‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 2)Chapitre 29 sur 59 · LA GRENOUILLE AGILE Der Springfrosch · texte numérisé non relu

LA GRENOUILLE AGILE Der Springfrosch

Rana aoilis, Tboma;;

D'un blond rosâtre, jaunâtre, raussâtre^ brunâtre, ou d^un gris noirâtre, avec quelques petites taches noires, en dessus; blanchâtre ou d'un jaunâtre pâle, en. dessous ; parfois de fines arabesques rougeâtres sous la gorge et la poitrine des femelles. Flofics génèndement sans grandes taches ni marbrures. Des bandes transverses régulières sur les membres. Une grande tache temporale foncée. Plis dorso-UUéraux bien accentués. Tympan moyen. Pas de fentes vocales. Jambe égale au membre antérieur. Orteils palmés jusqu'à V avant-dernière phalange. Tubercule métatarsien mousse et moyefi. Tête triangulaire et comparativement déprimée. Dents vomériennes assez régulièrement distribuées par paires sur des groupes allongés formant un angle très-ouvert en arrière des orifices misaux. PréfrofUaux séparés, déprimés et embrassant unpeu Vethmoîde. Fronto-pariétaux larges et plats, quoique un peu rétrécis en avant. Taille moyenne de V adulte = 5Ô"".

joan trouTé une énorme proportion de Yieilles femelles parmi les individus de cette espèce qui m'étaient apportés, vers la fin de l'hiver, du fond de nos petites rivières, où on les prenait par milliers pour l'alimentation d'une partie de la population de notre ville. ' Rûtimeyer, Pfahlbauten, p. 114.

Kanatenporaru, MiUet, Faune de Maine et Loii*e, t. Il, p. «64. » AOius, Thoinoft, Ann. dos Se. Nat. 4"*' sério, Zool. t. IV, p. 3H5, pL 7. » oKACius, Fatio, Rev. et Mag. de Zool. S»' série, t. XIV, p. 81, pi. 6 et 7.

Crâne à peu près aussi long que large, aux angles des maxillaires; une ligne droite menée entre ces derniers, laisserait dépasser les condyles occipitaux en entier, mordrait même souvent sur le sphénoïde ' (Voy. PL V, fig. 11).

Fronto-pariétaux larges ^ aplatis en dessus, et sans c>ompression, bien qu'un peu plus étroits en avant qu'en arrière (Voy. PI. V, fig. 12).

Préfrontaux triangulaires, plutôt rectilignes et aigus en avant, un peu raplatis en dessus, séparés, quoique se rapprochant par leur partie antérieure, et embrassant d'ordinaire, en arrière, la lame supérieure de Tethmoïde prolongée entre eux (Voy. PI. V, fig. 12). L'esi^ace compris entre ces os et le bord du maxillaire un iieu plus grand que chez l'espèce précédente. La saillie suturale antérieure des branches du maxillaire inférieur movenne.

Dents vomériennes assez régulièrement distribuées, par quatre ou cinq paires, sur des bases osseuses généralement allongées et plus fortes que chez la Grenouille rousse. Les groupes formant un angle plus ouvert que chez cette dernière esi>èce, et situés notablement plus bas que les orifices nasaux internes, arrivant même souvent jusque sur Tos en ceinture. Les dents, les cônes et surtout les groupes basilaires plus solides que chez la liana /<w;K>rcir»(i, quoique faisant aussi parfois défaut (Voy. PI. V, fig. 11 et 13).

Tête forte, triangulaire, moins haute ou plus déprimée que chez Pesi)èce précédente, krge en arrière et conique ou apointie en avant ; entrant une fois et deux tiers, chez les très-jeunes individus, à deux fois et un tiers, chez les adultes, dans la longueur du tronc. I^ profil aplati en

* Cette dÎKpositioD fait que le crâne, pos^* sur la ba»e, penche très-for* tement en avant, qu'il ne fieut même, quelquefois, fias se tenir debcHit, h'il appartient à de jeunes individus.

* Mesurant, au centre, en moyenne, 4 millimètres, chez Tadulte.

ANOURES. 335

arrière et en dessus, et beaucoup moins busqué en avant que chez la Grenouille rousse ; les joues, également, beaucoup moins brusquement rabattues que chez cette dernière .

Museau allongé, franchement acuminé, surtout chez les femelles, et un peu plus grand, mesuré depuis le coin antérieur de Tœil, que l'espace compris entre le coin postérieur de celui-ci et T angle des mâchoires. La lèvre supérieure prolongée, eu forme de cône, bien au delà de Tinférieure, en avant. La narine située au centre de la distance qui sépare le bord de Tœil du bout du nez.

Œil grand; la paupière fortement bombée; la pupille subcirculaire ou ovale et horizontale; l'espace interoculaire parfaitement plat; l'intervalle compris entre les coins antérieurs des yeux entrant, environ, deux fois et demie dans la largeur maximum de la tête.

Tympan circulaire, très-voisin de l'œil et mesurant, à peu près, les deux tiers de l'ouverture de celui-ci. Tronc plutôt trapu, quoique un peu comprimé dans la partie postérieure. Le dos assez large et comme bossu au milieu, par le fait des fortes saillies des ailes du bassin ; ce dernier os, plus court chez les m&les que chez les femelles, mesurant, généralement, entre la moitié et les deux tiers du tibia.

Membres antérieurs très-courts, comparés aux postérieurs ; épais chez le mâle, surtout au moment du rut, grêles chez la femelle ; à peu près égaux, de l'épaule au bout du troisième doigt, à la longueur du tibia ou de la jambe, dans les deux sexes.

Doigts subcylindriques, à tubercules sous-articulaùres fortement développés ; le pouce et quelquefois le doigt voisin présentant, chez le mâle à l'époque des amours, une excroissance grise, brune ou noirâtre et dure, mais généralement lisse ou dépourvue des aspérités en brosse qui se voient chez l'espèce précédente. Le premier doigt notablement plus long que le second et légèrement plus court que le quatrième.

Membres postérieurs très-longs, grêles chez la femelle, plus épais chez le mâle ; le talon dépassant toujours Textrémité du

336 FAUNE OKS VERTÉBRÉS.

museau, de huit à douze millimètres au moins, lorsque le membre, bien étendu, est ramené le long du tronc maintenu droit. Le membre replié à angle droit, le talon dé* passe notablement Tanus. Le pied appliqué contre la jambe, le genou tombe sur la troisième articulation du cinquième orteil, à partir de Textrémité.

Orteils cylindro-coniques, légèrement déprimés à la base et pourvus de tubercules sous-articulaires bien accentués ; le troisième égal au cinquième.

I^emier cunéiforme accusant, à la base du premier orteil, une saillie généralement allongée ou elliptique et assez développée, quoique toujours mousse. Un second tubercule métatarsien, arrondi, mais très-petit, en face du précédent, à la base du quatrième orteil.

Palmures embrassant les orteils, à Texception du quatrième, jusqu'entre la première et la seconde articulation, chez les femelles, et jusqu'au bas de la première phalange, chez les mâles ; le quatrième enveloppé, de chaque côté, jusqu'entre la seconde et la troisième articulation, un peu moins loin chez la femelle que chez le m&le. Ces membranes affectant la forme d'un fort croissant, chez la première, et dessinant presque une ligne droite sur leur bord, chez le second, au printemps surtout. Peau mince et unie sur les deux faces de l'animal, à Pexception d'une fine granulation sur les fesses et, parfois, de quelques rares verrues, éparses sur le dos. Les cordons dorsolatéraux généralement bien prononcés sur le haut des flancs, depuis le coin de l'œil jusqu'aux environs de Tanus.

Faces supérieures : les màlofj au printemps ou durant leur séjour dans l'eau, généralement d'un gris sombre, brun ou noirâtre, en dessus, parfois comme lavés plus ou moins de tons verdâtres, et souvent enveloppés, au moment des amours, d'une teinte nuageuse bleuâtre. Une bande dorsale médiane, volontiers un peu plus pâle que le fond, chez les jeunes surtout. Les cordons dorso-Iatéraux se détachant d'ordinaire en clair, en doré ou en mordoré. Quel- (|ues macules ou des points, bruns ou noirs, plus ou moins

ANOURES. 337

apparents, sur le dos, parfois réunis en forme de V renversé entre les omoplates. Un trait foncé partant des coins antérieurs des yeux, passant sur les narines et formant, au bout du museau, un angle très-aigu. Une large tache temporale brune ou noirâtre et souvent semée de points dorés, s'étendant, en arrière de Tœil, jusque sur Tangle des mâchoires. Une autre tache allongée, également brune ou noire, étendue sur le devant de Tépaule. Les côtés de la tête, le haut des flancs et la face dorsale des membres participant, d'ordinaire, aux teintes des autres faces supérieures, avec des bandes transverses assez constantes, quoique plus ou moins accentuées, sur ces derniers ; souvent un pointillé noirâtre sur les joues. La face latérale et externe des membres, en général, tachée ou marbrée de brun violacé ou de noirâtre. Les doigts et les orteils assez semblables, en dessus, aux parties voisines de Tavant-bras et de la jambe.

Les flancs d'un gris noirâtre ou verdâtre plus ou moins sombre, pâlissant près des faces inférieures et prenant vers Tabdomen une teinte claire, jaunâtre ou verdâtre, souvent piquée de gris ou de noir; mais ne présentant jamais ni les grandes taches ni les marbrures si constantes chez la Bana temporaria.

Ces mêmes mâles, plus tard, en été et en automne, généralement beaucoup plus clairs et assez semblables aux femelles, quoique d'ordinaire avec des tons plus gris.

Femdles, au printemps, en tout beaucoup plus claires, en dessus, que les mâles, soit rousses ou roussâtres et mélangées de tons jaunes, ou encore d'un brun clair plus ou moins lavé de verdâtre, et comme peintes parfois sur un fond doré se montrant par places quand l'on observe attentivement à une grande lumière. Le Y nasal plus aigu encore que chez le mâle, et, de même que celui de la nuque, plus apparent par le fait du fond plus clair. Les taches de la région temporale et de l'épaule d'un brun rougeâtre ou violacé ; la première souvent mordorée sur le tympan et cerclée d'or sur le pourtour. Quelques au- T. m. 22

très petites macules foncées sur les paupières et sur le dos, de préférence le long des cordons latéraux, euxmêmes souvent à reflets dorés. Les membres marqués de bandes trans verses foncées, brunes, verdfttres ou noirâtres, en dessus, et marbrés de gris, de brun ou de violacé sur le côté externe. Assez généralement trois bandes sur Tavant-bras et quatre, plus ou moins accentuées, sur la cuisse, comme sur le tibia et le pied, plus rarement cinq bandes sur Tune de ces parties. Lies doigts et les orteils rappelant d'ordinaire la coloration des membres.

Les flancs passant au gris-vert près de Tabdomen, et piqués légèrement de gris, mais, comme chez les m&Ies, sans grandes taches ni véritables marbrures.

Plus tard, les mêmes femelles d'une teinte beaucoup plus p&le encore, et devenant alors ou d'un gris rouss&tre, ou d'un roux jaunfttre, ou encore d'un rouge brique trèsclair, ou enfin tout à fait blondes, avec ou sans taches dorsales.

Iris doré à la partie supérieure et brun à l'inférieure. Faces inférieures : chez le fnâlcy au printemps, la gorge blanchâtre ou jaunâtre, d'une couleur mate et comme gouachée, souvent avec de petits points noirs et dorés sur les côtés, mais ne présentant jamais la teinte bleuâtre des mâles de l'espèce précédente, à l'époque des amours. Les lèvres marbrées de gris et de doré. L'abdomen de même teinte que la gorge et sans macules, mais plus jaune et parfois même de couleur citron près des cuisses*. Les membres antérieurs d'un gris jaune, lavés de tons lilacés et finement piqués de noir, en dessous ; les postérieurs d'un jaune clair mélangé de tons rosés et piqués de brun violacé ou de noir. Les fesses d'un gris noirâtre, verd&tres ou jaunâtres.

£n été, la coloration de la gorge et du ventre plus transparente et moins gouachée, avec moins de points foncés sur la première de ces parties. Les fesses passable-

^ Toates les faces inférieureii devienneni quelquefois d'un jaune beaucoup plus intense dans Talcool.

ANOUBES. 339

ment plus claires, parfois rosâtres comme chez les femelles.

Fetndles^ en noces : la gorge blanche et comme jaunie par un mélange de tons dorés, avec de petites macules et de fines arabesques d'un orangé rougefttre formant parfois comme une légère ceinture au travers de la poitrine. Le voisinage des aisselles d'un beau blanc argenté. Le ventre blanc ou d'un jaunâtre clair dans sa partie supérieure, un peu plus jaune vers le bas et toujours sans taches. Les membres jaunâtres, en dessous, mais plus mélangés de rose que chez les mâles, particulièrement vers les extrémités ; les fesses, comme le bas des flancs, vertes, verdâtres ou jaunes.

En été, ou après un séjour sur terre un peu prolongé, la gorge dépourvue en grande partie de ses dessins orangés et, comme le ventre, blanche, jaunâtre ou d'un joli jaune paille. Chez certains individus, et particulièrement chez les sujets encore jeunes, de légères macules grisâtres sur la poitrine. Les fesses jaunâtres ou roses. Jeunes : tête comparativement forte, large en arrière et trèsacuminée en avant. Membres très-gréles et allongés, quoique présentant, sous ce rapport, moins de différence avec les adultes que chez l'espèce précédente. D'un grisbrun ou roussâtres en dessus, avec ou sans taches sur le dos, et parfois comme marqués de bandes foncées longitudinales de chaque côté des cordons dorso-latéraux, par le fait de la teinte plus claire de ceux-ci et d'une sorte de ligne dorsale médiane. Des raies transverses sur les membres. Les faces inférieures blanches ou jaunâtres, avec de légers reflets dorés. Parfois, comme je l'ai dit, quelques macules grises à la poitrine des jeunes femelles. Le ventre toujours inmiaculé. En somme, assez semblables à leurs parents en livrée de terre.

Cette espèce me semble beaucoup moins variable, dans les deux sexes et à divers âges, que nos autres Grenouilles indigènes, tant sous le rapport des différentes proportions que sous celui de la coloration. Des individus d'Italie sont en tout sem-

blables à ceux des environs de Genève, et ceux qui m'ont été aimablement envoyés de la Loire inférieure par M. Thomas, ne m'ont paru différer des nôtres que par une taiUe un peu plus forte et des teintes parfois plus jaunâtres.

Je ne vois de divergences un peu frappantes chez la Grenouille agile, qu'entre les colorations différentes des deux sexes, suivant les saisons. La livrée d'eau étant, ainsi que je viens de la décrire, plus foncée que celle de terre, et celle du mâle étant plus sombre que celle de la femelle. J'ai dit, plus haut, que certains jeunes de la Rana teniporaria^ auxquels j'ai attribué le nom de var. aetdirostris^ portaient un manteau assez semblable à celui des mâles de la Bana agilis en été, par le fait qu'ils avaient vécu dans les mêmes conditions et plus ou moins à l'ombre comme ceux-ci. J'ajouterai ici que, malgré ce rapprochement extérieur, l'on reconnaîtra toujours à première vue la Grenouille agUe, soit aux proportions comparées de la tête et à la forme plus allongée et acuminée du museau, soit aux dimensions du tibia toujours égal au membre antérieur, ou encore à l'absence de marbrures sur le ventre et les flancs.

En 1828, Millet décrivit, dans sa Faune de Maine et Loire, deux espèces de Grenouilles qu'il nomma, l'une lîana /lavirrHfriSj l'autre Itami temjyoraria. Il croyait nouvelle la première de ces espèces que nous avons vu n'être qu'une variété de la Rousse ordinaire ; tandis qu'il prenait pour la véritable Tcnqioraria des auteurs notre (i renouille agile jusqu'alors inconnue. Vingt-sept années plus tard, en 1855, Thomas découvrit de nouveau, pri»s de Nantes, cette espèce méconnue et la décrivit avec soin dans les Annales des Sciences naturelles, en relevant l'erreur de Millet et donnant à cette forme nouvelle le nom de Ihnm avilis.

Enfin, en 18(J1, je présentai à la Société de Physique et d'Histoire Naturelle de Genève, sous le nom de Itapta </r«ri7i»v, une nouvelle (irenouille que j'avais observée dans les environs de cette ville. L'année suivante, je reconnus, en publiant mes observations sur cette espèce, dans la Kevue zoologique de Guérin, que ma liaua graeilis n'était autre que la R, agilis de Thomas, jusqu'alors peu connue.

ANOURES. 341

MAles Femelles

Genève

GenôTe (Na&tes)

Genève

(Pise) Genève

(Nantes)

Long, corps *.0",051 àO-,056àa»,059-

-0»,051 àO-,058àO-,062 à0»,072

» memb. ant. 0,030

» memb. post. 0,090

» pied 0,040

> jambe 0,030

» tôte 0,017

Larg.téte 0,018

Dst.yeaz 0,008

La Grenouille agile parait avoir, en Europe, une aire géographique assez étendue, mais plutôt méridionale et occidentale. Toutefois, elle n^a été jusqu'ici, à ma connaissance, reconnue avec certitude qu'en France, en Suisse et en Italie. En France, eUe a été d'abord observée, comme nous l'avons vu, par Millet dans le département de Maine et Loire ; puis elle a été trouvée dans celui de la Loire-Inférieure, et jusque sur les limites du Morbihan, par Thomas qui la récolta, en particulier, assez communément dans les environs de Nantes et dans les marais tourbeux de la Grande-Brière. Plus récemment encore, Ogérien ' l'a citée aussi dans le département du Jura, à St-Glaude, dans la Valserine et près de Morez. En Italie, elle a été rencontrée et capturée dans des prairies près de Pise par M. A. Beaumont qui, l'ayant vue chez moi, l'a reconnue de suite à sa forme et à ses allures. Quant à ce qui est de la Suisse, il y a dix ans environ, comme je l'ai dit, que j'y distinguai pour la première fois cette espèce. Après l'avoir trouvée d'abord dans les marais de Sionex, près de Genève, je l'ai successivement observée dans les cantons de Yaud, de Berne, du Valais et du Tessin, et il est bien probable qu'elle vit encore, chez nous, dans d'autres localités. Sans être rare, elle n'est pourtant nulle part aussi abondante que nos deux autres espèces. Elle habite plus exclusivement la plaine, ne se montre pas dans les Alpes et m'a semblé ne s'élever jamais au-dessus de 1300 mètres sur les pentes de nos montagnes.

* Mesures prises comme chez tous mes Anoures ; voyez au tableau de la Berna esetÊknia,

* Ogérien, Hist. Nat. du Jura, III, p. 559, Appendice.

Ht FAUNE DBS VERTÉBRÉS.

Le nom d'Agile que Thomas a donné à cette Grenouille, ainsi que le nom de Springfirosch que je lui fais en allemand, expriment en un mot la nature de ses allures. Avec des formes sveltes, et pourvue de membres postérieurs très-longs, elle est, en effet, tout particulièrement disposée pour sauter. Elle fait, soit en hauteur, soit en longueur, des bonds prodigieux, fournissant, au besoin, des sauts de plus de 65 centimètres d'élévation et de près de deux mètres d'étendue.

La Grenouille agile vit, au printemps, dans les carpières, les fossés et les maraisoùelles'accoupIe,généralement, un moisàsept semaines plus tard que la Te^nporaria ; depuis la première moitié de mars jusqu'à la fin d'avril, suivant les localités. Son chant, assez différent de celui de la Grenouille verte et de la Rousse, consiste alors en une sorte de roulement, ou en une série de petits cris brefs et très-rapprochés, aigus chez la femelle, plus bas et sonores chez le mâle. Il est rare, du reste, d'entendre la voix de cette espèce après l'époque des amours.

De suite après la ponte, notre Grenouille quitte les eaux pour aller vivre sur terre, d'abord dans les prairies, puis dans les broussailles et sur la lisière des bois. Elle fait la chasse tantôt aux petits Mollusques et aux Vers, tantôt à diverses sortes d'Insectes ailés qu'elle attrape adroitement au vol en sautant après eux. A l'approche des froids, volontiers dans le courant d'octobre, mais à une époque un peu variable avec les années, les (îrenouilles agiles, qui n'ont cessé d'errer tout l'été, se retirent dans leurs quartiers d'hiver, les unes dans un trou souterrain ou sous des racines dans un bois, les autres dans le fond d'une mare ou sous la vase d'un fossé. Le fait que j'ai trouvé une excessivement petite proportion d'Agilin parmi les (rrenouilles rousses qui m'étaient, comme je l'ai dit, apportées par centaines en hiver, ne me semble pas devoir reposer seulement sur la rareté comparée de cette espèce, mais bien porter aussi à l'idée ou qu'elle passe la mauvaise saison en plus grande quantité sur terre, ou qu'elle n'hiverne pas toujours dans les mêmes conditions que ses congénères. Les mâles m'ont paru s'écarter beaucoup moins des eaux que les femelles, en ce sens que je les ai presque toujours vus les premiers dans l'eau, au printemps, et qu'on les rencontre beaucoup plus rarement dans les prés et les bois pen-

ANOURKS. 3iS

dant la belle saison, tandis qu'ils forment, par contre, la grande majorité des individus que Ton trouve dans la vase, en hiver.

Je ne terminerai pas ce qui a trait à cette Grenouille, sans raconter, à Tappui de sa valeur spécifique, une observation intéressante que je fis lors de sa découverte près de Genève. Je conservais, depuis plus d'un mois, quelques mâles de cette espèce , pour moi jusqu'alors douteuse , vivant réunis dans de vastes bocaux, avec de nombreux individus d'âges et de sexes différents de la Rana temporaria. Ces petites Grenouilles foncées qui avaient attiré mon attention par leur faciès bien particulier, n'avaient, en aucune façon, cherché à s'accoupler avec des femelles de Teniporariu de leur taille, quoique de nombreuses unions se fussent opérées depuis longtemps sous leurs yeux. Évidemment, je n'avais pas encore offert à ces mâles les femelles qui leur convenaient, et, les voyant ainsi insensibles aux agaceries de leurs jeunes congénères, je m'affermissais toujours davantage dans l'idée que j'avais bien là une espèce nouvelle dont la femelle me faisait encore défaut.

Cependant, un jour du mois de mars, comme je revenais de faire de nouvelles et vaines perquisitions, dans les marais de Sionex, avec l'espoir de découvrir des femelles qui pussent compléter l'espèce qui me préoccupait et dont je venais de trouver encore iin mâle, je passai, dans le village de Puplinges, chez une femme qui m'avait souvent apporté des Grenouilles. Celle-ci avait vendu sa dernière récolte le matin même, et il ne lui restait plus, disait-elle, que deux ou trois petites maigmles^ au fond d'une vieille marmite.

Je soulevai néanmoins le couvercle de la marmite et, à ma grande joie, je distinguai de suite, sur cinq Grenouilles que celleci renfermait, trois jeunes Temporaria et deux autres individus, de même taille à peu près, mais d'un faciès assez différent. Ces derniers, pourvus de très-longues jambes et heureusement de sexe féminin, me parurent, à première vue, devoir f*tre les femelles tant cherchées et désirées.

Je n'hésitai naturellement pas à introduire ces deux nouveautés dans la bouteille d'eau qui contenait mon unique capture du jour, et, trois minutes après, conmie je ressortais le bocal de ma poche pour examiner ma trouvaille, j'eus la satis-

344 FAUNE DES TERTÉBRÉS.

&ction de voir mon hypothèse pleinement vérifiée; une des petites femelles était déjà solidement étreinte par le m&Ie que j'avais capturé le matin même. Enfin, arrivée chez moi et à peine jetée dans le vaste bocal où vivaient mes Grenouilles, la seconde de ces nouvelles femelles fut prise à bras le corps par un de ces petits miles foncés qui, depuis si longtemps, restaient spectateurs oisifs des amours de leurs congénères.

LA GRENOUILLE OXYRRHINE Der spitzschnauzige Frosch

Rana oxtkkrina ^ Steenstnip

Grisâtre, verdâtre, bnauUre ou rotissf^, avec des taches ou des bandes foncées et une ligne dorsale c/aire, cw dessus; Uancludre ou jamudre^ en dessous, avec des macules ou des marbrures à la gorge et sur la jyoitrine^ chez les femelles surtout. Flancs large ment maculés ou marbrés. Abdopnen gcfuralemetU sapis tadics. Une tache temporale foncée. Plis dorso-latéraux assez aecaduét*. Tympan moyen. Pas de fentes vocales. Tibia plïtë comique h m€f)ibre antérieur. Otieils jHjdm/s jusqu^à V avafit-dernière plutlange. Tubercule métatarsien ptiUôt fort et un peu cofnprimé. Tête large en arrière^ médiocrement hatUe et acuminée en avatit. Dents vofnériennes peu nombreuses et distribuées sur deujc groupes nwycns fornuint^ en arrière des orifices nasatu^ un angle bien profioficé, Préfrontaujc séparés^ moyentwme^U botnbés et embrassant plus OH nmnsVethmdule. FropUo-pariétaux méilioeremnit larges^ légereipwnt pinces en avant et en arriére et souvent mal réunis sur le centre. Taille nwyenm de Vadulte=55'^.

Rana (temporakia jxtrt.) manibus tetradactyliit fissU, piantU ftcxadactyln paimatijif jxAlice longiore, Untiê, Fauna Svec. I, p. 94. » TKMPORAitiA, O.'F. MOlleTy Zool. Dan. Prodr. i96 {bcc. Stp,), > ARVAUs (/V*m.), Silsson, Skandinavisk. Fauna, III. <- Amphibicnu. Luml. p. 4:2.

' Je substitue ici la terminaison féminine en a à celle en us primitmment adoptée par Steenstrup, comme paraissant plus logique.

ANOURES. 34tt

Bana oxtrrhinus, Steenêtrup, Oversigt over det Kengelige Banske. Videnskabemes Selskabsforhandlinger. 0. S. V. I. Aaret. 1846, n^ 6.

> TEMPORAIUA {part.)j Middendorff, Sibir. Reise, II, 3, p. 147.

1 ANGUSTIFRONS (?), Schiff, in lut. ad, Thomas -, Ann. d. Se. Nat. 4«« série, IV, p. 371.

» ARVALis, CoUin, Danmarks Froer og Tudser. Ait. af. Nat. Tidsskrift, 3. R. 6. B. p. 291.

Crâne un peu plus large que long. Une ligne droite, menée par les angles des mâchoires, mordant largement sur les condyles occipitaux K Fronto-pariétaux médiocrement larges % un peu bombés, très-légèrement comprimés en avant et en arrière, et généralement mal réunis ou moins complètement ossifiés sur le centre que chez les autres espèces. Préfrontaux comparativement étroits et moyennement bombés, de forme un peu anguleuse et toigours bien séparés et distants ; la lame supérieure de Tethmoïde formant d'ordinaire entre eux un angle plus ou moins accusé.

Dents vamérietines assez irrégulières et inconstantes ; quelquefois faisant défaut en tout ou en partie, d'autres fois composant, au contraire, des groupes assez volumineux. Ces groupes vomériens formant, comme chez la Temporaria^ un angle assez accentué un peu en dessous d'une ligne qui unirait les orifices nasaux ; mais demeurant d'ordinaire plus distants l'un de l'autre, et accusant plus volontiers un parallélisme des cônes dentés, souvent, entre autres, trois paires distinctes.

T^e triangulaire, large en arrière, médiocrement haute et firanchement acuminée ; d'une longueur entrant, chez les adultes, de deux fois et un cinquième à deux fois et un tiers dans celle du tronc. Le profil busqué en avant, les joues, ou pans latéraux, un peu moins abruptes que chez la forme obtiisirostris de lu Temporaria. — Museau pointu ; la lèvre supérieure dépassant notablement l'inférieure. L'œil, toutefois, comme chez la Grenouille rousse, un peu plus près du bout du nez que de l'angle des mâchoires. — ŒU moyen, à pupille subarrondie ou ovale et

' Cette disposition fait que le cr&ne, posé sur la base, penche médiooement en avant; soit à peu près comme chez la Bana iemporaria, * Mesurant, au centre, en moyenne, 3 millimètres chez l'adulte.

346 FAUNB DES VERTÉBRÉS.

horizontale; l'espace interoculaire plat ; la distance séparant les coins antérieurs des yeux légèrement plus grande que le tiers de la largeur céphalique maximum. — Tympan moyen, circulaire, mesurant environ les deux tiers de l'ouverture de Tœil, et généralement assez distant de celui-ci.

Tronc de forme analogue à celui de la R. ten%poraria\ quoique toujours de bien moindre dimension. Les mftles, comme chez les autres espèces, plus petits que les femelles, à ftge égal.

Membres anUrieurs mesurant, comme chez la Temporaria^ beaucoup plus que le tibia, soit, environ, la longueur du quatrième doigt en sus ou, au moins, la différence qui existe entre ce dernier et le troisième. — Doigts subcylindriques, à tubercules sous-articulaires assez développés, et comparativement courts, chez le mâle surtout. Le premier légèrement plus long que le second et un peu plus court que le quatrième. Une excroissance foncée, dure et rugueuse au pouce du mAle, au moment du rut.

Membres postérieurs dans les mêmes rapports, vis-à-vis du corps, que chez la Grenouille rousse ; étendus le long du tronc maintenu droit, le talon atteint, en général, à Tœil chez la femelle et à la narine chez le mâle. Le membre replié à angle droit en arrière, le talon touche à Tanus. Le pied ramené contre le tibia, le genou arrive entre la seconde et la troisième articulation du cinquième orteil. — Orteils cylindro-coniques, légèrement déprimés et pourvus de tubercules sous-articulaires beaucoup moins accentués que chez la Grenouille agile. Le troisième égal au cinquième. — Premier cunéiforme portant, à la base du premier orteil, un tubercule aUongé, un peu comprimé en couteau, légèrement penché en dedans et toujours beaucoup plus fort que chez nos autres (irenouilles indigènes, rapi>elant même celui de quelques Crapauds. — Palmures diflféremment développées dans les deux sexes : chez la femelle, la membrane, en forme de croissant concave, s'arrétant entre la première et la seconde articulation pour les divers orteils, à l'exception du quatrième qu'elle n'envelopi)e que jusqu'entre la deuxième et la troisième; chez le mâle, la membrane, à bord droit ou en croissant plutôt convexe, s'étendant, par contre.

ANOURES. 347

jusqu'à la première articulation extrême, sauf pour le quatrième orteil qu'elle ne prend que jusqu'entre la première et la seconde.

Peatê lisse et un peu luisante, parcourue, de chaque côté du dos, par un cordon glanduleux bien accentué. Parfois quelques verrues, plus ou moins développées, formant tantôt des groupes en V ou en U sur les omoplates, tantôt comme deux nouveaux cordons longitudinaux parallèles et médians. Une fine granulation sur les fesses.

Faces mpérieures très-variables, comme chez la Grenouille rousse, avec Tâge, le sexe et les conditions locales; ainsi, quant au fond, grises, d'un gris jaunâtre, verdâtres, brunâtres, rousses ou même d'un brun rougeâtre. Les mâles d'ordinaire plus sombres que les femelles, et souvent enveloppés, au moment du rut, d'une teinte bleuâtre nuageuse et reflétante. Sur cette coloration fondamentale, des dessins très-variés : tantôt une sorte de chiné brun ou noir, ou de simples taches volontiers disposées le long des cordons dorso-latéraux plus clairs que le fond, tantôt des marbrures plus ou moins régulières ou des lignes longitudinales foncées, entre lesquelles se distinguent ou des points plus pâles ou une large bande dorsale claire. — La tête de même couleur que le tronc, avec une ligne brune ou noirâtre du coin de l'œil au bout du nez, et une large tache plus ou moins foncée sur la région temporale. — Les flancs sombres en haut, plus clairs ou plus jaunâtres en bas, et présentant presque toujours, comme chez la Temporaria, des taches, des bandes ou des marbrures foncées, grises, rougeâtres, brunes ou noirâtres. — La face dorsale des membres maculée, marbrée ou rayée en travers; une tache allongée sur le devant de l'épaule.

Faces hifèrieurcs^ toujours plus variables chez les femelles que chez les mâles, passant du blanchâtre au jaunâtre ou au rougeâtre clair. — La gorge, tantôt sans macules, tantôt, par contre, tachée de gris ou de brun, chez les femelles ; parfois offrant, chez les mâles au printemps, la même teinte bleuâtre que nous avons observée chez la Grenouille rousse. Le bord des lèvres marbré. — La poitrine assez généralement marbrée ou tachetée, comme la gorge, de gris, de brun ou de rougeâtre chez la femelle, et volontiers sans taches chez le mâle. — L'abdomen presque toujours clair et immaculé dans les deux sexes. — La

348 FAUNE DES YERTÉBRCS.

fiice inférieure des membres grisfttre, jaun&tre ou olivâtre et tachée ou marbrée. Les fesses de teinte jaunâtre ou camée.

Iris doré et lavé de brun vers le bas.

Jeunes présentant, dans leur livrée, à peu près les mêmes variantes que les adultes.

Cette espèce varie beaucoup, comme la Grenouille rousse, tant dans les dimensions que dans la coloration. Elle offre, sous ce double rapport, beaucoup plus d'analogie avec cette dernière espèce qu'avec la Grenouille agile. On la distinguera pourtant toiyours, sous toutes ces formes, d'avec la Temporaria^ soit par sa taille bien plus petite, par son museau plus pointu et son tubercule métatarsien beaucoup plus fort, soit par l'absence presque constante de macules sur l'abdomen. Comme nos espèces indigènes, la Grenouille oxyrrhme présente, suivant les saisons et les conditions, deux livrées un peu différentes, une d'eau plus foncée et une de terre plus claire. Il ne m'a pas été possible de suivre dans sa variabilité cette espèce étrangère à notre pavs, ainsi que j'ai pu le faire pour nos (irenouilles suisses ; cependant, il m'a paru que, comme Tavait déjà fait remarquer le professeur Steenstrup, les individus du Nord, distingués par Nilsson sous le nom d'Arvalis, montrent plus souvent que les autres une ligne dorsale claire et des bandes longitudinales foncées. Cette forme rayée serait donc plus spéciale aux contrées septentrionales et, en particulier, plus abondante en Suède qu'en Danemark.

Ce fut en 184G que le professeur Steenstrup distingua nettement, sous le nom de Rana ojryrrhinusy cette petite Grenouille voisine de la Ratta tcmjyoraria des auteurs, qu'il appela alors, par opposition, Rana jïlatyrrhinttë. Cependant, quoique spécifiquement méconnue et confondue encore avec la Grenouille rousse, cette forme particulière avait été déjà rencontrée, dans le Nord, par Linné qui, cent ans auparavant, en 1746, TavEÎt caractérisée dans sa Fauna Sxcccica par ces mots : plafUis hexadartylis^ à cause de la forte saillie métatarsienne qui, chez elle, simule jusqu'à un certain point un sixième orteil.

Quoique définissant plus tard, dans son Systeftia Naiurœ^ la

ANOURES. 349

Téritable Grenouille rousse (12. temporaria auct.) par ces mots opposés : pkmtis pentadactylis, et bien que citant les planches de Roësel, le célèbre naturaliste suédois n'avait évidemment pas reconnu des espèces différentes dans ces deux formes qui, au dire de Steenstrup, vivaient côte à côte jusque dans le jardin de sa demeure à Upsal.

Il est vrai que, quatre années avant Steenstrup, Nilsson avait aussi décrit, en 1842, dans sa Faune Scandinave, une Grenouille de petite taille qu'il distinguait de la Rousse sous le nom de Rana arvaiis. Mais, faute d'observations subséquentes, celle-ci était demeurée peu ou mal connue jusqu'à Steenstrup. En baptisant à nouveau cette Grenouille septentrionale, le professeur de Copenhague montrait comment Nilsson n'avait observé que des femelles de l'espèce, et comment la description qu'il en donnait était par là insuffisante. Il me semble que, malgré la priorité du nom donné par l'auteur de la Faune Scandinave, la dénomination attribuée par Steenstrup doit être de préférence conservée à cette espèce qu'il a, le premier, bien décrite et étudiée. Le mot Oxyrrhinm est, en tout cas, plus propre à rappeler un caractère saillant de cette Grenouille que celui A^Arvciis qui pourrait être appliqué, à tout aussi juste titre, aux deux espèces précédentes.

La Grenouille en question a été d'abord mise en doute par plusieurs erpétologistes qui n'ont voulu voir en elle qu'une variété locale de la Temporaria et l'ont, comme Gunther * entre autres, rangée dans la synonymie de cette espèce. Cependant, de nouvelles observations et une étude sérieuse de ses caractères propres l'ont enfin réhabilitée et maintenant définitivement établie. Je pourrais citer, à ce propos, l'opinion de plusieurs naturalistes : de de Siebold *, de Schiff ^ de Thomas * et de CoUin *.

Je ne dois pas oublier de remercier, en passant, MM. Steen-

' Gunther, Catal. of the Batracliia Salientia, 1858.

* De Siebold, Archiv fur Naturgeschichte, 1852.

* Schiff, Lettre à M. Thomas, Ann. des Se. Nat. 1855.

^ Thomas, dans quelques lettres quMl m'adressa durant ces dernières innées.

* Collin, Danemarks Froer og Tudser, 1870. Ce dernier auteur conserve à Tespèce le nom à^Artalia que lui avait donné Nilsson.

strup et CoUin, de Copenhague, de la complaisance avec laquelle ils m'ont fait parvenir soit leurs observations sur cette Grenouille, soit les nombreux échantillons qui m'ont permis de décrire ici Tespèce.

Mâles F«mellM

Arvalia Oryrrhina ArvàUi

Long, du corps (du museau à l'anus) .0^,045 à 0",056 — 0",()55 àO»,060 » du memb. ant. (de l'épaule au bout

du 3— doigt) „- 0,026 0,032 — 0,029 0,034

» du memb. post. (de l'anus au bout

du 4»« orteil) 0,070 0,093 — 0,080 0,09:5

» du pied (au bout du 4"« orteil) . 0,035 0,044 — 0,038 0,04:$

> de la jambe (soit du tibia) 0,02 1 0,028 — 0,022 0,027

» de la tête (à l'occiput) 0,014 0,017 — 0,017 0,01H

Largeur de la tête (sur le pli des commissures) 0,016 0,019 — 0,021 0,022

DisUnce entre les coins ant. des yeux. 0,006 0,008 — 0,008 0,OOK>

Cette espèce, de petite taille, n'a été observée jusqu'ici que dans le nord de notre continent et une partie de l'Europe moyenne. Ainsi, elle a été reconnue, depuis Francfort sur le Mein, dans les environs de Leipzig, de Kœnigsberg, de Dantzig, de Erlangen, de Breslau, de Stettin, etc., jusqu'en Danemark, en Suède et même jusque très-avant vers le Nord, en Sibérie, ainsi que porte à le croire la description que donne Middendorff, sous le nom de Temj)oraria, d'une forme particulière de la Grenouille rousse qu'il a rencontrée dans ses voyages ^ L'espèce serait partout plus rare que la Rousse en Allemagne, elle se montrerait à peu près également abondante en Suède, enfin, elle deviendrait la plus commune dans des régions plus septentrionales encore.

La Ratia oxyrrhina recherche les mêmes localités que la Tnnporaria^ et présente à peu près les mêmes mœurs, si ce n'est qu'elle fait des bonds plus grands et s'accouple trois à quatre semaines plus tard. Son alimentation et son développement paraissent identiques. Comme la Rousse, elle se trouve, à Tépoqae

* MiddendorTs Sibirische Ueise, Band U, Tbeil 2, p. 147, Ik*»:!.

ANOURES. 351

des amours, dans les fossés, les carpières et les marais ; coimne elle aussi, elle quitte les eaux bientôt après la ponte, pour se retirer soit dans les champs, soit dans les lieux ombragés, les bois et les broussailles.

A rapproche de la mauvaise saison, chaque individu se met en quête d'un abri contre les froids, qui dans un trou sous le sol, qui dans la vase au fond des eaux. Steenstrup a remarqué que les màlcs s'écartent moins des mares que les femelles et s'y montrent avant elles au printemps, ce qui le porte à croire que les premiers hivernent plus volontiers au fond de Teau que les secondes. Cette observation n'est pas nouvelle pour nous, car nous avons eu déjà l'occasion de faire la même remarque à propos des espèces précédentes de la section ; mais ce qui nous parait bien plutôt le propre de l'Oxyrrhine, c'est le fait intéressant signalé par Collin que cette Grenouille, grâce au plus grand développement de son tubercule métatarsien, s'aide, un peu comme les Crapauds, de ses talons pour préparer sa demeure souterraine.

Les coassements de la Rana oxyrrhhia, au moment du rut, rappellent assez ceux de VAgilis ; ce sont, en général, de petits cris brefs et répétés, aigus chez la femelle, plus graves et sonores chez le mâle.

Je n'ai jamais rencontré l'Oxyrrhine en Suisse ; je ne me suis donc si longuement étendu sur son compte que pour la faire mieux connaître aux naturalistes de notre pays, en la signalant i leur observation.

FamiUe des DISCOGLOSSIDÉS

DISCOGLOSSID.E

Les Discoglossidés sont des Oxydactyles dentés dépourvus de parotides, chez lesquels les apophyses sacrées sont dilatées, qui ont les doigts libres, et dont les orteils sont palmés.

Les cinq genres que Gttnther fait rentrer dans cette famille^ ne sont tous également représentés que par une seule espèce. Deux seulement, les Pdodytes et Discoff lassas. figurent en Europe.

Je ne traite succinctement de cette famille qu'à propos du /VZ. punctatus (Dugés) qui, ayant été trouvé, dit-on, non loin de nos frontières, pourrait peut-être se rencontrer une fois en Suisse. Le Dïscoglossus pldus (Otth) est propre aux côtes méditerranéennes^ à la Grèce, au midi deFItaiie et au nord de l'Afrique .

Genre PELODYTE

PELOD^TES, KiUingoi

Pas de véritables parotides. Apophyses sacrées dilatas. iMngue ovale ^ libre et h' gère ment éehanerée en arrière.

ANOURES. 353

Un petit groupe de dents vomériennes de chaque côté dupalais, en avant des orifices nasaux. Tympan médiocrement distinct. Trompes d'Eustache moyennes. Pupille verticale. Doigts libres et non opposables. Orteils paltnés. Trois forts tubercules palmaires. Premier cunéiforme présentant une saillie ovale et moyenne. Membres postérieurs grêles et allongés. Corps pincé vers les lombes. Peau couverte de petits tiiberciil'es. Un sac vocal sous-gulaire interne, chez le mâle.

Ce genre ne renferme, comme je l'ai dit, qu'mie seule espèce, le Pehdytes punctatuSj qui semble propre à la France et que je ne décris très-brièvement, ici, que pour le signaler à Tattention de nos observateurs.

LE PÉLODYTE PONCTUÉ Der punctirte Fessler

PBLODYTES PUNCTATU8, Dagès

Caidréy verdàtre ou fauve, avec de petites taches glméralement vertes ou noirâtres y en dessus; blanchâtre ou de teinte carnée^ en dessous. De petites thermes sur le dos formant deux séries latérales ; un pli longitudinal au bas des flancs. Tronc pincé vers les lombes. Un sac vocal sous-gulaire. Trois forts tiAerctdes palmaires. Membres postérieurs allongés, grêles et médiocrement palmés. Tuhercxde métatarsicfi ovale et moyen. Tête triangxdaire et plutôt déprimée; museau arrondi bien qiœ proéminent . Un pli saillant à la place de parotides. Tympan tnédiocrement distinct. Œil grand, à pupille verticale. Deux petits groupes vomériens étroits et allongés^ entre les angles antérieurs des orifices nasaux. TaiUe moyenne de V adulte = 39*"".

RhSK PUNCTATA, R. PLICATA, Doiid. Hist. Rain. p. 51, pi. 16, fig. il et p. 53.

• Dauoini, Mcrr. Tent. p. 177.

BoMBiNATOR PLiCATis, FUz, Nciie Class. Rept, p.' 65.-

354 KAUM:; Des yektébhks.

Obstethic.vns plnctatus, Dugès, Kech. Batrac. p. 7.

Cystigxathus PiîxcTATUs, Fitz. in litt. ad C. lioiiap.

Al\tes prxcTATUs, THchudi, Class. Biit. Méiii. Soc. S. N. N»muIi. Il, p. Hi.

Pelodytks plicatus, Fitz. in litt. ad. C. Honap.

» PiNCTATis, lionap. Faun. ital. fasc. XXIII, p. 119, lah. I.

Deux petits groupes de dents vomcrieiines, étroits et allongés, disposés sur la même ligne, entre les angles antérieurs des orifices nasaux.— Tétc triangulaire et aplatie; museau arrondi, bien que proéminent. — Pas de véritables parotides, mais un pli glanduleux saillant, étendu au-dessus du tympan et jusque sur les côtés du corps '. — Tympan moyen elliptique et médiocrement ou peu distinct. — Œil assez grand ; pupille allongée et verticale. — Un sac vocal sous-gulaire, chez le mâle.

Tronc plutôt court quoique rétréci dans la région de Paine.

Membres antérieurs pourvus, chez le mâle au moment du rut, de cinq plaques rugueuses distribuées, la première près de la poitrine, la seconde sous le bras, la troisième sous Pavantbras, la quatrième et la cinquième sur les deux premiers doigta. Les doigts légèrement épaissis vers le bout ^ ; le second un i)eu plus long que le premier et notablement plus couit que le quatrième. La paume de la main munie de trois forts tubercule» elliptiques. — Membres X)0Stérieurs grêles et allongés ; le talon atteignant à la narine. Les orteils subconiques, déprimés et l)Ourvus d^une palmure assez faible bien que plus ou moins développée suivant les individus et les éiK)ques, et l)ordant largement chaque extrémité; le cinquième oiteil plus court que le

^ Ku t'ouiparaut, cht*/ le IVlodyte et TAhte, Wh sailiie» cutauécb uu parotidienm'S (pii se voient, au-desbUb du tympan, daub ccb deux esiK'ie», il est difficile de ne pas trouver que (îùnther a singulièrement exa;?t'ré la petite différence qui existe, à ec ])oint de mu*, entre vva Batraoienb, en >e ba'^ant sur ce caractère pour les séparer dana deux familles di>tinct4^. Bien que j^aie adopté la elassitication, généralement claire et naturelle, de cet auteur, je ne puis m'empècker de relever ce point litigieux, en rapi>elant ma note 4 de la page 304.

' Cet épaissiiisement du bout des doigts du Pélodyte, bien que rappelant jusqu^à un certain point, à première vue, Tépàtement des extrémit«*» des Platydactylcs,' n'a cependant rien de commun a^ec les dii»que« de» Rainettes.

AN0UKK8. 355

troisième. Un tubercule métatarsien moyen, ovale et un peu saillant, à la base du premier orteil.

Peau couverte, quant aux faces supérieures, de petites verrues irrégulières formant, surtout chez les mâles, des séries latérales. Le bas des flancs séparé du ventre par un pli longitudinal.

D'une teinte cendrée, verdâtre, fauve ou brunâtre, en dessus, avec de petites taches vertes, blanchâtres ou noirâtres, plus étendues sur les membres où elles forment parfois des bandes transverses. — Blanchâtre ou légèrement caraé, en dessous. — Parfois de petits points orangés sur les flancs. — Les plaques du mâle violacées.

Longueur du corps, du museau à l'anus = 0",037 à 0'",044.

On rencontre le Pélodyte, au moment des amoui*s, dans les mares et les étangs. En dehors de cette époque, il vit de préférence dans les lieux pierreux, les vignes et les buissons. Il saute avec agilité et grimpe facilement contre des parois verticales, bien que ses doigts, déi)ourvus de véritables pelotes terminales, ne soient pas du tout opposables. Cette espèce ferait, suivant Thomas \ deux pontes par année, Tune au printemps, Tautre vers la tin de Tété ou en automne. Le mâle saisit la femelle au défaut des lombes, au-dessus des cuisses. Les œufs sont déposés, par petits groupes, sur des végétaux flottants. Les tétards arrivent à d'assez fortes dimensions et se développent lentement.

Le IV7o(/#//c6\pw>/c^a/M^- n'a été observé, jusqu'ici, avec certitude, que dans quelques départements de la I^Yance. Suivant le frère Ogérien *, il ne serait pas rare en Bresse. Payot • raconte que ce petit Batracien lui a été signalé dans la vallée de l'Isère.

^ Thomas, Note bur la géuératiou du Pélodyte ponctué, etc. Aua. deb Se. Nat. 4"* série, t. I, u? 5.

' Ogérien, Hist. nat. du Jura et des départements voisins, t. III, I86H. ' V. Payot, Er|)ct. des env. du Mont-Blanc. 186-1.

3S6 FAI NK Ï»KS VKinKïlf.KS.

Famille IL ALYTIDÉS

ALYTIDiî

Les Alytidés sont des Oxydactyles dentés pourvus de petites parotides, chez lesquels les apophyses transverses de la vertèbre sacrée sont dilatées, dont les orteils sont palmés, et qui présentent, enfin, comme les membres de la famille précédente, une oreille bien développée.

Les trois genres qui rentrent dans cette famille se distinguent principalement entre eux par l'extension des palmures, par la présence chez l'un d'une légère membrane interdigitale, par les formes variables do la langue et par Taspect du tympan.

Les Alytidés habitent, avec des mœurs un peu différentes, l'Europe, l'Amérique et l'Australie; le genre Alytes^ ne renfermant qu'une espèce, figure seul en Suisse et sur notre continent.

Genre ALYTE

ALYTKS, Waglci

Dr jMiitrs jHirot'ulrs, Apophjfses sacrées dilatées. Imu- (fne cirndatre y éjKiisse , un jmi libre et arrondie en ar-

* Los vert«Oin*îj de l'Alyte sont opisthocœliennes, swit convexo-couravo».

ANOURES. 357

rière. Des dents vomériennes en deux grands groupes disposés sur la mêtne ligne^ en arrière des orifices nasaux. Um* fontandie entre les fronto-pariétaux. Tympan bien distinct. PupUle en fente verticale. Doigts libres et mm opposables. Orteils réunis à la base jmr une membrane épaisse. Trois forts tubercidespalmmres. Un tubercule métatarsien petit d arrondi à la base du premier' orteil. Membres de moyennes dimensions. Tronc plutôt ramassé. Peau sans adhérence, semée de petites verrues et plissée sur les côtés, /iw de sac vocal.

La langue est circulaire, épaisse, arroudie et libre sui* un petit espace en arrière, et sillonnée longitudinalement.

Le i)alais est armé de dents vomériennes en deux grands groupes allongés, disposés sur une même ligne passablement en arrière des orifices nasaux.

Les a{)ophyses transverses sacrées sont dilatées en palettes.

Les fronto-pariétaux embrassent mie grande fontanelle.

Le tympan est bien distinct.

De petites parotides forment, de chaque côté de la tète, une saillie étroite et allongée.

L'œil est grand; la pupille est allongée et verticale.

Les doigts sont subcylindriques, moyens, entièrement libres et non opposables ; le pouce est notablement plus court que Findex.

Les orteils sont subconiques, déprimés et partiellement réunis par une membrane assez épaisse ; le deuxième presque égal au cinquième.

Les membres sont de moyennes dimensions. La paume de la main présente trois forts tubercules (Voy. PI. \y fig. 5). Le côté externe de la jambe est relevé par un

fi^upe de glandes paucières; la plante du pied est, par contre, comparativement plate.

Le premier cunéiforme accuse une petite saillie ovale.

Le tronc est un peu ramassé.

La tête est plutôt forte.

La peau, sans adhérence sur le vertex, est plissée sur les côtés du corps et couverte de tubercules ou de verrues.

Pas de sac vocal.

Le genre Alyte ne renferme qu'une seule espèce, propre à l'Europe moyenne^ de taille un peu plus forte que le Sonneur, grise en dessus et d'un jaunâtre pâle en de%sous. •

L' Alyte mène un genre de vie crépusculaire, et se tient alternativement caché sous le sol ou près des eaux ; il a reçu le nom d'accoucheur, parce que le mâle s'attache, lors de la ponte, les œufs autour des jambes.

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