‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 103 sur 144 · RAINBOW TROUT · texte numérisé non relu

RAINBOW TROUT

Truite arc-en-ciel — Regenbogen Forelle.

Salmo irideus. Gibbons.

Corps médiocrement élancé et comprimé. Tête convexe, moyenne. Bouche plus petite que chez la majorité des espèces du genre .

1 Diagnose extraite de la description de Grünther : Catal. VI, p. 95.

(SALMO IIUDEUS.)

Dents vomériennes en deux séries irrégulières sur le corps de Vos. Maxillaire assez large, dépassant un peu le bord de Vœil, chez V adulte . Préopercide arrondi, à bord inférieur assez accentué . Œil grand . Écailles plutôt petites. Nageoires moyennes; caudale assez échancrée. — Manteau très variable, bleuâtre ou olivâtre en dessus, argenté sur les côtés , avec reflets irisés et nombreuses taches noires irrégulières sur la tête, le tronc et les nageoires ; mâles adultes souvent avec deux bandes longitudinales ou de larges taches latérales rouges. Individus (pii ont été à la mer volontiers d'un argenté presque uniforme. — (Taille moyenne d'adultes et de vieux : 0l 2'\bV—0m,80 '.)

D. 3-4/13, A. 3-4/12-13% V. 2/10, P. 1/12, C. 19 maj.

Squ. L. ïat. : 135-140 3. — JR. brchst. 10-12 4.

Salmo iridea, Gibbons , Proc. Cal. Acad. Nat. Sc., 1855, p. 36. — Salar iridea , Girard , Proc. Acad. N. S. Philad. 1856, p. 220. — Fario gàirdneri, Newberrii, Clarkii, Richards, U. S. Pac. R. R. Surv. Fish. X, p, 313; et Proc. Acad. N. S. Pliilad. 1858, p. 224 et 219. — Salmo irideus, Günther , Calai, of Fislies, VI, p. 119; Jordan et Gilbert , Fislies of North America, p. 312.

La Truite dite Arc-en-ciel, qui mérite plus ou moins son nom suivant les conditions et circonstances, est propre aux cours d’eau du N.-O. de la Hte-Californie et est très appréciée dans les États-Unis, où on l’a beaucoup répandue et multipliée depuis quelques années. Bien qu’avec un poids moyen de 6 livres envi-

1 Diagnose en majeure partie extraite de la description de Jordan et Gilbert : Fishes of North America, p. 312.

2 Les auteurs ne paraissent pas très d’accord sur le nombre des rayons des deux principales nageoires. Günther (Catal. VI, p. 119) dit : D. 14, A. 14, probablement en ajoutant aux rayons divisés le 1er grand simple. Jordan et Gilbert (Fishes of North America, p. 312) donnent : D. 11, A. 10. Le prof. Studer, de Berne, a compté, sur un jeune d’un an élevé à Zoug, en distinguant seulement le grand simple : D. 1/13, A. 1/12, V. 1/10, P. 1/12.

8 Jordan et Gilbert donnent, pour les écailles en ligue verticale, 21 sur 20 pour leur S. irideus , et 33 sur 33 pour le Fario Newberrii qu’ils tiennent pour de même espèce.

4 Le prof. Studer a trouvé 10 branchiostèges chez plusieurs jeunes et 12 chez un plus grand individu.

ron, elle n’atteigne pas d’ordinaire aux dimensions de plusieurs autres Salmonidés, sa facilité d’adaptation, la rapidité de sa croissance et la délicatesse de sa chair rouge, en font un des poissons actuellement les plus recherchés. Introduite depuis quelque temps en Europe, elle a bien vite acquis la faveur des pisciculteurs et elle paraît devoir actuellement détrôner la plupart des autres espèces importées.

Quelques essais de multiplication ont été récemment faits en Suisse, qui paraissent donner d’excellents résultats. 1500 alevins élevés dans rétablissement de Bâle-Campagne ont été mis en eau libre (Bassin du Rhin) en 1887. L’année suivante (1888), 3000 alevins de même provenance étaient encore introduits dans des étangs, à Liestal ; tandis que 12,000 autres, provenant des établissements de Lucerne et de Zoug, étaient aussi versés dans des étangs ou petits bassins voisins de cette dernière ville. Je n’ai pas appris que quelque sujet de la Truite arc-en-ciel ait été pris en eau libre dans le pays, mais j’ai vu ce printemps plusieurs jeunes, dont un mesurant déjà 0m,165, provenant des bassins de Zoug \

Espece cVun genre voisin, importée tV Amérique.

Genre : O NC O RH YN CHUS, Suckley1 2.

Bouche très grande . Dents coniques sur les mâchoires , sur les palatins , sur le vorner et sur la langue . mais pas sur Vhgdide ; les vomêriennes et linguales assez caduques. Vorner médiocrement allongé et relativement étroit, denté sur le chevron en avant et plus ou moins sur le corps de Vos en arrière . Maxillaire supérieur arqué, dépassant générale-

1 Le prof. Th. Studer, de Berne, qui a reçu de l’établissement de Zoug des jeunes du S. irideus éclos entre le 8 et le 10 avril 18S9, a eu l’obligeance de me communiquer qu’ils mesuraient : long, du corps 0ra,050, de la tête 0m,012, à trois mois; long. 0m,053, tête 0m.013, à 4 mois; long. 0ni,085, tête 0m,019, à 5 mois; long. 0m,096, tête 0m,021 à 6 mois; enfin : long. 0m165, tête 0m,037 à 1 an.

2 Ann. Lyc. Nat. Hist. N. Y., 1861, p. 312.

(ONCORHYNCHUS QUINNAT.) 391

ment l’œil. Tête conique , forte. Corps fusiforme assez comprimé, couvert de petites écailles. Dorsale plutôt cou rte , audessus des ventrales; anale relativement longue, avec au moins 14 rayons. Caudale échancrée. Appendices pyloriques très nombreux.

Les mâchoires s’allongent, deviennent toutes deux crochues et prennent des dents notablement plus fortes, sûr les intermaxillaires et sur les côtés de la mandibule, chez les mâles adultes; le corps de ceux-ci se Comprime aussi, et ils présentent une bosse charnue devant la nageoire dorsale, en été et en automne.

Les Salmonidés de ce genre, tons étrangers et généralement de grande taille, remontent de l’océan Pacifique dans les fleuves et rivières d’Amérique et d’Asie. Une espèce, le Oncorhynchus Quinnat , a été, dans ces dernières années, importée dans les eaux de la Suisse.

QUINNAT SALMON

Saumon Quinnat ou de Californie l. — Kalifornischer Lachs.

Oncorhynchus Quinnat, Richardson.

Corps fusiforme assez fort en avant , très atténué dans sa partie caudale . Tète grande et pointue, environ un quart du corps et égale d'ordinaire cl la hauteur de celui-ci. Bouche profondément fendue . Vomer assez large en avant, pas très allongé, étroit et cicuminé en arriéré -. Œil relativement petit. Préopercule et opercule fortement convexes. Ecailles petites et nombreuses. Dorsale assez incurvée et déclive. Ventrales à peu près au-dessous du milieu de la dorsale ou un peu en arrière. Caudale grande, à peu près comme la tête , profondément échancrée et acuminée. — Man-

1 Aussi, Saumon du Sacramento. •

1 Le vomer d’un individu de 0m,32 était en forme de clou et avait déjà perdu toutes ses dents en arrière ; il n’en avait plus que deux sur le bas du chevron et une sur le col de l’os au-dessous.

teau gris-bleu ou vert, d’ un grisâtre argenté sur les flancs, avec de nombreuses taches noires , en majorité arrondies , sur la tête et le dos, au-dessus de la ligne latérale , ainsi que sur la dorsale et la caudale. — Rayons branchiostèges : 15 — 17 (19), rarement le même nombre des deux côtés. — Appendices pgl criques 140 — 18ô. — (Taille moyenne d’adultes et de vieux: 0m,6ô — lm,00 à lm, 80.)

D. 4/9-10, A. 3/13-14, Y. 2/9, P. 1/13, C. 19 maj.

Squ. L. lat. 135-155 1 — Vert. 66. 2

Salmo Qijinnat, Richardson , Fauna Bor. Amer. III, p. 219. — S. orientalis, Pallas, Zoog. Ross. Asiat. III, p. 367. — Fario argyreus, Girard , Acad. Nat. Sc. Philad. 1856, p. 218. — Oncorhynchus Qüinnat, Onc. orientalis, Gûnther, Catal. of Fishes, VI, p. 158 et 159. — Oncorh. chouicha, Jordan et Gilbert, Fishes of North America, 1882, p. 306.

Le Saumon Quinnat ou de la Californie remonte en abondance, en été, de Pocéan Pacifique, pour frayer en septembre dans les fleuves soit du nord de la Chine, soit de l’Alaska en Amérique septentrionale, dans l’Orégon (Columbia) et dans le Sacramento, en particulier. Les mâles sont alors souvent presque noirs, parfois avec des taches rougeâtres. C’est un poisson assez vorace, qui peut atteindre des proportions supérieures à celles de notre Saumon ordinaire. La plupart des sujets capturés varient entre 16 et 22 livres; cependant, on en prend de temps à autre de quatre-vingts, même de cent livres, dit-on. La délicatesse de sa chair, son rapide accroissement et la facilité avec laquelle il paraît s’acclimater dans des eaux très différentes, sa reproduction même dans certains lacs, ont depuis quelques années attiré l’attention des pisciculteurs en Amérique et en Europe. La France tente, en particulier, de l’introduire dans le bassin de la Seine, ainsi que dans celui du Rhône où le Saumon ordinaire fait défaut comme à tous les cours d’eau dépendant de la Méditerranée 3.

1 Jordan et Gilbert (Fislies of North America, p. 307) donnent 27 sur 29 écailles en ligne verticale.

2 Vertèbres, selon Güntlier (Catal. VI, p. 158).

3 M. Raveret-Wattel a publié, dans les Bulletins de la Société d’accli-

SALVELINUS.

Quelques introductions peu importantes du Quinnat ont été faites en Suisse dans ces dernières années, sur lesquelles il m’a été impossible d’obtenir des renseignements très détaillés. Des alevins de ce Saumon californien, élevés dans des établissements suisses, auraient été versés à deux reprises, en 1879 et 1886, dans les eaux du pays dépendant du bassin du Rhin, 500 une fois, 600 l’autre.

M. Lugrin, pisciculteur à Grernat (Ain) près de Genève, m’a dit avoir versé dans le Léman, il y a treize ou quatorze ans, quelques milliers d’alevins de ce poisson, issus d’œufs reçus par l’entremise de rétablissement d’Huningue. Le même élevait encore à Grernat cette espèce en 1885, et m’écrit qu’une centaine environ de ses élèves lui ont alors échappé, en gagnant la petite rivière dite Allemogne, tributaire du Rhône, par le trop plein des eaux de son établissement. J’ai vu, à cette époque, au dépôt de ce pisciculteur, à Genève, de jeunes individus du Quinnat provenant de Grernat et mesurant déjà 0m,30 à 0m,32.

M. Lugrin assure que, pendant deux ans, on a repêché des sujets du dit Saumon de Californie, soit dans rAllemogne, soit dans la London, petité rivière voisine; mais qu’il n’a plus entendu parler de ces poissons depuis lors. Il a entendu dire seulement qu’on en aurait repris aussi dans l’Arve, mais ne peut rien affirmer à ce sujet.

Je ne sache pas qu’on ait retrouvé des descendants de cette espèce dans nos cours d’eau dépendant du Rhin.

Genre 4. OMBLE

SALVELINUS, Nilsson.

Bouche plus ou moins grande. Dents coniques sur les

matation de Paris, une intéressante notice sur le Saumon de Californie (Bull, janvier 1878).

Depuis 1885, 90,000 alevins du Quinnat , de 10 centimètres environ, ont été versés dans la Seine. Or, M. Jousset de Bellesme écrit, dans la Nature du 15 juillet 1889, que, le 24 juin 1888, un Saumon de Californie a été pris dans la Seine, à Marly, qui, devant être âgé de 3 ans, mesurait lm,05 et pesait déjà 10 kilog. Sa chair était d’un blanc légèrement jaunâtre.

deux mâchoires , les palatins , la langue et la tête du vomer, ainsi que, suivant les espèces, le long de l’hyoïde, ou pas; des groupes de tr'es petites dents sur les pharyngiens supérieurs et inférieurs. Le corps du vomer relativement court on petit, très déprimé au-dessous du chevron et dépourvu de dents. Maxillaire arrivant sous l’œil ou le dépassant plus ou moins, arec un os supplémentaire contre la face externe. Tête assez forte. Corps plus ou moins allongé, couvert de très petites écailles ovales. Dorsale et anale moyennes; la première naissant plus ou moins en avant des ventrales; la seconde , à hase relativement courte, comptant rarement plus de quatorze rayons. Caudale , selon l’âge et les espèces , plus ou moins échancrée, droite ou subconvexe. App en d i ces pyloriques nombreux.

Les représentants de ce genre, détachés du genre Salmo de Artedi1, à cause de la structure et de la dentition particulières de leur vomer, ont, suivant les espèces, des formes plus ramassées, comme notre Omble- Chevalier, ou plus allongées, comme le Huch du Danube; les uns sont plus ou moins confinés dans les eaux tranquilles des lacs, les autres préfèrent les eaux courantes; leurs œufs sont généralement assez gros.

Différentes espèces d’Ombles habitent les régions moyennes et septentrionales de l’ancien et du nouveau monde2.

On peut les répartir dans deux groupes différents ayant chacun pour type l’une de nos deux espèces européennes, selon qu’ils ont, en arrière de la langue :

1 Généra Piscium , 1738, p. 11.

2 J’ai trouvé au Muséum de Paris, parmi les types de Valenciennes, des Salmonidés étiquetés Salmo autuninalis (Pallas) et S. coregonoides (Pallas) de la Newa, qui extérieurement m’ont paru devoir rentrer dans le genre Salvelinus.

SALVEL1NUS UMBLA. 395

1° des doits sur l’os hyoïde, comme notre S. Umbla;

2° point de dents sur l’hyoïde , comme le S. Hdcho.

Une seule espèce, le Salv. Umbla , habite les lacs (le la Suisse, ainsi que bien d’autres en Europe, depuis le nord de l’Italie jusqu’en Écosse, en Islande et dans le nord de la péninsule Scandinave où, avec des formes un peu différentes, elle a été distinguée sous des noms différents.

Nous verrons plus loin que l’on a importé, depuis quelques années dans les eaux suisses ; soit le Sol. Namaycush (Penn.) d’Amérique, qui vit dans les lacs comme le Salv. Umbla d’Europe et se rapproche de lui dans le groupe (a) des espèces à dents sur l’hyoïde; soit les Salv. Hucho (Linné) du Danube et S. fontinalis (Mitch.) propres aux rivières de l’Amérique du nord qui, tous deux, font partie du second groupe (b) des espèces dépourvues de dents sur l’hyoïde en arrière de la langue.

Salvelini, groupe I.

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