LA GRENOUILLE ROUSSE ' Der braune Grasfrosgh
Rana tempoilarxa, Linné
Rousse^ brune, grisâtre ou verdâtre, avec des taches irrégulières brunes ou noires ^ en dessus; blanchâtre y jaunâtre ou verdâtre;
' La iZona^Icoitca (Leconte), de l'Amérique du Nord, doit rentrer dans cette section, probablement à titre de variété de la Bcma oxyf' rhma.
* Steenstrup (Bidrag til Bestem, etc., 1869) croit reconnaître une quatrième espèce rousse qu'il nomme provisoirement Rana MiddendorffU dans one partie des siigets de la Rana ieinporaria décrits par Middendorff (Reise in den âussersten Norden nnd Osten Sibiriens, II, 2, 1853).
* Vaï Kngadine, Rauna,
322 PAUNl!; DKS VICHTÉBRES.
avec des nèocides ou des marbrures jaunes^ rouges^ verdàtres ou noirâtres j en dessous^ clws la fenidle surtout. La gorge souvent bleuâtre che2 le tnâle au printemps. Une gravide tache sur la région temporale. Flancs tachés ou marbrés. Plis dorso^atéraux comparativement peu accentués. Tympan moyen. Pas de faites vocales. Jcmibeplus courte que le nwnAre atitérieur. Orteils palmés jusqu'à ravatU-demière phalange. Tubercule métateu^siai inousse et comparativement faible. Tête large^ haute^ arrofidie en avant et brusquement rabatttie sur les C()tvs, Dents vomérietmes peu nofnbreuses et irrégulièrement distribué^'S sur deux groupes rapprochés^ petits, et formant^ en arrière des ot^ifice^s wosaux, un angle bien pronoiwé'. Préf'rontaux séparés, bombés d n'^efnbrassant jHis Vethmdide. Fronto-pariétaux larges et plats. Taille moyenne de V adulte = 7.9"".
Kana sivk UiHETA uiuiio>A. (ieHsnet', Quad. ovip. Il, p. 58. » (ilBDOSA, Aldrov. Quad. dig. ovip. II, p. 610. » AQUATirA, JonstoUf Quad. p. 133. — Ray. Syii. QiumI. p. ii7. » TEMPO RA Kl A, CHat'let. Kxercit. p. 27.
» Ki'scA TEiiKKSTRis, RtPTMel^ Hist. liatiaïutii, p. 1 ù 35, ub. 1-Vlll. » TRMiM)UAi(iA, Linnê^ Syst. Nat. odit. 12, t. i, p. «157. I» Mi'TA, iMur. Synops. Rept. p. 30. » FLAvivKNTKis, MUlrf, Kaunc de Maine et Loii-e, II. I» AU»iNA, Schinz, Kauiia Helvetica, \ovi. d. \Virl)elth. N'eue l>ellk^. d<f
alig. s4-hw. Geseil. I. p. 143.
1 S( (ITICA, iMl, Brit. Kept. p. 102. »• PiATYKKHiNis, Steetititm}», l>bt»r die Lelieiisw. etc. liiMutit iilier die
24 Vei>aiiuiil. deutsch. Natiuf. ete. in Kiel, p. 131.
C'ràne généraleiuent un peu plus large que long aux couiniis>ures des maxillaires. Une ligne droite supposée tendue entre les angles maxillaires, mordant toujours plus ou moins sur les coudyles occipitaux * .
Fronto-pariétaux larges ^ droits ou sans compression et aplatis en dessus (Voy. PI. V, fig. 9).
Préfrontaux moins larges et de forme moins anguleuse, soit plus curvilignes, que chez la Greuouiile verte; un peu
' Dispotfition qui fait que le rràue, posé sur la ba«e, penche UM^oim en avant.
' Mesurant, au centre, en moyenne, 4 ' t mUlimètre», chex Tadulte.
ANOURES. 323
bombés, toujoars distants Tuu de l'autre et embrassant rarement la lame supérieure de Pethmoïde généralement arrondie en avant (Voy. PI. V, fig. 9). L'espace compris entre ces os et le bord du maxillaire beaucoup plus petit que chez la E. esculefita ; par contre, la pointe de suture des maxillaires inférieurs, en avant, beaucoup plus saillante que chez cette dernière.
Dents vomériennes volontiers caduques, peu nombreuses, en quantité variable et très-irrégulièrement distribuées sur des cônes sans ordre constant et peu solides, portés euxmêmes sur deux bases osseuses, étroites, petites, comparativement peu saillantes et, à leur tour, faisant aussi quelquefois défaut \ Ces deux petits groupes s' avançant jusque entre les palatins, pour former, en se rapprochant beaucoup Tun de Tautre, un angle bien prononcé, en arrière des orifices nasaux (Voy. PL V, fig. 10).
Tête large, épaisse ou haute et toujours plus ou moins arrondie en avant ; entrant une fois et trois quarts chez les jeunes, à deux fois et un tiers chez les adultes, dans le reste du corps. Le profil plat, en arrière et en dessus, mais brusquement busqué ou tronqué, en avant, depuis les narines environ. Les joues ou faces latérales de la tête fortement rabattues, soit à pans à peu près verticaux.
Museau généralement arrondi (parfois un peu acuminé chez les jeunes, par contre, souvent légèrement raplati en avant, chez les adultes) et beaucoup plus court, mesuré depuis le coin antérieur de Pœil, que la distance séparant le coin postérieur de celui-ci de Tangle des mâchoires. La lèvre supérieure, vue par-dessous, dépassant comparativement peu Tinférieure en avant. La narine occupant le centre de l'espace compris entre l'œil et le bout du museau.
Œil plutôt grand ; la paupière fortement bombée et peu plissée ; la pupille subcirculaire ou ovale et horizon-
^^tte chute des dents, des cônes et même des groupes entiers, peut ** "^ncontrer à tout âge ; cependant, les jeunes paraissent d'ordinaire P»i8 t^i^lièrement dentés que les adultes.
taie; l'espace interoculaire parfaitement plat; la distance entre les coins antérieurs des yeux mesurant un peu plus que le tiers de la largeur de la tête aux commissures des mâchoires.
Tympan circulaire, toujours assez distant de Tœil, et égalant environ les deux tiers de l'ouverture de celui-ci. Pas de fentes vocales.
Tronc moins large et moins plat, quant à la face supérieure, que chez la Grenouille verte ; les renflements glanduleux dorso-latéraux également moins accentués et moins distants ; les saillies du bassin, par contre, plus visibles sur le dos. Les mftles plus petits que les femelles, à ftge égal ; le bassin, chez ces dernières, plus grand, comparé au tibia, que chez les premiers.
Membres antérieurs, mesurés du pli de Tépaule au bout du troisième doigt, toujours beaucoup plus longs que le tibia, et généralement plus forts chez le mftle que chez la femelle.
Doigts subcylindriques et souvent plus courts ou moins effilés chez le mâle ; le pouce présentant, chez celui-ci au moment du rut, une pelote simple ou double, grise, brune ou noire, dure et couverte d'aspérités; souvent aussi des traces de semblables excroissances cutanées, sur le doigt voisin, sur Tavant-bras ou encore vers Tépaule. Le premier doigt légèrement plus long que le second et un peu plus court que le quatrième.
Membres postérieurs moyennement allongés; le talon arrivant, suivant Tftge, à Tœil ou à la narine, ou même au bout du museau chez les jeunes, lorsque le membre, bien étendu, est ramené le long du tronc maintenu droit. Le membre replié, à angle droit, le talon atteint à l'anus, ou légère ment plus loin chez les jeunes. Le pied appliqué contre la jambe, le genou tombe entre la deuxième et la troisième articulation du cinquième orteil, quelquefois un peu plus bas chez les mâles.
Orteils cylindro-coniques, un peu déprimés vers la base et iK)urvus de tubercules sous-articulaires médiocre-
ANOURES. 325
ment développés; le troisième orteil de même longueur que le cinquième.
Premier cunéiforme portant, à la base du premier orteil, un tubercule arrondi ou elliptique et un peu variable, quoique toujours mousse et comparativement peu saillant ; pas de second tubercule métatarsien en face de ce premier, ou tout au plus une très-légère saillie.
Palmures embrassant -les orteils jusqu'au bas de Pavant-dernière phalange extrême, excepté pour le quatrième chez lequel la membrane s'arrête un peu au-des* sous de la seconde articulation. Ces membranes d'ordinaire un peu plus étendues et moins découpées en croissant chez les mâles que chez les femelles.
Peau plutôt mince et lisse, formant quelques petits plis au bas du ventre ou sur les flancs. Un renflement ou cordon glanduleux, comparativement peu saillant, sur les côtés du dos, depuis le coin de l'œil jusqu'aux environs de l'anus. Souvent quelques verrues éparses le long de ces cordons latéraux, ou distribuées entre les omoplates en forme de V renversé. Enfin, de légères granulations sur les fesses, et quelques aspérités répandues, irrégulièrement, sur les flancs, le bas du dos et les membres postérieurs.
Faces supérieures excessivement variables dans les deux sexes, mais surtout chez les femelles; les mâles présentant, d'ordinaire, des teintes plus sombres que ces dernières. La livrée d'hiver et d'eau généralement plus foncée que celle de terre et d'été. Le dessus de la tête, le dos et la face dorsale des membres pouvant affecter presque toutes les teintes, et offrant les ornementations les plus variées. Ces parties passant, par exemple, du gris roussâtre au gris jaunâtre ou verdâtre, au vert, au jaune ou au rouge de brique, ou encore au brun ou au noirâtre assez foncé ; quelquefois presque sans dessins, la plupart du temps avec des taches, des chinures ou des marbrures foncées, brunes, verdâtres ou noires, entremêlées avec des macules ou des pointillés clairs.
Les flancs, en général, un peu plus pâles que le dos et toujours plus ou moins tachés ou marbrés. Les membres
postérieurs, souvent plus sombres que les antérieurs, tachés, marbrés ou traversés par des bandes foncées en nombre un peu variable. Le dessus des doigts et des orteils participant aux teintes générales des faces supérieu* res, volontiers avec un mélange de tons rosés ou jaunâtres.
Assez régulièrement, dans les deux sexes et à des ftgos différents : un trait foncé passant sur la narine, du coin de Tœil au bout du nez ; une grande tache temporale brune on noirâtre, étendue depuis le bord postérieur de ToeU, sur le tympan, et jusque derrière Tangle des mâchoires ; une autre tache allongée et foncée sur Tépaule ; tes joues et les lèvres plus claires que le dos, tiquetées ou marbrées : souvent, enfin, des taches disposées en forme de V renversé sur les omoplates, et un ou deux points foncés sur chaque paupière.
Les mâles, plus particulièrement les sujets foncés ou bruns, paraissant souvent, au moment du rut surtout, comme voilés en dessus d'une teinte bleuâtre, nuageuse et transparente, coloration passagère se retrouvant du reste, dans les mêmes conditions, chez les autres espèces de GrenouiUes rousses. Cette coloration extérieure doit être, je pense, attribuée à une sécrétion particulière de la peau, analogue à F enduit transparent et de même couleur que Ton voit paraître sur le dos de la Rainette, lorsque Ton y fait passer un courant d'induction; ainsi que je Tai dit plus haut, dans les généralités des Anoures.
Iris gris, brun ou noirâtre, avec un cercle doré autour de la pupille ; parfois presqu' entièrement doré. Faces inférieures très-variables en tout temps, principalement chez les femelles, et surtout pendant leur séjour dans Teau. Les mâles généralement beaucoup plus clairs et moins maculés en dessous.
Chez les mâles, le ventre de teinte blanchâtre, camée, jaunâtre ou verdâtre, avec de très-légères marbrures ou seulement un pointillé gris, brunâtre ou verdâtre. La gorge, contrairement â ce qui s'observe chez les femelles, plus pâle que l'abdomen, et généralement blanche, blan-
ANOrRES. 327
chfttre, grisâtre ou jaunâtre, sauf au moment des amours où elle devient bleuâtre, parfois même d'un joli bleu, gilet ou cravate de noce" disparaissant, du reste, après répoque de la ponte.
Chez les fetnelles, la coloration générale des faces inférieures variable du gris clair au gris verdâtre, au jaunâtre, au rougeâtre et même au jaune d'ocre brillant. Avec cela, d'ordinaire une nuance constante de jaunâtre ou de verdâtre sur le bas-ventre, les fesses et le haut du mollet. Ces tons fondamentaux quelquefois presque immaculés à la gorge et à Tabdomen; mais, le plus souvent, au contraire, plus ou moins couverts de taches^ ou de marbrures grises, verdâtres, brunes, violacées, rougeâtres, parfaitement rouges ou encore entièrement noires, sur la gorge, la poitrine, le bas des flancs et une partie plus ou moins grande de P abdomen.
Les membres, dans les deux sexes, participant, en dessous, aux teintes des faces inférieures de la gorge ou du ventre ; parfois même avec une exagération du coloris et des ornementations de ceux-ci ; les orteils avec ou sans macules en dessous.
Jeunes, assez différents, suivant les conditions dans lesquelles ils se développent; quelquefois d'un gris brunâtre ou noirâtre en dessus, et d'un blanc jaunâtre légèrement marbré de gris en dessous, la tête forte, le museau comparativement acuminé et les jambes assez longues pour que le talon atteigne à peu près au bout du nez ; d'autres fois, au contraire, de même forme que leurs parents, avec le museau arrondi, la jambe moyenne et une livrée aussi variée et bigarrée que celle des adultes.
Cette espèce varie énormément, non-seulement dans les proportions, comme on le verra sur le tableau, mais eneore dans la coloration, ainsi qu'on a pu le comprendre d'après la description si complexe de sa livrée. L'étude que j'ai faite, il y a quelques années, d'un très-grand nombre de sujets de cette espèces
^ Par suite d'un arrangement fait avec les paysans qui apportent les
HtS FAUNE DES VKRTÉBHÊS.
m'a permis de distinguer deux formes un peu différentes et quatre modes principaux de coloration, sans qu'il y ait, cependant, toujours des causes bien évidentes de ces divergences, et quoique les livrées diverses se trouvent souvent réunies, à une même époque et sur un même point.
En premier lieu, j'attribue le nom de var. acisiirostris aux jeunes individus que j'ai décrits ci-dessus, comme ayant le museau acuminé, les jambes comparativement longues et marquées de bandes trans verses régulières, le manteau brun&tre et les faces inférieures jaunâtres avec de légères marbrures grises. Voilà une première forme, avec un premier mode de coloration, celle qui mérite le mieux le nom de Rana fusca. Elle affecte d'ordinaire, dans leur première et leur seconde année, parfois même jusqu'à l'âge de trois ans, les individus, des deux sexes, qui ont grandi dans l'ombre, soit qu'ils aient vécu dans les hautes herbes, dans les bois, ou dans des eaux troubles et réchauffées, soit qu'ils aient hiverné dans des fossés ou dans des mares à fond vaseux. Du moins, j'ai très-rarement trouvé cette forme dans les Grenouilles pêchoes, en hiver, au fond de nos petites rivières, et jamais je ne l'ai rencontrée dans les eaux plus pures et plus froides de nos Alpes \ La forme à museau acuminé, qui se montre surtout chez des sujets petits ou de taille moyenne, semble se rapprocher plus ou moins de l'espèce suivante (Rami lujilis y Thomas) ; cependant, elle en diffère toujours franchement, non-seulement, comme nous le verrons, par plusieurs importants caractères, mais encore par le fait que les individus de cette TemiHmuia ncntirosfris fusca perdent, avec l'âge ou avec le changement de conditions, ce premier faciès et cette ressemblance passagère. Les jeunes Grenouilles rousses à museau comparativement pointu sont plus communes en plaine que celles à museau largement arrondi ; Ton en voit souvent, au printemps.
Grenouilles Hur le marché de Genève, j^mis Vocoasion de {NUtser en revue, pendant le» mois de dérembre, janvier et février de Phiver lt*00-18t51, plus de 12,(N)0 individus de cette espèce. J*en fis alors figurer 20 échan- Cillons dont pas un ne ressemble à Tautre.
^ J'ai reconnu la mAme forme acutirostris^ parmi de jeunes sujets dr la i^iM plaUjrrhintis (temporaria) que le professeur Steenstrup m*a en* Yoyés du Danemark.
ANOURES. 329
de petites compagnies de dix à vingt individus qui se promènent, en sautillant à la suite les uns des autres, dans les prairies.
En second lieu, je distingue, sous le nom opposé de var, obtusirostris, tous les individus qui présentent un museau largement arrondi en avant, avec des jambes moyennes et une livrée bigarrée ; ceux, en un mot, qui constituent le véritable Platyrrhinus de Steenstrup. Cette forme est de beaucoup la plus répandue, en ce sens qu'elle affecte, en même temps, tous les adultes et les jeunes qui se développent à la lumière ou dans des eaux froides et pures. Je n'ai jamais trouvé dans la région alpine que des Temporaria de la variété à museau largement arrondi. Les jeunes offrent, dans ces conditions, un faciès tout différent de celui des sujets que nous avons distingués, parmi ceux de la plaine, sous le nom de var. actif irostris \
Cette forme offre, au point de vue de la coloration, un nombre infini de variétés que je classerai dans trois séries, en donnant des noms à chaque maximum d'accentuation. Les diverses livrées qui composent ces séries peuvent, il est vrai, se trouver à tout âge, au même endroit et au même moment ; cependant, il m'a paru que chacune d'elles persiste plus ou moins dans certaines conditions, ou s'accuse davantage à ceitaines époques. Je m'attache ici surtout à l'observation des tons généraux et tout spécialement à l'examen des faces inférieures ; en outre, je parlerai principalement des femeUes, toujours plus variables que les mâles.
Une première série se compose d'individus chez lesquels les tons jaunes dominent, et dont l'apogée de coloration se voit sur une Grenouille d'un gris jaunâtre en dessus, avec toutes les faces inférieures d'un beau jaune presque sans taches. Cette livrée, plutôt terrestre pour les adultes (quoique quelquefois hivernale, chez les jeunes surtout), correspond à la Rana flainventris de MiUet.
^ La jeune Temporaria obtusirostris, qui ressemble à Tadulte, tant par les formes et les proportions que par la liyrée, est, par le fait même de 800 habitat, peut-être moins connue que celle, plus répandue en plaine, que j'ai distinguée sous le nom d^acutirostris.
Une seconde série comporte des individus chez lesquels les tons rouges dominent et dont le maximum d'accentuation se trouve chez une Grenouille rousse en dessus, avec les faces inférieures d'un beau rouge carminé. Cette série, que je nommerai, par opposition avec la première, var. mbrirentris, est surtout fréquente chez les adultes, à la fin deThiveret au printemps. C'est une livrée aquatique et souvent nuptiale de la femelle, due peut-être à l'influence de la température.
Les transitions sont nombreuses entre la série dos jaunes et celle des rouges ; ces livrées se mélangent, entre autres, volontiers dans les Alpes. La Ttam alpina de Schinz n'est, en particulier, pas autre chose que la II, temporaria obfHsirofitris dans l'une ou l'autre de ces premières séries.
Une troisième et dernière série, de beaucoup la plus pauvre, se compose d'individus chez lesquels les tons verts dominent. Je rappelle que je fais abstraction des mâles volontiers verd&tres, et que je ne parle ici que des femelles. I^e degré le plus accentué de ce mode de coloration se rencontre sur une Grenouille d'un gris vert avec des marbrures d'un vert sombre parsemées de taches noires, en dessus, et d'un blanc verdâtre avec des marbrures d'un gris verdâtre, en dessous. Cette variété est très-rare dans notre pays ; je ne l'ai observée qu'au printemps, et dans la plaine seulement. Je n'ai pas trouvé de transitions de la série rouge à cette dernière, tandis que certaines variantes de la série jaune semblent devoir amener à la variété verte que je distinguerai sous le nom de var, viridis K
' La livrée de cette dernière variât h pourrait donner, à première rue, l'idée d'un hybride des Rana tempararia et B. e»culenia^ si cette forme ne possédait, à cAté de sa coloration, tous les caractères importants de la première de ces e8i)èces.
ANOURES. 331
Var. anUirottrû. Vœr. obtutiroêirù.
Jnv. ^MAles Femelles
Long. corp8».0-,056à0«,065 — 0«,060àO»,065àO»,073— 0-,068à0-,082
> memb. ant. 0,036 0,046 — 0,031 0,042 0,046— 0,042 0,048
» memb.post. 0,100 0,112 — 0,088 0,115 0,124— 0,106 0,131
» pied . 0,047 0,055 — 0,042 0,053 0,060— 0,052 0,060
» jambe . 0,030 0,037 — 0,025 0,034 0,038— 0,032 0,038
» tète 0,018 0,019 — 0,018 0,021 0,022— 0,020 0,025
Larg.tête 0,020 0,021 — 0,020 0,025 0,024— 0,021 0,030
Dist. yeux . 0,0075 0,0095— 0,0090 0,010 0,011— 0,010 0,012
Faute de place au tableau, je ramène ici deux dimensions extrêmes des femelles: Long, du corps (0",085); du memb. post. (0,136).
La Grenouille rousse, propre à l'Europe et à l'Asie ', est abondante en Suisse, depuis les vallées les plus basses jusqu'à de grandes hauteurs, dans la plupart des mares, des ruisseaux et des petits lacs alpins. Elle habite, entre autres nombreuses localités alpestres, les eaux de la Bemina et du Julier, dans les Grisons, à près de 2200 mètres au-dessus de la mer, le Seeloch du Miihlebach, à environ 2156 mètres, dans le canton de Glaris et le Todtensee à 2134 mètres dans l'Oberland bernois. On la rencontre plus haut encore, pendant la belle saison, parmi les herbes ou sous les pierres, jusqu'au-dessus de 2500 mètres. De même qu'elle s'élève bien plus haut dans les montagnes que la Grenouille verte, la Rousse s'étend aussi bien plus loin vers le Nord. Elle se trouve dans l'Europe entière, depuis l'Espagne et l'Italie, jusqu'au nord de la Suède et de la Norwége.
Cette espèce quitte généralement les eaux au commencement du printemps, peu après le moment des amours, pour aller vivre, jusqu'en automne, dans les champs ou dans les vignes, ou, plus volontiers encore, dans les lieux ombragés, les broussailles et les bois. Elle se blottit, suivant les cas, dans quelque trou, sous les feuilles sèches, ou encore sous un amas de pierres. Dans les
' Je n'ai pu, faute de place, répéter ici les modes de mensuration que je tenais à donner pour chaque tableau, afin d'éviter des chances d'erreur; aussi crois-je devoir signaler que les mesures sont prises, pour cette espèce, de la même manière que chez la précédente.
' Même an nord de l'Amérique, si la Bana syhxjUica n'est qu'une forme de la Temporaria.
33t PAUNE DES VERTEBRES.
régions élevées, comme dans les contrées basses, elle se nourri également de Vers, de Mollusques, de petits Crustacés, de Myriapodes et d'Insectes de diverses sortes.
L'accouplement de la Bana tetuporaria a lieu une fois par an, et à des époques très-variables, suivant les localités et la nature des eaux ; mais toujours beaucoup plus tôt, en plaine, que celui de VEsculenta. L'on voit généralement les Grenouilles rousses s'accoupler, dans nos vallées, entre le commencement de février et la seconde moitié de mars ; tandis que j'ai rencontré souvent, dans les Alpes, des paires encore unies au milieu de juin. lies œufs, pondus par paquets, donnent naissance à des larves qui accomplissent leurs métamorphoses en trois mois, dans de bonnes conditions ; au lieu que les têtards demeurent parfois pendant près d'un an sous l'état larvaire, dans les eaux pauvres et froides des lacs alpins, où ils sont longtemps emprisonnévS sous une épaisse couche de glace, ainsi que je l'ai expliqué plus haut, dans les généralités de cet ordre '.
Il m'a semblé que les Grenouilles qui ont passé la mauvaise saison sur terre, s'accouplent, dans les Alpes, avant celles qui ont hiverné sous la glace ou au fond des eaux. C'est, par contre, souvent le contraire qui se passe en plaine.
La voix de la liana tnnjtomria consiste en un i)etit grognement ou en une sorte de gloussement plus ou moins sonore et prolongé qu'elle produit également sur teiTe ou sous Teau. Du reste, l'on n'entend guère cette espèce, passé le premier printemps, et elle est toujours beaucoup moins babillarde que la précédente, ce qui lui a valu quelquefois le nom de miirtfr.
Les Grenouilles rousses, peu frileuses, paraissent de trèsbonne heure chaque année, et disparaissent assez tard, en automne, quoique à une éi>oque assez variable avec les localités. L'on en voit encore dans le courant d'octobre, parfois même jusque dans la première moitié de novembre. Quelques-unes, principalement des jeunes S demeurent sur terre, cherchant un
* Voyez plus haut, page 2so.
' CoUin, loc. cit., pense que ce sont les femeUes et les jeunes miles qui hivernent sur terre; cependant, je suis fort porté à croire que le fait varie beaucoup avec les conditions des diverses localités. Ainsi, j'ai ton-
ANOURES. 333
refuge dans un trou ou sous quelque abri; d'autres se retirent au fond des eaux, dans la vase des marais ou sous les pierres et dans le sable des rivières et des ruisseaux. Toutes, à moins qu'elles ne rencontrent un bassin souterrain de température moyenne, passent Thiver dans un engourdissement plus ou moins profond, mais qui n'a rien de commun avec la léthargie d'autres Reptiles.'
Quelques débris fossiles de la Rana temporaria ont été trouvés en Suisse, parmi les restes des Palafittes ^