INTRODUCTION. POISSONS. VARIABILITÉ. LIX
lierai à indiquer ici sommairement, parmi les modifications extérieures les plus frappantes, les quelques suivantes : proportions relatives de la tête et du corps, et formes de ceux-ci fort différentes; rapports de dimensions de l’œil vis-à-vis de la tête (de l’espace préorbitaire plus particulièrement) et des écailles très variables ; structure des dernières se compliquant de plus en plus ; formes de diverses pièces céphaliques (maxillaire et vomer entre autres) ainsi que de certaines nageoires, caudale surtout, se modifiant peu à peu, etc., etc.
Le niveau plus ou moins élevé de Yhahitat, qui modifie les conditions de température et d’alimentation, ainsi que la durée de la saison propice à la croissance, et les dimensions plus ou moins réduites du vase, lac ou cours d’eau, m’ont paru influer assez généralement sur le développement de l’individu; les représentants d’une espèce, en différentes familles, conservent d’ordinaire plus longtemps les formes et proportions du jeune âge dans les petits lacs et ruisseaux supérieurs de nos Alpes que dans les eaux plus vastes et plus riches de la plaine ou des vallées.
Les conditions d’existence varient, du reste, non seulement avec l’élévation et la plus ou moins grande liberté de circulation, mais encore, à un même niveau, avec mille circonstances dépendant de la nature des eaux, de leur fond, de leur profondeur, de leur flore et de leur faune, qui peuvent avoir une importante action sur les allures, sur les conditions de frai et sur les procédés de nutrition. Les formes et proportions générales s’en ressentent le plus souvent; tel ou tel caractère tiré de la disposition de la bouche, de la dentition, des écailles, des nageoires, etc., se modifiera plus ou moins par sélection ou nécessité d’adaptation. — Règle générale : une espèce varie
d’autant' plus qu’elle a une aire géographique plus étendue et que ses représentants se trouvent localisés dans plus de conditions différentes ; c’est ainsi que se sont formées et que se forment encore graduellement bien des espèces géographiques qui, aujourd’hui, méritent plus ou moins de porter des noms distincts. Nous en avons bien des exemples, non seulement dans nos poissons actuellement sédentaires, chez nos Corégones entre autres, depuis des siècles emprisonnés dans des bassins séparés; mais aussi, dans nos limites, chez des espèces qui ailleurs exécutent encore périodiquement des voyages de la mer dans les rivières et jusque dans certains lacs, et vice versa. C’est ainsi que YAlosa Finta, de plus en plus acclimatée dans quelques lacs de Lombardie et du Tessin au sud des Alpes, accidentellement même séparée de la mer Adriatique dans le lac de Lugano où elle vit aujourd’hui l’année entière, acquiert toujours plus, de son adaptation graduelle aux eaux douces, des caractères différentiels particuliers; caractères déjà capables de faire distinguer nos Agoni de Lugano des Cheppie qui, plus bas, remontent tous les ans de la mer.
Hybrides. Si c’est la réclusion qui favorise quelquefois la variabilité, c’est aussi elle qui fait les bâtards. Nous avons moins d’hybrides que d’autres pays parmi les Cyprinidés, parce que nos cours d’eau, fleuves et rivières, froids, rapides ou mouvementés et souvent plus on moins encaissés, ne présentent guère, comme ceux plus calmes, plus riches et plus réchauffés de France ou d’Allemagne, de petits bras ou bassins latéraux peu profonds, eaux mortes, Alttv tisser, etc., dans lesquels bien des espèces se trouvent souvent fortuitement réunies ou emprisonnées au moment des amours. Nous avons par contre davantage de bâtards ou