INTRODUCTION. POISSONS. VISCÈRES. L1II
On rencontre aussi clés caractères différentiels utiles dans les formes de l’estomac plus ou moins en cul-de-sac, dans la présence (T appendices pyloriques plus ou moins développés et en plus ou moins grand nombre sur la première partie de l’intestin à sa sortie de l’estomac, comme chez nos Salmonidés, ou dans l’absence de ceux-ci, comme chez nos Cyprinidés, ainsi que dans la longueur du tube digestif, d’ordinaire plus ou moins forte suivant que l’alimentation est plus ou moins végétale ou animale.
Enfin , nous trouverons encore des différences importantes et caractéristiques dans l’examen un peu plus détaillé de la vessie aérienne, ou des ovaires et des testicules, chez nos espèces.
La vessie aérienne ou natatoire, parfois absente, ainsi que chez notre Chabot, peut en effet présenter des formes et dispositions bien differentes. Quelquefois elle est très petite et enveloppée dans une capsule osseuse dépendant de la colonne vertébrale, comme chez nos Loches ; plus souvent elle est grande et occupe même souvent toute la longueur de la cavité viscérale, soit libre comme chez les Cyprinidés, ou rattachée aux vertèbres comme chez notre Silure, soit divisée comme chez les premiers, ou simple comme chez nos Salmonidés. Elle peut être aussi sans relation avec l’extérieur, comme chez la Perche, ou mise en communication avec l’air libre par un canal plus ou moins développé joignant la partie antérieure du tube digestif, que celui-ci soit relié à l’œsophage, comme chez nos Cyprinidés et Salmonidés, ou au cul-de-sac de l’estomac comme chez nos Aloses.
Les développements différents et les communications plus ou moins faciles de ce réservoir intérieur avec l’extérieur attribuent à la vessie des rôles plus ou moins impor-
tants, soit quelquefois clans la respiration, par le fait d’une oxygénation possible du sang contre ses parois plus ou moins vasculaires, soit dans l’équilibre du poisson et par là dans ses allures ordinaires. Quelques expériences que j’ai faites, eu 1877’, sur diverses espèces en aquarium prouvent également la sensibilité pour ainsi dire thermobarométrique de ce réservoir gazeux interne, lequel est parfois, comme chez nos Loches, presque directement soumis aux influences extérieures par une fenêtre de la capsule qui l’enveloppe s’ouvrant sous la peau, sur le côté du corps (voy. part. II, pl. IY, fig. I).
IJ ovaire. qui distend souvent énormément les parois abdominales de la femelle, émet, suivant les espèces, des œufs de dimensions très différentes et plus ou moins nombreux. Il est parfois simple, comme chez notre Perche, le plus souvent double, comme chez la très grande majorité de nos poissons. Les testicules, laites , souvent aussi très développés à l’état de maturité, sont plus généralement doubles, sauf cependant chez les Lamproies, qui, mâles et femelles, n’ont qu’un seul organe de la génération, sur la ligne médiane. Pour beaucoup de nos espèces, les œufs, enveloppés comme dans un sac, sont conduits à l’extérieur par un canal spécial, véritable oviducte s’ouvrant tout près de l’anus ; chez certaines même, comme la Bouvière (Rhodeus amarus) parmi nos Cypriuidés, ils doivent passer un à un par un tube extérieur assez long qui se développe chez la femelle au moment du frai. Cependant, il en est d’autres, comme nos Salmonidés, chez lesquels les œufs mûrs tombent dans la cavité viscérale, d’où ils
1 De la variabilité de l’espèce , à propos de quelques poissons , Arcliiv. des Sc. phys. et nat., Genève, février 1877.
INTRODUCTION. POISSONS. RELATIONS. REPRODUCTION. l.V
sont chassés par les contractions des muscles abdominaux au travers de deux ouvertures en arrière de l’anus, ou comme les Cyclostomes, dont les œufs sont libres aussi dans la cavité abdominale et expulsés par les canaux péritonéaux. Nous aurons maintes fois l’occasion de voir que la durée du développement varie énormément, soit dans les poissons divers, soit chez une même espèce avec la température des eaux.
Organes de relation, et reproduction. Les sens sont bien développés chez la plupart de nos poissons ; Y œil plus ou moins grand et Y oreille sans appareil extérieur sont chez eux parfaitement conformés ; ils voient et entendent très bien, comme tout pêcheur en a pu faire cent fois l’expérience. La présence constante, des narines, généralement composées de deux ouvertures de chaque côté de la tête, sauf chez les Cyclostomes où il n’y en a qu’une médiane, paraît indiquer un odorat bien développé. Le goût, par contre, semble devoir être beaucoup moins exercé, car quantité de nos poissons avalent presque sans mâcher, sauf peut-être nos Cyprinidés qui exécutent avec leurs dents pharyngiennes une sorte de trituration. Le tact enfin, en dehors de la sensibilité générale ou parfois des extrémités molles de certaines nageoires, doit trouver des organes assez délicats dans les lèvres et surtout dans les barbillons qui ornent celles-ci chez différents poissons, chez nos Barbeaux, nos Loches, notre Silure et notre Lotte par exemple.
Les Poissons en général ont des instincts bien développés et des passions souvent très vives qui quelquefois leur font commettre de fatales imprudences ; citons, par exemple, le cas du Brochet qui, changeant trop rapidement
de pression, dans son ardeur à poursuivre une proie, se trouve parfois condamné à périr à la surface par la dilatation exagérée de sa vessie natatoii’e. Leurs allures en diverses circonstances sont dictées tour à tour par la recherche, ou de la nourriture nécessaire à la conservation de l’individu, ou des conditions favorables à la multiplication de l’espèce. Ils déploient fréquemment beaucoup de ruse et d’adresse, tantôt pour se procurer les moyens de subsistance, comme le Silure par exemple, dont on assure qu’il se cache et agite ses longs barbillons à la façon d’un ver, pour attirer les nigauds à portée de sa large gueule ; tantôt pour préparer un berceau à leur famille ou assurer le premier développement de leurs petits, comme les Epinoches, entre autres, qui construisent de véritables nids, ou comme la Bouvière qui, au moyen de son long tube oviducte extérieur, va déposer délicatement ses œufs entre les valves entre-bàillées de certains mollusques, Anodontes, chargés de couver pour ainsi dire ces précieux germes dans leur cavité branchiale.
Les jeux de l'amour sont souvent très mouvementés, et il n’est pas rare de voir des prétendants jaloux se livrer de terribles combats. Il n’y a pas du reste, nous l’avons dit, de véritable accouplement chez nos poissons ; la fécondation se fait extérieurement par l’intermédiaire du milieu ambiant. Le mâle très empressé féconde de sa laitance les œufs émis par la femelle, que ce soit dans quelque cavité préparée ad hoc, ou sur les herbes ou les pierres du bord, ou sur le limon du fond, ou encore entre deux eaux.
Caractères sexuels. Nous verrons que les mâles sont souvent plus trapus que les femelles et que les premiers se distinguent d’ordinaire des secondes, à l’époque du rut, par