‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 50 sur 144 · l'alose feinte · texte numérisé non relu

l'alose feinte

Agone. — Cheppia.

Alosa Finta, Cuvier.

(et Yar. lacustria.)

Corps fusiforme et comprimé, généralement un peu plus élancé que chez V Alose ordinaire; tête conique, subconvexe, fortement pincée en dessous, volontiers un peu pins grande à âge égal . Maxillaire supérieur un peu moins développé en arrière de l'œil . Opercule moins rétréci dans le bas. Origine de la dorsale au-dessus de la base des ventrales, ou légèrement en avant. Branchiospines relativement moins effilées, moins serrées et moins nombreuses; le plus souvent 35 — 54, sur le premier arc branchial, chez V adulte grand ou moyen. Quelques taches noirâtres, ‘plus ou moins apparentes, en arrière de l'opercule, sur le haut des flancs. — (Taille moyenne d'adultes et de vieux : 0m,30 — 40 à 0m,50).

D. 4-5/13-16 S A. 3/18-20 (22)2, Y. 1/8, P. 1/13-15, C. 19 maj.

Sq. trans. 16-19; L. lat. 63-71. — Épines ventrales 38-41.

Vert. 59 (56) 8.

adunca (Rud.), dans l’estomac et l’intestin; - Agamonematodum Alausœ (Dies.j = (Newatoideum Alausœ , Molin), dans l’intestin; — Agamonema capsularia (Rud.), dans l’intestin; — Eckin o rhyn clms sab ulatus (Zeder), intestin; — Ocloplectanum lanceolatum (Dies.) = (Octocotyle lanceolata , Leuck.), sur les branchies; — Distomum uentricosum (Rud.), intestin; J), appendiculatum (Rud.), estomac et intestin; D. ochreatum (Rud.), intestin; — Scolex (Grymnoscolex) polymorphus (Rud.), dans le cæcum; — Dibotlmim fragile (Rud.), dans les appendices pyloriques et l’intestin.

1 Canestrini (Prosp. critico, p. 97) donne jusqu’à 19 rayons divisés à la dorsale, pour son Alosa vidgaris devant comprendre nos Alosa vulgaris et A. Finta.

51 Le chiffre 22 est donné par Moreau (Poissons de France, p. 456) pour la Feinte de la Méditerranée. — Canestrini donne jusqu’à 24, comme à l 'Alosa vulgaris qu’il confond avec cette seconde espèce.

3 56, selon Güntker (Catal. of Fishes, VIII, p. 435).

ALOSA FINTA.

Clupea alosa, Linné, Syst. Nat. I, éd. 12, p. 523 (pari.). — Bloch, Fische Deutschl. I, p. 209 {part.). — Risso. Iclitli. Nice, p. 353. — Hartmann, Helv. Ichthyol. p. 169 (pari.). — Fleming, Brit. An. p. 183. — Schinz , Fauna Hélv. p. 158 ( false ). — Môbius et Heinche, Fische der Ostsee, p. 141 {pars 2).

» fallax, Lacép. Y, p. 452.

» Finta, Jenyns, Man. p. 437. — Günther, Catal. of Fishes, VII, p. 435.

Alosa Finta, Cuvier, Règ. Aniin. II, p. 320. — Schinz, Europ. Fauna, II, p. 367. — Yarrell , Brit. Fishes, 2e éd. II, p. 208. — Selys- Longchamps , Faune belge, p. 220. — Nilsson, Skand. Fauna, Fisk, p. 527. — De Betta, Ittiol. Veron. p. 97. — Siebold, Süsswasserfische, p. 332. — Blanchard, Poissons de France, p. 481. — Moreau , Poissons de France, p. 456. — Benecke, Naturg. und Leben der Fische, p. 168 {part.).

Alausa vulgaris, Cur. rt. Val . XX, p. 391 (part.). — Heckel et Kner , Süsswasserfische, p. 228, fig. 133 (part.).

» Finta, Troschel , Wiegm. Archiv. 1852, I, p. 228.

Alosa vui.garis, Canestrini, Prosp. crit. p. 97 (part.). — Pavesi. Pesci e Pesca, p. 54 (false, pro Finta).

Noms vulgaires : au Tessin, Cieuppia , Cèppa, ad. ; Ayon, Agone, inoy. Cieuppiètta , Cabidna, Missoltin , Antdsin ou Antèsin, juv.

Corps fusiforme et généralement un peu plus élancé, ou un peu moins voûté en avant que chez l’Alose ordinaire du Rhin ; mais graduellement comprimé et pincé sur la ligne ventrale, comme chez cette dernière, avec la même arête dentelée.

La hauteur maximale, h la longueur totale, comme 1 : 4 4/5 à 5 V2 selon l’âge et les individus, chez mes sujets grands et petits du Tessin (voire même exceptionnellement comme = 1:4 chez de gros sujets, Cheppîe, selon Pavesi, ou = 1:6 chez de petits individus, Autesini, selon Canestrini.

Tête subconique, acuminéc et pincée dans le bas, plutôt moins convexe en dessus que chez l’Alose du Rhin, et d’une longueur latérale souvent relativement un peu plus forte, chez l’adulte, soit à la longueur totale, comme 1 : 4‘7i„ — 5 V10 chez mes sujets grands et petits (de 4 7/£o selon Canestrini, à 5 »/io sel°11 Pavesi). — Même couverture transparente sur les côtés de la tête et de l’œil. — Museau plutôt moins renflé en dessus. — Bouche terminale; bien que la mandibule

paraisse souvent un peu plus proéminente, avec un crochet bien développé.

Maxillaire supérieur généralement un peu moins élargi et uli peu moins prolongé en arrière, soit dépassant rarement le bord postérieur de l’œil de plus de \3 du diamètre de celui-ci.

Œil arrondi, avec deux pseudo-paupières verticales, à la longueur latérale de la tète, comme 1 : 4 7? à 5 3/4 selon l’âge moins ou plus avancé, chez mes sujets (même 4 1;10 selon Canestrini et Pavesi).

Espace préorbitaire mesurant, chez mes sujets, selon l’âge moins ou plus avancé, 1 V8 à 1 V2 diamètre de l’œil. Espace interorbitaire, selon les individus petits ou grands, variant de 1 à 1 V7 diamètre de l’œil. — Opercule relativement un peu moins élevé et surtout un peu moins rétréci dans le bas. — Même disposition de l’ouïe et des rayons branchiostèges.

Dents petites, fines et serrées, sur le maxillaire supérieur et l’intermaxillaire, tombant plus ou moins avec l’âge ; celles des pharyngiens peut-être un peu plus apparentes.

Branchiospines moins allongées, plus épaisses, moins serrées et moins nombreuses que chez l’Alose du Rhin, les antérieures ne dépassant pas la base de la langue et par le fait invisibles à l’ouverture de la bouche, en profil (Voy. PL IV, fig. 9) ; décroissant en dimensions du premier au quatrième arc, et en nombre de plus en plus réduit du deuxième au quatrième. Généralement : 35 à 54 sur le premier arc, selon l’âge plus ou moins avancé; 34 à 55 sur le second; 28 à 40 sur le troisième, et 21 à 36 sur le quatrième. Canestrini 1 attribue aux Aloses du laç de Garda des rnaxima passablement plus élevés, 61, 68, 54 et 41 pour les quatre arcs, qui, d’après le tableau des dimensions et proportions de cet auteur, doivent être probablement rapportés à des individus relativement jeunes et semblent ne pas venir à l’appui de son idée d’un accroissement constant du nombre des épines branchiales avec l’âge.

Les nombres des branchiospines que j’ai relevés sur les

1 Prosp. crit. p. 99.

ALOSA FINTA.

Aloses des lacs Majeur et de Lugano, combinés avec ceux fournis par Pavesi, qui a aussi spécialement étudié à cet égard cette espèce dans le Tessin, donnent pour les divers arcs branchiaux, à différents âges :

Antesini (jeunes, des lacs, de 0m,160 à 0ra,180) :

Ier arc : 43—46 (30, de la langue au coude, + 16). IIrae » : 43—45 (30 + 15).

IIIme » : 34—36.

IYme » : 27—30.

Agoni (âge moyen et ad., en lacs, de 0m,250 à 0m,300) :

Ier arc : 47 — 52 (32 + 20) même — 54.

Hme » : 46—51 (34 4- 17)— 55.

IIIme » : (28) 34—40.

IVme » : 29—36.

Clieppie (adultes et vieux, de riv., de 0m,420 à 0m,450) :

Ier arc : 35—36 (23 + 13).

IIme » : 34 (23 -(- 11) même — 37.

IIIme » : 29—30.

IVme » : 21—27.

Il y aurait donc accroissement du nombre des branchiospines jusqu’à l’adulte, en eau douce, mais nombre moindre chez l’adulte migrateur de plus grande taille.

Le rapport de longueur de l’épine la plus grande, vis-àvis du premier arc qui la porte, m’a paru comme 1 : 3 V4 — 3 9/iu— - 4 V2 selon l’âge moins ou plus avancé.

Nageoires : dorsale ayant son origine au-dessus de la base des ventrales ou légèrement en avant, un peu plus longue que haute ou à peu près égale dans les deux sens; la hauteur égalant environ la moitié de la longueur latérale delà tête, suivant les cas, un peu plus faible ou plus forte; avec cela, assez déclive et légèrement concave. Quatre à cinq rayons non divisés et treize à seize divisés (même dix-neuf, selon Canestrini) 1 ; le plus grand simple légèrement plus court que le premier

1 Je n’ai trouvé ce maximum de Canestrini à aucun âge chez nos Aloses du Tessin. Peut-être cet auteur, en rapprochant nos deux Aloses, a-t-il réuni, sous le même nom, 'quelques données diagnostiques relatives aux deux espèces.

divisé, parfois presque égal ; le dernier divisé plus long que les quelques derniers précédents. — Anale naissant très en arrière de la dorsale rabattue, avec la même disposition, les mêmes proportions et la même forme que chez l’Alose du Rhin. Trois rayons non divisés et dix-huit à dix-neuf, plus rarement vingt divisés 1 (jusqu’à vingt-quatre, selon Canestrini)2 * * *. — Ventrales et pectorales assez semblables à celles de l’Alose du Rhin, quant à la forme, aux proportions et au nombre des rayons. Un simple et huit divisés, pour les premières ; un simple et treize à quinze divisés, pour les’ secondes.

Caudale un peu plus courte que la tête, profondément échancrée, avec des lobes acuminés plus ou moins inégaux, souvent l’inférieur le plus long; dix-neuf rayons majeurs dont dix-sept divisés ; les rayons médians l/5 ou */e des plus grands.

Même écaillure particulière sur la base et la partie moyenne des lobes supérieur et inférieur que chez l’Alose du Rhin ; les ondes basilaires transverses, correspondant aux feuillets imbriqués des squames allongées, volontiers moins nombreuses (Voir PL IV, fig. 11).

Écailles assez grandes, très minces, caduques, assez irrégulières dans leur disposition et leurs proportions, et se recouvrant au plus sur les 8/$ de leur longueur, vers le milieu du corps. — Une squame latérale médiane d’une surface susceptible de varier la plupart du temps entre % et 7* de celle de l’œil, chez l’adulte, et entre - /4 et V5 chez le jeune; de forme subcarrée, souvent un peu plus longue que haute, avec de fines stries transverses non concentriques, séparées par des vagues onduleuses plus ou moins distinctes. Pas de véritable nœud. La partie découverte de l’écaille, comme chez l’Alose du Rhin, peu ou pas striée et finement denticulée sur le

1 Jusqu’à 22 chez VA. Finta de la Méditerranée, selon Moreau : Poissons de France.

2 Je n’ai jamais trouvé ce maximum; peut-être Canestrini, en rappro-

chant l’Alose du midi de celle du nord, a-t-il cru pouvoir lui attribuer

un même nombre de rayons; ou bien y aurait-il, sur ce point, une petite

différence entre les Aloses du lac de Garda et celles du Tessin.

ALOSA FINTA.

bord, à r extrémité de petits rayons courts et irréguliers (Voy. PL IV, fig. 10).

Les squames lat. antérieures sup. un peu plus petites et plus franchement carrées, soit relativement plus hautes. Les squames lat. postérieures inf. plus petites aussi, mais par contre plus allongées; squames caudales : voir ci-dessus, à l’article caudale.

Pas de ligue tubulée latérale.

Généralement 16 à 19 écailles sur une ligne transverse, jusqu’à la base des ventrales (18 à 21 jusque sur le milieu du ventre), et 63 à 70 ou 71 sur une ligne horizontale médiane, de la tête à la base de la caudale.

Épines ventrales au nombre de 38 à 41, de la gorge à l’anus, assez semblables à celles de l’Alose du Rhin.

Coloration d’un gris vert ou bleu, avec des reflets violacés sur le dos ; la tête un peu plus sombre en dessus ; les lianes et le ventre d’un blanc argenté, parfois à reflets un peu dorés et comme nacrés; les côtés de la tête également, argentés et nacrés. Iris blanc argenté ou légèrement doré, souvent un peu mâchuré. Les nageoires blanchâtres ou grisâtres, plus ou moins mâchurées vers le bout, la dorsale et la caudale surtout.

Généralement 4, 5, 6 ou 7 taches noires arrondies disposées longitudinalement au haut des flancs, sur la moitié antérieure du corps; parfois moins chez les vieux; souvent plus, jusqu’à 12 ou 13, chez les jeunes; la macule la plus foncée vers l’angle supérieur de l’opercule.

Dimensions : l’Alose Feinte peut atteindre à une longueur totale de 50 centimètres, avec un poids de 1 ‘/a à 2 kilos, au plus. Les nombreux individus que j’ai mesurés variaient en longueur de 0m,180 Antesini, à Qm,260 Agoni , et 0m,425 Cheppie.

Jeunes, de forme plus élancée, avec un œil plus grand et des taches latérales plus nombreuses. Les petites dents du maxillaire supérieur plus constantes. Les branchiospines généralement plus grêles et relativement plus allongées.

Vertèbres, au nombre de 59, sur deux squelettes d’Agoni préparés à cet effet. — Tube digestif notablement plus court que la longueur du poisson sans la caudale et formant, comme chez l’Alose du Rhin, deux courbures peu distantes;

l’estomac présentant aussi un très grand cul-de-sac et des appendices pyloriques nombreux, assez allongés, formant, de chaque côté du tube digestif, comme deux houppes successives et juxtaposées. J’ai compté, chez un individu de taille moyenne. 32 plus 64. en tout, pour les deux houppes et les deux côtés, soit 96 appendices de longueurs différentes; le plus grand de la houppe antérieure mesurant 15mm au plus, le plus long, dans la houppe postérieure, 51mm environ. — Vessie natatoire simple, acuminéeaux extrémités et occupant toute la cavité viscérale ; également pourvue d’un canal communiquant avec l’estomac. — Un rang de pseudobranchies pectinées bien développées, derrière le postorbitaire. — Testicules doubles et gros. Ovaires doubles, très développés.

L’Alose du Tessin et du nord de l’Italie est-elle de même espèce que YAlosa vulgans qui, de la mer du Nord, remonte jusque dans le Rhin suisse; ou bien, le nombre relativement réduit de ses branchiospines doit-il la rapprocher plutôt de la forme, plus petite aussi, que l’on a distinguée sous le nom de A. Finta; ou bien encore, sous le titre d’espèce ou de sousespèce, doit-elle être distinguée de ces deux précédentes ? Les auteurs qui, sans discussion suffisante, ont réuni sous le même nom l’Alose qui de la mer Adriatique remonte dans les eaux douces de l’Italie septentrionale et celles qui de la mer du Nord ou de l’Océan viennent se reproduire dans les fleuves et rivières de la plus grande partie de l’Europe, ont-ils eu tort ou raison ? La question est assez difficile à trancher à priori.

Les auteurs italiens qui ont parlé de notre Alose méridionale, avant que Troschel ait attiré l’attention des ichthvologistes sur le développement des épines branchiales, n’ayant pu tenir compte de cet élément important dans la discussion, nous ne pouvons guère chercher une opinion tant soit peu fondée sur le sujet que dans les publications postérieures à 1852, plus particulièrement dans celles que nous avons citées déjà à propos de l'Alose précédente. De Betta (Joe. cit.) rapproche l’Alose du lac de Garda de VAlosa Finta de Cuvier; Canestrini et Pavesi (loc. cit.), réunissant toutes les Aloses observées dans les eaux douces de Lombardie et du Tessin, font par contre rentrer les

ALOSA F INT A.

diverses formes méridionales dans le cadre très élargi d’une espèce unique, au nord comme au sud, sous le titre commun d 'Alosa vulgaris (Val,). Tous trois, cependant, après avoir eu comme une légère hésitation, sur la possibilité d’une forme italienne particulière.

Nous voici donc, encore une fois, ramenés à notre point de départ. Inutile de répéter ici ce que nous avons dit plus haut en faveur de la distinction spécifique des A. vulgaris et A. Finta. Mais que faire des Aloses du nord de l’Italie et du Tessin. Celles du lac de Garda, avec un nombre de branchiospines un peu supérieur (voir à la description), doivent-elles être séparées de celles des lacs de Corne, Majeur et Lugano, et, parmi ces dernières, doit-on faire une distinction entre les Cheppie plus grandes, avec des branchiospines plus épaisses et moins nombreuses, et les Agoni plus petits, avec des épines plus effilées et plus nombreuses.

Après avoir exposé les limites approximatives de la variabilité des branchiospines chez VAlosa vulgaris à divers âges, je nepuis d’abord, quant à la première question, que donner raison à de Betta contre Canestrini, eu égard à l’Alose du lac de Garda, qui me paraît bien plus voisine de la Finta que de VA. vulgaris. Les quelques épines qu’elle porte en plus sur les divers arcs branchiaux sont loin de franchir l’espace qui, sur ce point, la sépare encore très largement des représentants de VAlosa vulgaris au même âge; elles n’ont également pas assez d’importance pour motiver une distinction spécifique entre Aloses du lac de Garda et Aloses du Tessin, à peine y aurait-il matière h l’établissement de variétés locales.

Pour ce qui concerne la seconde question, la distinction ou l’identification spécifique des Aloses italiennes plus grandes, Cheppie, et plus petites ainsi que plus élancées, Agoni, soulevée par quelques ichthyologistes, Boniforti ' et Monti1 2 en particulier, je ne puis que partager l’opinion de Canestrini et plus particulièrement de Pavesi.

1 II lago Maggiore e dintorni, 1857.

2 Notizie dei Pesci delle provincie di Como e Sondrio e del Cantone Ticino, edit. 2, 1864.

Ce dernier discute sérieusement l’importance des censés caractères différentiels ‘ : taille plus ou moins forte, formes générales plus ou moins ramassées, forme plus ou moins obtuse du museau, absence ou présence en plus en moins grand nombre de petites dents sur le maxillaire supérieur, arêtes plus ou moins nombreuses ou développées, nombre des taches latérales, époque et lieu de frai, rapidité du développement, saveur de la chair, etc.; et, pour lui, tout s’explique facilement par des différences d’âge et de conditions d’existence, dont mes observations propres me permettent d’apprécier la valeur dans la question.

L’âge est, en effet, un important facteur dans les modifications constatées; aussi dois-je appuyer fortement l’opinion de Pavesi relative à l’acclimatation plus ou moins complète des Agoni dans quelques lacs, comme expliquant non-seulement certaines petites divergences dans les proportions des branchiospines, mais encore la réduction de ces organes chez l’adulte grande taille, qui autrement indiquerait une marche du développement différente de celle ressortant des données de Moreau pour V Al. vulgmis .

Nos données comparées sur le nombre des branchiospines, chez les Aloses des lacs du Tessin à divers âges, indiquent : d’abord un accroissement, jusqu’à une certaine taille, puis comme une décroissance, ou plutôt un nombre inférieur, chez des adultes de plus grandes dimensions. De ce fait, et considérant que les observations de Moreau établissent un accroissement constant des branchiospines jusqu’à la taille maximum du poisson, chez Y A. vulgaris , il semble que l’on doive conclure à priori : ou que l’Alose italienne diffère par un développement inverse des branchiospines de l’Alose vulgaire ; ou que les Cheppie , plus grandes, ne sont pas de même espèce que les Agoni plus petits.

Mais ici doit intervenir une considération qui n’est pas entrée jusqu’à présent suffisamment en ligne de compte, à savoir l’influence d’un séjour plus ou moins prolongé de l’Alose dans les eaux douces et dans les lacs.

Il est regrettable à cet égard que Canestrini 11e nous donne pas les dimensions des individus du lac de Garda chez lesquels il

1 Pavesi : I Pesci e la Pesca, 1871-72, p. 54-65.

ALOSA FINTA.

a constaté son maximum cle branchiospines. Il faut remarquer aussi que la taille du plus grand individu de la Finta de la Méditerranée dont Moreau nous signale le nombre des épines branchiales (0m,271) ne dépasse pas celle des Agoni des lacs, qu’il reste par conséquent à savoir si, en examinant des sujets plus grands ou plus âgés, cet auteur eût constaté encore, comme chez Y Al. vulgaris, un accroissement constant.

Les Agoni , qui passent l’année entière dans les eaux douces de quelques lacs du Tessin et du nord de l’Italie et y atteignent le poids de 1 Va livre (voire même d’un kilogramme et plus, selon Pavesi, dans les lacs tessinois, — avec ime taille de 30 à 40 centimètres, dans le lac de Garda, selon de Betta), seraient-ils, pour quelques branchiospines de plus, d’espèce différente des Cheppie plus grandes qui, tous les ans, remontent de la mer jusque dans ces mêmes eaux; cela ne paraît guère admissible, car nous aurions alors une nouvelle Alose européenne spéciale aux eaux douces de Lombardie et du Tessin, basée seulement sur quelques différences de peu d’importance. Je crois, bien plutôt, que les Cheptpie représentent, dans l’Adriatique et quelques-uns de ses tributaires, une forme méridionale de la Finta de Troschel, et que les individus plus ou moins confinés dans les eaux douces du nord de l’Italie et acquérant dans celles-ci un nombre un peu supérieur de branchiospines, avec un faciès un peu différent, ne doivent être considérés que comme une race localisée de l’espèce A. Finta, également répandue dans les eaux des mers du nord, ainsi que dans la Méditerranée et ses dépendances.

Il est bien possible que les jeunes Aloses qui rentrent à la mer, sans avoir trouvé un lac sur le parcours du cours d’eau remonté par leurs parents, n’atteignent pas au même total de branchiospines et ne présentent pas le même aspect général que ceux qui ont pu séjourner, se développer et multiplier dans les eaux douces de nos lacs italiens. Semblables différences dans les conditions d’existence et d’alimentation ne peuvent manquer de se traduire de manière ou d’autre.

Comparant maintenant nos Aloses du Tessin, grandes et de taille moyenne, avec mes Aloses du Rhin adultes, voici en somme les différences plus ou moins importantes qui m’ont

paru mériter d’être signalées. — Chez Y Alose du Tessin (lac Majeur et de Lugano) : Formes générales un peu plus élancées, tête et nuque généralement un peu moins voûtées; maxillaire supérieur moins développé en arrière ; opercule moins rétréci dans le bas; branchiospines plus courtes et beaucoup moins nombreuses; dorsale légèrement plus en avant par rapport aux ventrales; souvent moins de rayons à l’anale; écailles généralement moins nombreuses et se recouvrant un peu moins; taille plus petite; vertèbres souvent un peu plus nombreuses.

Je n’ai pas su voir de différences bien importantes dans les proportions de la vessie, et j’ai dit plus haut, dans la description de notre A. vulgaris, pourquoi j’attachais peu d’importance au nombre des taches sur le haut des lianes.

Bien que la description par Moreau de la Feinte de la Méditerranée ne soit pas assez circonstanciée pour me permettre une comparaison de tous points soit avec YAlosa vulgaris , soit avec l’i. Finta, j’y trouve cependant quelques doimées : formes générales plus élancées et moindre développement du maxillaire supérieur eu arrière, entre autres, qui autorisent un rapprochement spécifique de notre Alose tessinoise avec la Feinte méditerranéenne, tout en laissant planer encore des doutes sur la question de variété locale à quelques autres égards, quant à la position relative de l’origine de la dorsale plus ou moins en avant ou en arrière de la base des ventrales, en particulier.

Si je compare, enfin, notre Feinte tessinoise avec les descriptions généralement trop sommâmes de la Feinte de l’Océan et des mers du nord, je ne suis pas non plus complètement d’accord, ni avec Günther (1. c.), quand il attribue 56 vertèbres à la Finta, ni avec Mobius et Heiucke (1. c.), alors qu’ils distinguent la Feinte de l’Alose vulgaire, dans la Baltique, à son museau censément plus large et plus obtus. Cependant, je le répète, convaincu que bien des divergences reposent sur le fait que l’on a souvent confondu jusqu’ici les deux espèces à un certain âge, je n’hésite pas à rapporter notre Alose du nord de l’Italie à YAlosa Finta de Troschel qui fraye, comme elle, environ un mois plus tard que l’Alose vulgaire, — en considéï'ant les Agoni des lacs tessinois et lombards comme une jorme de la Cheppia de VAdria-

ALOSA FINI A.

tique plus ou moins modifiée par V acclimatation dans Veau douce , et les rangeant ici sous le titre de : A. Finta, var. lacustris.

La Feinte remonte de la mer du Nord dans le Rhin, et de la Méditerranée dans le Rhône, sans parvenir jusqu’à nous'. Schinz (Fauna helv.) a inversé les noms des deux espèces, quand il a dit que la C. Finta remonte jusqu’à Bâle. Je ne l’ai rencontrée, en Suisse, que dans le bassin du Tessin, au sud des Alpes.

L’Alose qui remonte de l’Adriatique, au printemps, paraît visiter les principaux tributaires du Pô et parvenir en plus ou moins grande quantité jusque dans plusieurs des lacs de la Lombardie et du Tessin, les lacs de Corne, Garda, Majeur et Lugano en particulier. Les individus les plus gros, Cheppie, plus facilement arrêtés par les accidents des petits courants, arrivent plus rarement que les individus de taille moindre et plus agiles dans les lacs tant soit peu élevés, et frayent plus généralement dans le fleuve ou dans ses principaux affluents. Ils demeurent également beaucoup moins dans les eaux douces, retournant d’ordinaire assez vite à la mer après la ponte; tandis que les jeunes, Antesini et Agoni, demeurent plus hors de l’eau salée, s’établissent même volontiers dans certains lacs, puisqu’on les y trouve durant l’année entière, que l’on en fait en particulier d’abondantes captures, en hiver, dans les lacs du Tessin, Lugano et Majeur.

Les Cheppie ne remontent pas jusqu’au lac de Lugano; elles arrivaient par contre en grand nombre au lac Majeur, par le Tessin, jusqu’à l’établissement de l’écluse de Villoresi qui, à deux lieues au-dessous de Sesto-Calende, semble, depuis quelques années, arrêter à peu près complètement l’ascension des plus gros sujets de l’espèce; elles arrivaient vers la fin de mai et remontaient plus ou moins dans les principaux affluents du dit lac, les rivières Tessin et Maggia en particulier, pour y frayer en juin, même en juillet, et repartir généralement en août.

Les Agoni, plus ou moins acclimatés aux eaux douces, où ils

1 Olivier (Faune du Doubs, 1883, p. 65) dit qu’on la prend de temps à autre dans le Doubs.

ne semblent pas atteindre les proportions majeures de l’espèce dans les eaux salées, abondent par contre dans les lacs de Lugano et Majeur, dans lesquels ils frayent généralement lin mai et en juin, pondant un grand nombre d’œufs relativement assez petits, de 1 V2 mm. de diamètre environ.

Les Agoni qui, contrairement aux habitudes des Cheppie plus fluviatiTès, frayent presque exclusivement dans les lacs, se réunissent en bandes nombreuses au moment des amours, pour venir jouer et pondre de nuit le long des rives, sur certaines places déterminées bien connues des pécheurs. Ce sont alors des courses effrénées et des sauts désordonnés traduisant un état de délire tel que, lorsque la lune brille, les grèves, couvertes en certains endroits d’Aloses folles et tapageuses, scintillent comme ornées d’une ceinture d’argent. Les places de frai et les habitudes imprévoyantes de l’Alose sont en particulier si bien connues de la population riveraine, qu’au bon moment, surtout par le clair de lune, tous petits et grands se rendent au rendez-vous, à San-Martino en particulier, tout près de Lugano, pour tirer, avec de simples rateaux, sur le sec et ramasser par milliers ces imprudents poissons, qui sautent à l’envi jusque sur le bord hors de l’eau. L’attraction qu’exerce la lumière sert à d’autres pour faire aussi de bonnes prises avec le filet, à la lueur d’ime torche ou d’un flambeau1. On emploie, du reste, suivant les conditions et les saisons, des engins différents, dans les rivières pour les Cheppie et dans les lacs pour les Agoni ou les Antesini ; on prend même passablement d’Aloses à la ligne, avec une mouche artificielle. On pêche dans les eaux courantes avec les petits filets dits Sandro, Vallo et Museia, voire même avec une sorte de truble nommée G-uada; dans les lacs, on emploie plutôt des filets de plus grandes dimensions, les Tremaggio et Riale en particulier, ou le Redaqaedo durant l’hiver. Les plus petits individus, Antesini, sont pris surtout avec la Pantéra ou la Bedina. La pêche des Aloses dans les lacs du Tessin est si fructueuse que, il y a peu d’an-

1 Voir des détails sur la pêche des Aloses dans les lacs du Tessin, dans Pavesi (1. c.) et Lavizzari, Escursioni nel Cantone Ticino, 1863, p. 178-181.

SALMONIDÉS.

nées encore, un pêcheur heureux pouvait prendre de 60 à 70 kilos d’ Agoni en un jour; qu’un individu pouvait même, en une nuit, ramasser à la main, sur la grève en temps de frai, jusqu’à 40 kilos de poisson. Des pêches au Redaquedo, en hiver, auraient même, selon Pavesi, donné en un jour près de 1500 à 2000 kilos d’Aloses.

Les Aloses se nourrissent devers, de larves, d’insectes divers etc., les plus gros individus s’attaquent aussi volontiers au frai ou aux alevins d’autres poissons, même aux adultes de petites espèces h La chair de l’Alose est d’autant plus prisée que celle-ci est plus jeune et a fait un plus long séjour dans les eaux douces. Les Cheppie, moins bonnes, valent de 40 à 55 centimes le kilo et se sèchent ou se salent, surtout pour les petites bourses. Les Agoni, bien meilleurs, se payent par contre de 60 centimes à un franc ; enfin les Antesini, les plus petits et les plus délicats, peuvent valoir jusqu’à fr. 1,50 le kilo, sur les marchés du Tessin.

Il est bien probable que notre Alose du Tessin doit, comme l’Alose vulgaire, héberger un certain nombre de parasites, mais je ne connais pas jusqu’ici d’observations propres à cette espèce2.

Famille IV. SALMONIDÉS

SALMONIDÆ

Les Salmonidés ont le corps couvert d’écailles, selon les genres, petites, très petites ou de moyennes dimensions, et la tête nue. Ils portent, en arrière de la dorsale, une petite

' Ricc. Canestrini (Pesci del Trentino, 1885, p. 46) raconte qu’il a trouvé quantité de Bythotrephes lonyimanus , de Daphnies et de Cy dopes dans l’estomac des Agones du lac de Garde. D’autres individus pris en Vénétie contenaient des débris de poissons, particulièrement (VAtherina.

2 On cite cependant un Scolex spécial : Sc. Alosœ Fintœ (van Ben.), dans les appendices pyloriques de l’Alose Feinte; et R. Canestrini (1. c.) signale un petit crustacé, VAndiorella emarginata, sur les branchies de ce poisson.

Si

nageoire adipeuse dépourvue de rayons. Les ventrales sont toujours en arrière des pectorales, soit abdominales. La mâchoire supérieure est formée par l’intermaxillaire et le maxillaire. La bouche, dépourvue de barbillons, est, suivant les cas, très étroite ou, au contraire, très largement fendue; avec des dents ou très petites, ou relativement fortes et plus ou moins nombreuses. L’ouverture branchiale est fendue jusque sous la gorge. L’estomac forme un large cul-de-sac, et porte des appendices pyloriques plus ou moins nombreux. La vessie aérienne est grande et simple. Ils ont des pseudobranchies bien développées. Les ovaires, dépourvus d’oviductes, laissent tomber leurs œufs dans la cavité viscérale.

Cette riche famille compte de nombreux représentants dans les mers et les eaux douces des différentes parties du monde. Beaucoup quittent l’eau salée, pour venir frayer, en exécutant des voyages souvent très longs, dans les rivières du continent.

Avec des allures assez différentes et une nourriture surtout animale, composée, selon le développement de leur bouche, de proies plus ou moins volumineuses, ils présentent en commun la particularité d’être privés d’oviductes, de sorte que les œufs qui tombent des ovaires dans la cavité viscérale sont simplement chassés à l’extérieur par la pression des parois abdominales, au travers de l’ouverture génitale située immédiatement derrière l’anus.

La plupart ont une chair excellente qui les fait rechercher et apprécier, et qui a valu à quelques-uns le titre de poissons nobles : aux Saumons, aux Truites, aux Éperlans, aux Ombles, aux Ombres et aux Corégones, en particulier.

salmonidés.

La délicatesse de la chair de plusieurs et l’importance de celle-ci au point de vue de l’alimentation de l’homme, ont même depuis longtemps motivé, dans la plupart des pays, non seulement une pêche active et nn commerce très étendu, mais encore, pour combler les vides, nn développement toujours plus grand de leur multiplication artificielle ou industrielle, ainsi que de nombreuses importations d’espèces étrangères.

Les divers genres réunis sous le titre de Salmonidés peuvent, comme l’indiquent certaines latitudes de la description ci-dessus, être groupés de différentes manières, selon les proportions de leurs écailles, de leur bouche et de leurs dents, ainsi que de leurs nageoires et de diverses pièces céphaliques. Des sept genres qui sont représentés en Europe, trois sont marins, les Microstoma, Argentina et Osmerus, une espèce du dernier, l’Éperlan, s’avançant seule jusque dans l’embouchure des fleuves ; quatre, les Coregonus, Thymallus , Salmo et Salvelinus, habitent surtout les eaux douces, ou y séjournent plus ou moins, et comptent des représentants dans les lacs et cours d’eau de la Suisse.

On peut répartir nos espèces dans deux groupes, suivant • qu’elles ont :

1° La bouche petite, plus ou moins garnie de très petites dents, un maxillaire qui ne dépasse pas le milieu de l’œil et des écailles de grandeur moyenne : — Coregonus, Thymallus.

2° La louche grande, armée sur divers os de dents assez fortes, le maxillaire plus prolongé en arrière et les écailles relativement petites ou très petites : - — Salmo (Trutta), Salvelinus.

Genre 1. CORÉGONE

COREGONUS, Artedi. 1

Bouche petite. De très petites dents au bord de l’intermaxillaire, sur la langue et sur les pharyngiens supérieurs et inférieurs. Maxillaire supérieur, sans dents, ne dépassant pas l’œil, avec un petit os supplémentaire à la face externe. Corps fusiforme, plus ou moins comprimé. Tête nue ; tronc couvert d’ écailles de dimensions variables, moyennes ou petites , cycloïdes, marquées de nombreuses stries concentriques, peu ou pas rayonnées. Nageoire dorsale plus haute que large, naissant légèrement en avant des ventrales. Caudale plus ou moins profondément échancrée. Appendices pyloriques plus ou moins nombreux.

Les Corégones, très répandus soit en Europe, au nord des Alpes, soit en Asie et dans l’Amérique septentrionale, sont en majorité, de nos jours, poissons d’eau douce; cependant il en est encore qui habitent les mers du nord, d’où ils remontent plus ou moins, pour frayer, dans les principaux courants et jusque dans quelques lacs, non seulement dans le nouveau monde, mais encore en Sibérie, dans la Russie septentrionale, et jusque dans le nord de l’Allemagne : les Cor. oxyrhynchus, C. Lavaretus et G. albula de Linné, par exemple, dans ce dernier pays.

La plupart sont sédentaires et aujourd’hui complètement localisés dans différents lacs; tout au plus quelques-

1 Synonymia norninum Piscium , 1738, p. 18.

COKEGONUS.

uns, parmi ceux-ci, exécutent-ils parfois, clans certaines rivières, de courts voyages d’un lac à un autre voisin. Ils vivent volontiers en nombreuse société, particulièrement durant le temps des amours. L’étroitesse de leur bouche ne leur permettant guère de s’attaquer à de grosses proies, ils se nourrissent surtout de vers, de mollusques, d’insectes et tout particulièrement de petits crustacés. Presque tous se couvrent plus ou moins, au moment du rut, les mâles surtout, de petits boutons épidermiques blanchâtres cpii disparaissent très vite après l’époque du frai. Leurs œufs sont de moyenne grosseur.

La distribution géographique actuelle des espèces et les allures remuantes de celles cpii vivent eucore dans les eaux salées, ainsi que l’étude comparée des modifications apportées, clans les formes et les dimensions, par les conditions d’éloignement et d’élévation du lieu de séquestration, semblent établir d’une manière péremptoire que la plupart des Corégones habitant aujourd’hui les eaux douces, jusqu’à de grandes distances des mers, doivent avoir une origine commune, à la fois marine et septentrionale, et descendre de types anciens relativement peu nombreux et peu à peu modifiés en divers sens dans différents milieux.

Il paraît fort probable, en particulier, que la réclusion des espèces, qui sous clés formes variées habitent maintenant nos différents lacs en Suisse, doit remonter à l’époque où, après les grandes inondations de la fin de l’époque glaciaire, les communications devinrent trop étroites, trop rapides ou trop accidentées pour permettre encore la circulation aux espèces les moins aptes à lutter contre les courants.

Ces poissons ont dû se transformer lentement, sous l’influence des conditions diverses des milieux dans lesquels ils se trouvaient arrêtés, et prendre peu à peu les faciès différents que nous leur voyons actuellement. Leurs formes et leurs allures ont dû naturellement se modifier, pour s’adapter aux exigences nouvelles; et c’est ainsi que se sont créées les nombreu-

ses races, variétés ou espèces locales qui peuplent de 110s jours les lacs des différents pays, dans P hémisphère nord.

Ces Salmonidés, d’origine septentrionale, manquant au bassin méditerranéen et aux lacs qui en dépendent, on se demande quand et comment la Féra, la Gravenche ; le Lavaret et la Bezeule , sont arrivés, les deux premiers dans le lac Léman, les derniers dans celui du Bourget, en Savoie. De tout temps fort appréciés, ces poissons auraient-ils été autrefois apportés de quelque lac voisin dépendant du bassin du Rhin, dans le Léman et le Bourget, où ils auraient, avec les siècles, pris le faciès particulier qui les caractérise actuellement ; ou bien est-ce plutôt par les voies naturelles, par le déversement du lac de Neuchâtel dans celui du Léman et par le courant qui les a autrefois reliés, que cet apport a dû se faire, ou, plus anciennement encore, alors que les niveaux des eaux étaient moins différents.

C’est une question sur laquelle il est difficile de se prononcer aujourd’hui. C’est pour cela qu’il nous semble tout particulièrement intéressant d’enregistrer ici que la présence actuelle des Corégones au sud des Alpes est due à des apports artificiels récents : soit du Blaufelchen (G Wartmamd) du lac de Constance, par De Filippi dans le lac Majeur, en 1861, et par le prof. P. Pavesi, en 1884 et 1886, dans le lac de Corne; soit du Cor . Marœna d’Allemagne et du White-Fish (Cor. albus ?) d’Amérique, dans le lac Majeur, le premier par le Dr Asper, en 1880, le second par les autorités suisses, en 1886. En avril 1881, on pêchait, en effet, près de Locarno dans le lac Majeur, un Corégone qui fut déterminé mâle adulte du Cor. Wartmanni , par Sulzer et Pavesi ; et, dès octobre 1885, on a pris successivement, dans le lac de Côine, plusieurs poissons de la même espèce de tailles différentes. On n’a, par contre, jusqu’ici aucune nouvelle des Marœnes et White-Fishes importés1.

Les Corégones de l’ancien et du nouveau monde, avec des formes souvent très différentes, se prêtent, pour la plupart, à

1 On peut trouver d’intéressants détails sur les importations dans les eaux du Tessin et du nord d’Italie dans diverses notes du prof. Pavesi et dans une brochure du Dr S. Calloni intitulée : Il Ripopolamento dei nostri Laghi Ticinesi, Lugano, 1886.

COH EG ONU S.

certains rapprochements qui, s’ils ne permettent pas des subdivisions toujours très tranchées, semblent trahir cependant quelques affinités naturelles et autoriser certains groupements, autour de quelques principaux caractères tirés, tour à tour, des proportions comparées des deux mâchoires, de la position de la bouche, de l’aspect du museau, des formes générales du corps plus ou moins allongé, et tout particulièrement du développement des épines branchiales ( branchiospines ) qui, depuis l’usage qu’en a fait Troschel pour la distinction des Aloses, a été dans ces dernières années d’un grand secours dans la détermination des Corégones'. Ces organes, ici bien moins nombreux que chez les Aloses, acquièrent, en effet, de la réduction meme de leur nombre, une importance bien plus grande, pour de moindres différences dans la quantité et les proportions.

Les dimensions relatives des mâchoires et la disposition correspondante de la bouche permettent d’abord la répartition des diverses espèces dans deux principales sections, comme suit :

A. Mâchoire inférieure égale à la supérieure ou plus comie que celle-ci ; bouche quasi horizontale, terminale ou inférieure .

Section également richement représentée en Europe, en Asie et en Amérique.

B. Mâchoire inférieure plus longue que la supérieure; bouche plus ou moins oblique, antérieure ou en dessus .

Section qui ne nous intéresse pas ici, comme entièrement étrangère à nos eaux, qui peut également être fractionnée suivant les développements différents des hrancJiiospines et les formes du corps plus ou moins élancé ou ramassé et élevé, et qui compte à son tour des représentants dans l’ancien et le nouveau monde. — expi. Cor . albula, Europe septentrionale ; C. Merkii , Asie;

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