LA RAINETTE VERTE
DkU GKMKINK LaUUFROSCII Hyla viridis, Laur.
Vertr, jaune j olivâtre ou hleaûtre^ en dessus ;lÀancltûtrc ou jaunâtre et lius ou moins nuichurée, en dessous ; une bande noirâtre^ Itordéc de elair, étendue* depuis la narine^ sur les côtés du corps et jusque v<rs Vaine où elle forme une pointe dirigée en lujLui et en avaïd. Peau lisse, en dessus, et gramdeuse sur toutes les faces inférieures; un pli au-dessus du tympan et sur les côtés du corps, en travers de la]Hntrine^ et sur le poignet. Un grand sm vocal sousgidairCj chez le nude. Une failtln nu^mbrane à la biuse des doigts. Orteils largement jxdmés. Disques de la grandeur du tympan. Membre antérieur égal au pied. Tête large et faiMement relèvent en arrière; muscfui assez prononcé. lyingue subcirculaire, libre sur un tiers et légrranent échanerée au bord jH)stérieur. (houpes vomériens moy^ms, oralaires^ distants et formant^ entre les orifices ptasaux, un angle peu accentué. Ethmdide découvert d séparant les préfrontaujc en arrière. FrontO'jKiriétaux larges^ })lats et mArassufft une va.ste fontanelle, Taillr moyenne de Viulnlte = -/.î"".
* Kf^aleineiit Haine, eu t'ran^'ais, ou <;rUner Laubklebor oi Wetter- Froscb* en allemand; Rana vertia, on italien.
4îi FAUNE DKS VKRTERRÉS.
RaNUNCULI'S VIHlUlîi SÏVE RaNA CAIAMITES AUT DrYOPES, Gcsh, Qiwd. U>i|».
Il, p. 98.
Rana arborea, Schwcnkf. Theriol. Silos, p. 153. — Lhtné, Syst. Xat, I, p. 357, etc.
» MRiDis, Linné, Fatum Svoc. éd. I, p. 94. » DRYOPHYTES, Rondcl. Pisc. palustr. lih. I, cap. VU, p. 243. Hyia vnuDis, Laurenti^ Syn. Kept. p. 33.
» ARBORE.V, Cuvier, Koj,çn. aiiim. II. p. 9i. Calamita arbokei's, SchnHd, Hist. Ampli. ïix&v. I, p. ir>3. Hyas arborea, WaglcTy Syst. Ampli, p. iOl.
Dendroiiyas ARnoKEA. Tschttfli, (,'iassif. Batiacli. Mém. Soc. Se. N:»t. NVinli. II, p. 74.
Crftne notablement plus large que long ; la largeur excédant la longueur d'une quantité variant entre le quart et le tiers de cette dernière. Une ligne droite, menée par les angles des maxillaires, tomberait un peu en dessus des condyles occipitaux.
Fronto-pariétaux larges et plats, eml>rassant. surtcmto leur longueur, une vaste fontanelle.
Préfrontaux bombés et arrondis en avant, assez ra|H proches dans leur moitié antérieure, rabattus et écartés en arrière par un angle Obtus de la lame supérieure de Tethmoïde largement apparente.
Dents vomériennes peu nombreuses et assez irrégulièrement distribuées sur deux groupes bien séparés, à peu près ovalaires, de moyennes dimensions et formant, directement entre les orifices nasaux, un angle peu prononcé.
Langue subcirculaire, libre sur un tiers, au moins, en arrière et légèrement échancrée sur le bord postérieur.
Un léger sillon longitudinal de chaque côté du sphénoïde, dans le palais.
Tête courte, arrondie sur le pourtour et d'un quart environ plus large que longue. La longueur céphalique entrant, généralement, deux fois et un tiers dans celle du reste du corps, jusqu'à Tanus. Le profil plan, bien que très-légèrement relevé en arrière et un \)eu penché en avant. Les joues, ainsi que la partie antérieure de la tétc depuis les narines, rabattues presque verticalement.
Museau prononcé, un peu proéminent et abrupt en
ANOURES. 425
avant. Les narines ovales ou arrondies, un peu saillantes, très-éloignées de Toeil, soit presque terminales ou surplombantes et séparées par un intervalle à peu près égal à celui qui existe entre Tune d'elles et le bord de la lèvre, en dessous.
Tympan bien visible, subcirculaire et mesurant la moitié ou les deux tiers de l'ouverture horizontale de Tœil, dont il est assez rapproché.
Yeux plutôt grands et saillants, à peu près à égale distance du bout du museau et de l'angle des mâchoires. L'espace interoculaire antérieur presque égal à la moitié de la longueur céphaliquè maximum. La pupille subarrondie ou ovale et horizontale.
Un grand sac globulaire pouvant faire saillie à l'extérieur, sous la gorge du mâle plisséc à cet effet. Membres toujours plus grêles chez la femelle que chez le mâle. Les antérieurs de môme longueur que le pied, dans les deux sexes. Un pli cutané sur le poignet. Des granulations palmaires le long des métacarpiens et un rentlement plus ou moins accusé à la partie postérieure de la paume de la main.
Postérieurs allongés ; ramenés étendus contre le corps, le talon arrive à l'œil ; repliés à angle droit, le talon touche presque à Tanus. Un pli cutané saillant le long du boni intéro-inférieur du tarse. Premier cunéiforme portant, à la base du premier orteil, un tubercule saillant, elliptique et moyen ; un second tubercule, beaucoup moins apparent, à la base du quatrième orteil.
Disques formant, sur le |>ourtour de la phalange onguéale des doigts et des orteils , un développement subcirculaire, d'un diamètre presque égal à celui du tympan et pourvu, en dessous, d'une sorte de pelote capable de jouer un peu le rôle de ventouse (Voy. PI. V, fig. 14). Doigts déprimés, pourvus de disques à l'extrémité et réunis, à la base seulement, par une petite membrane qui les borde ou les accompagne un peu sur le côté.
Le pouce semi-opposable, plus grêle et notablement plus court que les autres doigts ; Tindex plus petit que le
A^6 FAUNE DES YEHTÉimÉS.
quatrième doigt d'une quantité à peu près égale à la longueur du disque. Des tubercules sous-articulaires arrondis et assez forts ; un seulement à la partie inférieure des deux premiers doigts , deux sous les suivants. Enfin, à la base du pouce, un dernier grand tubercule elliptique qui, toujours plus puissant chez le mâle que chez la femelle et tout particulièrement développé au moment des amours, doit tenir lieu des c^illosités que nous avons signalées chez d'autres Anoures.
Orteils déprimés, pourvus de disques à Textrémité et tous également réunis par une membrane bien développée ; cette palnmre, en forme de croissant fortement concave, embrassant le quatrième, des deux côtés, presque jusqu'au bas de la seconde phalange, soit à peu près jusqu'à la seconde articulation extrême ; le cinquième orteil bordé presque jusqu'au bas de la première phalange ; les trois premiers bordés, au côté externe, jusqu'à la première phalange ; le second et le troisième, enfin, palmés, au bord interne, jusqu'au bas de la seconde phalange seulement. Le troisième orteil de même longueur que le cinquième. Tubercules sous-articulaires an-ondis et bien prononcés.
Tronc médiocrement élancé, aplati en dessus, et un peu comprimé vers le bas ou dans la région des lombes. La femelle, à ce qu'il m'a paru, de taille peu différente de celle du mâle ; ce dernier parfois même un peu plus fort *.
Peau lisse, quant aux faces supérieures, mais couverte, sous la gorge, la poitrine, le ventre et les cuisses, ainsi que sur le pourtour de l'anus de petites granulations arrondies sinmlant comme un pavé serré. Un pli prenant naissance au coin postérieur de l'œil, passant en dessus et en arrière du tympan, et se prolongeant plus ou moins sur les côtés du corps. Un autre pli sur le poignet. Un troisième pli très-large et étendu transvei*salement sur la i)oitrine, d'une aisselle à l'autre. Chez les mâles, enfin, la peau de
* Eu somme, il me semble (jue notre Platydactyle présente, dans plusieurs de ses rapports de dimensions, beaucoup moins de différences entre les deux sexes, que la majorité des Oxydactyles.
ANOIRES. itl
la gorge fortement plissée et élastique, de manière à pouvoir envelopper, à sa sortie, le sac vocal, au moins deux fois gros comme la tête de ranimai. Pas d'adhérences cephaliques ; également pas de poche dorsale.
Faces supérieures variables, du plus joli vert, coloration la plus habituelle, au gris olivâtre, au roussâtre, au jaune paille, au bleu ou encore au brun plus ou moins sombre, d'ordinaire sans taches, parfois avec des marbrures brunes ou un léger pointillé noirâtre mélangé de macules claires, sur le corps et les membres. Avec ces livrées diverses, des dessins ornementaux assez constants, bien que plus ou moins prononcés suivant le ton des teintes fondamentales. Un fin trait noirâtre et bordé de clair, de Tœil à la narine. Une autre ligne plus large, grise, brune ou noirâtre, partant du coin postérieur de Tœil, couvrant le tympan, venant, en prenant plus d'extension, se fondre plus ou moins sur les flancs et formant, enfin, une pointe dirigée en avant et en haut au-dessus de l'aine ; toutes ces lignes ou taches foncées bordées, vers le haut, pai* un trait délié d'un blanc argenté ou d'un jaune doré. De plus petites macules, également sombres et bordées de clair, à l'épaule, sur le côté de l'avant-bras, au genou, au talon et le long du pied. Les extrémités souvent rosées. Le IK>urtour de l'anus de teinte foncée, généralement avec un semis de points blancs.
Iris doré, orangé doré, ou encore brun à reflets dorés et plus ou moins mâchuré.
Faces inférieures blanches, blanchâtres ou jaunâtres, à l'exception des doigts et des orteils généralement brunâtres ou rosés. La gorge et l'abdomen parfois lavés de verdâtre ou, comme les flancs, un peu mélangés de tons grisâtres. Ia»s [)arties inférieures des cuisses et le bas-ventre souvent rosés ou orangés. Le sac vocal des mâles et quelquefois la gorge de ceux-ci, jaunâtres, roussâtres, bruns, verdâtres ou noirâtres.
Jeunes généralement assez semblables à leurs parents, quoique plus souvent rosés sur les côtés du corps, le bas- ventre et les membres.
i2K VWSK DES VERT^.BftÊS.
Cette espèce varie énormément, non-seulement avec T habitat et les conditions, mais encore, chez le même individu et trèspromptement, selon les circonstances ; cela à tel point que plusieurs auteurs ont, comme nous Pavons vu plus haut (p. 288 à 290), attribué à la Rainette la faculté de changer à volonté de livrée pour s'identifier avec son entourage. Sans aller aussi loin, je ne crois pas me tromper en disant que notre Ihfla possMe, à un beaucoup plus haut degré que nos autres Anoures, une sensibilité délicate i)our les conditions extérieures, et qu'elle est, par là, susceptible, quant à la coloration, d'une plus grande mutabilité. Elle peut se présenter, en effet, sous une quantité d'aspects variés ; mais ceux-ci sont aussi d'autant moins stables et constants qu'ils sont plus nombreux. Les conditions différentes d'humidité ou de sécheresse, de froid ou de chaleur et d'ombre ou de lumière exercent sur elle, comme notis l'avons dit, une immense influence. J'ai expliqué comment, avec des tons fondamentaux variés, l'on distingue plus ou moins les taches ornementales. J'ajouterai que la bande latérale semble remplacée, dans certains cas assez rares chez nous, par des taches séparées et plus ou moins distantes. Enfin, je rappellerai que nous avons vu des individus immaculés en dessus, tandis que d'autres étaient, les uns marbrés ou pointillés de brun ou de noir sur un fond pftie et les autres, par contre, marqués de macules claires sur un fond foncé.
M» les FoiiielU*>
Long, du corps (du museau
àl'anu*) 0'Vmi)àO«,04S -(>"',OI<»àO"M>4:>âH>-,04S)
> du memb.ant. (de T épaule
au bout du :(** doigt) i)^)2^\ (),o:U) — 0,028 o,02!i
> du memb. post. (de Tanus
au bout du 4' orteil). 0,(»5b 0,(»71 — o,(m;1 0,(Mi5 » du pied (juK4]u*au bout du
4» orteil) 0,026 0,(182 — 0,02H 0,02î>
» de la jambe (ou du tibia). 0,017 0,011» ~ 0,017 o,01h
> de la tête (à Pocciput) 0,0115 0,0140— (^01 15 0,0125
Largeur de la tête (sur le pli
des commissures) (»,0145 0,ol70— 0,0145 (V»ir»o
Distance entre les roi us antérieurs des veux 0,<M)70 0,0080—0,0070 0,0075
A.NOUHKS. 429
La Rainette verte est très-répandue, non-seulement en £urq)e, mais encore dans le nord de T Afrique et dans plusieurs parties de TAsie. On la rencontre, sur notre continent, depuis ritalie, jusque dans le midi de la Russie et en Suède. En Suisse, Tespèce se trouve un peu partout, au nord comme au sud des Alpes, mais rarement au-dessus de 900 à 1000 mètres.
L'un de nos plus petits Anoures, la Rainette est en même temps le plus gracieux, tant par Taspect agréable de sa livrée que par ses formes sveltes et l'adresse de tous ses mouvements. J'ai dit, plus haut % comment ce charmant Batracien sécrète cependant, malgré son apparence si innocente et aimable, une humeur visqueuse, à odeur acre, fortement irritante pour les muqueuses et probablement même venimeuse pour de petits animaux.
L'époque des amours, commençant peu après le réveil, varie, suivant les années plus ou moins précoces et les conditions plus ou moins favorables, de la seconde moitié d'avril aux premiers jours de juin. C'est alors que l'on entend, principalement depuis le crépuscule, dans les marais, près des étangs ou le long des fossés, les chants répétés et variés des Rainettes qui s'appellent et se répondent à l'envi. Parfois c'est un petit roulement soutenu qui n'a rien de désagi*éable, d'autres fois ce sont des cris brefs et puissants qui semblent exprimer les mots krac ou kroé. Lors de l'accouplement, le mâle saisit la femelle sous les aisselles, et celle-ci, ainsi étreinte, émet, au bout de deux ou trois jours, dos œufs groupés en paquets comme ceux des Grenouilles, mais toujours notablement plus petits que ceux de ces dernières. Après la iM>nte, nos Rainettes quittent bientôt les eaux ; on les rencontre alors souvent, pendant les premiers jours, dans les prairies humides ou sur les arbustes qui bordent les mares qu'elles viennent de quitter. Toutefois, elles s'écartent de plus en plus de l'élément qui a servi de théâtre à leurs ébats, et vont élire bientôt leur domicile estival sur la lisière d'un bois ou dans un verger, qui sur les arbres d'une avenue, qui autour de nos demeures, dans les bosquets, ou contre nos murs parmi le feuillage d'une plante grimpante. Les œufs, que nous avons
* Voyez pages 257 et 258, en notes.
i30 FAUNE DES VKRTKRRÉS.
laissés au fond de Teau, se développent petit à petit, de manière que, douze à quatorze semaines après la ponte, les têtards sont transformés en jeunes Rainettes qui peuvent, à leur tour, prendre un genre de vie terrestre et abandonner les mares qui les ont vu naître.
Durant tout Tété, notre Hyla mène une existence d'acrobate; après avoir nagé et plongé avec habileté dans les eaux, et après avoir sautillé lestement dans les prés, elle déploie au plus haut degré l'adresse du grimpeur et du gymnaste. Tapie contre une feuille avec laquelle on la confond, elle demeure d'ordinaire im* mobile durant les heures de la plus grande clarté ; mais, sitAt que le déclin du jour se fait sentir, la gymnastique commence et chacun se met en chasse. Confiante dans son immobilité et sa couleur, la Rainette ne cherche pas d'ordinaire à s'échapper quand on veut la saisir ; on la distingue à grand'peine sur son perchoir et son cri même trahit difficUement sa retraite. Il n'est pas aisé, en effet, de déterminer exactement d'où vient la voix que le mftle, excellent ventriloque, émet, la tête appuyée sur l'énorme vessie réticulée qu'il semble porter devant ses pattes antérieures.
La vue et l'ouïe servent admirablement notre petit Anoure, aussi découvre-t-il bien vite l'Insecte qui grimpe sur une bran* che, ou entend-il de loin la Mouche ou le Papillon qui vient, en volant, passer ou se. poser à sa portée. On le voit alors, tant6t rampant ou se glissant comme une Fouine, tantôt sautant conune un Ecureuil de feuille en feuille, ou bondissant comme un Chat sur la proie qu'il convoite. La Rainette est même si forte dans Fart de l'équilibre, qu'à l'aide de son ventre et de ses disques digitaux, qui s'appliquent parfaitement contre les surfaces les plus lisses et font le vide comme une ventouse, elle i)euc nonseulement grimper et se maintenir contre des parois de verre verticales, mais encore se tenir souvent renversée comme une Mouche au plafond. Il n'est pas rare, entre autres, de la voir, lors d'une averse, passer rapidement à la face inférieure de la feuille sur laquelle elle se tenait un instant auparavant.
A rapproche de Tautomne, les liainettes, presque muettes durant les grandes chaleurs, recommencent, comme je Tai dit, à faire entendre leurs chants et leurs cris qui s'entre-répondent
ANOITRKS. 4SI
dans le feuillage. Roësel et Duméril affirment que la faculté du cbant ne se développe, chez les mâles, que depuis Fâge de quatre ans, et pensent qu'elle soit liée, chez eux, à celle de la reproduction de l'espèce.
L'on entend encore souvent les Tcrac, krac répétés des Rainettes, autour de nos demeures, jusqu'à la fin de septembre, parfois même durant la première moitié d'octobre ; mais, avec l'arrivée des frimas, ces élégants Batraciens descendent de leurs retraites élevées, pour aller chercher dans la vase, et volontiers par petites compagnies, un abri contre les gelées de nos hivers.