LE TRITON A CRÊTE
DSB GEMSINE MOLCH
Tbitoh cëxhatus, Lanr.
Chris^ verdâtre^ ou brtm, avec des taches noirâtres et arrondies^ en dessus; orangé^ avec des taches noires au Ueuâtres^ endessous. Une crête dorso-caudale noirâtre, âevée^ profondément dentdée et rabaissée ou interrompue sur le bassin, chez le mâle en noces. Chrge plissée. Tronc subcylindrique et piutât long. Queue haute et lancéolée^ de la longueur du corps avec la tête. OrteUs longs et toujours libres. Tubercules palmaires et plantaires, mousses et moyens. Museau arrondi et plus ou moins déprimé. JAgnes dentées palatines naissant entre les orifices nasaux^ presque droites^ peu divergentes^ rarement réunies en avant etplus courtes que la moitiédela tête à Voccipul. Crâne dliptique et vermictdé en avanL Préfrontaux réunis sur le centre. Apophyses susorbUaires prèsque milles. Longueur totale, moyenne de VadMe = 136'^.
Lacertus aquaticus, Gesaner, de Quad. ovip. p. 17. Salamandra AQUATiLis, Cameroriwt, Symb. et Embl. cent. IV, LXX. » AQUATICA, s. Batrachon vera, Wurffhain, Salamandrologia , p. 65,
tab. II, ûg. 3.
» PLATYURA, Daubenton, Encycl. meth.
» LATICAUDA, BonivUerte, Encycl. meth. p. 156. » CRiSTATA, S. PRUiNATA, Schmider, Hist. Amph. fine. I, p. 57» n* i«
mâle ; p. 60, n» 5, femelle.
» PLATYCAUDA, Ruiconi, Amours des Sal. aquatiques. Lacerta aquatica, GronovivLs, Muséum Ichthyol. II, p. 77. » PALVSTRis, Linné, Syst. nat. p. 370. » POROSA, Retz, Faun. Suec. I, p. 288. > LACUSTRis, Bltimemb, Handb. derNaturg. li Aufl. Triton cristatus, Laurenti, Syn. Rcpt. p. 39. - Bonap. Têchudi, Dumêrilf etc.
» CARKIFEX, Laur. Syn. Rept. p. 38.
» NYCTiiEMERUS (?), Michoh^es, Isis, 1830, p. 806 (Sec. Bonap,), vùlé r. Aipestris.
* Anssi le Triton ci^té, der grosse Wa8ser8alamander,Lnieftad'ftqiia«
URODÈLES. Ml
MOLOE PALCSTRis, Metrem, Tent. Syst. Amph. p. 187. Hehisalamandra. crxstata, Dugès, Urod. de France, Ann. Se. nat XVII, p. 202, n» 5.
Grftne à peu près elliptique, plus ou moins aplati en avant, légèrement convexe sur le centre, et comme vermiculé sur la partie antérieure. La longueur, d'un tiers environ ou un peu moins, plus forte que la largeur. Préfrontaux ou nasofrontaux réunis sur la ligne médiane. Frontaux, comparativement étroits, ne formant à leur bord postérieur que peu ou pas de saillie latérale susorbitaire (Voy. PL V, fig. 15).
Dents voméro-palatines disposées en deux séries longitudinales, prenant naissance entre les orifices nasaux, plutôt courtes, bien que plus ou moins prolongées vers la base du crâne, soit laissant derrière elles entre un tiers et la moitié du sphénoïde et mesurant au plus la moitié de la longueur de la tête à Tocciput, généralement un peu moins. Ces lignes dentées, presque droites et à peu près parallèles, comparées à celles des espèces voisines ; très-légèrement arquées, cependant, en dehors, vers leur extrémité postérieure et plus ou moins rapprochées ou convergentes en avant, suivant les individus ; parfois presque réunies, entre les orifices nasaux; d'autres fois formant, au contraire, dans cette partie, une très-légère courbe, rappelant jusqu'à un certain point celle que nous avons signalée chez les Salamandres.
Tête à peu* près aussi large que longue, à T occiput , mais, par contre, beaucoup plus longue que large, mesurée, conmie Pont fait quelques zoologistes, jusque sur la nuque, entre les extrémités des saUlies hyoïdiennes ; la longueur augmentant ainsi de plus d'un tiers, tandis que la largeur se trouve la même sur les cornes de l'hyoïde que sur les angles des m&choires. Un léger épaississement glanduleux de la peau sur la région parotidienne. Un petit renflement entre les yeux, en avant, principalement chez le mUe, lorsqu'il est pourvu de sa grande crête.
Museau arrondi en avant et, suivant les cas , plus ou moins déprimé ou convexe en dessus.
&12 FAUNE DES VERTÉBRÉH.
Yeux moyens, franchement latéraux, et situés i peu près à la même distance du museau et de Tocciput.
Lobe suslabial, bien développé, postérieur, et embrassant complètement la lèvre inférieure, en arrière, quand la bouche est fermée.
Queue lancéolée, haute et très -comprimée, dans la seconde moitié surtout. Les nageoires verticales , supérieures et inférieures, généralement beaucoup plus étendues au printemps qu'en automne, et toujours bien plus développées chez le mftle que chez la femelle ; le lobe supérieur, en particulier, très-élevé et en forme de crête suscaudale, souvent dentelée, chez le mâle en livrée de noces. Ce membre, à peu près constamment égal, en longueur, au corps, y compris la tête, bien que souvent légèrement plus court, en même temps que beaucoup moins haut, dans la livrée de terre que dans celle d'eau; ainsi, variable, quant à son extension verticale, depuis le jeune &gé d'un an et sur terre, jusqu'au mftle adulte en noces, de six à vingt-trois millimètres.
Membres antérieurs et postérieurs comparativement très-distants et, d'ordinaire, à peu près égaux entre eux ; bien que les derniers soient, chez les vieux sujets, légèrement plus allongés. Les premiers grêles; les seconds un peu élargis vers le tarse. Ramenés, tous deux , étendus contre les flancs maintenus droits, les doigts et les orteils croisent à fond, chez le mftle, mais demeurent assez éloignés les uns des autres ou arrivent seulement à croiser par le bout, chez les femelles, suivant qu'elles sont pleines ou délivrées ; diflférence provenant, toigours, de la disproportion constante que j'ai signalée, entre les sexes, dans les membres et principalement dans le tronc.
Deux tubercules palmaires et plantaires, mousses, subcirculaires et moyens ; l'un, plus grand mais plus nplati, à la base du premier doigt et du premier orteil ; l'autre , un peu plus petit , mais souvent plus saillant , i la base du quatrième doigt et du cinquième orteQ.
Doigts plutôt longs, grêles et un peu aplatis; le troi-
UHODÈLES. 583
sième le plus long ; le premier, normalement, légèrement plus court que le quatrième.
Orteils longs, chez les m&les surtout, toujours libres et plus ou moins déprimés ; parfois même tellement épatés et aplatis, chez certains vieux mâles en livrée de noces, qu'ils paraissent alors légèrement lobés, sans qu'ils présentent pourtant de développement membraneux latéral. Le troisième, en moyenne, égal au quatrième, bien que, suivant les individus, un peu plus petit ou plus grand ; le premier légèrement plus court que le cinquième, ou à peu près égal *.
Tronc allongé et constamment plus grand chez les femelles que chez les m&les ; un peu voûté en dessus, convexe sur les côtés et raplati en dessous.
Chez le mftle, en noces : une crête dorsale membraneuse, haute et profondément entaillée en dents de scie, prenant naissance entre les yeux et s'abaissant fortement sur la région sacrée, souvent même entièrement interrompue sur le bassin. Ce développement temporaire, le propre de la livrée de noces, du reste, très -variable, chez les divers individus, non-seulement d'une saison à Tautre et d'une manière régulière, mais encore, au même moment, suivant les conditions d'existence. La crête dorsale susceptible, par exemple, de diminuer, chez un mftle adulte, de 15 à 1"", du printemps à l'automne.
La crête dorsale, généralement remplacée, chez la femelle, par une légère dépression longitudinale.
Peau ridée, et plus ou moins granuleuse, surtout vers le bas des flancs, et tout particulièrement après un séjour sur terre ; par le fait même, plus rugueuse chez les jeunes que chez les adultes. De petits pores distribués sur la tête, le long du dos et sur la queue.
Un pli gulaire transverse, toigours bien accentué ; la
' J'entends toujours par longueur d'un doigt on d'un orteil, dans ces dimensions comparées^ non pas l'étendue de l'un ou de l'autre an-dessus de l'angle interdigital, mais bien l'extension de ces extrémités au delà d'un point commun et par rapport au plus grand doigt ou orteil.
5f4 PAUiNE DES VERTEBRES.
peau de la gorge plissée longitudinalemeiit et on peu granuleuse, chez les mftles surtout.
Faces supérieures d'une teinte brunâtre, plus ou moins foncée et tirant, suivant les individus et les conditions, sur le gris, le verdâtre, le roux ou le noirfttre ; sans macules ou avec des taches arrondies, à leur tour noires, noirâtres, brunes, grises ou bleuâtres. Les flancs plus ou moins semés de petites granulations blanches ou blanchâtres, d'autant plus apparentes que la livrée est plus foncée. Les femdles^ quelquefois plus sombres, mais ordinairement plus claires, plus grises ou plus verdâtres que les mâles.
La tête souvent un peu plus claire que le tronc ; tantftt d'une teinte uniforme et sans taches, tantôt chamarrée diversement de noir et de jaune ou de noir et de vert, ou encore marquée de lignes irrégulières ou de points foncés, en dessus, et marbrée ou pointiUée de blanchâtre sur les cAtés.
La crête du mâle^ d'un brun noirâtre ou presque noire, avec ou sans taches noires. Le sUlon dorsal de la fvwdli . suivant l'habitat, ou de même couleur que les parties environnantes, ou indiqué, depuis le centre de la tête jusque sur le milieu de la queue, par une ligne droite et bien accentuée, jaune, jaunâtre ou verdâtre.
Une large bande longitudinale, d'un blanc argenté, souvent bleuâtre et brillante, sur le côté de la moitié ou des deux tiers extrêmes de la queue du mâle en noces ; cette bande passant, sur la moitié basilaire de ce membre, d'abord â un brun pâle ou orangé, puis au brun sombre ou au noirâtre. La même partie peu distincte ou simide* ment brune chezla/entcif/e, dans les mêmes circonstances.
Les membres colorés comme le tronc, ou un peu plus clairs et souvent plus tachetés. Les doigts et les orteils annelés de jaunâtre et de noir, ou presque noirs, chez les mâles surtout ; d'ordinaire plutôt gris, jaunâtres ou bruns et moins maculés, chez les femelles.
En automne : les appendices membraneux de plus en plus réduits. La livrée plus sombre et moins ornementée ; la bande caudale, en particulier, beaucoup moins appa-
UKODÈLES. 5t5
rente. Les téguments volontiers plus rugueux; le pointiUé clair des flancs souvent plus accentué.
Iris doré, plus ou moins taché ou lavé de brun, mais généralement sans bande foncée transverse et horizontale. Faces inférieures, d^un jaune plutôt citron chez les femelles^ et plus ou moins orangé ou rougeàtre chez les mâles ; avec des macules ou des marbrures noires, bleu&tres, ou encore noires au centre et cerclées de bleu. Ces taches, trèsvariables dans le nombre, la forme et Textension, tantôt, très-serrées et confluentes, au point de laisser à peine paraître la couleur du fond, chez les vieux m&les noirâtres surtout ; tantôt, par contre, peu nombreuses, isolées et arrondies, principalement chez les sujets à livrée chiire.
La gorge, plus p&le et moins ornementée chez la femelle que chez le mâle ; jaune avec de petites macules mélangées noires et blanches, ou brune, ou rougefttre avec des points clairs, ou encore noirfttre, avec un pointillé blanc.
La tranche inférieure de la queue généralement brune chez le mâie et bordée de jaune chez Ihfemdle.
Le dessous des membres et des doigts participant, d'ordinaire,* aux teintes des &ces abdominales ; soit, le plus souvent, jaune avec des taches brunes ou noires. Larves: tronc court et élevé, membres grêles et allongés, queue haute à la base, mais très-atténuée et effilée vers Textrémité; la nageoire dorso-caudale, pigmentée de noir, se continuant, comme chez les larves de nos autres espèces, sans interruption, jusque sur la nuque; chamarrées, enfin, de brunâtre et de verdâtre, en dessus, et blanchâtres ou jaunâtres, en dessous.
Jeunes, sur terre : plus trace de crête, ni dorsale, ni caudale ; membres antérieurs et postérieurs égaux et plus robustes ; téguments rugueux; noirs ou noirâtres en dessus, avec ou sans trait dorsal jaune ou rouge, pointillés de blanc sur les côtés, et d'un jaune orangé ou presque rouges, en dessous, avec des taches noires, d'ordinaire peu nombreuses.
526 FAUNK DES VERTÉBRÉS.
Cette espèce varie beaucoup, tant dans les formes que dans la coloration, soit selon Tâge, le sexe et les saisons, soit suivant Phabitat et les conditions ; il suffirait, pour s'en convaincre, de comparer les descriptions qu'en donnent un grand nombre d'auteurs, en divers pays. Nous avons vu déjà sous combien de rapports les mâles se distinguent des femelles, et comment, entre autres, le développement, si variable avec les saisons, des ai>pendices ornementaux du mâle changent souvent le faciès du même animal jusqu'à le rendre presque méconnaissable. Le jeune Triton, qui vit et grandit sur terre, pendant deux ans au moins, avant que de prendre les divers attributs de l'adulte, a été souvent pris, à tort, pour une espèce distincte. Ainsi, des individus de taille moyenne, noirs en dessus et hérissés de points blancs sur les côtés, avec ou sans raie dorsale jaune ou rouge, parfois marqués de petites macules rougefttres sur les flancs, et d'un rouge orangé ou rouges, avec ou sans taches en dessous , ont été regardés comme devant appartenir, en considération de la forme moins comprimée de leur queue, à une espèce plus terrestre, que Laurenti nomma Triton camifex, et qui, sous le nom de Bourreau, fut longtemps admise par bien des auteurs.
Je n'ai jamais rencontré, en Suisse, de sujet comme celui qu'a observé Reichenbach ^ en Allemagne, et chez lequel la couleur jaune des faces inférieures avait envahi les supérieures, de manière à composer un Triton presque entièrement jaune, avec des taches foncées. Par contre, j'ai trouvé, plusieurs fois, dans le nord de la Suisse principalement, de très-vieux mâles, chez lesquels les taches noires des faces inférieures avaient pris une telle extension que l'animal paraissait entièrement noir, à l'exception de quelques légères traces linéaires jaunes , en dessous, rappelant, par là, la variété (A) de Wolf * ou la var. {g) de Reider et Hahn ^
Après ces premières remarques sur la variabilité normale, et sur quelques variétés accidentelles du Triton cristatus, je désire
* Reichenbach, Zool. Garten. 1866, n» 2.
» Wolf, In Sturm's Deutsch. Fauna, III Abth., Heft. 3. 1802.
» Reider und Hahn, Fauna Boica, III Abth. 1832.
UHODÈLES. 527
attirer, plus particulièrement, Pattention sur les différences constantes que m'ont présenté les divers individus de cette espèce que j'ai étudiés, comparativement, au sud des Alpes, dans le Tessin, et au nord de cette grande chaîne, dans la majorité de nos cantons.
Je distinguerai donc, pour plus de clarté, avec des numéros et sous des noms différents, deux races constantes :
P T. cristcUus cudocephcHus: la forme de nos cantons septen- . trionaux et de presque tous les pays situés au nord des Alpes, la plus ordinaire, à museau convexe, à grande crête, brunâtre, avec des taches rondes et noires en dessus, pointillée de blanc sur les côtés, d'un jaune orange maculé de noir en dessous, celle correspondant aux descriptions des auteurs français et allemands les plus récents, Dugès, Duméril, deTIsle, Leydig, etc., le véritable Triton à crête, en un mot, la race que je désigne sous le nom de cudocephdus ^ à cause des formes plus arrondies et convexes de sa tête.
^ T. cristatus platycephalus : la forme que j'ai observée dans le Tessin, non loin de Lugano, dans quelques mares du Val Vedeggio. Le faciès et la livrée des nombreux individus que je recueillis dans cette localité me fimppèrent tout d'abord ; une étude comparée et plus attentive me fit reconnaître ensuite, entre ces derniers et la forme précédente, les quelques caractères différentiels suivants, qui ne me paraissent pas, du reste, assez profonds pour mériter une distinction spécifique.
Avant tout : la tète notablement plus forte que chez le T. crist. rar. oidocephaltis^ plus plate en avant et plus large en arrière, bien que chez des individus de taille souvent un peu plus petite. Avec cela, peu de différences importantes dans le crâne et la dentition ; les apophyses susorbitaires seulement d'ordinaire un peu plus accentuées, bien que toujours très-faibles, et les dents voméro-palatines volontiers un peu plus convergentes en avant, ainsi que parfois légèrement plus prolongées en arrière.
Museau large et déprimé.
jl/b/ifrres postérieurs, comparativement, un peu plus allongés ; les orteils, par contre, plutôt courts et moins déprimés.
Çiteue moins haute.
Crrte dorsale du mâle adulte, en noces, toujours beaucoup
528 FAUNK DES VERTÉBRÉS.
plus basse, avec des entailles très-profondes et des dents minces très-aiguës ^
Faces supérieures: généralement d'un gris ou d'un brun verdfttre, chez le mftle ; plus pâles et souvent presque franchement vertes, avec une bande dorsale jaune constante et bien accentuée, depuis Tocciput jusque sur la première moitié de la queae, chez la femelle ; tantôt pas des taches sur les foces dorsales et latérales , tantôt, au contraire , des macules arrondies et plus ou moins apparentes, noirâtres sur les premières, bleu&tres sur les secondes. Peu ou pas de pointillé blanc sur les côtés. Dessus de la tête chamarré vert et noirfttre.
Faces inférieures d'un jaune orangé, avec des taches éparses, généralement arrondies, bleues ou noires sur le centre avec im contour bleu. Gorge brune et piquée de blanc.
Voyez, pour les dimensions comparées des deux formes, plus bas, au tableau de l'espèce.
Je distinguerai cette seconde race, ou forme méridionale, sons le nom opposé de platycephalus^ à cause de sa tête plus large et plate. Je ferai seulement remarquer, en passant, comment elle rappelle, jusqu'à un certain point, par ses proportions céphaliques et la teinte verte de» sa livrée, le Triton Blasii de de risle, auquel elle semble faire une sorte de transition, bien qu'elle ne présente, il est vrai , ni les développements susorbitaires assez accentués, ni les larges marbrures dorsales et latérales de celui-ci.
Le simple examen des planches admirables de Rusconi, dans son mémoire sur les Amours des Salamandres aquatiques, ne permet pas de douter que ce ne soit la race à tête plate et crfte basse qu'a étudiée cet auteur, et semble montrer, par là, que cette forme est répandue, non-seulement dans le Tessin, mais encore dans la Lombardie et , probablement, dans bien d'autres parties du nord de l'Italie.
L'apparence des figures, incontestablement exactes, dont nous
^ Comme chez les mâles du T. crisiaius cwlooephàlus, dans leur première ou leur seconde amiée de vie aquatique, ou comme chez de plus vieux mjets, après l'époque des amours, lorsque la crête est en état de rétraction.
URODÉLES. 529
venons de parler, a suffi pour faire supposer à Leydig ' une différence probable entre les formes cisalpine et transalpine du Tritmi cristatus. Toutefois, bien que Tétude sur nature et Pinspection comparée de nombreux sujets vivants, m'aient fait saisir, mieux encore, ces différences de faciès très-frappantes à première vue, je ne crois pas, jusqu'ici, que l'on puisse leur attribuer, comme je l'ai dit, une importance spécifique. Il serait intéressant, à cet égard, de trouver dans les travaux des naturalistes italiens des détails assez circonstanciés pour nous permettre de reconnaître si, en réalité, «les deux formes se rencontrent côte à côte ou confondues plus au midi, dans les mêmes conditions, ainsi que semblent le faire supposer les descriptions de quelques-uns, de de Betta ^ entre autres.
J'ai observé les Tritons en q\ïe^tion(Crist.pl€Uyc€phalHs)AeLns plusieurs petites mares formées, dans le Val Vedeggio, par des débordements ou des bras plus ou moins abandonnés de la rivière. Ils habitaient là des eaux pures, fraîches et transparentes. Lorsque je les capturai, vers la fin de juin (18G9), je vis encore beaucoup de paires occupées à jouer activement l'amour, et, comme je l'appris de quelqu'un qui m'avait accompagné, ces Tritons étaient dans cet état depuis le milieu de mai. A la même époque (fin juin), je péchai, non loin de Lugano, mais dans une sorte de puits à eau trouble et croupissante, des larves du T, rristaffks déjà pourvues de leurs quatre membres ; la précocité comparée de ce développement provenait-elle peut-être de la nature de l'eau, plus chaude et plus nutritive? Des m&les adultes, pris, au mois d'avril, dans le même bassin fangeux, par le professeur Pavesi, présentaient, du reste, le même faciès que ceux du Val Vedeggio. Enfin, j'ai trouvé, dans les eaux pures de cette dernière vallée, de jeunes individus qui, sans crête il est vrai, mais avec une queue en palette élevée, ne mesuraient encore que 75 à 85"" de longueur totale ; tandis que j'ai rarement rencontré, dans l'eau, à pareille époque (juin), des jeunes de si petite taille, parmi les nombreux sujets que j'ai collectés au nord des Alpes.
* Lcydifc, Ueber dio Molrh«* iler wurtemb. Fauna. 1HG7. » Dp Botta, Amfibi Urodeli italiani. 1HG4.
Garmfex Ftatycephahu (^ieloe4phahn
jeune -4îl!^!!i^ (po<»0
sar terre, cf Tessin. $ Genève, tf Bâie. Genève $
l^ong. tôt. (du mus. au
boatdelaqueue).0-,088-0",124 -0",138 -0-,112àO-,137 -0-,U8
» de la tête (à l'occip.) 0,010—0,0145—0,015 —0,012 0,014 —0,014
» de la tète (sur la nuque entre les extrémités des cornes hyoïdiennes). 0,013—0,020 —0,020 —0,017 0,019 — t»,o2«>
» du memb. ant. (de l'épaule au bout du 3»« doigt) 0,01G— 0,020 —0,025 —0,02:^ 0,027 -0,02:i
> du memb. post. (du
pli de Taine au
bout du 3"« orteil). 0,01l>— 0,027 —0,027 —0,023 0,02f* — 0,O2G
> du 3"« orteil (au bord
externe) 0,005— 0,(K)H —0,0075— 0,O0h o,010 — 0,<MW»
» de la queue (dep. le bord du bassin, audessus de Tanus). 0,043— 0,0«2 — 0,0t)3 — 0,05« 0,007 —0.077
Haut.max.de la queue. 0,007—0,018 —0,015 —0,020 0,0225—0,014
> max.de lacrète dors. 0,00{i - -0,011 0,015 - -
Le Triton à crête est très-répandu en Europe, depuis les côtes de la mer Méditerranée jusqu'en Suède. On le trouve à peu près partout en Suisse, dans les eaux dormantes de la plaine, et généralement plus abondamment dans les mares croupissantes ou réchauffées et riches en éléments nutritifs que dans les eaux froides et pures. D m'a paru, entre autres, comparativement rare dans la plupart des eaux tributaires du Rhin supérieur, dans les Grisons, ainsi que dans celles dépendant du Rhône, dans le Valais. Je n'ai jamais trouvé le Triton à crête plus haut que 1200 mètres au-dessus de la mer ; il semble même ne pa^ s'élever souvent au-dessus de 1000 mètres, dans beaucoup de do» cantons alpestres.
Cette espèce s'accouple, suivant les localités et les conditioDâ, à une époque variable, de la fin de mars à la fin de juin. Le mâle, qui a fait la cour à sa femelle à la manière de tous, les Tritons et comme nous l'avons décrit plus haut \ émet sa laitance dans
^ l'agi*s i:>4 et 455.
URODÉLKS. 5li 1
l'eau chargée de la conduire aux germes de la femelle. Celle-ci dépose ses œufs par petits groupes, souvent par un ou deux, sur des feuilles de végétaux aquatiques qu'elle plie à cet effet, avec ses pattes postérieiures, et ne s'inquiète plus ensuite de sa progéniture.
Les larves se développent, selon la température,élevée ou basse, de Teau, en quatre ou cinq mois. Le petit, qui a terminé ses métamorphoses, abandonne très-vite les eaux, qu'il semble ne plus pouvoir supporter ', pour aller mener, le plus souvent pendant deux ans au moins, la vie d'une Salamandre, et jusqu'à ce qu'il soit capable de reproduction. Il recherche, sur terre, les coins humides et sombres, et se nourrit prmcipalement de Vers, de petits Mollusques et de divers Articulés.
Les adultes de cette espèce paraissent plus exclusivement aquatiques qu'aucun autre de nos Tritons; quelques-uns n'abandonnent les mares que passé le milieu de l'été ou seulement en automne, d'autres restent même dans l'eau durant toute l'année. Ce sont d'habiles nageurs que Ton voit souvent, dans nos carpières, suspendus immobiles entre deux eaux, ou montant rapidement à la surface, pour replonger verticalement en étalant aux regards leur large queue. Les sujets qui demeurent dans l'eau absorbent de préférence , parmi les animaux dont nous avons parlé ci-dessus, de petits Crustacés, des larves d'Insectes aquatiques et des Cyclades, au besoin aussi des larves de Grenouilles ou d'Urodèles, parfois même leurs propres enfants.
A l'approche des frimas, et à une époque variable avec les circonstances, nos Tritons à crête deviennent plus lourds et s'enfouissent alors, la plupart dans la vase au fond des eaux, quelques-uns, les jeunes surtout et parfois des femelles, sous la mousse, dans une fissure du sol, ou encore sous l'écorce d'un arbre. Enfin, nous avons vu que l'engourdissement hivernal est, en général, assez peu profond.
^ I^e jeune Triton, qui vient de se transformer, meurt souvent, s'il est r«>ntraint à rester dans Teau.
LE TRITON MARBRÉ Der gefleckte Molch *
TUTON MAftM0RATU9, Latreille
Fierf, avec des marbrures noirâtres, en desstés; fertni ou d'ww gris noirâtre et semé de paifits Uancs^ en dessous. Une crête dor- $o-caiudale, moyenne, rabaissée sur le bassin^ plissée mais sa$is dentelures et tnarquée de petites raies Uamhâtres, chez le mule en noces. Gorge lisse. Tronc subcylindrique et comparativement ratnassé. Queue haute et lancéolée^ souvent plus longue que le corps avec la fête. Orteils allongés^ et toujours libres. Ttibercjdes palmaires et plantaires faibles. Museau large^ déprimé et comme rapiati en avant, lAgnes dentées palatines naissant cfitre les orifices n(Msaux^ légèrement arquées ^convergentes en avant et au moins égales à la moitié de la tête à V occiput. Crâne large et subdUptique, Préfrofttaux réunis sur le centre. Apophyses susorbitaires peuprolofigées, mais bien distinctes. Longueur totoie^ moyenne â*- Vadtdte = i#5~.
S.\ijiM\NDRA MARMORATA, LatreîUe, Hisl. des Salam. p. H3. Triton Gesneri, Laur, Syn. Rept. p. 38.
» MARMORAxrSf Bcmap, Faun. ita]. pi. 85 bis, n<> 4. liKViSALAVANDRA MARMORATA, Dugès, Ann. des Sc. nat. S""" série, WII, p. 26J.
Crâne ramassé, bien que toujours plus long que large, fort dans la moitié antérieure et présentant, en arrière des frontaux, des apophyses susorbitaires courtes mais bien accentuées.
Dents voméro-palatines en deux lignes, légèrement arquées, convergeant, en forme de V renversé, entre les orifices nasaux et se prolongeant, en arrière, sur le sphénoïde, un peu plus loin que chez l'espèce précédente; mesurant ainsi au moins la moitié de la longueur de la tête, à Tocciput.
Tête forte, large et à peu près carrée ; le museau un peu tronqué ou rapiati en avant et déprimé en dessus.
* Aussi, der prefleckte Wassersala mander.
UKODKLKS. 533
Queue longue, sublancéolée, haute et d'une longueur égale ati moins à celle du corps, y compris la tête, souvent même notablement plus longue, si on la mesure, comme je Tai fait jusquMci. depuis le bord du bassin, au-dessus de Tanus ; par contre, constamment plus courte que le corps (ou la moitié de la longueur totale), si on la mesure, comme Tont fait beaucoup d*erpétologistes, depuis le bord postérieur du mamelon anal.
Membres antérieurs et postérieurs robustes et plus rapprochés les uns des autres que chez le Triton à crête. — Doigts et orteils toujours libres, cylindro-coniques, allongés et un peu déprimés.
Tronc trapu, bien que toujours un peu plus allongé chez les femelles. Une crête dorsale, chez le mâle, ne prenant guère naissance qu^à la nuque, plissée ou ondulée, mais sans véritables dentelures, et toujours beaucoup moins élevée que chez Pespèce précédente. Un sillon dorsal, chez la femelle.
Peau légèrement ridée et semée de petits tubercules épars. — Pli gulaire bien accentué ; le dessous de la gorge généralement lisse.
Faces supérieures d'un beau vert, plus ou moins vif suivant les conditions, avec des points et de larges marbrures noires ou noirâtres, bien tranchées et souvent confluentes, en dessus et sur les côtés. Crête du mâle, en noces, régulièrement marquée de petites raies d*un blanc rosé. SiUon dorsal de la femelle jaune ou rougefttre. Une bande argentée latérale sur toute la queue, dans les deux sexes, au moment des amours principalement, et brillante surtout chez le mftle.
Faces inférieures brunes ou d'un gris noirâtre et semées de points blancs.
N'ayant eu entre les mains ni un nombre suffisant d'échantillons, ni des sujets assez bien conservés du Triton mai-niorcUws, je préfère m'en remettre, pour les dimensions exactes de cette espèce, étrangère à la Suisse, aux données de deux auteurs français, qui ont pu étudier ce Triton dans leur pays, sur des individus vivants.
A. Dugès (Urodèles de France, loc. cit. p. 261) donne, pour .son lleiHisdanHindra man}U>rata : Tête = 0'',025. — Tronc s=
534 FAUNE DBS VERTÉBRÉS.
0-,064. — Queue « 0-,075. — Longueur totale = 0-,154. (Ce premier auteur mesure, je pense, la tête jusque sur la nuque, entre les cornes hyoïdiennes.)
A. de risle, du Dréneuf (Sur un nouveau Batracien urodèle de France, loc. cit. p. 364), nous fournit des mesures un peu plus circonstanciées, dans la comparaison quMl établit entre le Tritfnt martnof'atm et le T. Blasiû
Mâles FemellM
Dn museau à la queue.0»,076à0~,074à0",072-O",078à0^,075àO-.O78 Longueur de la queue. 0,066
Longueur totale 0, 1 42
De l'aisselle à l'aine ....
Haut. max. de la crête. 0,008 Haut, max.de la queue. 0,019
La grande différence que Ton peut remarquer entre les proportions de la queue données par les deux auteurs, doit provenir, je pense, de leur manière différente de mesurer. Je suppose que M. de risle n'estime la longueur de ce membre qu'à partir de Tanus.
Le Triton marbré babite une grande partie de la France moyenne et méridionale, ainsi que diverses contrées en Espagne. C!omme les autres espèces du sous-genre, il ne s'élève guère dans les montagnes. Il passe le printemps et une portion variable de la belle saison dans les étangs, les marais et les fossés ; mais il parait moins attaché que le T. cristftim à ces demeures aquatiques, et abandonne plus vite les eaux, pour aller vivre sur terre, sous les pierres ou dans la mousse. L'accouplement, la ponte, le développement et l'alimentation s'opèrent comme chez le Triton à crête, et de la manière que nous avons décrite plus haut ; de même, les appendices ornementaux du mftie diminuent après les amours et disparaissent par le séjour sur terre. •
A rapproche des frimas, chaque individu se met en quête d'une retraite hivernale, sur le sol ou dans la vase au fond des eaux. Le Triton marbré semble, dans ce cas, demeurer, en pn>portion comparativement assez foite. sur terrain sec, sous quel-
URODÈLES. 535
que amas de pierres ou de détritus, dans un trou souterrain, ou encore sous Técorce des arbres.
Cette espèce a été citée à diverses reprises en Suisse ; toutefois, je ne Tai rencontrée, jusqu'ici, dans aucun de nos cantons, et je doute fort qu'elle ait jamais été trouvée dans notre pays.
La première citation, qui a été la source de presque toutes les autres, est celle de Schinz, en 1837. Cet auteur dit, en effet, dans sa Fauna Hdvdica, p. 146, que le D' Otth aurait trouvé ce beau Triton dans les marais des environs de Berne, tandis qu'il manque partout ailleurs dans le pays. Cette observation, attribuée à un homme qui connaissait bien les Batraciens, fut répétée, sans contrôle, par tous les auteurs subséquents, tant étrangers que suisses, qui ont traité de l'erpétologie de notre pays. Or, j'ai fait des recherches, non-seulement dans les mares qui avoisinent notre ville fédérale, mais encore dans le Musée de cette dernière, où les collections de feu le D' Otth ont été déposées, sans trouver la moindre preuve à l'appui du dire de Schinz. Je n'ai jamaiç rencontré dans les eaux, près Berne, que les Triton rristatiis, T. dpestris, T. Idbattis et T. palnuUitë^ qui tous, du reste, figurent au Musée de cette ville; je n'ai trouvé, également, dans les bocaux de la dite collection, qu'un seul véritable Triton marbré, lequel, malgré la confusion complète des étiquettes, doit évidemment provenir d'Espagne.
Voici ce qu'il en est : dans une première inspection de l'armoire des Reptiles du Musée de Berne, je n'ai trouvé, il y a quelques années, sous le nom de T. vianmratus^ qu'un seul individu, sans nom de donateur, ni provenance, et qui n'était autre qu'une femelle de VA1])estris, de la forme marbrée que j'ai rencontrée très-communément dans le pays et que j'ai figurée, sur la planche III, à droite, en bas. Le mode de coloration des faces supérieures de cet échantillon pouvait tromper à première vue, malgré l'infériorité de la taille et la coloration jaune des faces ventrales, un observateur qui n'aurait jamais vu le T. marbré et n'aurait pas connu la grande variabilité du T. alpestre. Cette première erreur venait-elle du D' Otth ou plutôt de quelque autre? l'étiquette ne le disait pas.
Dans une seconde et récente visite au Musée de Berne, j'ai
336 rxl^E DfcS VEBTÉBhEi.
trouvé, en dépOt . dans on lâlx)ratoire, deux flacons que je n'avais pas vus la première fois, et qui, d'une nouvelle manière, m'amenèrent à la même conclusion. L'un de ces bocaux renfermait deux grandes femelles du Triton u//>,N/m\ sous le nom de Triton mannorf it us (Spsinien): l'autre contenait, sous le titre de Triton (.dp*;.itrls (Chamounix), un grand Triton qui, malgré sou mauvais état, ne me parait pas autre chose qu'un T. tuarnu^ rat ILS, femelle. Evidemment, U y a eu échange d'étiquettes: le Marmorattui réel doit provenir d'Espagne, où fl est commun, et les deux Aljt^.sirisi doivent venir de Chamounix, où ils abondent, comme dans toute la Suisse. La même fausse interprétation de la livrée marbrée de la femelle de VAfjtrstris. a probablement amené cette seconde confusion, et le déplorable système des étiquettes sur un plot de bois, senant de support au flacon, aura facilité cet inte^^•ertissement des noms et des provenances.
Depuis lors, le professeur B. Wartmann, dans un mémoire assez récent, mais sans date, intitulé : Sainf-Gallrns XaturaUrucahiiu'f, a signalé que le Triton marbré avait été recueilli dans les environs de Saint-Gall et donné au Musée de cette ville par M. E. de Cxonzenbach. Cette seconde prétendue découverte du 1\ mimnoratus en Suisse, loin de venir à Tappui de la première, semble au contraire devoir réveiller toujours plus les doutes et la méfiance pour toute citation non accompagnée d'une description suffisante. M'étant, en effet, aussitôt adressé à M. de G. pour obtenir des Tritons marbrés, de Saint-Gall, je reçus bientôt une nouvelle confirmation de -mon idée, que le véritable T. umrmoratns n'était pas, en réalité, connu de bien des gens qui, en divers lieux, croyaient le reconnaître dans des variétés d'autres espèces. Les échantillons, très-frais, qui me furent aimablement envoyés, me montrèrent comment, dans ce nouveau cas, c'était au T. cristattis qu'il fallait, sans hésitation, rapporter les sujets en question.
En 18()8, MM. Du Plessis et Combe, dans leur Famw dits wrtébrés (lu district d'Orbe \ s'appuyant sur le dire de la Faum ïldvetica^ ont cru pouvoir supposer que le Triton manvoratim (levait se trouver dans les parties chaudes du canton de Vaud,
* Bull, delà Sor. vaiidoiso des Se. nat., IX, n*' .V.i. ISfîh.
URODÈLKS. 537
dans les marais de Villeneuve, puisqu'il se trouvait à Berne. Je rappellerai, à ce propos, ce que j'ai déjà dit, dans l'introduction de ce volume, que les eaux de la vallée du Rhône sont, au contraire, à cause de leur température et de le^r pureté comparées, très-pauvres en Urodèles, et que je n'y ai, en particulier, trouvé qu'excessivement peu de Tritons.
Tout dernièrement encore, C. Mœsch, dans son Thierreich der Schweiz, en 1869, a répété la citation de Schinz, et a attribué, de nouveau, sans contrôle, le T. mannoratus aux environs de Berne.
Avant que de passer, maintenant, à quelques observations faites en dehors de nos limites, je crois devoir rapporter aussi l'opinion de feu Théobald, professeur à Goire, qui aurait trouvé, m'avait-il dit, le Triton marbré, dans une ceitaine carpière de Châtelaine, près Genève, durant un séjour qu'il avait fait dans cette ville. J'ai exploré toutes les mares de la localité, sur les indications du professeur Théobald, et je n'ai jamais trouvé, comme dans tout le canton de Genève, du reste, que les Triton eristatus^ T. dpestris et T. inxlitiatHs^ sous diverses formes.
Ëntin, trois publications récentes, étrangères à notre pays, mais traitant de contrées limitrophes, signalent également le Triton ntanmraius tout près de nous. Je veux parler de V Histoire naturelle du Jura^ par Ogérien, t. III, 1863; de VErjtétolo^.des environs du Mont-Blanc^^ par V. Payot, en 1864, et de la liste des Salamandres de Savoie donnée, le 1''' mai 1870, dans le journal le Fauàgny.
Je n'ai vu, il est vrai, aucun des sujets qui ont dû servir à la détermination de l'espèce, dans ces trois régions étrangères; mais, j'ai quelques raisons de penser qu'il peut y avoir, encore ici, ou des erreurs de détermination, ou des répétitions de données erronées.
Le versant septentrional du Jura et la plaine française qui a voisine cette chaîne sont, de fait, en dehors des limites naturelles de la Faune suisse ; de sorte que je ne me suis pas préoccupé de savoir si c'est bien le véritable Marmoratus que l'on
' Soc. «rAgriCf d'IIist. Xat. et Arts utiles de Lyon ; séance du 4 mars,
rencontre, suivant Ogérien % abondamment dans les mares et les fossés, de Savagna, Lons-le-Saunier et Dôle.
Quant à ce qui est des deux citations du Triton marbré dans une partie de la Savoie gue l'on pourrait faire rentrer dans le cadre naturel de notre étude, je crois pouvoir les regarder, jusqu'ici, comme un peu douteuses, la plus ancienne surtout. M. Payot, l'auteur de la première, sans décrire l'espèce, a heureusement signalé deux localités où le Triton marnwratus aurait été trouvé, au Bouchet de Chamounix et de Servoz. Or, fort de ce renseignement ^ je me suis mis en quête de l'espèce, au printemps, dans les deux endroits susnommés, et je n'ai récolté, encore là, que quelques individus des T. cristatus et T. cUpestri^; cependant, le T. marmoratm n'aurait guère pu passer inaperçu, car les Tritons sont rarement représentés par un ou deux individus seulement, dans les localités qu'ils habitent.
Le Fauciffny qui, six ans plus tard, signale de nouveau le Triton marbré dans la Savoie, donne de cette espèce une description trop succincte pour qu'elle ne puisse pas s'appliquer, au besoin, à quelque variété du Cristatus ou de VAlpestris, L'article du journal ne désignant aucune localité spéciale comme habitée par ce Triton, l'on peut se demander si ce n'est pas sur le dire de Payot que repose peut-être cette seconde citation.
Le résultat négatif des peines que j'ai prises pour vérifier la présence du Triton mamtoratiis dans notre pays, ne me permet donc pas de regarder cette espèce, plutôt méridionale', comme propre à nos contrées; je ne l'admets tout au moins pas, jusqu'ici, comme se trouvant sur le sol suisse.
Il est souvent fort difficile de recueillir des données parfaitement exactes pour établir une Faune sérieuse; et, au lieu de se fier à un simple ouï-dire, chacun devrait chercher à vérifier par lui-même le fait quelconque qui lui est signalé.
* Ogérien, loc. cit., p. 315. Los descriptions très-succinctes de cet auteur étant très-sonvent une copie presque textuelle de celles de tel ou tel autre naturaliste, il est difBcile de se rendre compte s'il a vu réellement l'animal en question ou sMl parle seulement d'après un ouï-dire.
* J'ai en vain cherché le Triton marbré parmi les quelques Reptiles de la collection de M, Payot, à Chamounix.
* Bien que se trouvant parfois jusque dans les environs de Paris.
rnoDÊLES. 539
Soiis-GENRE 2. TRITONS MOYENS
Hemitriton, Dugès
Le crâne est, dans son ensemble, large et sabcirculaire.
Les frontaux forment, vers leur bord postérieur, de petites apophyses snsorbitaires, toujours franchement accentuées, aiguës, et dirigées obliquement en arrière. Les naso-frontaux sont toujours distincts et séparés sur la ligne médiane. Les pariétaux composent, en dessus, une voûte arrondie. La face antéro-supérieure du crâne est à peu près unie.
Les dents voméro-palatines sont disposées sur deux lignes infléchies, convergeant en forme de V renversé, le plus souvent réunies en avant, entre les orifices nasaux, et prolongées assez loin en arrière, sur le sphénoïde (Yoy. pi. y, fig. 16).
La langue est de moyenne dimension, à peu près ronde, bien détachée sur les côtés et un peu libre en arrière.
Quelques glandules paucières forment, sur la région parotidienne et au-dessus des saillies hyoïdiennes, une proéminence assez peu sensible et généralement moins accentuée que chez les représentants du 'sous-genre précédent.
Les orteils sont, comme les doigts, toujours entièrement libres, plutôt courts et cylindro-coniques ou plus ou moins déprimés.
Le pli gulaire est médiocrement accentué.
Le tronc est subcylindrique, dépourvu d'arêtes latérales et surmonté, chez le mâle, à l'époque des amours principalement, d'une crête dorso-caudale droite, basse et continue.
540 FAUNE DES VERTÊBHÊS.
L'anus, fortement tuméfié en mamelon arrondi chez le mâle, s'ouvre, chez la femelle, dans une saillie elliptique, raplatie et granuleuse au sonunet, mais pincée ou comprimée longitudinalement à la base.
Les lobes suslabiaux recouvrent à peine la lèvre inférieure vers l'angle de la bouche.
Les téguments, généralement peu adhérents sur le crâne, sont, suivant l'habitat plus ou moins aquatique ou terrestre, à peu près lisses, ridés ou granuleux.
Les larvesj qui atteignent souvent à de grandes dimensions, ont le tronc plutôt long, avec des membres comparativement trapus. La membrane dorso- caudale, généralement pigmentée de brun, est brusquement subc(mique i>u largement arrondie vers l'extrémité de la queue.
L'unique espèce que nous puissions jusqu'ici classer avec certitude dans ce groupe, affecte des proi)ortions moyennes dans le genre. Les femelles sont, à âge égal, passablement plus grandes que les mâles.
Les Tritons moyens, comparativement lents et i)eu sauvages, semblent préférer les eaux pures aux mares troubles et croupissantes; toutefois, ils sont moins exclusivement aquatiques que les Tritons proprement dits et vivent beaucoup sur terre, en dehors du moment des amours. Ils hiveiTient, en particulier, très-volontiers sous le sol.
Ce sous-genre renfermait, pour Dugès, avec le 7\ al- 2)estriSj les chiq espèces pyrénéennes de Duméril, qui tMit été plus tard réunies sous le titre commun de T. Pyrcnams (Dum.). Cependant, je réjn^te que j'hésite, malgré certaiiKN rapprochements, à conserAer dans ce gi'oupe une espèce que je ne coimais que par des descriptions assez insuffisantes, et dont la place générique me semble mènie as>e/ douteuse.
rRODRLES. 54 1