‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 2)Chapitre 36 sur 59 · LA SALAMANDRE TACHETÉK * Dkr gefleckte Salamander · texte numérisé non relu

LA SALAMANDRE TACHETÉK * Dkr gefleckte Salamander

Salamandra HACUiiOfiA, Laur.

Noire^ avec des taches jaunes^ en dessus d en dessous. Peau asses lissCy bien que siUannée sur les côtés du corps et delà queue, et semée de cryptes satUants au haut des flancs. Tronc subcylindrique. Queue moyenne et cydotétraffotw. Membres trapus. Doigts H orteils entièrement libres j ramassés, subconiqties et d^mmés. Un petit tubercule mousse à la base du quatrième doigt et du cinquième orteil. Parotides de même longueur environ que la tête, de leur bord au museau. Tête déprimée et suhconique en avant. Langue éUiptique et arrondie au bord postérieur. Deivts voméropàUUines en deux lignes longitudinales, naissant en avant des orifices nasaux^ très-rapprochées vers leur tiers postérieur et brtêsquement divergefUes en arrière. Pariétaux pinces^ en arrière^ en arête acuminée. Longueur totale^ moyenne de Vadulte=^180^^.

* AuBsi, vulgairement, Salamandre terrestre ; en allemand, Gefleckter Krdmolch, ou Feuermolch, ou encore Gemeiner Erdsalamander.

49i PAUNR DES VKHTBRHR6.

SAUkM ANDRA, GettneTy De Qoad. ovip. Il, p. 80.

SaLAM ANPRA TKRRESTRIS VERA NIORA M ACULtS LUTKtS, A Idrov. I)e Quad. 0\'ip. II.

» TRRKESTKis, Wûrffbaifi, Salamandrologia, p. 52. » MACULOSA, Laurenti» Synops. Rept. p. 43, n*51. • MACULATA, McfTem, Syst. Amph. p. 185. » vuLOARis, Cloquel, Dict. Se. Nat. XLVU, p. 50. LArrERTA S.uj^MANDHA, IJnné, Syst. Nat. I, p. 371.

Crâne un peu plus long que large, lisse et aplati en dessus. Les pariétaux pinces en arrière, de manière à former vers Poccipital une arête acuminée.

Dents voméro-palatines disposées sur deux lignes courbées ou infléchies chacune en forme d'S allongé. Ces lignes dentées prenant naissance à une très-petite distance Tune de Tautre et un peu en avant des orifices nasaux internes, s'écartant ensuite, pour se rapprocher notablement vers les deux tiers de leur longueur et diverger de nouveau brusquement, en se prolongeant, dans la muqueuse, sur les parties latérales du sphénoïde.

Chez la larve : deux larges groupes en croissant, disposés sur les faces latérales et antérieures du palais, en majeure partie en avant des orifices nasaux, et rarement parfaitement réunis sur le centre en avant.

Langue ovale ou elliptique, et arrondie en arrière.

Tête forte, i peu près aussi large que longue, a Tocciput, et environ d^un quart de sa largeur plus longue que large, mesurée a Textrémité des parotides. D'un diamètre presque égal à celui du tronc, sensiblement déprimée et &iblemenl busquée, ainsi qu'un peu conique et proéminente en avant.

Yeux assez grands et saillant médiocrement, soit de manière à ne pas surplomber tout à fait le bord du maxillaire.

Parotides très-développées, franchement délimitées, et dépassant, de chaque c6té, la tête, au-dessus de Tangle des mâchoires. Ces glandes, envûron deux fois aussi longues que larges, occupant, depuis le coin de Toeil, un espace i peu près égal à la tête, mesurée jusqu'au museau depuis leur bord antérieur.

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Membres trapus ; les postérieurs un peu plus longs que les antérieurs. Etendus contre les flancs maintenus droits, et i la rencontre les uns des autres, les doigts et les orteils majeurs croisent généralement à fond, chez les mâles, tandis qu'ils arrivent, d'ordinaire, seulement à se toucher, chez les femelles. Cette inégalité de rapports provenant des différences de proportions que j'ai signalées, dans les membres et dans le tronc, entre les sexes. La glande du bas de la cuisse, ou post-fémorale, fait quelquefois défout. Un tubercule mousse, arrondi et peu apparent, à la base du quatrième doigt et du cinquième orteil.

Doigts et orteils entièrement libres, plutôt courts et de forme conique, bien que franchement déprimés.

Queue subconique, cerclée de sillons verticaux plus ou moins accentués, plus haute que large et un peu raplatiesur les côtés, soit à peu près tétragone. D'une longueur moyenne égale environ à celle du corps, moins la tête, bien que souvent un peu plus longue chez les mâles. Quelquefois un sillon longitudinal sous la tranche inférieure, chez les individus amaigris ou contractés dans l'alcool ^

Tronc épais, subcylindrique, bien qu'un peu renflé vers le milieu et d'ordinaire plus large, en même temps que plus long, chez la femelle que chez le mâle. Des sillons verticaux, simulant sur les flancs des espaces intercostaux.

Peau généralement lisse, bien qu'un peu mamelonnée et plissée en réseau sur les côtés du corps et sous la gorge. Un large pli gulaire transverse. Des pores nombreux sur les glandes de la tête et des membres, ainsi que de chaque côté de la ligne vertébrale du corps et de la queue, et sur les cryptes saillants, au haut des flancs.

Faces supérieures d'un noir profond, avec des taches ou des bandes interrompues d'un jaune brillant, plus ou moins régulièrement réparties sur la tête, le corps, les membres et la queue. Souvent, en particulier, une macule sur la paupière, sur l'angle des mâchoires et sur les parotides.

' Je rappelle que je mesure la queue des Urodèles depuis le bord p<>steneur du bassin, un peu au-dessus de la fente anale.

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Les autres taches, arrondies ou allongées, tantftt éparses sor les diverses faces dorsales, tantftt distribuées isolément, ou réunies en bandes plus ou moins continues, sur la ligne médiane ou sur le haut des flancs. Iris brun ou noir&tre.

Faces inférieures noires, noirâtres ou brunes et généralement plus pâles vers la gorge, quelquefois sans macules, le plus souvent avec des taches jaunes ; ces dernières, la plupart du temps, moins brillantes que celles du dos et des flancs. Volontiers une tache en fer à cheval sous le maxillaire ; souvent des bandes interrompues sur les c6tés du ventre.

liarves branchiées et munies d^une forte nageoire caudale étendue jusque sur le dos et largement arrondie i Textrémité ; d'abord grisfttres, avec des taches brunes et jaunfttres, en dessus et trës-pftles en dessous ; puis, plus foncées, brunes ou noir&tres, avec un semis de points jaunâtres, en dessus, et d'un jaunfttre légèrement nuancé de gris, en dessous.

Jeunes assez semblables aux adultes, bien qu'avec des taches généralement d'un jaune moins vif, et souvent une sorte de pointillé grisâtre en dessous, reste de la livrée d'enfance.

Cette espèce varie assez, soit dans les diverses dimensions, soit dans le nombre, la forme, la disposition et l'intensité du coloris des taches jaunes. L'on rencontre, entre autres, quelquefois, des individus presque sans macules en dessus et en dessous; tandis que l'on en voit d'autres qui présentent, ou dea taches irrégulières ou des bandes latérales, ou encore une ligne dorsale sinueuse.

UHOUÈLKS. 495

Mâles Femelles

lH)ogaeur totale (du museau au bout

delaqueae) ()»,150àa«,l92— ()«,180à(0»,200)

» delatéte(dumn8eauàrocciput). . 0,021— 0,019

» de la tète (sur la nuque, à Textré-

mité des parotides) 0,028— 0,025

» du membre antérieur (du pli de Té-

paule au bout du 3"« doigt) 0,035— 0,031

* du membre postérieur (du pli de

l'aine an bout du 4>»« orteil) 0,039— 0,033

> de la queue (depuis le bord du bassin, au-dessus de Tanus) .. 0,089—0,081

La Salamandre tachetée habite TEurope moyenne et méridionale : la France, l'Angleterre, la Belgique, rAUemagne, la Turquie, la Hongrie, la Bohême, l'Autriche, l'Italie et l'Espagne. On la rencontre un peu partout, en Suisse, mais nulle part abondamment, bien que, cependant plus communément au sud des Alpes, dans le Tessin, que dans nos cantons septentrionaux. Elle ne s'élève guère, dans les montagnes, au-dessus de 1250 mètres, niveau au delà duquel elle est généralement remplacée par l'espèce suivante. Les points les plus élevés où je l'ai rencontrée, dans notre pays, sont, l'un dans le Jura, un peu audessus de Saint-Cergues, l'autre dans les Alpes vaudoises, aux Ormonts supérieurs, non loin du village des Plans.

Cette grande et belle Salamandre élit, d'ordinaire, son domicile dans les localités sombres et humides, au pied de quelque vieille construction, ou à l'ombre des bois ; tantôt dans une fissure de muraille ou dans une galerie souterraine, tantôt, simplement sous un abri naturel, sous la mousse ou entre les racines des arbres. Il est rare de la rencontrer en plein jour, à moins que le temps ne soit menaçant, que l'atmosphère soit chargée d'humidité ou que le sol ne soit détrempé par la pluie. Elle se promène lentement à la recherche des Vers, des Mollusques et des Articulés de diverses sortes, qui lui servent de nourriture.

L'accouplement a lieu une fois par an et, probablement, de la même manière que chez la Salamandre noire. Sur terre, il y aurait étreinte des deux individus et abouchement des ouvertures

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cloacales ' ; dans Teau, la femelle serait fécondée par la laitance émise, dans le liquide, par le mâle, cramponné sur le dos de sa compagne, avec les pattes de devant.

Il est difficile, jusqu'ici, de déterminer exactement, soit Tépoque des amours, soit la durée du développement interne. Suivant quelques auteurs, l'accouplement ne devrait avoir lieu qu'en automne, et les larves ne seraient mises au monde que le printemps suivant. Selon quelques autres, la ponte et la transformation complète du petit pourraient se faire dans la même année. L'observation, rapportée par Brehm, qu'une femelle captive ne pondit (lue cinq mois après avoir été séparée du mâle, semblerait, malgré les conditions plus ou moins anormales, appuyer la première idée, et porter à croire que les durées des développements internes et externes seraient à peu près égales, et que, depuis l'œuf jusqu'au petit parfait, il dût se passer neuf à dix mois environ; soit un temps presque aussi long que pour la transformation complète du fœtus de la Salamandre noire, dans le ventre de sa mère. Toutefois, les états comparés dans lesquels j'ai trouvé des larves de Salamandre tachetée, depuis juillet jusqu'au conmiencement de septembre, me laissent encore quelques doutes sur la régularité de l'accouplement automnal, et je me demande s'il faut attribuer le retardement de ceitaines larves à des conditions ambiantes peu favorables, ou peut-être à un accouplement opéré, par extra, au printemps de la même année.

Les larves, assez nornbveuses, àeldk Salaimmdranuiculosa sont mises au monde, séparément enveloppées dans un sac membraneux, qui se déchire au moment de la ponte, ou peu après. La grande variété que les auteurs ont constatée dans le nombre des petits ainsi émis, me semble provenir simplement du fait que la femelle opère sa ponte en plusieurs fois et souvent sur divers

* Le D*" Gosse, de Genève, m'assure avoir vu, il y a quelques années, à Mornox, sur le petit Salèvc, deux Salamandres tachetées jouant, après la pluie, sur le sol de sa terrasse; les deux individus, étroitement embrassés, avaient, dit-il, les queues fortement enlacées. Peut-être le D'' Gosse assistait-il, alors, à Paccouplement terrestre de la Salamcmdra macuhaa, et Tenlacement des deux queues avait-il pour but de maintenir l'abouchement des ouvertures cloacales.

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points donnés, parfois même successivement pendant vingt jours. Les divers observateurs ont dû ainsi rencontrer des Salamandres plus ou moins avancées dans leur délivi*ance. Selon les uns, cette espèce ferait 10 à 12 petits; suivant d'autres, elle en ferait, au contraire, jusqu'à 72, ce qui donnerait une moyenne de 35 à 40 environ.

C'est, en général, dans de petits bassins ombragés, d'une eau de source ou au moins pure et froide, que la mère va déposer peu à peu sa précieuse famille. Cependant, il semble que, dans certains cas, faute d'avoir trouvé un berceau convenable, ou surprise en voyage, elle puisse aussi pondre simplement sur le sol, dans quelque recoin sombre et humide, où la transformation des organes respiratoires et la rétraction des branchies se feraient alors plus rapidement \

Les larves naissent, comme nous l'avons dit, sous la forme de véritables Tritons, avec quatre pattes, pourvues de trois grands rameaux branchiaux et munies d'une large nageoire caudale qui s'étend jusque sur le dos. Elles mesurent alors, du museau au bout de la queue, de 27 à 34 millimètres, et sont d'abord, en dessus, chamarrées, sur un fond clair, de taches brunes et jaunâtres qui, en prenant de plus en plus d'extension, amènent peu à peu à une livrée inverse et plus voisine de celle des adultes, des taches claires sur un fond sombre. Les têtards, une fois libres, emploient, en général et suivant les conditions, de quatre à cinq mois pour se transformer entièrement.

La rétraction complète des branchies, chez le fœtus de la Soi. atra^ dans le ventre de la mère, et le fait que de jeunes Tritons peuvent vivre et continuer à se transformer après avoir été retirés de l'eau avant la réduction entière de leurs rameaux bran-

* Si l'on compare le nombre assez élevé des larves de la Salamandra maculosa^ à la ponte annuelle de deux petits, chez la Sah atra^ et que Pon remarque, à côté de cela, que la seconde de ces espèces est cependant l>eancoup plus richement représentée dans le pays que la première, on ne peut se défendre de l'idée que la Salamandre tachetée est souvent contrainte de pondre dans de mauvaises conditions et qu'une forte projwrtion de ses larves succombe ainsi chaque année.

cbiaux S nous ont permis de supposer qu'une Salamandre tachetée, dont la ponte a été retardée, peut-être faute d'avoir trouvé des conditions favorables, peut, dans certains cas, émettre, sur le sol, des petits auxquels un degré plus ou mmns avancé de réduction des branchies permettrait de terminer rapidement leurs métamorphoses, sous la seule influence de Thumidité ambiante.

En automne et plus ou moins vite, selon les circonstances, en octobre ou seulement en novembre, les Salamandres tachetées, petites et grandes, se retirent dans leurs retraites hivernales. C'est là, généralement dans quelque trou souterrain, qu'elles attendent, souvent en petites sociétés et plus ou moins engourdies, qu'un nouveau printemps vienne les rappeler à une vie plus active.

Enfin, nous avons montré, plus haut, conunent les parotides, les glandes des m&choires et des membres postérieurs, ainsi que les divers cryptes dorsaux et latéraux du corps et de la queue, sécrètent abondamment une humeur blanchâtre, opaque et à odeur douceàti*e, qui se coagule assez vite i l'air et qui est susceptible d'empoisonner, tant par inoculation que par ingurgitation.

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