LE SONNEUR IGNÉ * Die Feuerkrôtk
BOXBINATOR IQNEUS, Laiir.
D^un gris brun en dessttë; d*un jaune orangé avec de larges taches d^un noir bleuâtre, en dessous. Peau fortement ttAerculeuse sur toutes les faces dorsales, Tronic large. Pas de sac vocal. Membres plutôt courts. Tubercules palmaires très-petits. Plante du pied renflée. Orteils entièrement palmés. Tubercule fn/iatarsien arrondi et très-faible. Tête petite et arrondie en avant. Pas de tympan. Pas de parotides. Œil plutôt petite à pupille triangulaire. Deux petits groupes vomériens assez distants^ Vgèrement plus bas que les orifices nasaux. Préfrontaux convergents en avantj séparés par Vethmmde en arrière. Fronto-pariéfatix embrassant une vaste fontanelle. Taille moyenne de Vmhdtc = 43^ .
KaKa romrina, Lhi)w, Syst. Nat. I, p. 315, sp. G.
è VAHiEdATA, Limu*, Syst. Nat. (Mit. 10« I, p. 211.
» CAHPANisoNA* Dotitid. 7jio\. Reitr. t. III, p. 44.
n SON AN S, LacA^). Quadr. ovip. II, Syn. meth. p. 457, sp. 4.
» ignI'::a. Sahw. Gen. Zool. III, p. 116, tab. 35.
» PAi.rsTHis ET venen\ta, I\oi\d*^let^ Palustr. cap. lïl, p. îii.
I» ATUK>viNE Fi'i.vo, Linné, Fauim S\ec. p. 94, sp. 251.
» ARIK)M1NE Al'HANTIO CAESIO-MACTLATO, PITPI1.I.A TRigrETRA, Btutnt*nth.
Naturg. p. 260, sp. 5.
BuFO KîNEi's, Ijnttr. Uept. Syn, p. 29, sp. 13 et 129.
n vruio iGNErs DKrrrs, Hœ^el, Hist. Ran. spct. YI, p. 97, tab. 22 et 23.
» UîNiroLOR, Lncpp. Qiia<l. o\ip. II, Syn. meth. p. 460, sp. 6.
» noMBiNtis, ÏMtr. Rcpt. II, p. ItO.
• no M f UN A. Srhinz^ Fauna Helvet. p. 145. HoMBiNA U}NE\, AW/i, in Stiinns DontM^h. Faiina, III, 6, p. 35. BonniNATOK KJNEi's, }f(*rn'm. Syst. Amph. p. 179, sp. 4.
» noMRiNA, Wagier, Syst. Amph. p. 206, gen. 24.
» DREVIPES, BiaxiuH, Wirbolthiore.
» PACiiYprs, (Fitz.) Bonap. Fann. iUU. fasc. XXIII, p. I!9.
^ Aussi : en français, Sonneur à ventre couleur de feu ; pr^8 de Genève, Bo, Bac on Boou; Unk^ en allemand; Ouggcrmùrli près de Zurich.
ANOIJHKS. 369
Crâne généralement un peu plus large que long. Une ligne droite menée par les angles des mâchoires passerait un peu en dessus des condyles occipitaux.
Fronto-pariétaux plats, larges, un peu plus étroits en avant qu'en arrière et incomplètement ossifiés sur le centre, de manière à embrasser entre eux une grande fontanelle membraneuse.
Préfrontaux larges et un peu séparés en arrière par la lame supérieure de Tethmoïde, mais prolongés et convergents en avant, soit plus ou moins en contact dans leur moitié antérieure, au moins.
Dents vomériennes formant deux petits groupes arrondis ou ovales et assez distants Tun de l'autre, un peu au-dessous d'une ligne droite qui unirait les orifices nasaux internes. IVte i)etite, déprimée en dessus et en arrière, arrondie en avant, plus large que longue et entrant généralement deux fois et deux tiers à trois fois dans la longueur du tronc.
Museau un peu proéminent, quoique arrondi et busqué. Narines petites et situées beaucoup plus près du bout du museau que du coin de Toeil.
Yeux plutôt petits, bien qu'assez saillants, et situés plus près de l'angle des mâchoires que de l'extrémité du museau. La pupUle accusant la forme d'un triangle isocèle dont la base serait tournée en haut. L'espace compris entre les coins antérieurs des yeux assez large, déprimé quoique verruqueux, et mesurant à peu près le tiers de la largeur de la tête en arrière.
Pas de tympan visible. Trompes d'Eustache trèspetites.
Pas de parotides.
Pas de sac vocal.
Tronc renflé sur les côtés et déprimé sur le centre. Les femelles
toujours passablement plus grandes que les mâles. Membres antérieurs un peu plus courts que le pied. La paume de la main présentant trois très-petits tubercules, dont le moindre sur le centre, et le plus développé à la base du l)0uce. Des callosités ou plaques rugueuses d'un brun foncé, chez le mâle au moment du rut, sous l'avant-bras,
370 FAUNE DES VERTÉRRÉS.
sur le tubercule palmaire principal, et sur les deux premiers doigts.
Doigts faibles, subcylindriques, légèrement déprimés, et souvent rognés accidentellement. Le pouce égal environ à la moitié de Findex ; ce dernier presque égal au quatrième.
Membres postérieurs comparativement courts et épais ; la jambe étendue le long du corps, le talon atteint à peine à Vépaule. La plante du pied bombée et épaissie par un ama.s de glandules.
Orteils cylindro-coniques, épatés, presque entièrement dépourvus de tubercules sous-articulaires et souvent rognés comme les doigts. Le cinquième demeurant en longueur entre le second et le troisième.
Un tubercule métatarsien très-peu dévelopi)é et arrondi à la base du premier orteil. *
Palmures larges et entières, soit embrassant les orteils jusqu'à la dernière articulation.
Peau libre ou sans adhérences sur la tête, très-vemiqueuse sur toutes les faces supérieures et latérales, et ne formant pas de plis longitudinaux constants ; lisse ou seulement faiblement verruqueuse, par places, sur les parties inférieures de ranimai.
Faces supérieures d'un gris terreux ou d'un brun oliv&tre, parfois uniformes, souvent avec des ondes ou des taches brunes ou noirâtres et plus ou moins accentuées, sur toutes les faces dorsales et sur les flancs ; ces macules formant quelquefois, et plus particulièrement chez les jeunes, des bandes transverses sur les membres postérieurs. De petites taches noirâtres sur les lèvres.
IrLs brun et mélangé d'une teinte dorée plus ou moins rougcâtre.
Faces inférieures d'un jaune orangé tirant plus ou moins sur le rouge, avec de larges taches ou des marbrures noires, grises ou d'un bleu noirâtre.
Jeunes très-semblables aux adultes, quoique souvent plus maculés en dessus.
AN0CIHE9. 371
Cette espèce ne varie guère, comme je viens de le dire, que dans Tintensité du coloris des faces inférieures et Taccentuation des quelques taches sombres que nous avons signalées sur les faces dorsales du corps et des membres de certains individus.
Fitzinger a cru, cependant, pouvoir distinguer spécifiquement, sous le nom de IL jHichyjnis^ certains Sonneurs de grande taille, chez lesquels les doigts et les orteils sont plus courts ou plus ramassas ; mais ce caractère paraîtra de bien petite importance, si Ton considère que les doigts comme les orteils sont très-souvent raccourcis ou rognés, en tout ou en partie, chez le Bombi- Notor, par de i)etits Mollusques bivalves qui s'attachent à ces extrémités et ne lâchent prise qu'à la chute de la partie pincée.
J'ai reçu du docteur Brot*, en 1861, et conservé quelque temps vivante, une jolie variété albine du Bonibinator igneus^ prise près du lac, dans les environs de Genève. L'albinisme étant rare chez les Batraciens et surtout chez les Anoures, je décrirai en quelques mots cette forme accidentelle du Sonneur.
C'était un jeune individu, mesurant 20 millimètres de l'anus au museau, d'un blanc rosâtre en dessus et d'un blanc jaunâtre avec quelques traces de taches jaunes en dessous.
L'iris était très-pâle et la pupille rougeâtre.
L'étude microscopique de la peau de ce curieux sujet me fit reconnaître une absence presque complète de cellules pigmentaires. Le derme des faces dorsales ne présentait plus que quelques cellules étoilées foncées, comme agglomérées en petits paquets sur deux ou trois points où l'on pouvait reconnaître à l'œil une trace de tache sombre. Les faces inférieures, un peu moins décolorées, montraient encore, çà et là, plusieurs paires de cel-. Iules ovales jaunes.
' Je prie le D' Brot de bieu vouloir agréer ici Pexpression de ma rertmnaissance pour la complaisance avec laquelle il a bien voulu me communiquer cet intéressant sujet.
372 FAluNK DES VERTKRKÈS.
Mâle FemcllM
Longueur du corps (du museau à Panus) 0",042— 0«,044 à 0",047
> dumemb.ant. (del'épauleanboutdu3«doîgt). 0,021— 0,020 0,022
> du memb.post. (de l'anus an bout du 4' orteil). 0,052— 0,051 0,054 » du pied (jusqu'au bout du 4« orteil) 0,024— 0,024 0,02« » do la jambe (ou du tibia) 0,014— 0,013 0,015
> de la tête (à Porciput) 0,011— 0,011 0,012
Lar^^eur de la tôtc (sur le pli des commissure::») 0,015 — 0,014 0,010 Distance entre les coins ant^'^rieurs des yeux 0,005 — 0,005 0,005
Le Sonneur igné abonde surtout dans l'Europe moyenne et tempérée ; Cependant, il se trouve plus ou moins communément, depuis ritalie jusque dans le sud de la Russie, en Danemark et en Suède. II se montre presque partout, en Suisse, dans les mares de la plaine et des vallées, mais ne s'élève guère, dans les montagnes, au-dessus de 1200 mètres. Je Tai rencontré abondamment dans la plupart de nos cantons, à T exception toutefois du bas Tessin, où il me parait comparativement rare.
Ce petit Batracien habite de préférence les eaux stagnantes ou croupissantes, et volontiers dans le voisinage des demeures de rhomme. Il s'éloigne rarement des eaux pendant le jour, lorsque le temps est sec et beau ; mais il sort souvent des mares, à la tombée de la nuit, pour se promener sur le teiTain, moitié marchant, moitié sautant, à la recherche des Vers, des Mollusques et des Insectes. Il ne craint pas, malgré cela, d'exécuter d'assez grands voyages, parfois en troupes nombreuses, lorsque la pluie a détrempé le sol ou que l'atmosphère est chargée d'humidité. Quoique fort nageur et bon plongeur, on le voit cependant beaucoup à la surface de l'eau, maintenant au-dessus du liquide la tête et les épaules.
J'ai déjà parlé, plus haut, des armes et des ruses que la nature a fournies au Sonneur |)0ur se défendre contre ses ennemis ; je ne reviendrai donc, ni sur la sécrétion, venimeuse à forte dose, des pustules cutanées de ce (letit Anoure ^ ni sur sa manière curieuse de se renverser en arrière, en courbant son échine et se fourrant les poings dans les yeux, pour tromper les intrus qui voudraient le molester, lorsqu'il est en chasse sur le sol K
* Voy. plus haut, p, 253, en note.
' Voy. plus baut, p. 247, textp et notr.
ANOURES. 373
Toutefois, je ne puis passer ici sous silence les représailles que le Bombinator doit subir souvent de la part de quelques Mollusques vengeurs qui habitent avec lui les mares et les étangs. Il m'est arrivé fort souvent de rencontrer des Sonneurs privés d'une partie de leurs doigts ou de leurs orteils, ou même d'un pied ou d'une main. Mon attention attirée sur ce fait, j'eus bientôt l'explication de ces mutilations. Je trouvai, en effet, quelques indidividus du BombituUor portant au bout de leurs membres de petits Mollusques qui s'y étaient fortement attachés. Ces Bivalves, la plupart du temps de l'espèce de la Cyclas comea^ avaient pincé au passage les extrémités du Batracien et ne les abandonnaient, comme je l'ai observé en conservant les Sonneurs, que lorsque la partie prise était tombée ou absorbée. Est-ce peutêtre à la nonchalance de ses allures, ou à son amour pour la vase que le Bombivator doit de subir ainsi les vexations de ces petits êtres qui habitent avec lui dans les mêmes conditions ; le fait est que de semblables amputations sont rares chez nos autres Anoures. Les Tritons souffrent, il est vrai, comme nous le verrons, les mêmes persécutions de la part de la même Gyclade, mais ils ont au moins la consolation de voir repousser leurs membres mutilés. Les plaies du Sonneur se cicatrisent promptement, mais je n'ai jamais rien vu recroître chez lui; il est fâcheux, dans ce cas, qu'il soit d'un degré supérieur dans l'échelle animale; noblesse oblige, U devra conserver ses moignons '.
Le Sonneur s'accouple plus ou moins tôt, suivant les conditions; d'ordinaire vers la fin de mai, ou dans le courant de juin. Leydig semble penser que cette espèce pond deux fois par an ; Collin croit, au contraire, que le BontbincUor ne fait qu'une ponte annuelle, comme la majorité des Anoures. Je pencherais plutôt vers l'opinion de ce second observateur ; cependant, j'ai rencontré quelquefois, vers le milieu de juillet, près de Genève, des Sonneurs encore accouplés dans nos carpières. Avais-je
^ Nous verrons plus loin (reproduction des membres chez les Urodèles) que U queue et même les membres peuvent repousser aussi chez les têtards d'Anoures, durant le premier état larvaire; tandis que cette régénération ne parait plus avoir lieu, chez ces animaux, lorsqu*Us ont passé à l'état parfait.
374 FAUNR DES VERTÈBRES.
alors sous les yeux un second accouplement d'individus qui se seraient peut-être appariés une première fois au commencement de mai, ou n'était-ce pas plutôt la première union de sujets dont les amours avaient été retardées par une cause ou par une autre ? Le mâle saisit la femelle vers le bas des reins et se maintient ainsi attaché à elle, jusqu'au moment où elle a fini de mettre bas ses œufs. Ceux-ci, pondus à plusieurs reprises, sont assez gros et émis sous forme de petites grappes séparées. Les têtards emploient, suivant les circonstances, quatre mois ou un peu plus pour accomplir leur entier développement et atteignent sous la forme de larves à d'assez fortes dimensions.
Le chant, si connu, du Bomfmiator que Ton entend quelquefois de jour, mais principalement dans la soirée, consiste tantôt en une seule note beaucoup moins élevée et vibrante que le cri de TAlyte, et pouvant se traduire par la syllabe Aoi<, tantôt en deux notes consécutives exprimant à peu près les mots ftô-nn ou bihou.
Enfin, c'est selon les localités, en octobre ou en novembre, que les Sonneurs se retirent dans leurs quartiers d'hiver ; les uns dans quelque trou sur terrain sec, les autres dans la vase au fond des mares.
Genre PÉLOBATE
PKLOHATKS
/W fie /xirotidi's. Apopht/sfs s(wréeA foiienwnt dilaf/rs. JxiHffUf* circidaire, faiblement échaïicrve d libre nf arriire, Detw grands ffron)x*s de dents voinériennes bien sr/MirrA ii aUoNffés sur une ligne droite qui unirait les bords afd/'rirurs des orifiees nasaux. Le stnnmet du crâne jJus ou moins déveUfp/M* en une stnie de bouclier rude et fmiement a*isifié. Ibfi ib* Igm/Min risible : trompes d* Kustache tn'S'j)etites, t\tpiUr
ANOURES. 375
m fente verticale. Doigts libres, plutM longs et non opposables. Orteils presque eniièr entent palmés. Peu ou pas de tubercules sous-articulaires. Deux tubercules palmaires allongés. Un tubercule métatarsien fortement développé en couteau tranchant et corné. Membre*^ trapus. Tête forte. Tronc épais. Peau lisse, sansjdis conslayvts sur les flancs et aminciey ainsi que fofirment adhérente sur le vertex. Pas de sac vocal.
Ce genre, exclusivement européen, compte deux espèces également étrangères à la Suisse : le Pelobates cuUripes (Tschudi) du sud de la France et de l'Espagne, et le Pd. fu.scus (Wagler) répandu dans plusieurs pays, depuis l'Italie jusqu'en Danemark.
Les Pelobates semblent, sauf au moment des amours, craindre la lumière du jour et chercher à s'y soustraire autant que possible, en s'enfouissant sous le sol à l'aide de leurs puissants éperons * . L'accouplement a lieu dans les eaux; le mâle saisit la femelle au défaut des lombes, et celle-ci pond bientôt des œufs très-nombreux, disposés en un seul gros cordon. Les têtards atteignent à de trèsgrandes proportions.
Je n'aurais pas parlé ici de ce genre, si, comme nous allons le voir, le Pelobates fuscus n'avait été, à tort, plusieurs fois cité dans notre pays.
* Voyez plus haut (pages 236, 237 et 238, en note) la manière de se terrer du Pelobates cuUripes.
S76 FAUNK DKS TCRTRPRKS.
LE PÉLOBATE BRUN* Die braune Krôte
PRLOHATKS FtTsrus, Wauler
BlaHch<ttre,griHÙtn'OHro}issâtre,avecd€gramlcsnMt'brur(^br^ lies, en dessus; lÂanchâtre ou jaunâtre, avec ou sans taclies griser, ew dessous; souvent des points rouges sur les côtés; Vrperon brun ott jaunâtre. Peau comparativement lisse ; amincie et fortement adhérente sur le dessus delà tête. Tronc éjHiis. Pas de sac rocaL Met»l>rcs trapus, Pc^s de tuffcrcnles sous-ufiiculaires. Orteils lancinent palmés. TulHTCide métatarsien surmonté d'un grand couteau cortu, sefni'circulaire et tranchant. Tête jJus large que longue ^ un peu conique en avant et rrufléelongitudinalement dans la moitié pcK*térieure. Pas dr tgmjxtu. Pas de jxêrotides. Œil saillant et à pupille verticale. Drus grands groujx's romériens^ allongés sur nmligne droite unissant les Inmls antérieurs des orifices nasakw. Fronto-pariétaux très-larges, solidement ossifiés^ granuleux a la surfaee rt circonscrivant en arrière la cavité orbitaire, stnis la fenner com))létnwnt. Taille mogeune de Vmlulte =. .îN»".
)U FO Agi ATK I s. ALUI^ HKlMH.KN>, MA<I I.I> KlMls. Wo'wW, lIKt. Natl. >Wl .
IV, |i. 69. tal». I7-Itt.
» Ki:s(-| s, L<fiir. Syii. Hopt. |i. 28 ft lâi. 1» VKSPKiiTiMS, Scfnwitl. Ilist. Anipli. p. iia.
HaNA IIOMHINA. (ittn'l. S\<\. Nsit. III, p. 1048.
» Kl SCA, Mt'ijrt\ S\li. Hi»pl. p. 10.
» ALllAiHA, Sfuni\ (Ji'iipr. /ool. t. III, part. I, p. Ii«. BoMBiNA FiH'A, Kticfi, in Stiinns DftiUthl. K:iuna, III. Iloft ft, p. 36. BoMBiNAT(»M KrM*r>, Fitz. Noue C'ia^s. Hopt. p. CV l*Ei.uiiATK> Kl srr>, Wtiijlrr, Syst. .\iiiph. p. 400.
Crâne ramassé et développé en une sorte de bouclier rugueux, par le fait d'une forte expansion des fronto-pariétaux venant fermer à peu pri»s la cavité orbitaire en arrière.
' Aiiss^i le Crapaïul hniii.
▲KOURKS. 377
Dents vomériennes distribuées sur deux bases elliptiques et lai^ment séparées ; ces groupes disposés sur une ligne droite qui unirait les bords antérieurs des orifices nasaux internes, et presque en contact avec ces derniers.
Tête assez forte, notablement plus large que longue et renflée longitudinalement dans la moitié postérieure. — Museau un peu conique bien qu'arrondi. — Yeux moyens et saillants. Pupille allongée et verticale. — Pas de tympan visible. — Pas de parotides. — Pas de sac vocal.
Tronc épais ; les mâles toujours plus petits que les femelles.
Membres antérieurs à peu près de la longueur du tronc. Une glande ovalaire, chez le mâle, à la face supérieure du bras. — Les doigts plutôt longs, cylindro-coniques, un peu épatés à la base et dépourvus de tubercules sous-articulaires. Le premier à peu près égal au second et légèrement plus court que le quatrième. Un tubercule palmaire à la base du pouce et du troisième doigt. — Membres postérieurs trapus ; le talon arrivant à peine au coin postérieur de l'œil. — Orteils cylindro-coniques, déprimés à la base et presque entièrement palmés ; le troisième égal au cinquième. — Premier cunéiforme portant un grand éperon corné, comprimé, semi-circulaire, tranchant et un peu penché en dedans.
Peau assez lisse, quoique un peu mamelonnée, ne formant pas de plis latéraux constants et très-amincie, ainsi que fortement adhérente sur le sommet et la partie antérieure du crâne dont les aspérités se voient à travers les téguments.
D'une teinte grise, blanchâtre ou roussâtre en dessus, avec des marbrures variées ou de grandes taches, plus ou moins confluentes, brunes ou noirâtres ; parfois une ligne dorsale claire. Les côtés souvent semés de petits points rouges. —Blanchâtre ou jaunâtre, avec ou sans petites taches grises, en dessous. - L'éperon brun ou jaunâtre.
Longueur du corps, du museau à l'anus = 0°',052 à O^fOGH.
Cette espèce se trouve dans la France moyenne et septentrionale, dans diverses parties de l'Allemagne, en Belgique, en Galicie, en Silésie, et même, quoique peu communément.
378 FAUNR DKS VKKTEBRRS.
jusque dans le Danemark \ On la rencontrerait, suivant Ogérien S non loin de nous, aux environs de Poligny, de Lonsle-Saunier et de St. -Claude. Le journal //; Faucigny ' met également le Bufo fuscm dans la liste qu'il donne des Batraciens qui habitent le Faucigny ; toutefois, cette citation n'étant pas accompagnée d'une description suffisante deTanimal en question, je me demande si c'est bien du Feldbates fnscus que le dit journal a voulu parler. Il serait curieux que cette espèce se trouvât ainsi, en France et en Savoie, pour ainsi dire autour et à côté de nous, et qu'elle ne se montrât jamais en Suisse.
Le Pélobate recherche les eaux au printemps pour s'y accoupler. Le mftle saisit alors la femelle au défaut des lombes, soit directement au-dessus des cuisses, et celle-ci émet bientôt, en un gros cordon, un grand nombre d'œufs, dont sortiront des tétards qui atteignent à des proportions beaucoup plus fortes qu'aucune autre larve de nos Anoures indigènes. En dehors du moment des amours, et pendant la belle saison, il vit dehors des eaux. Évitant autant que possible la grande lumière, il passe la majeure partie du jour caché sous quelque amas de pierres, ou plus volontiers encore enfoui dans le sol où il s'enterre à l'aide de la pelle qu'il porte au talon V Dans la soirée, il sort de sa retraite et fait entendre comme de petits gloussements; c'est alors qu'à la faveur de l'obscurité, il va se mettre en quête des Mollusques, des Vers, des Insectes et des petits Crustacés qui lui servent de nourriture. Il répand, au toucher, une odeur alliacée et désagréable.
Enfin, à l'approche des frimas, le Pélobate s'enfouit encon^ plus profondément que d'habitude, pour passer l'hiver blotti immobile à l'abri des frimas.
Je n'ai jamais rencontré le Pélobate brun en Suisse ; et cependant, il y a été cité à plusieurs reprises, bien qu'à tort.
* J. Collin, DaDmarks Froer og Tudser, 1K70.
* Ogérion, Ilist. nat. du Jura, III, 18()3.
' Le Faucigny, n« 47, 21 et 28 novembre 18(J9.
* Voyox plus haut, pages 236, 237 et 23>) en Dot«*, lo mode d«' tTeu- •ennent.
ANeuRKS. 379
comme je vais essayer de le montrer. Ainsi, nn jeune Crapaud trouvé près de Crissier, et décrit par Razouînowski \ en 1789, sous le nom de Crapaud à bout de queue (Itana ecaudatd)^ fut, i tort, pris pour le Pdobates fuscus par divers auteurs qui, rangeant ce nom nouveau dans la synonymie du Pélobate, dotèrent par là notre pays d'une espèce qui lui est étrangère. La description de Razoumowski me semble, pour ma part, s'appliquer bien plutôt à un jeune du Bufo ccUamita^ et pas du tout au véritable Pélobate. Induites en erreur par cette première citation mal interprétée, plusieurs personnes ont, depuis lors, cru reconnaître, à diverses reprises et dans divers lieux en Suisse, les grosses larves du Pélobate brun ; mais elles étaient trompées, comme je Tai dit plus haut , par la rencontre de quelques têtards de la Rana esculenta qui, dans certaines conditions, arrivent parfois à de grandes dimensions ^
En 1868, MM. du Plessis et Combe renouvelèrent encore cette erreur, en citant le Fdobates fuscus dans leur Faune du district d'Orbe '. Us étaient, à leur tour, trompés par l'apparence de jeunes individus du 7i^</b ru/(/ar{^. Enfin, dans la huitième édition du Thierleben de F. de Tschudi*, le Pélobate est encore, i tort et d'une nouvelle manière, attribué à notre pays ; le nom de Pdobates fuscus y est appliqué au Crapaud des joncs, au lieu de Bufo €<damUa.
^ Razouînowski, Hist. Nat. du Jorat, 1789, t. I, p. 281.
* Voyez plus haut, p. 279.
' Du Plessis et Combe, Faune des Vertébrés du district d'Orbe. Bull, de la Soc. Vaudoise des Se. Nat. 1868, vol. IX, n<> 59, p. 643, sp. 15.
* F. de Tschudi, Thierleben der Alpenwelt, trad. franc. Bourrit, 1870, VI11-* édit., p. 78.
380 FArNR DES VERTKHRKS.
I^'^Divis.OXYDACTYLES KDENTÉS
OXYDACTYLA p]DKXTATA ' {Buf ont formes^ Dura, part.)
Cette seconde division C()mi)rend tous les IMianéroglosses oxydactyles (|ui ne portent pas de dents maxil* laires.
Plusieurs des «genres hétérogènes que Duniéril et Hibmn * avaient réunis sous le nom de liufonifonnes, sont ainsi séparés et, en partie, rattachés à d'autres groupes.
Comme i)Our les Oxydactyles dentés, Fauteur du (Vitaloffue of Batravhïa Salimtia ^ établit encore ici deux gi*andes sections, suivant le degré de perfection de Toreille. Les Oxyd. édentés à oreille imparfaite formeraient par là deux familles exotiques, sous le nom connnun de lirarhycephalhia : tandis que les autres genres seraient, à leur tour, répartis dans trois familles d'une seconde section dite des Ihifonina. Peut-être pourrait-on faire rentrer dans cette division, à titre de troisième section, la famille des RhinojyhrjfnUhc dont GUnther a fait, sous le nom de /'/vrf/'roglossd^ un groupe à part et de même importance que ceux des Aglosses et de ses Opisthoglosses *.
* Vertèbres j^énéralement procu? Hennés.
* Dum. et BU)., Eriiét. gén. Vlll, 1K41.
' Gûnther, CataL of Batrach. Sal., 185H.
* Je profite de P occasion |>oiir faire observer que la dite fauiiUe dat Rhkmphrynida a été oubliée dans le tableau jfénéral donné à la paftf" 2:^.
ANOURES. 381
Nous négligerons y ainsi que nous l'avons fait pour la division précédente, la distinction en sections, sans cesser, pour cela, de suivre, dans l'établissement de ses familles, l'ouvrage que nous avons pris pour guide. Nous reconnaîtrons ainsi, dans les Oxyd, edentata, les six familles suivantes : PnKYNisriD^:, Brachycephalidje, Rhixodermatid.*:, Engystomatid^, Bufonid^ et Rm- NOPHRYNiDiE, se distinguant principalement les unes des autres, par la disposition de la langue, ainsi que par les développements différents de l'oreille, de la vertèbre sacrée, des palmures et des parotides.
Les Oxydactyles édentés présentent, presque tous, des formes moins sveltes que les représentants de la division précédente. Beaucoup d'entre eux sont, en particulier, plutôt fouisseurs et crépusculaires.
Ija famille des BuFONiDi*: est seule représentée en Suisse et en Europe.
Famille des BUFONIDES
BLlFONlDyfi
Les Bufonidés sont des Oxydactyles édentés, chez lesquels les apophyses transverses de la vertèbre sacrée sont dilatées, qui portent des parotides, qui ont les doigts libres et dont les orteils sont plus ou moins palmés. L'oreille est, chez eux, parfaitement développée. Ils n'ont, comme nous venons de l'indiquer, de dents ni aux mâchoires, ni au palais.
3St PAUKK DES VEKTKBRKS.
Les quatre genres compris dans cette famille se distinguent principalement les uns des autres par les formes da museau plus ou moins relevé, par la présence ou Tabsence de certains développements céphaliques, par l'extension des parotides, par l'aspect plus ou moins verruqueux des téguments, enfin, par les fonnes un peu différentes de U langue qui, bien que généralement ovale et libre en arrière, est cependant en même temps entière ou légèrement échancrée.
liCs Bufonidés sont représentés dans les diverses parties du monde, excepté la Nouvelle-Hollande. Ils ont, pour la plupart, un port lourd et des mouvements comparativement lents; peu aptes à grimper, ils vivent, suivant les saisons, dans les eaux, sur le sol ou dans des galeries souterraines.
Le seul genre Bufo se trouve» en Suisse et en Europe.
Genre CRAPAUD
Des parctidea. Apophyses sacrées dilatées. Jjangtie Mptique, libre et entière en arrière. Pas de dents, ni iw/ijntflaires, ni palatines. Fronto-parivtaux larges d pins ou moins réunis sur le ernJtre. Typnjxtnjdus ou moins di.^ind. /V pille allomjée hmzontaleinent. Doif/ts libres d non oppch s(d)les. Paunie de la main munie de deux tubervuhs ; le médian de beaucoup le j)lus grand, (hieils jJus ou moins jHdmcs. Deux tubercules métatarsiens ; le plus fort à la base du premier oiieil, mousse et de moyenne dimension. Mem-
ANOURKS. 383
bres trapus ; cuisses et bras courts. Tête de moyenne dimension, maisplutôt large. Tronc épais. Peau verruqueuse. Un sac vocal interne, chez beaucoup d'espèces.
La langue est elliptique, entière ou sans échancrure, et toujours libre en arrière, quoique détachée, de ce côté, sur une étendue plus ou moins grande, suivant les espèces (Voy. PI. V, fig. 1).
Le palais et les bords des maxillaires sont constamment dépourvus de dents.
Les apophyses transverses de la vertèbre sacrée sont dilatées en palettes.
Les os fronto-pariétaux , plus ou moins réunis sur le centre, portent, chez quelques espèces, des arêtes susorbitaires variées. La lame supérieure de l'ethmoïde est plus ou moins dissimulée; enfin, les .préfrontaux sont, à leur tour, plus ou moins en contact.
Le tympan est plus ou moins visible; les trompes d'Eus* tache présentent des proportions moyennes.
Les parotides sont bien développées.
Les yeux sont de dimensions moyennes ; la pupille est allongée d'avant en arrière, et contractile au point de se réduire souvent à une étroite fente horizontale.
Les doigts sont subconiques, un peu déprimés, entièrement libres et non opposables, bien que le premier soit quelquefois légèrement réversible. Le pouce et le quatrième doigt présentent, par rapport à l'index, des dimensions comparées un peu variables avec les espèces.
Les orteils, subconiques et un peu plus déprimés que les doigts, sont plus on moins palmés; le cinquième demeure, le plus souvent, en longueur, entre le second et le troisième.
Les deux paires de membres sont généralement moins
M4 FAIINK DES VKHTÉBHltS.
disproportionnées que chez la majorité de nos Anoures. Le bras et la cuisse sont comparativement assez courts. Ija paume de la main est munie de deux tubercules; on plus gros, elliptique ou arrondi, vers le centre, et un plus petit à la base du pouce.
Le premier cunéifoime porte, à la base du premier orteil, un tubercule mousse de forme et de dimensions un peu variables. Un autre tubercule, généralement un peu plus petit, en face de celui-ci, à la base du quatrième orteil.
Le tronc est épais et notablement plus petit chez les mâles que chc^z les femelles. L'anus est bas et parfaitement à l'extrémité du corps.
IjSl tête, quoique de proportions moyennes, est généralement passablement plus large que longue. Le museau est un peu tronqué et plus ou moins prononcé.
La peau est glanduleuse, verruqueuse à des degrés divers, parfois même épineuse et, suivant les espèces, plus ou moins adhérente sur le vertex.
Les mâles possèdent, chez beaucoup d'espèces, un sac vocal interne, généralement sous-gulaire.
Les Crapauds sont d'ordinaire crépusculaires. (Craignant la sécheresse et la lumière, ils ne se mettent en iiuète de leur nourriture. Vers. Mollusques, Insectes, Crustacés, etc., qu'à la faveur de Tobscurité, et passent le plus souvent la journée blottis sous un abri obscur, ou cachés sous quelque amas de pierres ou de détritus, ou encore enfouis dans des galeries souterraines qu'ils ont creust'*es eux-mêmes ou simplement volées à un autre animal. Ijcur IM)rt est lourd ; leurs allures sont comparativement lentes et nonchalantes. Ils marchent d'ordinaire plus qu^ils ne sautent; cependant, les individus jeunes et les petites es-
pèces ont, grâce à leur poids moindre, une démarche plus bondissante. Us sont, généralement, d'excellents ventriloques. Je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit, plus haut, soit des prétendues pluies de Crapauds * , soit des individus trouvés encastrés dans des murs et dans des blocs de pierre ou de bois *.
A l'époque des amours, au printemps et plus ou moins vite suivant les espèces, les sexes se recherchent et s'accouplent dans les eaux; encore ici je ne reviendi*ai pas sur ce que j'ai dit de quelques accouplements opérés par aventure sur terrain sec * .
Le mâle saisit la femelle sous les aisselles. Les œufs, très-nombreux, sont généralement pondus en deux longs cordons. Les larves, qui n'atteignent pas à de grandes dimensions, prennent, selon les espèces et les conditions, de trois à quatre et même parfois cinq mois pour accomplir leur entier développement.
Après la ponte, la plupart des adultes quittent les eaux pour aller vivre , sur terre , dans les lieux ombragés où les jeunes viendront les rejoindre lorsqu'ils seront transformés. Quelques espèces se réunissent par'petites compagnies, d'autres semblent préférer l'isolement.
Enfin, à l'approche des frimas, et plus ou moins tard suivant les localités et les années, tous les Crapauds se cherchent, dans les pays froids ou seulement tempérés, une retraite obscure et un abri contre les gelées. Quelquesuns, et plus volontiers des mâles, se dissimulent dans la vase au fond des eaux, beaucoup d'autres se cachent dans quelque trou profond, ou s'enfouissent sous le sol. Blottis,
> Voyez, plus haut, pages 263 et 2G4.
' Voyez, plus haut, pages 264 à 269.
' Voyez, plus haut, page 272, en note.
3S6 FAUNE DES VERTÊBHÉS.
immobiles, ils attendent, plus ou moins engourdis, que la chaleur du printemps vienne les rappeler à la vie.
Sur les 25 ou 26 espèces reconnues de nos jours, l'Europe et la Suisse n'en peuvent compter que trois.
Quelques auteurs, Fitzinger* entre autres, ont établi, entre les nombreux Crapauds, des coupes variées, en se basant principalement sur la présence ou l'absence de certains développements osseux sur le vertex ou les orbites, et sur l'extension différente des palmures chez les diverses espèces. Nos Crapauds indigènes ont été, en particulier, séparés, sous ce dernier chef, dans les deux genres Plirynr et Bufo proprement dit. Cette distinction parait naturelle et fait, il est vrai, bien ressortir, d'un côté les formes et les allures un peu différentes du Crapaud commun, et, de l'autre, les ressemblances incontestables de structure et de mœurs qui rapprochent le Calamité du Vert : mais elle a, pour moi, le tort de donner une valeur générique à un caractère très-variable et d'importance fort contestable. Nous trouvons, en effet, dans le genre Bufo^ k\s palmures les plus variées et tous les degrés transitoires entre des pieds presque entièrement palmés et des orteils, par contre, à peu près libres. Ce n'est pas tout : nous reconnaissons ces développements, souvent fort différents, des j)almures, chez des esin^ces, ù d'autres points de \'ue, évidemment très- voisines.
Je ne démembre donc pas le genre liufo. Je le subdivise pour accuser plus nettement certaines affinités ou certaines divergences ; mais je réduis au rang inférieur de sections ces fractionnements que je cherche a établir,
' Fitz. loc, cit.
ANOUHES. 387
maintenant, sur des caractères plus constants que l'extension d'une membrane variable, même chez une espèce, avec les sexes et les saisons.
Première section. CRAPAUDS PROPREMENT DITS
PlIHYNK, Fit/.
Le crâne ne présente de saillies osseuses, ni sur le vertex, ni sur les orbites.
Le côté interne du tarse ne porte pas de pli cutané.
Le quatrième doigt, ou l'externe, est plus grand que le second; le pouce est, au plus, égal à l'index.
Les pieds sont semi-palmés.
Les téguments sont généralement rugueux, parfois même épineux.
Pas de sac vocal.
Les espèces de cette section atteignent à de grandes dimensions. Elles ont un port lourd et mi genre de vie principalement terrestre. Le Bufo vulgaris représente seul ce petit groupe sur notre continent ' .
(). LE CKAPAUD COMMUN'*
Die GKMEIN]:: Krôti::
Bufo vulgakis, Laur.
D'^un gris vcnlàtre^ ratissât re ou brun, avec des tadws^ plus ou
' Le Bufo dùletufis (Tschuili) rentre évidemment dans cette première section.
' Souvent api)elé, dans la Suisse française, le Crapaud brun ou le C. cendré; vulgairement en allemand, Krott, Toosche ou TooschkroH] en italien, vulgairement aussi, Bospo, Boita on Sciatt.
oioipis appare}Vtes, brunes ou noires et souvetit des points rouges ou jaunes, en dessus; UancluUre ou jaunâtre et marbré ou nwctdé de gris ou de noirâtre, en dessous. Peau fortement tuberculeuse. Pas de grande glande saillante sur lajanJbe^ ni de pli au bord du tarse. Membre antérieur à peu près égal au pied. Tibia notor Memetit plus long que la tête. Second doigt plus court que le qua» friènie. Orteils semi-palmés; le quatrième jusqu'à la troisième artictdation^ ou peu au-dessus. Tubercule du premier cunéiforme elliptique et moyen. Tête arrondie en avant, dtpritnée Cfi arrière et beaucoup plus large que longue. Museau un peu relevé et troftque. Tympan circulaire. Pas de sac vocal. Parotides très-saUlan' tes et égales à la tête de leur bord au museau. Préfrontaux en c^Uact sur presque toute leur longueur et recouvrait Vethmoide. FrofitO'pariétaux trhAarges, aplatis et presque réunis sur le rentre. Taille moyenne de Vadidte: = cT 80""" — iOO"" 9 •
KiBETA siVK PiiRYNi'M, HondeK Paliistr. liv. 1. cap. iv, |i. 2Î2. Uana rubeta, Genner, Hist. Aiiim. quad. ovip. lib. II, p. 59.
» MANlBLî» TCTRADACT. FISSIS, PIAXTIS IIEXAIUCT. PAI.MATIS ; IH>LUCE KRL-
\10HE, Lhtnt', Faim. Swec. p. 95, sp. 253, » coRPORE VEHHUcoso. otc, Linné, It. W^jotli. p. 261. » BiFO, Linné, Sysl. Nat. I, p. 354. « SAI.SA, (imoL Syst. Xat. 1, p. 1049, sp. 18.
• PLCVIAIJS, Ijacrp. Syii. Metli. Quad. ovip. U, p. 460.
Wvvo (iuu'torinn\ Jonat, Hist. Nat. — Aldrov. (^uad. digit. — ^VlaWc^K^e»-
cit., etc.
lu KO TERHESTRis M.uoR, .Sr/iHVNiA/'. Tlicriot. Silos, p. 159. »' sEi" RiHCTA, Maijt Syii. Meth. Anim. qiiad. p. 252.
»• TEKKKSTRIS DORSO Tl HEHt lUS EXASPERAT^, Ho'St*!, Hist. RiUl. soct. V,
p. K5, tab. 20-21.
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•• riNEREis, H. RiBETA, Svftnridf'r, Hist. Aniph. I, p. 185 et 227.
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• PM.MARIM, CurhT, Ut»;r. atiitii. 2' rdit. II, p. 111.
!• ALPiMs, ijuv.) .SV7ii*i:, Failli. Hch. NtMie Doiiks. dcr allg. si'liw. lie- M*ll. I, p. 144. ^p. (t.
ANOURES. 389
Bt'FO GARGARiZANS) CatitoT, Ânn. of Nat. Hist. 1842, p. 483.
» vuLG. JAPONicus, Schlegel, Faun. Jap. 106, t. 2, f. 5, 6.
» COMMUTATUS, Steenstrup, Ber. ùber die 34 Versamml. deutsch. Naturf. 1846, p. i34.
PlIRYNE \X'LGA.RIS, Fitz. Syst. Rept. p. 32.
Crâne beaucoup plus large que long, soit, suivant ces dimensions, comme quatre ou quatre et quart est à trois. Une ligne droite unissant les angles des mâchoires tomberait sur les condyles occipitaux; de manière que le crâne, posé sur la base, penche très-légèrement en avant.
Fronto-pariétaux larges, déprimés, n'embrassant pas de véritable fontanelle, mais rarement parfaitement soudés sur le centre ; sans expansion osseuse particulière et mesurant leur plus grande largeur en arrière, vers la suture des pariétaux qui forment avec eux, de chaque côté, un angle assez accentué. La largeur maximum des fronto-pariétaux réunis égale, d'ordinaire, à la longueur totale de ces os.
Préfrontaux en contact sur presque toute leur longueur, larges, triangulaires, aigus en avant et plus ou moins rétrécis sur les côtés, ainsi que plus ou moins bombés ou déprimés au-dessus des narines, suivant les individus. La lame supérieure de Tethmoïde la plupart du temps recouverte par ces os et les fronto-pariétaux (Voyez PI. V, fig. 2).
Tête ramassée, déprimée en arrière et arrondie, ainsi que brusquement busquée en avant ; la largeur maximum excédant la longueur d'un tiers à la moitié de cette dernière \ La longueur céphalique entrant, en moyenne, trois fois dans celle du corps jusqu'à l'anus, et toujours beaucoup plus petite que le tibia.
Museau plutôt court et arrondi, mais relevé et légèrement proéminent. Les narines situées toujours beaucoup plus près de l'extrémité du museau que du coin de l'œil,
^ Je rappelle que je prends toujours la largeur maximum à l'angle des mâchoires, sur le pli des commissures ; la longueur est naturellement comptée du museau à Pocciput.
390 FAUNE DES VEHTERRES.
et séparées par an espace à peu près égal à la distance existant entre Tune d'elles et le bord de la lèvre.
Bouche fendue jusqu'en dessous du bord antérieur des parotides, soit un peu en arrière du coin de Tceil. Une entaille anguleuse assez profonde, à Pavant, soit an milieu de la lèvre supérieure.
Pas de sac vocal.
ŒQ de moyenne dimension et situé plus près de l'extrémité du museau que de Tangle des mâchoires. La distance séparant les coins antérieurs des yeux presque égale au tiers de la plus grande largeur céphalîque. La paupière saillante et verruqueuse. La pupille allongée horizontalement.
Tympan arrondi ou elliptique, souvent plus ou moins dissimulé sous les granulations de la peau, situé assez près de Tœil et un peu plus bas, et mesurant environ la moitié ou, au plus, les deux tiers du diamètre horizontal oculaire.
Parotides grandes, bien saillantes, allongées et présentant une surface généralement lisse, quoique percée de pores nombreux. Ces glandes étendues depuis Tépaule jusque tout près du coin de Tœil, mesurant ainsi une longueur à peu près égale à celle de la tête prise en avant, depuis leur extrémité antérieure jusqu'au bout du museau. Une bande, brune ou noire et plus ou moins accentuée, les bordant assez régulièrement, en dessous.
Tronc large, élevé et légèrement voûté. Taille moyenne toujours beaucoup plus forte chez les femelles que chez les mftles. Tandis que les rapports de la tête et des membres, entn* eux, sont assez constants, les proportions du tronc sont, au contraire, très-variables, comparées aux autres parties de rindividu.
Membres antérieurs, du pli de Tépaulc au bout du grand dois;!, mesurant deux fois la longueur de la jaml)e. ou très-légî^ rement plus chez la femelle et un peu plus courts chez le mftle ; soit légèrement plus grands que le pied chez h première, et é^raux à celui-ci ou un peu plus courts chez le second.
ANOURES. 39 1
Un large tubercule circulaire sous la paume de la inain ; un autre beaucoup plus petit à la base du pouce.
Doigts subconiques et un peu déprimés ; le pouce près- (lue égal à Tindex, le quatrième un peu plus grand que le second. Les deux premiers, et quelquefois le troisième, recouverts, chez le mâle au moment du rut, d'excroissances rugueuses, noires ou noirâtres.
Membres postérieurs assez forts ; la jambe ramenée bien étendue le long des flancs maintenus droits, la base des orteUs ou le premier cunéiforme arrive généralement au bout du museau, chez les mâles, tandis que cette protubérance plantaire demeure d'ordinaire au niveau de Toeil, chez les femelles; Textension comparativement plus grande de ces membres, chez le mâle, provenant, à la fois, d'un plus grand allongement de la jambe ou du pied et de la disproportion des troncs. Le tibia toujours beaucoup plus long que la tête. Le pied seul égal environ à la moitié du membre entier. Le membre replié à angle droit, le talon n'atteint pas tout à fait à l'anus.
Pas de pli cutané saillant le long du tarse, ni de glande parotidiforme sur la jambe.
Orteils subconiques, larges, sensiblement déprimés et à tubercules sous-articulaires généralement peu accentués. Le cinquième demeurant, en longueur, entre le second et le troisième.
Premier cunéiforme portant, à la base du premier orteil, un tubercule elliptique, moyen quoique assez saillant et souvent coloré en brun ou en noir à l'extrémité. Un second tubercule, un peu plus faible et arrondi, à la base du quatrième orteil.
Palmures embrassant les orteils, à l'exception du quatrième, jusqu'un peu au-dessus de la seconde articulation ; le quatrième jusqu'à la troisième ou un peu plus '. Ces membranes souvent plus étendues, ou moins échancrées, chez le mftle que chez la femelle, surtout au printemps.
* Je rappelle que je compte les articulations à partir du bout des orteils; la basilaire ou dipito- métatarsienne du 4'"* serait donc pour moi la quatrième.
392 FAUNE DES VERTÊBHÊS.
Peau épaisse, ainsi que plus ou moins verruqueuse et glanduleuse, sur toutes les &ces dorsales du corps et des membres. Les téguments, en général, plus rugueux en été et en autonme, après un séjour sur terre, qu^au printemps dans les eaux; souvent aussi plus granuleux chez les femelles que chez les m&les, probablement à cause des goûts plus terrestres de celles-ci. Les parotides, ainsi que les parties moyennes et antérieures de la tête, généralement lisses. La peau du vertex épaisse et souvent légèrement adhérente. Les tubercules pauciers arrondis et mousses, ou allongés et plus ou moins acuminés ; souvent irrégulièrement distribués, mais formant quelquefois, tantôt des lignes dorsales longitudinales, tantôt des groupes bien distincts entre les omoplates ou au-dessous des parotides.
Les faces inférieures, et principalement le ventre, comme pavées de petites granulations régulièrement séparées par des dépressions linéaires offrant un peu l'aspect d'un réseau.
Faces supérieures très-variables, avec T&ge, les sexes, les saisons et les conditions. Les teintes générales, toutefois, plutôt grises ou verdfttres, chez les mAles, et, par contre, plutôt brunes ou rousses, chez les femelles ; ces diverses couleurs étant d'ordinaire plus claires pendant le séjour dans Teau, et plus sombres durant les époques de la vie terrestre et nocturne. Chez les adultes des deux sexes, des taches ou des marbrures foncées, plus ou moins serrées et apparentes, sur le dos et le haut des flancs où elles forment quelquefois des bandes longitudinales. Les flancs, eux-mêmes, participant aux teintes plus ou moins mélangées des deux faces. Une ligne brune ou noire étendue, comme je Tai dit plus haut, sur le bord inférieur des parotides et parfois jusque sur les côtés du tronc.
Mâlvs, au printemps, sur le corps et les membres, d'un gris jaunâtre ou d'un gris verdâtre ou encore d'un gris brun, avec des taches ou des marbrures brunes. Les parotides et les groui)es verruqueux situés au-dessous de ces glandes, ainsi que quelques tubercules du dos et de
ANOUius. 393
la face externe des cuisses et des jambes, se détachant, le plus souvent, au moment des amours, en rouge, en jaune ou en noirâtre.
Femdles, à la même époque et sur les mêmes parties, d'un brun rougeàtre, roussàtre ou jaunâtre d'intensité variable, avec des marbrures brunes ou noirâtres ; les parotides, ainsi que quelques saillies tuberculeuses des £aces dorsales du tronc et des membres, comme chez les mâles, brillamment colorées à Tépoque de Taccouplement, souvent en rouge.
En été, et parfois très-vite après leur sortie die l'eau, les Crapauds adultes dépouillent leur livrée de noces. Les mâles passent alors à un gris plus brunâtre et i)erdent leurs colorations ornementales ; les femelles deviennent d'un brun plus sombre dans lequel se fondent à peu près les marbrures foncées, et voient à leur tour disparaître les brillantes couleurs qui décoraient auparavant leurs parotides et plusieurs de leurs verrues.
Iris doré, plus ou moins rembruni et verniiculé de rouge ou de vert.
Faces inférieures du corps et des membres, chez les mâka, blanchâtres ou jaunâtres, avec des marbrures ou des taches, plus ou moins confluentes, grises ou noirâtres. Ces macules, parfois petites et isolées, rappelant, chez certains individus, la distribution qu'elles aflFectent chez le Crapaud calamité.
Les femelles, en dessous, blanchâtres, jaunâtres, roussâtres et, parfois, presque rougeâtres au printemps, avec des taches ou des marbrures grises ou brunes devenant souvent i*ougeâtres sur les flancs. En été, ou sur terre, la teinte générale revenant, d'ordinaire, au grisâtre ou au jaunâtre, et les macules tirant davantage sur le brun ou le noirâtre.
Dans les deux sexes, la gorge sans taches ou beaucoup moins maculée que la poitrine.
Jeunes, de suite après leur dernière métamorphose, généralement noirâtres en dessus, souvent avec une ligne de l)etits points blancs sur le haut des flancs ; d'une teinte
304 FAUNE DES VCHTÉBRÉS.
un peu moins foncée en dessous, avec un léger semis de points clairs. Peu de temps après, et lorsque ces Anoures sont très-petits encore, les faces supérieures, de plus en plus granuleuses, prennent, chez eux, des teintes tantôt grises et tantôt d'un brun rougefttre, sur lesquelles apparaissent des taches foncées ; les points clairs des faces inférieures ont pris plus d'extension, de manière que c'est la couleur foncée du fond qui semble alors composer les taches. Peu à peu les teintes générales s'éclaircissent et des macules rouges ou roses commencent souvent à se montrer sur les parotides, le dos, les flancs et les membres. Cette livrée, alors assez brillante, persiste plus ou moins longtemps, quelquefois jusqu'à deux ou trois ans, en plaine ; mais il est à remarquer qu'elle ne se développe guère chez les jeunes Crapauds dans nos Alpes, et que ceux-ci passent beaucoup plus rapidement, dans ces conditions différentes, à la coloration brune des adultes, on conservant même un peu les teintes sombres du premier âge. Il m'arrive assez souvent de rencontrer, dans nos vallées, des individus qui, bien que mesurant déjà près de soixante millimètres, sont encore, en dessus, d'un orangé brunâtre clair, avec des dessins variés d'un jaune rougeâtre foncé. La gorge généralement plus maculée chez les jeunes que chez les adultes.
Cette espèce varie beaucoup, comme nous venons de le voir, soit quant aux développements variés des téguments et des couleurs, soit quant à la taille générale et aux proi)ortions diverses du corps ou des membres. La longue synonymie qui précède la description de ce Crapaud montre suffisamment à combien d'espèces fausses et purement nominales les nombreu- S(»s variétés de ce Bufo ont donné lieu.
Des individus chez lesquels les verrues sont plus acuminéts ont reçu, de Bosc, le nom de Bufo spinosm. De même, des sujets qui ont acquis dans des contrées plus méridionales (|ue les nôtres, en Sicile par exemple, des dimensions supériem^es, ont été distingués, par Cuvier, sous le nom de BufojxJmnnim.yBi rangé également dans la synonymie de notre espèce la forme.
ANorRES. n05
un peu plus élancée, que Steenstrup a appelée Bufo cmnmtétafus. J'ai constaté, en effet, chez plusieurs Crapauds de notre pays, une assez grande variabilité sur les points que cet auteur a tout particulièrement invoqués comme caractères distinctifs de son espèce, dans la forme, par exemple, plus ou moins rétrécie et plus ou moins bombée des os préfrontaux ou fronto-nasaux. Enfin, je regarde aussi comme jeune et simple variété locale du Crapaud commun la forme alpestre, comparativement petite et à livrée sombre, à laquelle Schinz a attribué le nom spécifique de Bufo (ûpinm. J'ai récolté un grand nombre d'individus du Jiufo vulgaris, sur plusieurs points et à différents niveaux, dans nos Alpes, et j'ai toujours vu la coloration s'assombrir et la taille diminuer au fur et à mesure que je m'élevais davantage. Il ressort, du reste, tout naturellement, de ce que nous avons dit, plus haut, au sujet de la variabilité en général, que le Crapaud, qui est contraint dans les régions élevées à un genre de vie en même temps plus précaire, plus terrestre et plus souterrain, doit aussi demeurer plus petit, présenter des téguments plus rugueux et porter une li\Tée plus sombre.
Mftles Femelles
Alpes, ad. Plftino
Long, do corps (du inusean
àTanus) .. 0'",071 à0™,085 — 0"',092à0«.110à0",120
> du memb.ant.(dc Pépault*
au bout du 3"*' doigt) . 0,030
> dnmemb.post.(deranus
an bout du 4"' orteil). 0.09R ♦ du pi«l (au bout du 4"«
orteil) 0,052
» de la jambe (ou du tibia). 0,027
> de la tête (ù Tocciput) 0,018
Larg. de la tête (sur le pli an-
giilftir^" des mAchoires) . 0,02(> Distance entre les coins antérieurs des yeux 0,010 0,011—0,0115 0,012
Faute de place an tableau, je ramène ici la dimension d'une grosse femelle provenant de Sicile: Long, du corps (0"»,15:^).
liC Crapaud commun est très-répandu dans toute la Suisse et
o,or»9
s'élève même au-dessus de 2100 mètres dans nos Alpes, dans rOberland bernois et TEugadine, par exemple. Il habite également l'Europe presque entière, depuis les côtes de la Méditerranée jusqu'en Suède, et TAsie jusque dans les Indes et le Japon.
C'est un animal plutôt nocturne qui, en dehors du moment du rut, semble passer ses journées dans une sorte de recueillement méditatif. A part l'époque des amours, il recherche la solitude et semble fuir la société de ses semblables. Nous avons vu comment, quoique d'un caractère tout à fait inoffensif, il peut cependant nuire sérieusement par sa sécrétion cutanée aux animaux qui voudraient le molester ^ Durant le jour, à moins de temps humide, il se tient blotti immobile sous quelque abri ou dans un trou, et ce n'est guère qu'au crépuscule qu'il sort de sa cachette, pour se mettre lentement en quête des Insectes, des Arachnides, des petits Crustacés, des Vers ou des Mollusques qui constituent sa nomTiture. De la Fontaine ' nous a dévoilé la prédilection que le Crapaud semble avoir pour les Abeilles et la mauvaise habitude qu'il a de s'établir, vers le soir, à l'entrée des ruches basses, pour y gober plus facilement ces Insectes. Nous savons également quels services nous rendent les Crapauds de nos jardins, en détruisant en quantité les Limaces qui attaquent les légumes. Ajoutons, en passant, que quelques personnes affirment avoir vu des Crapauds et des Grenouilles chercher à avaler soit des Lézards, soit de jeunes Rongeurs ou de petits Oiseaux. Ces animaux mangent, il est vrai, volontiers de la viande, mais je n'ai pas pu constater jusqu'ici la présence de petits ossements dans l'intérieur des quelques individus que j'ai ouverts dans ce but '.
* Voyez, plus haut, pa^es 248 à 2(>2.
' Faune du Luxembourg, Reptiles, 187(1, p. 37.
'J'ai souvent trouvé restomac des Crapauds pris dans Teau, au printemi», vide ou presque vide. Tout à leurs amours, ces Batracien» m\>ut paru prendre alors peu d'aliments ; les rares proies que j*ai pu nm- Ktater à cette éjioque, dans rintérieur de quelques-uns, consi.<ttaient prinri])alement en lar^es (PInsectes aquatiquc!»et petits Crustacés. Par contn*, une fois sur terre, les Crapauds ne font plus abstinence et se ijoreent volontiers d'une alnindante nourriture. J'ai rarement rencontn* d<^ Mol-
ANOURES. 397
Le Crapaud creuse souvent le sol pour y établir sa demeure ; toutefois, d^un caractère éminemment indolent, il préfère, saille peut, s^épargner cette peine et s^introduire simplement dans une fissure naturelle de la terre ou d^un mur, ou sous un amas de pierres ou encore dans les galeries de quelqu^autre animal Rongeur ou autre, qu'il dépossède sans autre forme de procès. J'ai déjà dit que le Crapaud s'enfonce dans le sol, ou dans la vase au fond des eaux, le train postérieur le premier ; je ne répéterai donc pas les détails que j'ai donnés, plus hautV sur les mouvements qu'exécute le Batracien pour se terrer. Le Crapaud manœuvre, avec les pieds, à peu près comme le Pélobate ; mais, beaucoup moins bien armé au talon que ce dernier, il est souvent appelé à s'aider de ses robustes bras et de la paume calleuse de sa main, tantôt pour se pousser, tantôt pour écarter autour de lui les obstacles qui l'embarrassent.
Bien que préférant l'obscurité pour sortir de sa cachette, le Crapaud se montre cependant assez souvent en plein jour, lorsque le temps est mauvais, que le sol est mouillé ou que l'atmosphère est chargée d'humidité. Il profite de ces circonstances, qui lui conviennent, pour prendre de l'exercice dans les champs ou le long des chemins ; c'est alors surtout qu'on peut avoir l'occasion de le voir jouer le mort, quand on le taquine au passage. Le moindre choc semble l'avoir tué ; il reste impassible et immobile sur la place où il a été frappé ou lancé. A plat sur le ventre et les jambes tendues, il feint d'être déjà mort pour sauver sa vie; mais cachez-vous et bientôt, s'il n'aperçoit plus le danger, il se remettra tranquillement en marche. Souvent, si on le jette sur le dos, il se retourne, comme involontairement, sur le ventre,
hisqiies à coquille externe, ou des Escargots dans Testomac de nos Crapauds: ceux*ct semblent préférer les Limaces, et plus particulièrement les I>etitos espèces que nous appelons Coiirons. Il est vrai qu'il est quelquefois difficile de reconnaître les restes des Mollusques qui, ainsi que les Vers, paraissent assez promptement décomposés et digérés. L'ouverture de plusieurs Crapauds ayant vécu sur terre, m'a montré, assez généralement, i*n outre de quelques Myriapodes, Araignées, Cloportes et Fourmis, une pro|)ortion toujours très-grande d'Insectes Coléoptères, plus particulièrement des Carabes, de petits Hannetons et des Charençons. » Voyez, plus haut, p. 236, 237 et 238, les notes.
398 FAUNK DiLS VtRTKBKE^.
avant que de jouer sa comédie ; afin, probablement, de présenter toujours à l'ennemi ses parties dorsales qui se couvrent de goutelettes jaunâtres et venimeuses K
L'accouplement s'opèi*e généralement peu après le réveil ; eu plaine, dès le commencement de mars, suivant les circonstances en avril seulement, souvent plus tard encore, dans les Alpes. C'est, d'ordinaire, dans Peau que les sexes se rapprochent ; cependant, ainsi que nous l'avons vu ^ il arrive quelquefois, et plus particulièrement dans les montagnes, que les deux individus s'accouplent sur le sol, quitte à ne pas trouver à temps une mare pour y déposer leurs œufs. L'on entend partout, au printemps, dans les fossés et les marais, le chant alors i>eu harmonieux des m&les qui, les premiers à l'eau, appellent les femelles ou témoignent à leur manière du bonheur qu'ils éprouvent. Ce prétendu chant est tout différent de ce qu'il sera sur terre et semble alors exprimer le mot boar.
Le mâle saisit la femelle sous les bras, et la serre si fortement que ses pouces croisés sont comme enfoncés et noyés dans la poitrine de celle-ci '\ Après huit à douze jours de cet embrassement \ la femelle émet ses œufs distribués en deux longs cordons qui demeurent, le plus souvent, attachés près du fond aux plante^ aquatiques. La ponte de plus de 1000 œufs répartis quelquefois^ sur plus de 40 pieds de cordon est toujours assez longue ; aus>i cet acte est-il d'ordinaire interrompu par des moments de reixis également nécessaires à la femelle fatiguée par de violentes contractions abdominales, et au mâle épuisé par le mouvement qu* il se donne i)our tirer les cordons avec ses pattes postérieures, au
* Voyez, plus haut, pa^es 24 H à 21)2.
* Voyez page 272, on note.
* La pahsion du Crapaud mâle est tellement aveugle au moment dit rut, qu'il s^accroche indifféremment aux femelles ou aux mâle» de son espèce, et même à des Grenouilles ou à tout autre animal aquatique. I>e U Fontaine (Faune du Luxembourg) raconte, à ce proies, un fait curieux. 11 aurait dégat^é avec beaucoup de i)eiue un Barbeau de 125 gnanme» des étreintes amoureu^tes d'un Crapaud mâle qui se maintenait rram|H>un« sur le dos de ce Poisson.
* Cette durée, très-variable avec l'état de la femelle lors de la reocoutro du mâle et selon les conditions extérieures, peut être, suivant lr> ca«, bien plus courte, ou. par contre, passablenienf plus longue.
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fur et à mesure qu'il les arrose de sa liqueur spermatique. Après deux à trois semaines, suivant la température de Peau, les jeunes têtards se dégagent du mucus qui les entourait ; leurs métamorphoses s'opèrent lentement et ils n'atteignent jamais, sous Tétat larvaire, à de grandes proportions. Il sont, en particulier, toujours beaucoup plus petits et plus foncés que les têtards de notre Grenouille verte. Enfin, en juin ou en juillet, après quatre mois environ de développement aquatique, ou un peu plus, selon les conditions, ces jeunes Crapauds transformés abandonnent les eaux qui les ont vu naître. Ils quittent alors en grand nombre les mares et se répandent dans les campagnes environnantes, quelques-uns même porteui*s encore d'un reste de queue. Ces petits Anoures noirâtres recherchent la fraîcheur et profitent volontiers des moindres fissures du terrain pour s'y mettre à l'abri des rayons solaires ; mais, qu'il vienne une pluie qui pénètre dans leurs retraites, et on les verra tout à coup reparaître, par milliers, dans des prairies où l'on ne soupçonnait pas même leur présence un instant auparavant. Nous avons vu déjà comment de semblables cas de réapparitions soudaines ont pu faire croire à des jûiuies de Crapauds K
De suite après la ponte, les parents quittent les eaux, pour aller s'établir sur terre dans des localités fraîches et humides. On les rencontre, alors, quelquefois dans les bois ; cependant, ils préfèrent élire domicile dans les lieux découverts, dans les champs ou près des habitations de l'homme. Nous les verrons souvent traverser, le soir, les allées de nos jardins, ou bien nous les entendrons saluer le crépuscule d'un son doux et flûte qui semble sortir de terre et dont on ne peut facilement déterminer la direction.
Les femelles s'éloignent, généralement, beaucoup plus que les mftles des mares qui ont servi de théâtre à leurs ébats, et entreprennent souvent des pérégrinations lointaines. Ce sont elles surtout que nous rencontrons marchant lentement sur les chemins, et ce sont elles aussi qui atteignent aux grandes dimensions qui nous étonnent quelquefois. Leur poids énorme leur I>ennet à peine de faire de petits sauts rasants, tandis que de
* Voyez, plus haut, pa^^es 208 et 204.
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plus jeunes individus sauteront beaucoup plus facilement et plus souvent. Il semblerait que ces vieilles et grosses femelles deviennent plus exclusivement terrestres et peut-être moins aptes à reproduire, car il est rare de voir dans les eaux, au printemps, de ces énormes sujets.
Enfin, à l'approche des froids, dès le mois d'octobre ou seulement en novembre, suivant les conditions et les années, les Crapauds disparaissent tous dans leurs quartiers d'hiver; les femelles plus volontiers sous la terre ou dans quelque fissure, les mâles, en majorité, dans la vase au fond des eaux. Us demeurent ainsi enfouis immobiles et plus ou moins engourdis, jusqu'au premier printemps. Au reste, l'apathie hivernale de ces Batraciens n'a aucun rapport avec la léthargie de bien d'autres animaux, car il arrive, assez souvent, même au cœur de l'hiver, que, dérangés dans leur retraite, ou sous l'influence d'un radoucissement de la température, quelques individus, qui n'étaient pas assez profondément cachés, sortent, en quête d'une demeure plus confortable.
La durée de la vie paraît assez grande chez les Crapauds, bien que ces animaux soient, cependant, exposés à quelques maladies et à diverses causes de morts accidentelles. De la Fontaine ' raconte que le Bufo vidgaris succombe souvent i une sorte de gangrène qu'il attribue à certains Insectes, et qui, commençant par les narines, se communique bientôt à la tête entière. £n outre, j'ai vu, plusieurs fois, des Crapauds mourir sous l'influence de conditions anormales dans lesquelles ils étaient accidentellement contraints à demeurer. Quelques-uns périssent* par exemple, desséchés, s'ils sont forcés de rester dans un endroit sec et chaud ; tandis que d'autres meui'ent, au contraire, des suites d'une absorption exagérée du liquide à travers leurs téguments, s'ils sont forcément maintenus dans l'eau, pendant un temps trop long, après l'acte de la reproduction. Quelques auteurs ont fixé à trente années la longévité du Crapaud. Toutefois, je ne saurais, pour ma part, sur quelle base établir cette limite, et je préfère, à ce iwint de vue, renvoyer, encore ici, aux pages que j'ai consacrées, dans ce volume ^ au récit de quel-
' Fan no du Liixembourf?, Hopt., p. 37. • V«»yez, pluh haut, p. 204 à 2(»9.
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ques trouvailles de Crapauds encastrés dans des murs, dans de& pierres ou dans des pièces de bois.
Quelques débris fossile^, pouvant être rapportés à l'espèce du Bufo vtdgaris^ ont été trouvés dans les graviers stratifiés des environs de Mategnin, près Genève *.
Deuxième section. CRAPAUDS DES JONCS
Ru BETA, nobis
Le crâne ne présente de saillies osseuses, ni sur le vertex, ni sur les orbites.
Le côté interne du tarse porte un pli cutané bien distinct et constant.
Le quatrième doigt, ou l'externe, est plus court que le second; le pouce est, suivant les espèces, à peu près égal à rindex ou légèrement plus long.
Les pieds sont au tiers ou seulement au quart palmés.
Les téguments sont glanduleux , mais généralement moins iiigueux que chez les représentants de la section précédente.
Les mâles possèdent un sac vocal sous-gulaire interne.
Les espèces de cette seconde section demeurent dans des jiroportions moyennes ou comparativement petites. Leur liort est moins lourd que celui des Phryne ; leurs allures sont aussi un peu plus dégagées. Quoique se retirant volontiers dans de vieilles murailles , les Crapauds de ce groupe demeurent cependant plus que d'autres dans les localités
' Piotpt, F.-J., Ossements des graviers stratifiés de Mategnin. Soc. lie Phys. et d'IIist. nat. XI, p. 92.
AOt FAUNE DRS VERTÉBRÉS.
humides et marécageuses. L'Europe et la Suisse comptent deux espèces de Rnbeta, les Bufo caJamita et B. rhiilis, si longtemps confondus par plusieurs auteurs *.