LOTA VU LG A RIS
La Lotte habite, eu plus ou moins grande abondance, presque toutes les eaux douces de l’Europe, tant fleuves et rivières en divers bassins, que lacs, marais ou étangs, ainsi que les parties tempérées de l’hémisphère nord en Amérique. Elle se rencontre communément presque partout en Suisse, au sud comme au nord des Alpes, non seulement dans nos divers lacs inférieurs, mais encore dans la plupart de nos cours d’eau d’une certaine importance. Bien qu’elle ne remonte pas haut dans ces derniers, volontiers trop accidentés, elle se trouve cependant aussi dans plusieurs petits lacs alpins, où elle a été importée et où elle atteint, suivant les conditions plus ou moins favorables, des proportions très différentes. C’est ainsi qu’elle vit, entre autres : dans le lac de Joux, à 1,009“ s/m., dans le Jura vaudois, où elle atteint encore 4 à 4 1/2 livres (2 à 2 i/i kilog.) aux dépens de quelques autres poissons emprisonnés avec elle; dans le petit lac de Taras# , à 1,400“, dans la Basse-Engadine, où elle a été importée avant le XVIe siècle; dans le Schivarzsee de Davos, à l,500m, dans les Grisons 1 ; dans le Saxéler-See , près du Hochstollen, dans le canton d’Obwald, à 1,849“ ; dans le lac de EngsÜen, à 1852“, dans le canton de Berne; enfin, dans le lac du Gfrimsel, à 1,902“ au-dessus de la mer, dans le même canton. Je n’ai pas pu obtenir ce poisson de ce dernier lac, le point le plus élevé de l’habitat de cette espèce en Suisse, mais on m’assure qu’il s’y trouve encore.
Au reste, la Lotte n’est pas frileuse, et c’est plutôt à la pauvreté des eaux en ressources alimentaires qu’à leur température qu’elle paraît devoir son moindre développement dans plusieurs de nos petits bassins alpins. Si elle dépasse rarement un poids de 150 à 250 grammes, au-dessus de 1,800 mètres, comme au lac de Engstlen, par exemple, cela semble provenir surtout de ce qu’elle n’y trouve plus guère que des larves d’insectes pour toute nourriture.
J’ai dit, plus haut, que la Lotte ne se trouve pas dans les lacs de la Haute-Engadine, à 1,790“ s/m, contrairement au dire de plusieurs auteurs. Campell, au seizième siècle, dans son Historia
1 Tandis que Briigger ne signale pas la Lotte dans ses poissons des environs de Coire, beaucoup plus bas.
Bhaeüca \ signale par contre déjà cette espèce, 890 mètres plus bas, dans le petit lac de Tarasp de la même vallée, où il est probable qu’elle avait été importée avant 1577. Nous avons également discuté plus ou moins la croyance populaire qui refuse ce poisson au lac Léman, comme espèce autochtone, et le dit autrefois importé de Neuchâtel. Le principal argument en faveur de cette opinion réside dans le fait que la Lotte, pourtant si facile à reconnaître, ne ligure ni dans les dessins, ni dans les brèves descriptions que donne, en 1581, des poissons du Léman, le syndic Jean I)u Villard, sur une feuille conservée à la bibliothèque de Genève, avec la carte du lac dressée par le même auteur, en 1588, L’importation, s’il y a, serait donc postérieure à 1581, et Blanchet1 2 commet une erreur quand il dit que la Lotte doit avoir été introduite dans le Léman au XIVe siècle par les moines de S-Prex. Il cite en effet, à l’appui de son opinion, une soi-disant carte du lac par un M. Tronchin, antérieure à cette époque, qui devrait se trouver à la bibliothèque de Genève et qui ne fait pas mention de ce poisson ; tandis que la bibliothèque en question ne possède pas, pour le Léman, de carte plus ancienne que celle de Du Villard, de 1588, ci-dessus signalée. Hartmann 3 rapporte comme sujette à caution, d’après Bürnet (Beise durcli die Schweiz, 1086), une opinion qui ferait remonter l’introduction de la Lotte dans le Léman à l’année 1679. Après avoir constaté que la Lotte du Léman, bien qu’avec un faciès un peu particulier, se rapproche cependant plus de celle du lac de Neuchâtel que de celle des autres lacs suisses, je ne m’arrêterai pas davantage sur une question où des données certaines font complètement défaut.
La Lotte se tient de préférence au fond de l’eau, soit dans les rivières, soit dans les lacs, et souvent à de grandes profondeurs. Quoiqu’elle se nourrisse au besoin de vers et d’insectes, c’est surtout aux poissons et au frai de poisson qu’elle donne la préférence. Douée à la fois d’un appétit féroce et d’une grande
1 Le pasteur K. Campell, mort en 1582, écrivit une intéressante histoire des Grisons qui ne fut publiée que longtemps après lui.
* Histoire naturelle des environs de Vevey, 1843, p. 46.
3 Helv. Ichthyologie, p. 52.