis que la plupart ont, au contraire, la tcte entièrement recouverte de petites écailles * (Voy. PL n, fig. 24). Enfin, certaines espèces, parmi ces dernières, portent, à diverses places sur la tête, de petites cornes bien caractéristiques \
Les Vipéridés sont propres à Tancien monde et tout particulièrement abondants dans diverses parties de TAfrique. Ils sont, comme leur nom l'indique, vivipares ou ovo-vivipares, et leui's petits, à peine au sortir du ventre de la mère, sont doués déjà du terrible venin, liieu qu'on les rencontre de temps à autre dans des localités humides, ils vivent cependant de préférence dans les lieux secs et arides, déployant, suivant les conditions, leur plus grande activité de jour ou de nuit, et demeurant généralement cachés dans quelque trou pendant le mauvais temps et la mauvaise saison. Leurs mouvements sont c(>m|>arativement lents et leur naturel est apathique. Ils attendent volontiers leur proie, plutôt que de la poursuivre, et ne semblent sortir de leur indolence habituelle que lorsque, surexcités par leurs appétits, ils projettent brusquement
' Acanthùi^hi» pt Echis.
* PelîM^ Vipera, Echidna et Cerastea.
' PtUoê et Acanthophys»
* Vîperc^ Echidna^ (jtrasUa et Echi8.
* Oeratta,
leur gaeule largement ouverte sur ranimai qu^ils convoitent et qui, blessé à mort, s'en va rouler bientôt dans l'agonie à qaelques pas du Serpent qui, tranquillement, surveille les effets de sa morsure.
Sur six genres reconnus dans cette famille par Duméril etBibron, deux seulement se trouvent en Suisse et en Europe.
n est difficile de passer maintenant aux détails descriptifs de nos genres et de nos espèces, sans dire rapidement quelques mots de l'importance qu'il faut attacher à la morsure de nos espèces indigènes, de leur appareil à venin et des moyens les plus pratiques pour prévenir les suites fâcheuses qui peuvent résulter de ce que l'on appelle généralement une |ngûr6 de Vipère.
Règle générale, nos Vipères évitent l'homme, et ne mordent que loi*squ'elles sont surprises ou qu'elles rencontrent quelque empêchement à leur fuite ; aussi les accidents sontils, heureusement, beaucoup p|us rares que ne pourrait le faire supposer l'abondance de ces Serpents dangereux dans certaines parties de notre pays. Toutefois, l'on a, pendant longtemps, entouré les Vipères d'une telle auréole de terreur, que l'on a bâti, sur leur compte, une foule de fables toutes aussi absurdes qu'incroyables. Bien des localités ont été réputées infestées par les Vipères et inhabitables, où il y avait à peine quelques Couleuvres * . Tantôt le mons-
^ Ainsi, d*aprè8 Hartmann (Neue Alpina, I, p. 175), les environs de Logano, an pied du mont Salvator, auraient été tellement infestés par les Vipères qae plosieors habitations auraient dû être abandonnées ; tandis que, ni Schinz, ni moi n'avons pu y trouver jamais que quelques rares
tre, à grand renfort d'ailes on de pattes, poursuivait le pauvre homme qu'il rencontrait sur son passage ;tantAt, sautant debout sur la queue, il s'avançait menaçant sur le malheureux déjà suffisamment effrayé à la vue du terrible Reptile*.
L'ignorance du vulgaire trouve toujours quelqu'un qui sait en profiter, et il n'a pas manqué de gens pour exploiter, sur ce point, la crédulité populaire. Combien de prétendus charmeurs, auxquels on ne manquait pas d'attribuer des pratiques surnaturelles, qui ont rempli plusieurs de nos cantons de la renommée que leur faisait un tas de poltrons, en même temps qu'ils emplissaient leur bourse
Coaleuvres. La seale chose qui poisse me faire sapposer que les Senn^nU ont été peut-être autrefois plus communs que maintenant dans ces localités, cVst la présence d*nne petite ruine dite Casa di Ftpra, située, dans les broussailles, au-dessus de la route de Mendrisio, sous le SaWator.
^ Dans un séjour que je fis à Brusio, dans les Grisons, j'entendis plusieurs fois parler d'un Serpent, court, mais large comme le bras, qui sautait sur le bout d'une toute petite queue et courait ainsi après tous les irens qu'il rencontrait. Plusieurs personnes, parmi lesquelles des chasseurs déterminés, avaient même été poursuivies par ce monstre, généralement connu sous le nom d^Aspice, qui se montrait de temps à autre dans la montagne et dont chacun parlait en tremblant. Naturellement, je fis promettre aux plus hardis de m'envoyer le prétendu Serpent terrible; mats je partis, comme dans plusieurs autres circonstances analogues, sans ajouter plus de foi à cette histoire qu'à cent autres racontées en divers lieux. Aussi, quel ne fût pas mon étonnement, quand je reçus de Brusio, quelque temps après mon retour, une caisse sur laquelle on pouvait lire sous toutes les formes, Afijnce! Aspire* etc. La boite rapidement ouverte me montra, comme je m'y attendais, une Vipère ( Vipera Aspiê) femelle pleine et gonflée de nourriture, longtie de 00 centimètres, avec un diamètre de .H S à 4 centimètres qui faisait paraître sa queue excessivement petite et mince. Le terrible Aftpicf ouvert, était littéralement bourré, sur toute la longueur du tronc, par 1A œufs gros comme ceux des Pigeons et par deux grands Campagnols (Arvicola ruf.-f\tscwi\ encore entiers. Il doit se rencontrer, de temps à autre, que de grosses femelles, ainsi alourdies vi emp<*Thées, ne puissent aim^ment fuir et préfèrent résister ; main, qu'ainsi chargées elle^ puissent se redresser, cela est, an contraire, fort improbable.
avec l'argent des pharmaciens auxquels ils portaient le fruit de leurs exploits.
Combien aussi de guérisons miraculeuses attribuées à l'usage des Vipères, en apiilications, en bouillon, en poudre ou en pillules, ou encore à la fameuse Thériaque des anciens qui, parmi beaucoup d'autres substances, devait contenir aussi une bonne dose d'extrait de Vipère. Hartmann ', Wyder*, Tschudi *, et bien d'autres, racontent soit des faits curieux ou des supercheries incroyables, soit des légendes accréditées dans telle ou telle partie de notre pays. Le commerce des Vipères était autrefois si lucratii* que les nombreux collectionneurs de Serpents cherchaient tous les moyens de se procurer le plus facilement de grandes quantités de ces Reptiles. Intéressés à s'entourer d'un certain prestige, ils inventaient, pour le commun des mortels, mille pratiques curieuses et indispensables. Au dire de quelques-uns, il fallait répandre du vin dans diverses localités pour attirer et enivrer les Vipères ; ou bien l'on devait griller, de nuit et dans un bassin à trois pieds, une Vipère vivante, qui, par ses sifflements de rage, appelait tous les Serpents venimeux de la contrée. A en entendre d'autres, il suffisait de prononcer certaines paroles magiques ou déjouer un air particulier; ou, enfin, il fallait évoquer un prétendu Serpent blanc qui avait la propriété d'entraîner à sa suite toutes les Vipères du canton. U y avait même, jusqu'au milieu du siècle dernier, à Baumle dans le Jura, un parc aux Vipères, ou npérie, tenu par un certain médecin nommé Goût qui vendait dix batz la Vipère,
^ Hartmann, Kurze Naturg. der gem. Viper, der Riogelnatter und der Blindschleiche. Neue Alpina, vol. I, 1821.
' Wyder, Hist. Nat. des Serpents de la Suisse, 1823. ' F. de Tschndi, Thierleben der Alpenwelt.
198 FAUNE DES VERTÉBBÊS.
L'on est bien revenu, semble-t-il, de nos jours, de toutes ces croyances passées de mode, et beaucoup de gens paraissent mépriser maintenant ces pauvres bêtes autant qu'on les craignait autrefois. Toutefois, la science ne pénètre pas vite dans nos campagnes, et Ton y trouve encore des personnes, soit pour détruire sans but'iet indistinctement tous les Serpents, soit pour ajouter foi aux récits exagérés des exploits de ceux qui en font la chasse. Je n'en veux pour preuve que l'article envoyé du Jura au Journal de GenHe^ et publié par lui le 17 août 1869, racontant qu'un charmeur de Vipères, du village d'Essia, s'occupe depuis sept à huit ans de la destruction de ces Reptiles dans le canton, et qu'il en a, entre autres,. pris ou occis 2500 individus, du 1'' avril au 1" août de l'an de grâce mil huit cent soixante-neuf * .
M'est avis qu'une prudence éclairée vaut mieux que le mépris d'un danger réel ou que la crainte irréfléchie, et qu'il est plus sage d'éviter les Serpents, si on ne les connaît pas assez pour distinguer, à première vue, un être inoffensif d'un Reptile dangereux. En tout cas, la morsure de la Vipère n'est point indifférente, et, quoique les cas de morts soient heureusement très-rares, je conseillerai toujours d'employer promptemcnt les remèdes nécessaires, pour éviter des suites fâcheuses.
' € JraA, 17 août 1869. — On parle d'un channcur de Vipères dana le Jnra. C'est un jeune homme d'Kssia, d'environ ,Sp ans, nommé (teorgirs Dalloz, qui, depuis 7 ou 8 ans, se livre à la destruction des animaux mal* faisants, tels que le Serpent, la Vipère, etc.
Cette année, dans plusieurs villages du canton d'Arinthod, il a pris ou occis, depuis le !•' avril jusqu'au 1" août, 2,r)00 Vipères ou Serpent», dont 440 à Comod, 150 à ( haléa, 105 à Thoirette, 84 à Sonthonnax, au* tant à VilIette-les-Cornod, 63 à Chavagna, 95 à 100 à Vosbles, etc. etc. Dernièrement il faisait une entrée triomphale à Arinthml, tenant une perche autour de laquelle étaient enroulés quantités de Vipères et de Serpenu. »
tFai récolté moi-même un grand nombre de Vipères, des deux espèces, dans notre pays, sans avoir, j'estime, couru aucun danger; mais je n'ai pas poursuivi, pendant plusieurs années, mes observations sur ces animaux, sans avoir entendu parler de nombreuses morsures, en divers lieux.
Sans recourir aux annales de la médecine, je pourrais enrefçistrer plusieurs cas intéressants étudiés et relatés par des auteurs dignes de foi. Toutefois, cette question particulière a été, depuis si longtemps, l'objet de nombreuses et de sérieuses recherches, que je ne crois pas devoir m'y arrêter beaucoup. Les anciens connaissaient déjà parfaitement les eflfets du venin des Serpents; cependant, plutôt que de renvoyer à Pline et aux naturalistes de son temps, je préfère citer seulement quelques auteurs plus récents, qui, comme Charas*, Laurenti' et tout particulièrement Fontana*, publièrent, sur le sujet, un grand nombre d'intéressantes observations *. Je ne reproduirai pas le récit bien connu de la mort si rapide du prétendu charmeur HOrselmann, qui, sous les yeux du D' Lenz •, mourut, après cinquante minutes, d'une morsure à la langue que lui fit une Vipère avec laquelle il jouait. Je ne m'arrêterai pas davantage sur le rapport très-circonstancié que fait le prof. Duméril • des diverses impressions qu'il ressentit à la suite d'une légère piqûre qui lui fut faite à la main par un Pdias Berus qu'il prenait pour une Vipérine. Qu'il me suffise de signaler
* Nouyelles expériences sur les Vipères, 1669.
* Spécimen medicum, etc., 1768.
* Traité sur le venin de la Vipère, 1781,
* L'on pourrait citer aussi le Tolume de Toxicologie, publié, en 1818, par Orfila, sous le titre de: Secours à donner aux personnes empoisonnées ou asphyxiées.
* Schlangenkunde, 1832.
* Erpétologie générale, YII, 1854.
rapidement quelques-uns des accidents de ce genre qui ont été constatés dans notre pays. Wyder * transcrit , dans tous leurs détails, deux cas observés dans le canton de Vaud, en 1818 et 1822, par les D'" Lantz et Schwarz. Les deux morsures avaient été également faites au pied, l'une à un homme de Vevey, nonmié Pilloud, l'autre à une jeune fille de quatorze ans, de Belmont près Lausanne, et nonunée Lisette Dépassel. Dans les deux cas, défaillances, brûlements, enflure, difficulté de parler, nausées, frissons, assoupissement et, après tout, guérisons lentes, en quinze jours environ, sous l'influence, surtout, de vomitifs et de violentes transpirations. F. de Tschudi* cite, à son tour, deux autres cas plus récents qui, contrairement à ces premiers, paraissent avoir été suivis de mort assez prompte; mais auxquels manquent les nombreux détails et les témoignages qui accompagnent et attestent ceux que Wyder nous a signalés. Suivant Fauteur du Thierleben, un ouvrier mordu par une Vipère, à Vicosoprano (Bergell), dans Tété de 18G0, mourut trois jours après. De même, un enfant du val deThuors, âgé d'un an et demi fut mordu, en août 1824, au petit doigt, par la tète coupée d'une Vipère, avec laquelle il voulut probablement s'amuser, et mourut au bout de dix-huit heures. A la suite de ces premières citations, je pourrais ajouter ici quelques autres récits qui m'ont été faits, de divers c6tés^ par des personnes en apparence bien renseignées, mais forcées, il est vrai, d'avouer, comme cela arrive souvent, que la chose leur avait été racontée. Je préfère cependant passer sous silence ces dernières histoires dé-
> UUt. N«t. Serp. de la Suisse, 1823.
' Thierleben, édit. VUI, 1870.
UFHIUIËNS. 201
pourvues de preuves', et me borner à narer deux cas qui, pour moi, sont tout à fait hors de doute.
Le premier, qui fut fatal, s'est passé, à la fin de juillet 1865, àPontrésina, dans la Haute-Ëngadine, sous les yeux d'une de mes connaissances, M' J. B., qui m'a fourni les documents, malheureusement trop peu circonstanciés, que je transcris ici avec la parfaite certitude de leur authenticité. C'était un jeune maçon italien, âgé de 17 ans, qui fut mordu au petit doigt par une Vipère {Pdias Berus) cachée dans un trou de mur, où il avait enfilé la main, croyant probablement y trouver un nid d'Oiseau. Le pauvre garçon, privé de tout secours, demeura d'abord assez longtemps étendu et souffrant sur le foin d'une grange; puis il était trop tard, lorsque l'on essaya de lui donner les soins que réclamait son état. L'enflure s'étendit rapidement de la main au bras et au thorax, et, en moins de vingt-quatre heures, il avait succombé à une terrible suffocation précédée d'affi*euses angoisses.
Le second cas, suivi d'assez prompte guérison, s'est passé devant moi, le 20 avril 1867, près du village de Veyrier, au pied du mont Salève, non loin de Genève. Un jeune homme, âgé de quinze ans environ, fut piqué au doigt par une Vipère {Vipera Aspié). Grâce peut-être à Tépoque peu avancée de l'année ou à son bon tempérament, et quoique soigné un peu tardivement, il en fut quitte pour
^ L'on m'a cité, entre autres, deox cas de moissonneurs qui, l'un dans le canton de Vaud, l'autre en Savoie, auraient été également mordus à la main en relevant des gerbes pendant la grosse chaleur du jour. Ces deux hommes, échauffés par leur travail et privés de tous soins, seraient morts en peu d'heures. AiUeurs, dans le canton de Berne, un voyageur aurait été mordu par une Vipère sur l'£ngstlen-Alp, et n'ayant pu être soigné que six heures après, à son arrivée à Meiringen, il aurait succombé le lendemain à quelque distance du village d'où on l'emmenait.
202 FAUNE DES TERTÊBRÉS.
quelqaes accidents et une assez forte enflure qui ne Ta-bandonnèrent qu'après six jours de traitement ' .
Le degré de la température ambiante et l'état de la personne mordue paraissent influer beaucoup sur la gravité de la piqûre. L'on a, en eflfet, presque toujours remarqué que
^ J'accompagnais quelques jeunes gens dans une promenade, lorsque l'un dVux, du nom de A. R. , Ag<^ de 15 ans et demi, sVtant écarta dans les rocailles mî^lées de broussailles qui frnrnissent le bas de la montagne, fut mordu à T annulaire par une Vipère Af^pic qu'il cherchait à prendre, croyant que c'était une Couleuvre. U pensait s'rtre piqué à une épine et, malgré les symptômes alarmants qui se déclarèrent bientôt, il ne se pres^;a pas de revenir; ce ne fut guère que trois quarts d'heure après l'accident que je le vis arriver avec l'un de ses camarad»*s, et que je pus employer alors, quoique un peu tard, les remèdes préservatifs que je porte généralement sur moi, lorsque je me promène en nombreuse société daus des lieux que je sais fréquentés par les VIimtcs. D'une allure chancelante, la figure blême et la main déjà fortement enilée, il venait à moi, ]>ortant en triomphe sa prétendue (^)ulcuvre. En detix mots il eut compris son erreur, et i)endant que je l'entraînais bien vite dans l'auberge du village, il me racontait son aventure d'une voix étouffée que des contractions de la gorge rendaient à peine intellisrihle. Il avait d*al>ord ressenti une assez vive douleur, au bout de deux minutes ses doigts enflaient rapidement , puis, après une demi-heure, il avait été pris d*une grande fatigue, en même temps qu'il sentait une forte douletir à la ceinture; enfin, il ne |N)uvait prcMpie plus, en arrivant, ni parler, ni se tenir debout. A p<Mne entré dans la chambre, il tomba dan<< un évanouiss^'m^nt qui dura quelques secondes, pendant que j'élargissais la piqAre avec des ciseaux et que je versais de l'alcali sur la blessure. Après avoir ensuite opéré une ligature au-dessus du |M)ignet, brûlé la plaie avec le nitrate d'argent, et administré un cordial au malade, je le renvoyai rapitlement à la vil!»* sur un char, avec deux de ses compa<rnoiiS char>rés de ne pas le laisser céder au scanmeil invincible qui commençait à le gai^ner, et de le faire coucher chez lui, en appelant de suite son médecin. Pendant t<»ut le trajet en voiture le malade fut partagé entre les frissons, les nauM»es, la somnolence et les déchirements d'entrailles. Six jours plus tard U était complètement rétabli, sans avoir jamais eu de fièvre. Durant le jour de l'accident les vomissements furent fréquents, mais Tenflure ne dé]>aiksa pas le poignet, grftce aux compresses d'eau fraîche; toutefois, le patient, sorti de sa première torpeur, ne put pas fermer l'cetl de toute la nuit. Le lendemain l'enflure avait gai^né le bras, malgn* les nombreuses frictions mercuritOles ordonnées par le docteur; au troisième jour, elle avait un peu dépa«»se l'aisselle et des frictions d'eau-de-vie camphrée avaient remplacé
les accidents sont d^autant plus fâcheux que la chaleur est plus forte, et que le patient est plus déhile, plus échauffé, ou encore plus facilement impressionnable; cela, abstraction faite des exceptions que peut amener l'état momentané de la Vipère. Celle-ci sera, en effet, plus ou moins redoutable, selon qu'elle sera à jeun ou repue, ou suivant qu'elle aura fait depuis plus ou moins longtemps usage de son venin, qui ne s'accumule que petit à petit et est naturellement d'autant plus dangereux qu'il est inoculé à plus forte dose.
Une température élevée favorisant soit la sécrétion, soit l'absorption, on ne sera pas étonné de voir les morsures du premier printemps et de l'arrière-saison généralement moins graves que celles de l'été. Il semble que la Vipère, qui s'engourdit et va chercher, dans son trou, un abri contre les froidures de la mauvaise saison, ait perdu déjà beaucoup de sa terrible faculté d'empoisonner. La curieuse observation de Wyder * porterait même à croire que la Vipère est impuissante et inoffensive durant l'hiver. Un Rat enfermé, en arrière-automne, avec cinq Vipères dans une cage vitrée , pût impunément attaquer et croquer les dits Serpents qui n'étaient nullement engourdis, mais qui, probablement, ne sécrétaient plus suffisamment. Pourtant,
les préci^dentes; au quatrième jour, Tenflure avait heureusement un peu diminué. Le jour suivant, désenflement graduel et bain de son ; le sixième jour, enfin, une promenade au grand air ramena bientôt les forces et la santé. Je n'ai pas entendu dire que le jeune homme mordu se soit jamais ressenti depuis de cette piqûre.
Du reste, les soins un peu tardifs que j'ai pu donner en premier lieu, aussi bien que les divers remèdes ordonnés ensuite à domicile par le docteur sont peut-être moins la cause du prompt rétablissement que le fait du bon tempérament du jeune patient, et surtout de la saison encore peu avancée.
' Loc. cit. p. 82, en note.
20i FAUNE DES VERTÉBRÉS.
le Rat n'est pas, comme quelques autres animaux , insensible à la morsure de la Vipère, et succombe ordinairement en peu de minutes à la piqûre de celle-ci.
Le venin de la Vipère, généralement considéré comme septique, se dessèche lentement à Tair libre en perdant petit à petit sa facilité d'intromission, mais en conservant cependant assez longtemps ses propriétés toxiques. Linck * assure même que du venin, desséché depuis plusieurs années, peut encore, étendu d'eau et introduit dans la circulation, amener de graves accidents. Le fait est qu'il vaut mieux éviter de s'égratigner au crochet d'une Vipère morte depuis peu ' .
Les petits animaux qui servent de proie à la Vipère sont tués très-rapidement par son venin, principalement ceux à sang chaud, comme les Oiseaux et les Souris, qui meurent en quelques minutes, se tordant dans la douleur et l'angoisse. Des bêtes plus fortes, comme le Chien, la Chèvre ou le Mouton succombent même assez souvent, s'ils ne sont pas soignés. Les Vaches et les Chevaux sont, en tout cas, malades, et enflent fortement dans la partie mordue.
Je n'ai pas remarqué de différences appréciables dans les accidents qui suivent les morsures de nos deux espèces de Vipères. Dans les deux cas, ce sont toujours les symptômes décrits plus haut : endure, défaillances, assoupissement, nausées, douleurs, angoisses, etc., etc.
* Linck, Die Schlangen Deatschlands, 1865, p. 114.
' Ce danger, fort exagt^ré et mal compris, a fourni matière à bien des coniea populaires aussi burlesques qu'invraibembles. Tout le monde connaît, par exemple, T histoire de TinforiumV famille qui vit périr plu* Hieuni de ses membres pour avoir \wTie sucressivement les bottent du père, mort d*une piqûre de Vifière au travers de sa chaussure. Ces malheureuses bottes de famille avaient, dit-on, brisé et conservé la dent meur* trière du Serfient qui, naturellement, égratignait Tun après l'autre les nouveaux posM>sseurs du fatal héritage.
L'appareU venimeux est composé de diverses parties qui ont chacune leur rôle : c'est, d'abord, directement sous la peau et de chaque côté de la tète, au-dess.ous et en arrière de l'œil, une grande glande, en partie dissimulée sous le muscle temporal , attachée aux fibres du ptérygoïdien externe et protégée par une enveloppe aponévrotique. Cette glande sécrète le venin, sous la forme d'un liquide jaunâtre transparent et visqueux. Puis, c'est, à droite et à gauche, sur le maxillaire supérieur, un ou deux grands crochets recourbés en arrière et percés d'un canal dont l'ouverture se trouve près de la pointe et en avant. Un conduit membraneux, qui vient embrasser la base du crochet antérieur, amène, de la glande à la dent, le liquide sécrété ; ce canal d'ordinaire légèrement replié sert ainsi de magasin où s'accumule le venin. Sitôt que le crochet mobile rencontre, en mordant, la moindre résistance, la pression qu'il exerce sur le réservoir chasse au travers de la dent une dose de venin qui entre, par la piqûre, dans la circulation. Le maxillaire supérieur, très-ramassé, est doué d'un mouvement de bascule^ sous l'action des pièces osseuses palatines et ptérygoïdiennes qui l'appuient en arrière et sont mues, elles-mêmes, par des muscles particuliers. De cette manière, le-crochet majeur, fixé le plus en avant sur la mâchoire, peut alternativement être couché, à l'état de repos, dans un repli de la gencive, ou relevé pour mordre, quand la bouche est ouverte. Deux ou trois crochets de remplacement, plus petits que le premier, attendent, un peu en arrière et sur le côté interne de celui-ci, qu'un accident les appelle à remplacer le précédent (Voy. PL n, fig. 21).
A rinstant même où la Vipère ouvre sa gueule menaçante, tout l'appareil entre en fonction : la glande est com-
906 FAUNE DBS VBRTKBBÊS.
primée par la contraction des muscles qui l'entourent, le canal est rempli, la dent est redressée menaçante ; que le Serpent projette maintenant sa tète, conmie un ressort qui se débande, et il sufiira du moindre contact par le bout du crochet pour faire jaillir dans la morsure, tant minime soit-elle, une goutte de ce venin subtil.
Dès qu'une personne est mordue et que l'on a trouvé le ou les deux petits points rouges qu'ont laissés les crochets pointus du Serpent, il faut agir sans perdre de temps. Quelques minutes suftisent à la circulation pour entraîner la dose de venin qui vient d'être inoculée. Pas de manœuvres inutiles ; on sait fort bien maintenant ce que valent les applications de la bête coupable sur sa morsure. Sucer et pincer alternativement la piqûre est recommandé comme une bonne chose, car l'onpeut ainsi retirer une partie du venin qui n'a aucune action délétère pris intérieurement à si faible dose, et n'empoisonne, dit-on, qu'autant qu'il entre directement dans le sang. Cependant, il est plus sûr, je pense, d'employer, si l'on peut, une ventouse plutôt que la succion, pour les deux raisons suivantes : premièrement, l'on n'est pas toujours certain d'avoir la muqueuse buccale en parfait état, et l'on risque ainsi une nouvelle inoculation; secondement, je ne tiens pas pour prouvé que le poison d'Ophidien ne puisse, suivant la dose et l'état de Tindividn, devenir dangereux pris à l'intérieur. Le D' Uering ' a, en effet, signalé les résultats morbides de Tintussusception du venin de Crotale, et nous verrons, plus loin, comment un autre poison animal, la sécrétion cutanée des Batraciens, que beaucoup de gens ont crue inoffensive prise ù Tintérieur, est pourtant, de cette manière, souvent fort dange-
* Ap. SUpf. ArchiT. X, cah. 2.
reose. Le plus sage est, je crois, de faire de suite une ligature, pas trop serrée, au-dessus de la place mordue, pour ralentir la circulation , et d'agrandir rapidement la piqûre pour la faire saigner; après cela, et aussi vite que possible, une profonde cautérisation, de préférence par l'ammoniaque versé sur la plaie. Je crois l'ammoniaque plus puissant que le nitrate d'argent; du reste, on peut au besoin employer les deux, le crayon naturellement après l'alcali. Quelques personnes m'ont recommandé l'acide phénique à la place de l'anmioniaque ; je n'ai pas encore eu l'occasion de l'essayer. Un séjour un peu prolongé de la partie attaquée dans un bain d'eau froide ou des applications, et un verre d'eau avec quelques gouttes d'alcali ou d'acide phénique, diminueront, la plupart du temps, soit l'enflure et les douleurs^ soit les défaillances et les nausées. Ces premiers soins, administrés rapidement et avec intelligence, préviendront quelquefois presque complètement les accidents, ou, en tout cas, en atténueront beaucoup la gravité; mais, une heure après la morsure, ils ont perdu déjà une grande partie de leur efficacité. Enfin, à domicile, il est bon d'appliquer des frictions, des émétiques et des sudorifiques.
Au reste, la Vipère fuyant, comme je l'ai dit, devant l'homme, il suffira, le plus souvent, de regarder où l'on pose le pied pour éviter de léser un de ces dangereux Reptiles. La Vipère craint la pluie et le froid, et ne sort guère par le mauvais temps, sinon quelquefois avant l'orage. Elle aime la chaleur et recherche les localités rocailleuses ou les broussailles. C'est là qu'on peut la voir mollement étendue sous les branches d'un buisson, ou enroulée immobile sur une pierre eu plein soleil * .
* Avec de fortes bottes ou d'épaisses guêtres, il n'y a presque rien à
208 FAUNE DBS VERTÉBRÉS.
Genre 1. PEUADE
PELIAS, Merrem.
De grands crochets perforés sur le maxillaire supérieur.
Tête courtCj déprmée^ large et présentant sur la région frontale trois écussons médians entourés de petites écailles.
Une seule série de squames entre les suslabiales et Vml. Mu-^ seau aplaii en dessus et arrondi en avant. Narines simfiles et latérales. Yeux latéraux; pupUle verticale. Cou bien distinct. Oorps comparativement trapu. Écailles dorsales
craindre, car la dent qui percerait le cnir aurait, par là mAme, dépo8<^ dans Tépaisseur de celui-ci la majeure partie do son venin. Celui qui voudra collecter ces animaux fera bien, par conséquent, d'être ainsi chaussa pour aller dans certains endroits où les Vipères abondent et où les accidents variés du terrain rendent difficile de voir où Ton marche. H sera bon aussi, qu'il ait une forte paire de irants pour f^arantir en quelque mesure ses mains d'une piqûre ponsible, lors d'une chute malheureuse dans ceslocalitésparfoispoupraticables. Ainsi chaussé et ganté, pourvu d'un flacon d'alcali et armé d'une canne, il pourra, sans courir aucun risque, se promener au milieu des Vi|>éres et les prendre sans les tuer préalablement. Kn pressant, sans frapper, avec le pied on, plus prudemment, avec un b&ton sur le corps du Serpent, on l'arrête tout d'abord; puis, quand l'on a réussi à peser prés du cou, on peut alors prendre, par derrière la tête, la béte incapable de se retourner. Une i>ersonne adroite pourra prendre la Vipère avec les doifirts, mais je crois qu'il est toujours plus sûr de la prendre avec des pinces longues et solides, car l'on a ensuite beaucoup plus (le facilité pour introduire le Reptile furieux dans une botte ou une bouteille. La Vipère, suspendue par la queue, n'ayant pas la force de relever la tète jusqu'à la main qui la tient, quelques personnes pensent qu'il faut saisir le Serpent par cette extrémité du corps; mais, outre quMl est difficile ensuite de le faire entrer ainsi où l'on veut, il peut arriver aussi que, par le mouvement que se donne l'animal en se tordant, ou par on rapprochement irréfléchi de la main vers le corps, le Serpent qui ba» lance puisse attraper et mordre à la jambe l'individu qui le porte.
sublancéolées et carénées. Préanale simjûie. Qtmte conique et courte; urostèges doubles.
Un ou deux grands crochets perforés occupent la partie antérieure de chacun des maxillaires supérieurs ; un, deux on parfois trois autres crochets de remplacement plus petits sont disposés sur le côté interne et un peu en arrière du premier. De petites dents, penchées en arrière, sont distribuées sur le maxillaire inférieur, sur les ptérygoïdiens et sur les palatins jusqu'au niveau des grands crochets antérieurs.
La tête est courte, renflée sur les côtés dans la partie postérieure et déprimée en avant; elle parait, suivant les cas, subtriangulaire, ovoïde ou cordiforme.
Trois plaques ou écussons frontaux occupent le centre de la tète, au milieu des petites écailles qui, à l'exception des surciliaires, couvrent tout le reste de la face céphalique supérieure (Voy. PI. H, fig. 23).
Le museau est aplati en dessus et arrondi en avant ; la rostrale n'est nullement relevée ; les narines sont simples ' , grandes et latérales. Les petites squames sous-oculaires, qui occupent l'espace entre l'œil et les suslabiales, sont disposées sur une seule série.
L'œil est latéral, plutôt petit et à pupille verticale.
Le cou est assez étroit, principalement du côté de la
tète.
Le tronc est comparativement trapu, épais et à peu près cylindrique.
Les écailles sont carénées, sublancéolées et arrondies à lextrémité (Voy. PL H, fig. 22).
^ Soit, pas de fossettes nasales simulant une seconde ouverture.
Les gastrostèges sont assez larges.
La préanale est simple.
La queae est conique, courte et d'an diamètre, à Tanus, passablement plus petit que celui du tronc.
Les urostèges sont doubles.
Le genre Péliade ne compte, jusqu'ici, qu'une seule espèce qui, très-répandue en Europe, se trouve, suivant les pays, dans les plaines ou les montagnes, quelquefois dans les lieux bas et humides, souvent à de très-grandes élévations dans les localités les plus arides. Sa nourriture consiste principalement en petits Vertébrés. Elle met au monde des petits vivants.
Le relias j que nous distinguons ici génériquement, avec Merrem et plusieurs des erpétologistes subséquents, est réuni, par contre, par d'autres auteurs au genre Vipera, dont il se rapproche, à la vérité, beaucoup. Toutefois, quoiqu'il soit très-voisin des autres Vipères, il s'en distingue toujours, à première vue, par quelques particularités, et tout spécialement par ses trois écussons suscéplialiques.