‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 104 sur 144 · l’omble-chevalier · texte numérisé non relu

l’omble-chevalier

Ritter. — SàIBLING. 1

Salvelinus Umbla, Linné.

Corps de plus en plus ramassé avec l’âge. Tète massive ; museau épais et arrondi. Bouche terminale, fendue jusqu’ en dessous de l’œil. Maxillaire supérieur plutôt étroit , arrivant très avant sous l’œil ou le dépassant plus ou moins. Dents maxillaires et intermaxillaires sur un rang , assez jortes, et de grandeur assez constante. De petites dents sur l’hyoïde, en arrière de la langue, sur une ou deux rangées confuses. Vomer plus de deux fois aussi long que large, , avec S à 6 (7) 'dents disposées transversalement en V sur une forte saillie au bas de la tête de l’os. Ecailles très

Salmarino , en italien.

'petites, d’un ovale allongé. Caudale bien échancrée dans le bas âge, quasi-droite ou parfois subconvexe chez V adulte. — Des macules pales, arrondies et plus ou moins apparentes sur le dos et les flancs ; les premiers rayons des nageoires inférieures souvent blancs ou blanchâtres et généralement plus ou moins empâtés. — (Taille moyenne d’adultes et de vieux, suivant l’habitat : 0,ln2ô — 50 à 0m,8Ô.)

D. 4-6/8-10, A. 3— 5/7— 9, V. 2/7-8, P. 1/12-13(14), C. 19 maj. r , 30—34

Squ. (94) 1 120 — — 132 tubulées. — Vert. 62-65.

a) Salmo salvelinus, Linné. Syst. Nat., p, 511, n° 9. — Bloch , Fische

Deutschl., part. III, p. 149, pl. 99 ^ - — Schrank , Fauna Boica, p. 322. — Hartmann, Ilelv. Ickthyol., p. 123. — Steinmüller , Fische im Walensee, N. Alpina, II, p. 338. — Nenning , Fische des Bodensees, p. 18. — Schinz, Fauna kelvetica, p. 161. — Cuv. et Val. XVI, p. 246. — Heckel et Kner , Siisswasserfische, p. 280, fig. 155. — Siebold, Süsswasserfische, p. 280. — Günthcr , Catal. of Fishes VI, p. 126. — Canestrini , Prospet. Crit., p. 85. — Blanchard , Poissons de France, p. 444, fig. 115.

» Umbla, Linné, 1. c. p. 511, n° 11. — Bloch, 1. c. p. 154, pl. 101 . — Razoumowshy, Hist. Nat. du Jorat, p. 129. —

Jurine, Poissons du Léman, p. 179, pl. 5. — Holandre, Faune de la Moselle, p. 256. — Hartmann, 1. c. p. 130. — Agassiz , Poissons d’eau douce, pl. X et XI. — Thompson, Ann. and Mag. Nat. Hist., 1840, VI, p. 439. — Cuv. et Val. XXI, p. 233. — Rapp, Fische des Bodensees, p. 32. — Heckel et Kner, 1. c. p. 285, fig. 156, — Günther, 1. c. p. 125. — Lunel, Poissons du Léman, p. 130, pl. XIV et XV. — Moreau, Hist. Nat. Poissons de France, III, p. 530.

» distichus, monostichcjs , Heckel , Beitràge zu den G-attungen Salmo, etc., p. 357.

b) » alpinus, Linné, 1. c. p. 510. — Nilsson, Skand. Fauna, Fisk,

p, 426. — Günther, 1. c. p. 127. — Mêla, Vert. Fennica, p. 343.

Noms vulgaires : Omble-Chevalier (et h tort Ombre-Chevalier ), lac Léman :

Amble, Neuchâtel8. — Ritter, Rothforelle , R'ôthel , Win-

1 Les nombres d’écailles sur la ligne latérale 94-98 indiqués par Jurine (Poiss. du Léman, p. 179) me paraissent constituer un minimum rare dans nos eaux, même pour le Léman.

2 Jusque contre la base des ventrales.

3 Hartmann a commis une grossière erreur, quand (Helv. Ichthyol.,

SALVELINIS ÜAIBLA.

tevrôthel, Sommer rôtliel , d'une manière générale» en Suisse allemande ; souvent Rothforne, à Lucerne ; Rôtheli , Rottelin ou Rottelen , Zwick forme stérile, à Zou g ; parfois Hamel (ou «t tort Grundfôrne ), à Thon ne et Brien z.

Corps plus ou moins ramassé et élevé, ainsi que plus ou moins convexe en avant, selon l’âge plus ou moins avancé; avec deux protils assez semblables chez des sujets de taille moyenne. Hauteur maximale, un peu en avant de la dorsale, au poisson sans la caudale, comme 1 : 2,15 chez de très gros sujets, à 3,20 chez des moyens, à 4,90 chez des jeunes, même = 1 : 6,30 chez certains jeunes particulièrement élancés. Épaisseur maximale, en avant, près du bout des pectorales, égale à la moitié ou même aux 3/5 de la hauteur du corps, chez des jeunes ; réduite, par contre, à près de ‘/4 de celle-ci, chez de vieux sujets. — Pédicule caudal plus ou moins étranglé, d’une hauteur, suivant les individus jeunes ou vieux, égale à Va ou Va de la hauteur du corps en avant, ou seulement à voire même à moins de % de celle-ci chez de très gros sujets.

Tête assez massive, large et haute, subarrondie en avant, quasiplane sur le front, d’une longueur latérale, au poisson sans la caudale, comme 1 : 3,35 — 3,90—4,35, selon les individus, vieux, moyens ou jeunes. — Museau arrondi, large et épais; narines doubles, généralement un peu plus près de l’œil que du bout du museau. — .Bouche terminale, fendue jusque dessous le bord antérieur ou la moitié de l’œil. — Mâchoires quasi-égales; l’inférieure, cependant volontiers un peu plus longue lorsque la gueule est ouverte, très épaisse et généralement plus ou moins crochue chez les mâles. — Maxillaire supérieur faisant suite, assez en arrière du nez ou bec, à un intermaxillaire assez large, et se prolongeant jusque assez avant sous l’œil, même plus ou moins au delà, chez certains jeunes surtout; de forme légèrement arquée, allongé et plutôt étroit, quoique doublé en arrière par un os supplé-

p. 124) il attribue à ce poisson, dans les lacs de Neuchâtel et de Bienne,

les noms de Rondelle et de Horizon qui sont ceux d’un petit Corégone

(Cor. exiguus, Bondélla) et d’un Cyprin (Squalius leuciscus).

mentaire externe et un peu élargi près de sou extrémité postérieure. — Opercule lisse, subcarré et relativement petit; sous-opercule large. — Œil rond et petit, d’un diamètre, à la longueur latérale de la tête,' comme 1 : 8, même 8,30, chez de vieux sujets, comme ! : 5 chez des sujets moyens, et comme 1 : 4,10 chez des jeunes. — Espace préorbitaire à peu près égal à l’œil chez de très jeunes individus, mesurant par contre jusqu’à 3 diamètres au moins de celui-ci chez de vieux sujets. — Interorbitaire à peine plus large que l’œil chez de petits exemplaires, presque moitié plus grand chez des sujets de taille moyenne, égal environ à deux et demi diamètres oculaires chez des vieux.

Branchiospines plutôt courtes, au nombre ordinaire de 21 à 27 sur le premier arc ; les plus grandes, vis-à-vis de celui-ci, comme 1 : 6,70—9,20, avec des denticules latéraux médiocrement nombreux, assez déliés.

Bayons branchiostèges au nombre de 10 à 12.

Dents en nombre assez variable chez divers individus; assez fortes, généralement sur un rang, quasi-droites ou légèrement crochues ou inclinées en dedans et de hauteur assez égale, sur l’intermaxillaire (souvent 5 à 8, d’un côté), sur le maxillaire supérieur (souvent 14-21) et sur la mâchoire inférieure (souvent 11-15); d’autres, sur une rangée aussi, mais un peu plus petites, suivies palatins (souvent 11-16). 3 à 5 assez fortes et crochues de chaque côté sur la langue, les postérieures les plus grandes; une série d’autres plus couchées et plus petites, en arrière des linguales, sur l’hyoïde, les dernières souvent par deux ou alternantes, jusqu’au niveau du troisième arc branchial à peu près (volontiers 17 à 26). Sur les pharyngiens supérieurs et inférieurs, des groupes de dents plus petites encore. Enfin, sur le vomer, 3 à 6 (plus rarement 7) dents plus ou moins fortes et crochues, disposées en V transversal sous le bord inférieur de la tête ou du chevron de l’os.

Yomer large et assez court, composé d’une tête ou chevron, large palette pentagonale en avant, et d’un corps en dessous, plus étroit, plus ou moins acuminé en arrière, faisant suite à un col plus ou moins étranglé dans le bas âge, avec

SALVELINUS UMBLA.

une longueur d’ordinaire une et demie à deux fois celle de la tête de l’os, cliez l’adulte. Les dents, disposées en forme de V, les plus grandes en avant, sur deux ou trois rangs superposés, sont portées par une forte saillie de l’os, tout au bas du chevron ; il n’y en a jamais sur le corps même du vomer, en dessous. Les dentitions les plus complètes présentent 5 ou 6 dents (2, 2, 1 ou 3, 2, 1), exceptionnellement 7, selon Siebold (1. c. p. 280); on ne trouve quelquefois que trois ou quatre dents en tout (2, 1 ou 2, 2). — (Yoy. PL III, fig. 26, le vomer de face d’un jeune de taille moyenne du Léman, et fig. 27, le vomer de profil et plus acuminé d’un jeune plus petit du lac de Zoug.)

Nageoires : caudale courte, bien échancrée et à lobes subégaux plus ou moins acuminés ou subarrondis chez des jeunes, relativement peu échancrée chez l’adulte, à peu près droite sur la tranche, parfois même subconvexe chez de vieux sujets; d’une longueur, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 6,20—7,70, selon les individus jeunes ou vieux; les rayons médians 2/s à Vio du pluè grand externe; de nombreux petits rayons décroissants h la base du grand externe, en haut et en bas, souvent 6 sur 7, ou 8 ou 9 sur 7). — Dorsale ayant son origine à peu près au milieu de la longueur du poisson sans la caudale ou un peu en avant, subcarrée, peu ou médiocrement déclive et quasi-droite ou légèrement concave sur la tranche, avec une élévation variant entre Va et 3/s de la longueur latérale de la tête, et une longueur basilaire passablement moindre, surtout chez les jeunes; le grand rayon simple souvent un-peu plus court que le premier divisé. — Anale un peu plus basse et un peu plus déclive que la dorsale et de forme subcarrée aussi, quoique généralement plus haute que large. — Ventrales naissant à peu près sous le milieu de la dorsale, assez larges, subtriangulaires et relativement courtes, soit laissant, entre leur extrémité et l’anus, un espace variant le plus souvent entre 3/5 et 2/3 ou 3/4 de leur longueur, avec le second ou grand rayon simple généralement bien plus court que le premier divisé, parfois de près de un quart. — Pectorales plus grandes, assez larges et médiocrement acuminées,

atteignant d’ordinaire, renversées, au bord antérieur de l’œil ou à la narine. — Adipeuse recourbée ou arrondie, assez haute et épaisse, un peu étranglée à la base et plutôt courte.

Les diverses nageoires, les paires surtout, volontiers plus fortes chez les mâles que chez les femelles, à âge égal ; quoique avec des exceptions individuelles. Les inférieures généralement épaisses ou comme empâtées et pâles sur les premiers rayons.

Écailles solides, nombreuses, très petites, minces, et généralement plus longues que hautes; plus arrondies sur les parties antérieures du corps, plus ovales et allongées, ainsi que plus imbriquées sur les parties postérieures. Celles voisines de la ligne latérale généralement ovales et les plus grandes. Une squame moyenne latérale d’une surface souvent '/o à 712 de celle de la pupille de l’œil, chez des individus moyens de 0m,40 ou 0m,30; celles du ventre bien plus petites encore.

La ligne latérale, quasi-droite, passant aux 2/3 environ de la hauteur du corps, composée de petites lamelles squameuses ovalaires, noyées dans la peau, entre les rangées d’écailles supérieures et inférieures, et ne laissant paraître entre celles-ci presque de même longueur mais moins étroites et se recouvrant davantage, que leur grand tubule large et saillant, à peu près en forme de bouteille (voy. PI. IY, fig. 13). Le nombre des tubules d’ordinaire passablement inférieur au total des écailles sur la ligne latérale, les squames tubulées étant souvent séparées par une écaille simple. C’est ce qui explique en partie les grandes différences entre données de divers auteurs : 100 à 130 ou 200 à 220, selon la manière de compter. Les chiffres 94-98 fournis par Jurîne, pour l’Omble du Léman, me paraissent un minimum rare dans nos eaux, même pour ce lac.

Tout le corps, ainsi que les nageoires, recouvert d’un épiderme muqueux dissimulant, soit en partie les écailles, soit les points de contact de bien des petites pièces céphaliques.

Coloration variant beaucoup avec les époques, l’âge, le sexe et les conditions :

SALVELliNUS UMBLA.

En dehors de V époque des amours : les faces dorsales et le haut des flancs généralement d’un gris olivâtre, souvent avec des reflets lilacés ou bleuâtres; les côtés du corps d’un gris argenté pâle ou, comme les faces inférieures, d’un blanc laiteux plus ou moins argenté, jaunâtres ou légèrement rosâtres. Le dos et les flancs parfois sans taches, le plus souvent semés plus ou moins de points pâles, soit de petites macules arrondies, blanchâtres, jaunâtres ou rougeâtres, ou à. reflets bleuâtres, ou entourées d’une auréole claire, ou encore pâles avec un point rougeâtre au centre ; les côtés de la tête volontiers un peu irisés; souvent une tache bleue ou noirâtre sur les côtés du museau. Les nageoires dorsale et caudale d’un gris jaunâtre; les inférieures jaunes ou jaunâtres, avec les premiers rayons pâles. Iris d’un blanc argenté jaunâtre et plus ou moins mâchuré. — La femelle généralement moins colorée que le mâle. — Les jeunes volontiers plus pâles et souvent plus tachetés de clair.

Livrée de noces , chez les mâles : les faces supérieures généralement plus sombres, d’un gris- olivâtre plus ou moins foncé, avec ou sans taches charbonneuses ou noirâtres, voire même parfois d’un bronzé noirâtre ; les faces latérales et inférieures d’un jaune orangé ou d’un orangé rougeâtre; les petites macules claires alors plus ou moins dissimulées ou apparentes sur le dos et les flancs. Les parties latérales et inférieures de la tête, ainsi que la mandibule et les branchiostèges, d’un noir verdâtre ou noires. La dorsale brunâtre, plus ou moins maculée oumâchurée de noir; la caudale grise ou noirâtre, souvent un peu blanchâtre sur les côtés et plus ou moins lavée d’orangé vers le centre; les pectorales, les ventrales et l’anale, d’un orangé rougeâtre, avec les premiers rayons comme empâtés dans une enveloppe semicartilagineuse d’un blanc pur tranchant vivement sur la couleur orangée. L’iris volontiers brun, avec un cercle doré autour de la pupille.

Femelles en noces : leur livrée, moins variable, est assez généralement grise ou beaucoup plus pâle. Cependant, elle se rapproche un peu de celle du mâle, à l’époque du rut, chez de vieilles femelles ; celles-ci présentent alors parfois quel-

ques taches noirâtres sur le clos, pendant que les faces latérales et inférieures, volontiers chez elles argentées ou blanches, deviennent alors plus ou moins roses au jaunes.

Lunel donne de belles planches coloriées de l’espèce et décrit un certain nombre de [variétés accidentelles de la livrée chez ce poisson dans le Léman.

Taille très différente, à âge égal, dans les divers lacs du pays. Des individus du poids de 5 à 6 livres passent pour de beaux sujets dans beaucoup des lacs de Suisse et d’Autriche, et des exemplaires pesant 10 à 15 livres, avec 2 pieds (0m,65) environ de longueur totale, y sont considérés comme de rares exceptions. Heckel (Süsswasserfische, p. 283) parle cependant de Saiblinge de 18 à 20 livres, dans les Fuschler et ïïintersee, en Autriche; et Jurine (Poissons du Léman, p. 183) rapporte qu’on dit avoir pris autrefois des Ombles de 25 à 30 livres dans le Léman, en ajoutant toutefois qu’il n’en a pas vu lui-même de plus de 12 livres. — Quoiqu’il en soit, c’est bien dans le Léman que l’espèce semble acquérir aujourd’hui les plus grandes dimensions, en Suisse au moins, et c’est à ce fait surtout qu’il faut attribuer l’erreur de bien des auteurs qui, déjà depuis Gessner \ ont cru y trouver une espèce particulière. J’ai mesuré moi-même des individus, mâles provenant de ce lac, de 0m,740 et 0m,850 de longueur totale, avec un poids, le premier de 7 kilog. , le dernier de 8 kilog. 750 2, soit 17 1/2 livres. Un marchand de comestibles de Genève m’a assuré avoir reçu autrefois d’Yvoire, sur le même lac, un individu pesant jusqu’à vingt livres.

Selon Perrot et Droz (Informations manuscrites, 1811), l’Omble ou Amble ne dépasserait pas 10 à 11 livres dans le lac de Neuchâtel. Au dire de plusieurs pêcheurs, la Roth fôrne atteindrait très rarement 10 livres dans le lac des

1 Gessner (Fischbuch, 190 et 191) distinguait, d’après la taille, trois espèces de Rôtelin : Umbla minor; TJitibla major , sive Salmo Lemanni lacus , et Umbla maxima , vel Salmo alter Lemanni lacus.

2 Ces deux grands sujets ont été pris en temps de frai, près d’Yvoire, rive savoyarde du Léman, le premier au commencement de mars 1885, le second dans les premiers jours d’avril 1888.

SALVEL1NUS UMBLA.

Quatre-Cantons ; un poids de 6 à 7 livres serait déjà exceptionnel pour les lacs de Brienz et de Tlioune. LeBothel n’arriverait également qu’exceptionnellement au poids de 7 ou 7 V2 livres dans le lac de Zoug, où, suivant les gens du métier et selon les notes de J. -A. Stadler (1865), la plupart des adultes demeureraient plutôt entre 1 Va et 3 livres. Enfin, à en croire les données de Steinmüller, de Hartmann, de Schinz, de Rapp et de quelques pêcheurs, l’espèce ne dépasserait guère 4 à 5 livres dans les lacs de Zurich et de Wallenstadt, voire même de 2 à 3 livres dans celui de Constance.

Vertèbres au nombre de 62 à 65, dont volontiers 34 à 35 costales. — Tube digestif plutôt court et gros, souvent de la longueur du poisson ou à peu près; l’estomac en forme de sac un peu charnu, suivi d’appendices pyloriques assez nombreux et allongés, le plus souvent au nombre de 30 à 40. — Vessie natatoire simple, remplissant à peu près la cavité viscérale, atténuée dans la partie postérieure, large et arrondie en avant et reliée à l’oesophage. — Un groupe de pseudobranchies pectinées, assez allongées, derrière le postorbitaire. — Ovaires et testicules doubles.

La grande variabilité de notre Omble en diverses conditions d’habitat, ainsi que les différences parfois si frappantes qu’il peut présenter, quant aux proportions diverses et à la livrée, à différents âges et en différentes saisons, jusque dans un même milieu, ont trompé jusqu’ici la plupart des ichthyologistes qui n’ont pas eu entre les mains tous les degrés transitoires entre formes opposées. Atteignant, dans des eaux plus ou moins favorables, des dimensions plus ou moins fortes, il peut, avec des formes plus ou moins ramassées ou allongées, présenter, suivant les cas, les caractères morphologiques plus ou moins accusés des vieux, des adultes moyens, ou des jeunes et petits sujets.

Comme Rapp et de Siebold, je ne trouve dans les descriptions spécifiques des Salmo TJmbla et S. salvelinus de divers auteurs, Hartmann, Heckel et Ivner, et Güntker entre autres, aucun

caractère différentiel qui ne puisse être attribué à une question d’âge ou d’habitat, qui atteigne même l’importance des différences que j’ai ci-dessus indiquées entre jeunes et vieux, jusque dans un même lac. Les disproportions énormes que j’ai signalées, à âges différents, dans les rapports de hauteur et de longueur du corps, dans ceux de la tête vis-à-vis de ce dernier, et dans ceux de l’œil et du préorbitaire vis-à-vis de la tête, ainsi que dans les formes de la caudale, enlèvent toute valeur aiux caractères basés sur ces proportions comparées. Les ligures données par Gessner (Mschbuéh, fol. 190 et 191) de ses trois espèces d’ TJmblci, minor, major et maxima , montraient déjà clairement, il y a trois siècles, les grandes transformations qui accompagnent, avec l’âge, l’accroissement de la taille.

Les différences que nous avons constatées également dans la livrée, selon les sexes et en diverses saisons, suffisent à expliquer aussi les- erreurs, soit de Bloch, qui décrit et figure séparément, sous les noms de Salvelinus et d’ Umbla, d’abord le mâle, puis la femelle de notre espèce; soit de Heckel et Kner, quand (Süsswasserfische, p. 2S5), en relevant les principaux caractères différentiels de leur S. salvelinus d’Autriche et de leur 8. UmMa des lacs suisses, ils disent péremptoirement, mais à tort, que le dernier n’a jamais le ventre rouge. L’importance des taches foncées et des points clairs plus ou moins apparents, parfois même absents, varie aussi à tout âge et en diverses conditions. Le nombre des écailles diffère à son tour chez notre S. Unibla dans un même lac, au moins autant qu’entre les deux prétendues espèces ci-dessus. Les dimensions des dents varient également assez, soit avec l’âge, soit d’individu à individu. Enfin, les formes du voraer, ramassé ou plus allongé et acuminé, et plus ou moins étranglé, me semblent tenir surtout à une question d’âge plus ou moins avancé.

La présence exceptionnelle d’une septième petite dent vomérienne, signalée par Heckel et Kner et de Siebold, dent que je n’ai pas retrouvée chez les individus par moi examinés, me paraît ici sans valeur, en face de la variabilité constante des

1 Lunel, 1. c. p. 135 et 136, décrit un grand nombre de variantes de la livrée chez l’Omble-Chevalier du Léman.

SÀLYELINUS UMBLA.

dites dents. (3-6) chez les représentants de l’espèce dans nos eaux.

Le Rôthel du lac de Zoug, dit généralement Zugerrbtheli tant qu’il est de petites dimensions, ne diffère en rien du Ritter , de la Rothforelle ou de 1’ Omble-Chevalier de nos autres lacs suisses, bien que les pêcheurs de Zoug et quelques personnes dans le pays persistent à croire qu’il est d’espèce locale tout à fait particulière. Ses formes plutôt élancées, les taches claires assez constantes de son manteau et l’époque de son frai, qui devraient en particulier le faire distinguer de l’Omble ( SalveUnus Umbla) d’autres bassins suisses, se retrouvent aussi à des âges différents et dans plusieurs de nos lacs. Les formes et la couleur, ainsi que l’époque de reproduction, varient en effet énormément dans toutes nos eaux, avec les conditions de milieu. Les quelques individus du Zugerrotheli que j’ai comparés avec des sujets de même taille de diverses provenances ne m’ont présenté aucun caractère différentiel important. J’ai trouvé dans le Léman de jeunes Ombles-Chevaliers tout aussi élancés, avec les mêmes rapports de proportions de la tête au corps et de l’œil à la tête. Le pointillé de la livrée m’a paru varier d’importance jusque dans le lac de Zoug même.

Le maxillaire supérieur, dépassant souvent un peu l’œil chez le Zugerrotheli, présente aussi parfois les mêmes rapports chez des Umbla d’autres provenances, surtout aux mêmes petites dimensions. II n’y a pas jusqu’aux formes du vomer, volontiers un peu plus étroites, plus étranglées au col et plus acumiuées en arrière que je n’aie retrouvées, comme je l’ai dit, chez des jeunes de l’ Umbla d’autres lacs.

Au reste, le Zugerrotheli devient, avec l’âge, le Rothel du même lac, qui pèse jusqu’à 5, 6, parfois même 7 l/2 livres, et est alors de plus en plus semblable à l’ Umbla de même taille d’autres bassins. Les pêcheurs, qui tiennent à la distinction de leur espèce locale, affirment, il est vrai, que les gros individus ne sont pas de même sorte que les petits ; mais ils ne sauraient distinguer parfaitement les jeunes des deux prétendues espèces. Les petits sujets qui m’ont- été donnés comme devant représenter les deux formes étaient, à l’exception de la taille un peu différente et des quelques disproportions résultant de celle-ci, en

tout semblables sur tous les points de quelque importance. Des différences de taille et de proportions, à âge égal, proviennent souvent, comme chez d’autres poissons, la Truite en particulier, ou d’une alimentation plus ou moins riche, ou de l’âge et des dimensions différentes des mères qui ont donné naissance aux jeunes individus comparés.

Le Salvelinm Umbla des lacs de Zoug et Égeri présente cependant, à d’autres égards, un intérêt particulier, en ce sens qu’il paraît donner assez souvent naissance à une forme stérile de l’espèce qui, sous le nom local de Zwick , fait à peu près le pendant de la Truite distinguée dans nos lacs sous les noms de Schtveb et de Sïlber for elle. Dans le mémoire manuscrit cité plus haut du pêcheur Anton Stadler de Zoug (1865), le Zwick est indiqué comme rare, comme portant des écailles plus petites que le Rôthel ordinaire, comme plus délicat, soit mourant généralement en réservoir peu d’heures après sa capture, et comme devant frayer probablement à une époque plus hâtive. Le Dr F. Kaiser de Zoug, excellent observateur, m’a assuré de son côté que l’on rencontre assez souvent, dans ce lac, des sujets du Rothél qui, connus sous le nom de Zwick, ne portent jamais d’œufs et qu’il considère comme une forme stérile de l’espèce. Je regrette de n’avoir pu me procurer de semblables sujets, pour les soumettre à un examen plus détaillé et voir s’il n’y avait pas peut-être chez eux des indices de bâtardise '.

Heckel (Beitrâge zu don Gattungcn Salmo, etc.) avait créé, sur des variétés de Y Umbla et sous les noms de S. distichus et S . monostichus, deux espèces qu’il a lui-même rangées par la suite dans la synonymie de notre espèce unique.

De Siebold (Süsswasserfische, p. 287) a signalé l’erreur de Bloch qui a décrit, sous le nom de S. Goedenü, une femelle à museau relativement obtus du S. salvelinus , et a montré comment divers auteurs ont tour à tour rangé sous le même nom de S. Goedenü : un jeune Salmo Salar, un individu de la Traita Traita et une Truite ordinaire Trutta Fario.

1 Hartmann : Helv. Ichtkyol, p. 130, avait déjà signalé, d’après les pêcheurs, la présence d’individus asexués ( Geschlechtslose ) de son S. salvelinus , dans le lac d’Egeri.

SALVELINUS UMBLÀ.

Plusieurs ichthyologistes ont successivement décrit sous les noms de Salmo alpinus et de Alpforelle : les uns, comme Linné, Nilsson et Yarrell \ une forme de l’Omble propre aux régions septentrionales de notre continent; les autres, comme Schrank et Meidinger1 2, le ScMing d’Autriche ; d’autres encore, comme Wartmann et Bloch 3 4 5, une simple variété alpine de notre Truite de ruisseaux, JBachforelle. Günther, qui conserve le rang d’espèce au dit Salmo alpinus de l’Ecosse, de l’Islande et de la péninsule Scandinave, ne lui attribue dans sa diagnose (Catal. of Fishes, VI, p. 127), à l’exception d’un total de vertèbres un peu inférieur, aucun caractère qui ne soit également applicable au Salvelinus de l’Europe moyenne et de la Suisse. Si l’on rapproche la fréquente réduction des vertèbres chez V Alpinus , 59 à 62 selon Günther, au lieu de 62 à 65 chez notre Umbla , de l’élévation par contre plus grande du nombre des écailles eu dessus et en dessous de la ligne latérale chez le dit Alpinus, 36/40 selon Mêla dans ses vertébrés de Finlande ( Vert, Fennica, p. 343), au lieu de 30—34/28—34 chez notre Umbla, il semble que l’on puisse reconnaître peut-être dans cette forme septentrionale une sous-espèce géographique (b) de notre Salvelinus Umbla (et) ; cependant, il importerait de connaître la fréquence relative du minimum dans les vertèbres, et de savoir si le maximum (l’écailles en dessous de la ligne latérale n’a pas été compté jusqu’au milieu du ventre. Je crois pouvoir émettre les mêmes doutes, eu égard h la valeur spécifique de plusieurs des espèces créées par Günther pour les lacs des îles britanniques, aux dépens des Ombles connus en anglais sous le nom de Cliarr ', et de quelques formes d’Islande et de Norvège \

Plusieurs individus provenant de Norvège et étiquetés Salmo salvelinus par Valenciennes, au Muséum de Paris, m’ont paru

1 Yarrell, Charr , Brit. Fish. 3e édit., p. 241.

2 Schrank : Beitrag zur Naturgeschichte des Salmo alpinus, p. 297.

— Meidinger : Icônes piscium Austriæ indigenorum, II, Tab. 19.

3 Wartmann : Alpforelle aus dem Seealper See, Salmo alpinus ; in den Schriften der Berlinischen Gesell. naturf. Freunde, IV, 1783, p. 69.

— Bloch , Fisclie Deutschlands, III, p. 155, Taf. 102.

4 S. Killinensis , Wilhigbii, Perisii , Grayi , Colii (Günther, Catal. IV).

5 S. nivalis , Carbonarius , Butilus (Günther, 1. c.).

en tout semblables à notre Umbla ; un seul, de taille en dessous de la moyenne et portant le nom de S. cdpinus * m’a paru différer un peu, avec un manteau noirâtre plus sombre, des dents relativement fortes, un maxillaire supérieur étroit dépassant l’œil d’un demi-diamètre, et des nageoires un peu plus grandes.

Le S. Umbla habite les lacs de Suisse, de Savoie, de Bavière, d’Autriche, des Iles britanniques, d’Islande, de Suède, de Norvège, de Finlande et de Laponie. Canestrini le signale, sous le nom de Salmarino , comme habitant, au nord de l’Italie, le lac Tevolo, où il paraît à peu près isolé. On le trouve plus ou moins abondamment en Suisse dans tous les lacs d’une certaine importance, au nord des Alpes, comme ceux du Léman, de Neuchâtel, de Lucerne, de Baldegg, de Thoune, de Brienz, de Zoug, d’Égeri, de Zurich, de Wallenstadt et de Constance \ Je n’ai pu moi-meme constater sa présence dans ceux de Hallwyl, de Sarnen, de Lungern, de Bienne et de Morat. D’après les données de Perrot et Droz et de quelques pêcheurs, l’Omble ferait défaut aux deux derniers, où quelques auteurs l’auraient cité par erreur. De nombreux alevins du Rôtheli des lacs de Zoug et Égeri ont été transportés, entre 1882 et 1888, dans les lacs de Baldegg, Lucerne, Thoune, Brienz, Zurich, Constance et de Sempach où il est nouveau, ainsi que (en 1882) dans un petit lac alpin sur la Lenzerheide , à près de 1500 mètres dans les Grisons. L’espèce manque jusqu’ici à nos lacs du Tessin, au sud des Alpes; on se propose, dit-on, de l’y introduire bientôt.

Souvent confondu avec la Truite de ruisseaux, Bach, Berg ou Alpforélle , notre poisson est censé habiter les petits lacs élevés de nos Alpes; Tschudi cite même le Lago Cavloccio, sur le territoire de Maira dans le Murrethal, à 1900 mètres environ, comme l’habitat supérieur de l’espèce en Suisse. Je dois avouer pourtant que je ne l’ai jamais rencontré jusqu’ici au-dessus de 800 mètres s/m. dans le pays, et que son défaut dans les

1 Ogérien (H. N. du Jura) dit que le Salmo Umbla se trouve quelquefois dans le Doubs. Il y a peut-être là quelque erreur; car Olivier ne cite pas cette espèce dans sa Faune du Doubs, en 18S3.

SALVE LINUS UMBLA.

eaux courantes, au moins dans nos conditions, semble contraire à ridée de migrations naturelles de ce poisson vers les régions supérieures. Cette citation, que je n’ai pu vérifier, doit-elle être attribuée à quelque transport artificiel, ou plutôt à une confusion avec la petite Truite de nos Alpes.

Notre Omble-Chevalier, Ritter ou Rôtliel, 11e s’écarte guère, sauf en temps de frai, des profondeurs de nos lacs ; il ne s’engage qu’accidentellement dans nos eaux courantes, et les jeunes seuls remontent parfois un peu vers la surface, durant la belle saison. Sa taille varie, comme je l’ai dit, énormément d’un lac à l’autre, et 1e- Léman paraît, dans notre pays, sinon le lac ou il pullule le plus, au moins celui oii il atteint de beaucoup les plus fortes dimensions. Les différences d’habitat qui influent sur les proportions de l’espèce, influent aussi beaucoup sur l’époque de son frai; c’est même à cette double action des conditions de milieu qu’il faut attribuer la plupart des distinctions spécifiques que bien des pêcheurs et des auteurs ont cru pouvoir faire entre Ombles de diverses provenances.

Pour plusieurs des lacs des parties centrales et orientales du pays, comme Thoune, Brienz, Lucerne, Zôug, Zurich et Constance, l’époque de frai est généralement plus ou moins tôt ou tard, en novembre ou en décembre, bien que l’on rencontre parfois des individus déjà prêts à pondre en octobre, exceptionnellement même à la fin de septembre. Dans les lacs jurassiques et occidentaux, le temps ordinaire de la ponte est de plus en plus retardé. L’Omble fraie, suivant les places, dans le lac de Neuchâtel, parfois déjà en novembre, le plus souvent en décembre ou janvier, voire même jusqu’en février. Dans le Léman, où les principales frayères se trouvent devant Yvoire (rive savoyarde), le grand moment du frai, quoique assez variable avec les années et la température des eaux, tombe généralement, plus tard encore, sur les mois de février et mars; j’ai même trouvé, dans les printemps froids, des femelles avec des œufs encore dans les premiers jours d’avril. Ainsi l’Omble peut frayer normalement pendant 8 mois de l’année; voire même accidentellement dans presque tous les mois, dans des conditions différentes, dans des circonstances particulières et à divers âges, comme on peut le déduire des observations suivantes : le Dv P. Youga m’a écrit qu’il a pris

souvent, en été, dans le lac de Neuchâtel, de jeunes Ombles de 0,n15— 20 au plus, en livrée de noces et déjà avec des laites ou avec quelques gros œufs en complète maturité. M. Lunel a signalé, le 2 août 1888, à la Société de physique de Genève, que beaucoup à' Ombles ont frayé cette année-là, dans leurs lieux accoutumés, à Yvoire, en juin et juillet; une femelle de 2 kilog., qu’iba examinée, contenait des œufs mûrs ; un mâle de 6 Va kilog. portait des laites mûres aussi, avec la livrée de noces. La saison avait, été mauvaise auparavant.

A l’époque des amours, l’Omble quitte les plus grands fonds pour remonter un peu du côté des rives et venir pondre, volontiers sur fond pierreux ou caillouteux, près de l’embouchure de quelque rivière, à une profondeur moindre : suivant les localités sous 20, 30, 60, parfois même 80 mètres d’eau. Les pêcheurs connaissent si bien cette préférence de l’Omble pour les endroits caillouteux, qu’ils jettent eux-mêmes au fond de l’eau des chargements de pierres, pour établir des places de frai et faciliter leur pêche. Les œufs, plutôt peu nombreux, sont janneset presque aussi gros que ceux de la Truite ; A. Stadler, de Zoug, en attribue 7 à 800 à une femelle de taille moyenne (probablement une livre); Lunel en a compté 4108 chez une femelle de 8 livres (4 kilog.). Les œufs mûrs que j’ai mesurés variaient en diamètre de 4mm à 4mm,5. L’incubation dure généralement 65 à 72 jours; mais la croissance varie beaucoup avec les conditions de milieu plus ou moins favorables et l’abondance relative des éléments nutritifs, vers, insectes, mollusques et petits poissons qui servent de principale nourriture à T Omble-Chevalier.

La pêche se fait, selon les localités, avec le grand filet, avec des filets dormants, ou avec des lignes de fond amorcées de petits poissons vivants. C’est surtout sur les places de frai et à l’époque de la ponte qu’elle donne les plus brillants résultats; les pêcheurs, intéressés, assurent que c’est alors que la chaude ce poisson est de beaucoup la meilleure. On prend aussi bien des Ombles en divers lacs, pendant la belle saison ; mais il faut alors les aller chercher beaucoup plus profondément, souvent sous 100 à 200 mètres d’eau. De bons observateurs affirment que les Ombles pris en hiver ( Winterrothel) se conservent facilement des mois, des années même, vivants en réservoir, tandis que ceux pêchés en été ( Sommerrothel ) résisteraient beaucoup

SALVELINUS UMBLA.

moins; cela tient probablement à la question clés profondeurs différentes où ils sont pris.

On fait dans quelques lacs, particulièrement à Zoug, un grand commerce des œufs artificiellement fécondés de cette espèce, qui sont expédiés annuellement par milliers, soit à d’autres lacs du pays, comme nous l’avons dit, soit à divers établissements de pisciculture étrangers. Le poisson lui-même, quoique de chair très savoureuse et justement appréciée, fait cependant l’objet d’une exportation beaucoup moins, étendue que la Truite, probablement à cause de sa consistance moins ferme et moins résistante.

Bâtards : On a fabriqué assez souvent des bâtards de l’Omble avec le Saumon et avec la Truite. Quelques métis, de 15 à 25 centimètres, de l’Omble et de la Truite m’ont paru présenter une livrée plus chamarrée, parfois ornée de larges taches ocellées plus ou moins confluentes, pour ainsi dire léopardée. Ces métis passent pour excellents, mais ne semblent pas se reproduire facilement1.

Comme tous les Salmonidés, l’Omble est affecté de divers parasites, Crustacés suceurs 2 et surtout Helminthes 3.

Deux mots, maintenant, de quelques espèces étrangères récemment importées et qu’il faut pouvoir reconnaître par la suite.

1 Un individu donné comme bâtard, m’a présenté un vomer allongé, avec de nombreuses dents en zigzags sur le corps de l’os, ainsi que chez la Truite. 11 est probable cependant que l’on doit trouver quelquefois des formes de dentitions intermédiaires entre celles des espèces mères.

2 Lerneopoda salmonea (Major).

3 On a cité, en divers pays, comme Helminthes parasites du S. Umbla (Ag.) les : Distomum seriale (Rud.) dans les reins (Groenland); B. laurea-

(Zeder) dans l’intestin. — Tœnia longicollis (Rud.) dans les intestins et le foie. — Bothriocephalus Salmonis Umblæ (Kôlliker), dans les intestins. — Bibothrium infundibuliforme (Rud.), dans les appendices pyloriques et les intestins. — Comme plus particulièrement parasites dudit S. salvelinus (Linné) : le même Bibothrium infundibuliforme , ainsi que les : Echinorhynchus Proteus (Westr ), dans l’estomac, et Ligula digramma et Monogramma (Crépi. ), dans la cavité abdominale.

Dans une étude sur les Vers parasites des poissons d’eau douce (1884)

FAUNE DES VEHTEBKES

j Espèce importée cV Amérique.

SALMON-TROUT — GREAT LAKE TROUT Saumon Namaycush.

Salvelinus Namaycush, Pennant.

Corps oblong, plutôt fort. Tête grande et quasi-pleine en dessus, relativement allongée et pointue en avant , égale à peu près à un quart de la longueur du corps ou un peu plus. Bouche terminale, très grande . Toutes dents fortes. Une série de dents sur Vos hyoïde, en arrière de la langue . Yomer assez large et relativement court , avec quelques dents en lignes transverses au bas du chevron et immédiatement en dessous \ Maodllaire supérieur dépassant notablement Vœil. Œil relativement grand . Préopercule étroit, presque sans bord inférieur. Ecailles très petites. Nageoires moyennes ; caudale plutôt courte, mais très profondément échancrée . — Manteau gris plus ou moins joncê, parfois noirâtre en dessus, plus clair sur les flancs , avec de petites taches arrondies pâles, souvent rougeâtres. — (Taille moyenne d! adultes et de vieux : Om,ôO — 1 mètre.)

le Dr Fritz Zschokke a en particulier signalé, chez le Salmo Umbla du lac Léman , les: Tcenia ocellata (Rud.), enkysté dans les intestins; T. longicollis (Rud.), enkysté dans le foie; T. Salmonis Umblœ (Zschokke), dans les intestins. — Triœnophorus nodulosus (Rud.), dans la cavité abdominale. — Bothrio. (Diboth.) infundibuliformis (Rud.), dans les appendices pyloriques. — Gyathocephalus truncatus (Pallas), dans les appendices pyloriques. — Distoma folium (Olfers), dans la vessie urinaire; D. tercticolle (Rud.), dans l’œsophage et l’estomac. — Ascaris truncatula (Rud.), enkysté dans le foie. — Echinorhynchus Proteus (Westr.), dans les intestins. — Enfin, un Tetrarhynchus , peut-être nouveau, enkysté dans la cavité abdominale.

1 Un jeune S. Namaycush , élevé à Genève, présentait un vomer large en avant, conique ou graduellement rétréci en arrière, un peu plus de deux fois aussi long que large. 11 portait 5 dents assez fortes en ligne concave trans verse au bas du chevron et deux dents assez petites en seconde ligne immédiatement au-dessous. — Günther ( Gatal . of Fishes , VI) a dû faire quelque confusion, alors qu’il a classé le Namaycush parmi ses véritables Salmones , et quand il a dit (p. 123) : dents du vomer persistant durant toute la vie du poisson et sur un seul rang.

(SALVELINl'S NAMAYCUSH.)

D. 4-5/9-10, A. 4-5/9-10, V. 2/8, P. 1/12-13, C. 19 maj.

Squ. L. lat. 185-205 1. — B. brchst. 12-14. — Vert. 63-04 2.

Salmo Namaycusii, Pennant , Arct. zool. II. p. 139; Richards. Faun. Bor.

Amer. III, p. 179, pl. 79; Günther , Catal. VI, p. 123. — S. Amethystinüs, MitcfS. Journ. Acad. N. S. Philad., 1818, I, p. 410. — Salar Namaycüsh, Cuis, et Val, , XXI, p. 348. — Salvelinus Namaycüsh, Jordan et Gilbert , Fishes of Xorth America, p. 317.

Le Namaycusii habite les grands lacs du nord des États-Unis, où il paraît mener une existence tout à fait sédentaire, et où il atteint des dimensions un peu supérieures à celles de notre Omble-Chevalier, jusqu’à 36 pouces selon Jordan et Gilbert (loc. cit.). On le dit peu difficile sur le choix des eaux; sa chair passe pour excellente. Sa queue profondément bifurquée permet de le distinguer à première vue, à l’état adulte, soit de notre espèce indigène, soit du S. fontinalis également importé dans nos eaux.

Des œufs embryonnés, reçus d’Amérique par la Confédération, ont été conhés à divers établissements de pisciculture en Suisse, et, en 1886, on mettait à l’eau : 7500 alevins de Namaycusii dans la Limmat, à Zurich; 7000 dans les lacs de Thoune et de Brienz; 8400 dans le lac de Zoug; 7638 dans le Rhône, à Genève, et 8239 dans le lac Majeur (au sud des Alpes), où il n’y avait point {L'Omble jusqu’alors. Enfin, M. le Dr Delachaux, président de la Société oberlandaise de pisciculture, m’écrivait d’Interlaken, le 17 avril 1888, qu’il avait fait transporter la même année (1886) quelques centaiues d’alevins de cette espèce dans les petits lacs élevés et voisins, dits Segisthalsee et Hinterburgsee (Berne, 1345,u s/m.), qui n’ont pas d’écoulement visible. Je n’ai pas ouï dire que l’on ait pris de. ces poissons, ni dans le Léman (Rhône), ni dans le Tessin, au sud des Alpes, ni dans nos divers lacs dépendant du Rhin, à

1 Selon Jordan et Gilbert. — Günther donne 220 sq. en ligne latérale.

2 Deux jeunes individus, élevés à Genève, que j’ai examinés, portaient, l’un 63, l’autre 64 vertèbres.

l’exception (le celui de Brienz. Le Dr Delachaux m’a avisé, en effet, dans la lettre en question, que trois individus de cette espèce américaine, du poids de 300 grammes environ, ont été capturés dans le lac de Brienz, en automne 1887.

Salvélini, groupe 2. Espèce importée cV Amérique.

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