V. FATIO
En abordant cette première classe des Vertébrés, il me semble nécessaire de dire ici quelques mots sur l'ensemble de ses représentants, pour indiquer la place de nos espèces dans la série générale. Je ne décrirai pas les caractères des Mammifères ; chacun sait que ce sont des animaux à sang chaud, toujours vivipares et pourvus de mamelles. Mon intention est plutôt de jeter un rapide coup d'œil sur l'histoire de notre faune actuelle et les progrès successifs de nos connaissances.
Depuis Linné et Cuvier, bien des systèmes ont été proposés pour la classification des Mammifères, et maintenant encore, plusieurs subdivisions sont dififëremment comprises par les divers zoologistes. Le nombre des ordres, leur rang et la manière de les grouper varient avec le choix des caractères principaux. Les uns veulent créer de grandes coupes primordiales en se basant, tantôt sur le mode de développement ou les formes de l'encéphale ' , tantôt sur
^ Harting (Leerbock van de Grondbeginselen der Dierkande, 1863) admet la sabdiTiaion des Mammifères placentaires et implacentaires en trois sonsclasses parallèles, les Monodelphes, les Didelphes et les Erpetodelphes; chacune de ces dernières présentant un arrangement particulier de ses
i FAUNE DES VERTEBRES.
certaines considérations de structure et de centralisation ' ; les autres, réduisant Timportance de ces premiers traits distinctifs, ne voient plus qu^une suite de formes plus ou moins voisines V Le fait est que Ton ne peut guère, avec les données actuelles, établir une série des Mammifères parfaitement rationnelle. N'ayant pas la prétention de discuter la valeur de ces méthodes dans un travail aussi restreint que celui-ci, je me bornerai à citer les ordres de cette classe sous les noms qui me semblent les plus généralement connus. Us sont au nombre de quatorze, et THomme, naturellement au sommet de l'échelle animale, constitue le premier:
Bimana*, Quadrumana% Chirqptera* , Insectivara, B(h dentia^, Carmwra, Plnnipedia, Pachydermata '' , Bumi-
ordres, soiraot le développement des drconvolations da cenreao, le mode de natridoD, etc., etc.
* Dana, dans ptasieQrs mémoires saccessià, en 1863 et 1864, propose nn système nouTean; classant soÎTant les degrés plus on moins grands de centralisation des forces animales {cèphaliêaiion), il choisit, dans chaque groupe, nn type moyen qtii loi sert à distinguer dans les diverses subdivisions des formes supérieures ou inférieures (James Dana, The dassiflcation of animais, etc.). American Journal of Sciences and Arts, vol. XXXVl, nov. 1863, p. 321 à 441, et vol. XXXVn, janv. 1864, 1 à 33, et mank 1864, p. 157 à 188.
* Tout dernièrement, J. Y. Cams et G. E. A. Gerstiecker (Handbuch der Zoologie, 1868) établissent une série de 15 ordres différents.
* Un grand nombre de zoologistes réunissent les Bhtuma (Hommes) et une partie des QtÊo â ruma t ia (Singes) dans un ordre unique.
* Cet ordre est aussi partagé en deux autres : Sinûae et Pnmmiae.
* Harting a séparé des Chéiroptères, et rapproché des Quadrumanes, les Galéoplthèques dont fl a fiât un ordre particulier sous le nom de Der^ mqpfCTtL
' En suivant, avec Owen, la subdivision des Mammifères en Gyrencéphales et Lissencéphales, plusieurs zoologistes renvoient les RodenHa^ ainsi que les Chiroptera et les Inêeetiwra après les Cetaeta^ avec les EdentûkL Ces animaux sont, en eilH, évidemment inférieurs aux Carnivores; mais leur place naturelle me semble encore très discutable.
^ Gervais (Hist nat. des Mammifères, 1854) divise les Pachydermes en
naniia, ISrema\ Oelacea, Edentatay Maraupiàlia^ Monotremata^.
Chacun de ces ordres possède des caractères particuliers, et nous aurons l'occasion de voir jusqu'à quel point ceux-ci changent dans les différents groupes, couunent, jusque dans le genre même, leur valeur comparée est constanunent mobile et comment il faut savoir discerner toujours le trait propre à chaque subdivision.
La Suisse n'offre plus aigourd'hui que des représentants de sept ordres à l'état vivant. Laissant, à dessein, de côté le premier» celui des. Bimanes (Hommes) devenu le domaine d'une science particulière, je n'ai plus à traiter ici que des six suivants :
Chéiroptères. Chir optera.
Insectivores. Insectivora.
Rongeurs. Rodent a.
Carnivores. Camivora.
Pachydermes. Pachydermata.
Ruminants. Ruminantia.
trois ordres, les Proboscidiens, les Jumentés et les Bîsolques ; fait des Romiiiaiits tm ordre de ces derniers. Carus et Gerstaecker sabdiviseiit les Pachydermes en quatre ordres : les Lammmguia^ les Probosddea, les Artiodaetyla et les Perisaodaciyla. Les Ruminants forment également pour eux on sous-ordre des Artiodactyles ; leurs Lamnimigma ne renferment que la fiunille des Hyracidés, que Gervais avait laissée parmi ses Jumentés. D'autres réunissent, au contraire, toutes ces subdivisions pour en faire un groupe unique des Herbivores terrestres.
' Quelques auteurs ne font des Sirema qu'un sous-ordre des Cétacés.
« Harting sépare nettement les Marsupiaux des autres Mammifères et les répartit dans quatre ordres différents : Sarcqphaga^ SyndaetyUna^ Peài" marna et OUrma^ parallèles aux Carnivores, Ruminants, Insectivores et Rongeurs des Monodelphes.
* Ce dernier ordre forme aussi, pour bien des zoologistes, une sousclasse à part*
Cependant notre pays a pu revendiquer dans les époques antérieures d'autres ordres encore : des débris fossiles de Quadrumanes, de Sirénoldes, de Cétacés et de Marsupiaux ont été trouvés dans diverses couches géologiques ' . Les Pinnipèdes, les Édentés et les Monotrèmes semblent seuls nous avoir hit défaut. Les découvertes futures de la pa* léontologie montreront, peut-être, qu'eux aussi ont habité autrefois ce petit point de la surface du globe.
Les Pachydermes et les Ruminants, si faiblement représentés dans notre fitune actuelle, ont été jadis très-abondants et très-nombreux en espèces. Nous avons compté plusieurs Mammifères de taille très-supérieure, tandis qu'il ne nous reste plus maintenant que des formes petites ou moyennes. Comme l'Europe entière, la Suisse a subi des modifications successives avec lesquelles, peu à peu, des espèces, des &milles et même des ordres, ont disparu.
Les premiers hommes établis dans l'antique Helvétie ont dû y voir encore des animaux qui, dès longtemps, ne s'y rencontrent plus. Après les Eléphants et les Rhinocéros éteints durant le cours de l'époque diluvienne, quelques espèces de Bœufs et de grands Cerfs nous ont, à leur tour, abandonnés. Des changements climatériques et, avec cela, diverses modifications dans le revêtement du sol, ont autrefois anéanti des espèces qui ne trouvaient plus les conditions d'existence qui leur étaient nécessaires, ou les ont forcées, tantôt à se réfugier dans les contrées septentrionales, tantôt à s'élever dans les montagnes. Plus tard aussi, d'autres ont fui devant la diminution des forêts et l'envahissement toqjours croissant de la civilisation.
* Yoy. Ueber die Herkanft muerer Thierwelt. Eine loogeognphitche SUsie, Ton Prof. L. ROtlneyer. Buel, 1867.
Dans une période plus récente, et jusque dans les deux siècles derniers, les naturalistes ont pu assister à la destruction de plusieurs Mammifères qui nous sont actuellement étrangers ou sont devenus très rares. Plus de Castors, de Cerfs et de Bouquetins ; presque plus de Lynx, de Loups, d'Ours et de Sangliers ; le Chevreuil même n'est conservé qu'à force de ménagements.
La Suisse, du reste, a éprouvé de plus grandes pertes que la majorité des pays environnants. La liberté de l'homme n'a jamais fait le bonheur des animaux, et ce n'est pas sans raison que, déjà en 1561, Gessner attribuait au règne de la démocratie la diminution des Cerfs dans sa patrie ' . La division de la propriété et la liberté d'action seront partout et toujours ennemies du gibier. Avec les terrains incultes, leur domaine particulier, les quadrupèdes sauvages disparaissent à vue d'œU. Les espèces de petite taille ont, cependant, plus de chances que les autres d'échapper aux poursuites de l'envahisseur ; encore faut-il qu'elles s'accommodent des concessions qu'il leur fait malgré lui, ou qu'elles viennent, au risque de leurs jours, chercher, jusque dans son domicile, ce qu'il ne leur a pas laissé ailleurs.
Au premier abord, la Suisse semble trop petite pour qu'une étude sérieuse des Vertébrés qui l'habitent puisse présenter un bien grand intérêt ; et cependant sa position et sa configuration lui donnent un caractère particulier.
A l'exception du Tessin et de quelques vallées grisonnes.
* Cooradi Gesneri medid TigoriDi Historiœ animaliam Lib. I, de Qua* drapedibnsTivjparû, 1561. Cervus, p. 356. In HdveUa nostra tmnus hodie quam oUm abundant, guod aylva propter frequentiam iticolaruM m dies mmuantur^ et venari eos wmiu inierdictum propter democratiam, quam apud cdias gmtes quœ prineipibua parent
elle est entièrement située an nord des Alpes ; celles-ci, le Rhin et le Jnra Fenveloppent de tons côtés comme de frontières natorelles. Sauf l'espace, comparativement plat, renfermé entre ces deux chaînes, notre pays est, en majorité, couvert par des montagnes qui multiplient la superficie du sol en lui donnant, dans les climats différents de ses régions élevées, certains rapports avec les contrées boréales ; aussi voyons-nous sa &une contenir bien plus d'espèces septentrionales que de formes méridionales.
Les Mammifères, privés des faciles moyens de transport qui permettent aux Oiseaux de voyager avec les saisons, sont plus nécessairement attachés au sol qui les a vu naître. Tandis que nous partageons la faune omithologique d'une bonne partie des pays voisins, nous manquons, au contraire, de plusieurs espèces de Chéiroptères et de Rongeurs' qui se trouvent, au sud ou au nord, non loin de nous.
La situation géographique des divers points de notre pays exerce une petite influence sui' la distribution des espèces et leur abondance comparée à un même niveau ; mais la hauteur de chaque localité au-dessus de la mer se fait sentir avec une importance bien autrement grande. Si l'on divise, avec Tschudi% la Suisse en trois régions' suivant son étendue verticale, l'on remarquera bientôt que la faune de chacun de nos cantons dépend sur-
* RMnohphus éUvoeua et Bh. Euryak en Lombardie; Mme agrariuê, non loin da Rhin an nord, et près de Côme an midi; Muê minutm^ près da Rhin, en Ix)mbardie et en Bresse ; Arrioola êublerremeuê, non loin du Rhin ; Arricola Sarii, en Lombardie et en Bresse.
* Dat Thierleben der Alpenwelt, 1853.
* La région montagneuse de 600 à 1300 mètres; la r^'gîon alpine de 1 300 à 2600 mètres ; la région des glaces et des neiges de 2000 à 4600 mètres et an-dessus.
tout du fait que son territoire participe davantage de tel on tel de ces étages superposés. Ainsi le Jura, qui ne dépasse guère la région montagneuse, sera dépourvu de la plupart des véritables représentants des régions supérieures. D est inutile d'ajouter qu'il n'y a rien d'absolu dans la détermination exacte de ces coupes horizontales, et qu'il &ut bien se garder d'y voir des lignes de démarcation nettement tranchées. La région montagneuse qui s'élève immédiatement au-dessus de la plaine et des vallées basses est la plus favorable au développement libre de la vie animale; en effet, riche en conditions variées, elle est soustraite, en partie déjà, à la civilisation des campagnes et ne souffi*e pas encore des privations de la région alpine. Dans celle-ci on rencontre, il est vrai, de belles forêts et de verts pâturages (alpages); mais, à mesure que l'on monte, la végétation devenant plus rare et le climat plus rigoureux, l'on voit bientôt le nombre des Vertébrés décroître de mille en mille pieds. Plus haut enfin, dans le domaine des neiges étemelles, la vie a presque entièrement disparu et l'hiver règne une grande partie de l'année. Ce n'est plus avec l'homme, mais avec la nature que les pauvres habitants de ces déserts glacés ont constamment à lutter. Un petit Campagnol (Arv. nivàlis) est le dernier type de nos Vertébrés qui établisse sa demeure vers les limites supérieures des Alpes ; c'est aussi le Mammifère qui atteint, en Europe, à la plus grande élévation. Chaque région peut, en outre, présenter, dans divers lieux, des conditions d'existence différentes avec les aspects du sol; ici, les forêts épaisses et les prairies fertiles, ailleurs, les rochers arides et le terrain dénudé, l'abondance des eaux ou la sécheresse.
Cependant deux grandes causes influent encore sur la
faune particulière de chaque point de notre pays, l'altitude des vallées, ainsi que leur direction et la disposition de leurs versants. Ces nombreux replis de nos montagnes offrent, en effet, aux êtres qui les habitent des conditions de température et d'alimentation bien plus faciles que les pentes et les flancs des monts eux-mêmes. Dans les Grisons, entre autres, où le niveau moyen de beaucoup de vallées est très-élevé, les animaux, de même que les forêts, atteignent à une hauteur bien plus grande que dans l'Oberland où les vallées sont, en majorité, beaucoup plus basses. Quant à la disposition des versants, le Valais nous fournit un exemple de son importance. C'est gr&ce à sa direction favorable que la moitié inférieure de cette longue vallée, quoique située au nord des Alpes et entourée de sommités neigeuses, est dotée d'un climat particulièrement doux et d'une faune plutôt méridionale.
Au milieu de tant de conditions différentes, une espèce présentera souvent des apparences assez variées. C'est par le fait d'une appréciation exagérée de la valeur de ces modifications, que la zoologie a été pendant longtemps embarrassée d'une foule de fausses espèces ; mais l'on a senti, enfin, le prix d'une étude sérieuse de la variabilité et de son étendue. L'on a compris la nécessité des faunes locales pour pouvoir établir des comparaisons utiles entre les formes que peut affecter une même espèce. Que Ton considère celle-ci comme stable et enfermée dans des limites infranchissables, ou que Ton en fasse seulement l'état actuel d'un être soumis à des transformations continuelles, le détail des descriptions ne sera pas moins d'une grande ressource pour les zoologistes futurs, en leur permettant d'apprécier, jusqu'à un certain point, la profon-
INTRODUCTION AUX MAMIï|lFÉRES. 1 1
deor des modifications possibles dans nn laps de temps connu.
Depuis Gessner ', au milieu du XYI* siècle, la science mammalogique ne fit pas en Suisse de sensibles progrès ; THistoire naturelle de Wagner * demeura, pendant longtemps, le seul ouvrage général qui traita des Mammifères de notre pays '. Ce ne fut guère qu'à partir des dernières années du XVIII* siècle que l'on vit éclore peu à peu divers travaux spéciaux de plusieurs auteurs \ Les pages de l'Almanach helvétique' entre autres, les volumes de l'Alpina * et différentes publications périodiques, comme celles de la Société helvétique des sciences naturelles ^ ,
* Conradi Gesneri medici Tigorini Historifla animaliam. Lib. I. De guadrupedibus viviparia, 1561.
* Historia natoralis Helvetiœ coriosa, Authore Joh. Jacobo Wagnero, Med. Doct. 1680.
' J.-J. Schenchzer écrivit, vers le commencement du 18* siècle, une Historia animalinm Helvetiœ, dont le quatrième volume, qui ne parut point, traitait des Mammifères.
* La citation de quelques-uns de ces travaux spéciaux trouvera mieux sa place dans le courant de cet ouvrage que dans ces généralités ; je nommerai cependant les: 2> Amstdn, Pfar. Catani, Berihoui van Berchem^ T> Ch. Girtannerf C, Ul. f9on Salis Marsehlina, Baeoumowaky, Hartmann, Meitner, Studer, SteinmQUer, W^ttenbach, Schim, de Selys-Longéhampa, O. Eeer, SeUer, (bnrad de Baldenstein, etc., etc. L'exceUent ouvrage bibliograpbique de B. Studer (Geschichte der physischen Geograpbie der Schweiz, 1863) peut donner, du reste, une très juste idée de la marche et des progrès de la science dans notre pays.
' Helvetischer Almanach, dans plusieurs de ses petits volumes annuels ; en particulier les années 1817, 18, 19 et 20.
* Alpina, heransg. von C. Ul. von Salis und J. R. SteinmOller. 4 vol. 1806 à 1809. — Neue Alpina, herausg. von J. R. SteinmOller. 2 vol. 1821 et 1827.
^ Depuis Tannée 1815 de sa fondation, la Société helvétique des Se. Nat enregistre régulièrement dans ses Verhandlungen d. Schw. Nat. GeseU. les divers travaux de ses membres. — (Voir aussi : Naturw. Anzeiger der allg. Schw. GeseU. herausg. von F. Meisner et Neue Denkschr. der Allg. Schw. GeseU. etc.)
If FAUNE DES YERTÉBRÉS.
renfermèrent successivement, tantôt de petites faunes cantonales, tantôt des mémoires intéressants sur tel groupe ou telle espèce.
£n 1809, ROmer et Schinz firent paraître une nouvelle Histoire naturelle des Mammifères de la Suisse * ; enfin, en 1837, le professeur Schinz, réunissant ses observations propres à celles de ses prédécesseurs, donna le dernier catalogue des Vertébrés suisses V
Depuis lors, en 1853, F. von Tschudi traita encore, dans son livre charmant, de la vie de ces animaux dans les Alpes ', de la répartition, des mœurs et du genre de vie de quelques-uns d'entre eux.
Cependant tous ces travaux ont manqué de descriptions suffisantes, et Ton a toujours dû recourir jusqu'ici à des autorités étrangères pour apprendre à connaître les Mammifères de notre pays. Je ne négligerai pas cette occasion de signaler, comme tout particulièrement précieux, l'ouvrage du professeur Blasius ^ sur la faune d'Allemagne.
Si l'on veut comparer d'une manière exacte le chiffre des espèces signalées en Suisse par Schinz, il y a trente-
* Rfimer and Schinz, Kftturgeschichte der in der Schweis einheimischen S&ogethiere, 1809.
* Faona HeWetica. Verzeichniss der in der Schweiz vorkommenden Wirbelthlere, ?on Prof. H. R. Scbins. Neue Denkschr. der AUg. Nat. GeseU. 1^37.
> Das Thierleben der Alpenwelt, von Fried. ton Tichadi, 1853. La manière tout particulièrement aimable avec laquelle l'auteur a tu présenter à un public très étendu les scènes émouvantes de notre nature alpestre, justifie pleinement les nombreuses éditions de ce beau travafl, qui paraissent presque annuellement totyours corrigées et augmentées.
* Naturgeschichte der S&ugpthiere Deutschlands nnd der angrenzenden L&nder von Mitteleuropa, von Prof. J. H. Blasius, 1867. Je n*ai vu nuUe part une étude aussi sérieuse et aussi parfaitement claire des espèces et de leurs variétés ; il me semble qu'un pareil exemple ne peut manquer de trouver des admirateurs et des imitateurs.
INTilODUCTION AUX MAMMIFÈRES. 1 3
deux ans, et le nombre de celles admises maintenant, il faut d'emblée retrancher treize espèces de ce premier catalogue, et eh réduire ainsi le total de 56 à 43 seulement.
Sept, en effet, sont purement domestiques, le Chat^ le le Chien, le Cheval, F Ane, le Bœuf, le Mouton et la Chèvre; deux n'habitaient alors notre sol qu'à l'état privé, le Lapin et le Daim; une, le Campagnol Schermaus, ne peut plus être considérée que comme une variété du C. amphibie ; trois, en dernier lieu, sont éteintes chez nous, le Rat à bande ', le Bouquetin et le Cerf. Diverses acquisitions ont, depuis ce temps, augmenté, petit à petit, le nombre de nos espèces. Blasius , dans sa faune , et Tschudi , dans les récentes éditions de son Thierleben, rendent compte tous deux de quelques-unes de ces heureuses captures faites principalement près du St-6othard, au centre de nos Alpes, par l'infatigable naturaliste Nager, d'Andermatt.
Enfin, grâce à des recherches assidues, j'ai découvert encore plusieurs espèces jusqu'alors inconnues dans notre pays, ce qui m'a permis de reporter à 58 le chiffre des Mammifères à l'état sauvage , habitant de nos jours la Suisse ; à 61 même, si j'ajoute le Lapin (Lepus cunieulus)^ depuis peu importé et vivant librement près de Bâle, ainsi que les Sorex pygnuBus et Mm mirmtus^ qui m'ont été signalés dans quelques cantons où je les ai vainement cherchés.
Au lieu des 9 Chéiroptères de Schinz, je suis arrivé à en reconnaître avec certitude 18, irrévocablement acquis ';
' Noas Terrons plus loin que le Rat à bande {Mm agrarim) n'a été dté aatrefois qa'à deux reprises en Suisse; encore ces apparitions peuTent-elles être considérées comme exceptionnelles, car cette espèce n'a été signalée nulle part depuis lors dans notre pays.
* n iant ajouter un genre nouyeau (Mimapterm) et neuf espèces an ca* talogue de Schinz: les Miniopierus Schreibemi^ Vesperugo Leiàleri, Fesp.
au liea de 6 espèces d'Insectivores y j'en ai collecté 8 incontestables '. A la place de 16 EongeurSj ou plutôt de 13, puisque nous avons vu qu'il fallait en retrancher trois, j'en compte maintenant 17 parfaitement distincts'; 19 même , si l'on y joint les deux mentionnés plus haut. Le nombre des Carnassiers et des Pachydermes n'a pas changé; celui des Ruminants a, par contre, diminué par l'extinction sur notre sol des deux espèces précitées * .
Je ne m'occuperai pas à décrire les animaux domestiques ; quelques zoologistes ont déjà étudié dans notre pays ce sujet particulier. Plusieurs ouvrages ^ traitent de nos races propres, de leurs souches et de leurs provenances probables, ainsi que de leur genre de vie et même de leurs instincts.
£n revanche, j'ai cru qu'il serait bon de ne pas limiter cette faune à l'étude de nos Mammifères actuels, et qu'il pourrait y avoir de l'intérêt à l'étendre à la période qua*
NaihtuU^ Vesp, KufUu^ Vesp. Ifouritf, Feip. Serdtmm^ Vetp. NUtomi^ Ve^pertUio NaUererii et Vup. DaubentonH.
* J'igoate les Talpa eaca^ et Sorex vuiganê.
* nfaat tiionter les Mus poêehiavimêi(3£M$ mùmim?)^ HypuéUeu» glarûth iHêjArviooia nivaliê^ et Arv. agrutiê. Je renvoie aux descriptiona de toutes ces espèces pour la citation des dlTerses personnes auxquelles sont daes qaelques-nnes de ces déconvertes, ainsi qne pour l'époque et le lieu de ces pre* mières trouvailles dans notre pays.
* Ces deux derniers animaux, le Bouquetin et le Cerf se trouvent encore non loin de nous dans le Piémont et la Lombardie; aussi est-il possible qu'ils se présentent de temps k antre sur nos frontières, quoique ne résidant plus sur notre sol.
* J. R. SteinmQller, Alpina, 1, 1806, et Nene Alpina, I et II, 1821 et 1827.
— Prot H. R. Schinz, Verzeichniss derinder Schweiavorkommenden Wir* behhiere, 1A37. — F. von Tschudi, Das Thierleben der Alpenwelt, 1853.
— Prof. L. Rotimejer, DieFauna der Pûdilbauten in der Schweix, 1861.— Beit. lur Kenut. der Fossilen Pferde, etc., 1863.— Neue Beit. xurKennt des TorCschweins, 1864. —Beit. xu einer paleont. Gesch. der Wiederkaner, etc. 1866. — Versuch einer natorlichen Gesch. des Bindes, etc. 1867. — Prof. M. Perty, Ueber das Seelenleben der Thiere, Tbatsachen and Betrachtungen, 1865.
ternaire. Peut-être quelques personnes trouveront-elles avec plaisir une brève énumération des animaux qui ont vécu en même temps que les premiers hommes dans notre patrie, durant les âges de l'époque diluvienne. Les courtes données paléontologiques de ce travail seront, sans doute, bien vite dépassées par les découvertes continuelles d'une science jeune encore.
Pour compléter plus ou moins cet ouvrage, j'ai cité, chemin faisant, soit les subdivisions les plus importantes qui nous font défaut, soit les genres et la plupart des espèces européennes qui ne figurent pas chez nous.
Je me suis proposé de ne pas sortir des frontières de la Suisse, pour pouvoir décrire les Mammifères qui s'y trouvent sous les formes propres à nos conditions particulières ; et, ne voulant rien négliger pour me procurer, à l'état frais, un très-grand nombre d'échantillons divers, j'ai parcouru cette contrée en tous sens et fait des séjours dans les localités les plus variées. Par des planches originales, toutes exécutées d'après nature avec une grande exactitude, et par des tableaux de caractères opposés, j'ai cherché à représenter d'une manière à la fois plus palpable et plus abrégée, soit nos espèces et leurs variétés, soit leurs caractères distinctifs les plus frappants.
Dans la rédaction du texte même, j'attribue un numéro à chaque espèce lorsqu'il m'a été possible de l'étudier sur un ensemble d'individus d'origine suisse parfaitement certaine ; mais je passe en revue, sans chiffre d'ordre et beaucoup plus succinctement, soit les espèces qui m'ont été signalées sans que j'aie pu les obtenir dans notre pays, soit celles, perdues ou autres, dont il m'a semblé bon de dire en passant quelques mots.
1 6 FALNB DK8 VERTÉBRÉS.
D est probable que Ton pourra vérifier plus tard l'habitat constant en Suisse des espèces pour moi encore douteuses, et il peut bien arriver aussi que, malgré les soins apportés à mes recherches, l'on trouve encore des espèces nouvelles *, soit sur nos montagnes, soit surtout dans certains districts limitrophes et particulièrement dans les vallées situées au midi des Alpes *.
Je ne veux pas terminer cette introduction sans remercier publiquement plusieurs personnes qui, dans quelques cantons, m'ont fourni, les unes des notes, les autres des animaux pour ce premier volume. Je prie donc mi. P. Pavesi, prof, à Lugano; 6. Theobald, prof, à Coire; J. Sarraz, présid. à Pontrésina; J. Krftttli, inst. à Bevers; 0. Heer, prof à Zurich; F. Nager, nat. à Andermatt; S. Stauflfer, nat. à Luceme; M. Perty, prof., et Zand, prép. à Berne; L. RQtimeyer, prof., J. F. Meissner, prof., et Schneider, nat. àBàle; L« Coulon, à Neuchàtel; A. Chavannes, prof, à Lausanne; G. Lunel, cons. du Musée, et Revon, prép. à Genève, de vouloir bien agréer ici l'expression de ma reconnaissance.
* Peal-étre quelque Cheiroptère.
* Le Tessin se trouve, en effet zoologiquement parlant, en dehors de noa frontières naturelles et, comme je l'ai dit, dans des conditions tout à fiut particulières.
CHEIROPTERES
Ordre I. CHÉIROPTÈRES
CHIROPTERA
Les Chéiroptères, vulgairement connus sous le nom de Chauves-souris, sont, de tous les Mammifères, les mieux conformés pour le vol. Les doigts de leurs membres antérieurs, sauf le pouce séparé et en partie opposable, présentent, en effet, un allongement extraordinaire et servent à soutendre la peau du corps qui vient s'étaler, depuis les côtés, jusqu'aux extrémités postérieures et aux diverses parties du bras.
A l'exception de cette disposition particulière, toute la structure des Chéiroptères ressemble à celle des animaux supérieurs. Leur développement est discoplacentaire comme celui des Quadrumanes; comme eux aussi, ils ont toujours les trois sortes de dents distinctes et seulement deux mamelles pectorales.
Ces animaux sont, en général, nocturnes ou crépusculaires; ils sont doués d'un sommeil hivernal et se réunissent, pour la plupart, en nombreuses compagnies.
Les uns se nourrissent exclusivement de fruits et les autres presque uniquement d'Insectes ; l'on peut donc les partager en deux sous-ordres bien naturels : les Frugivores (Roussettes) et les Entomophages (Bhinolophes , VespertUicnSy etc.)
L'Europe ne possédant que des Chéiroptères insectivores ou Entofnoplèages\ je laisserai, dès à présent, de côté les premiers ou les Frugivores.
Sous-ORDRE DES EXTOMOPHAGES
ENTOMOPHAGA
Les Chauves-souris Entomophages sont d'une taille bien moindi*e que les Frugivores. Leurs molaires sont simples, à racines et pourMies de tubercules tranchants et aigus. L'index est, chez elles, recoui'bé et soudé à l'extrémité avec le doigt médian. Les yeux sont comparativement très petits.
Elles se nourrissent, presque exclusivement, dlnsectcs de diverses natures.
Leur distribution géographique est très-étendue, et, par cela même, bien différente de celle des Chauves-souris Frugivores particulières aux contrées tropicales de l'Asie et de l'Afrique.
On peut séparer les nombreuses esi)èces de ce sous-ordre
' Quoique ToD counaissc déjà, en Suisse, des débris fosMles de Chéiroptères de répoque tertiaire, Tou n*a pourtant poiut eucore rencontré d'ossements de ces animaux, dans notre pays, ni dans les gravitera et les alluvions de IVpoque quatiTnaire, ni dans les restes des Palafiti^s. l\ semble que leur petitesse les ait fait échapper jusqu'ici à toutes les investigations, cor ce nVst guère que sur le m>1 des (n*ottesquc l'on en trou\e quelquefois; encore faut-il les considérer, la plupart du timp**, comme appartenant à des époques comparativement très récente*.
CHÉIROPTÈRES. i 9
en deux grandes familles, suivant qu'elles possèdent ou non des appendices membraneux sur le nez.
Depuis Linné, qui ne distinguait que deux Chauvessouris en Europe, le nombre de celles-ci s'est peu à peu considérablement augmenté, et notre continent renferme maintenant jusqu'à 28 espèces ' reconnues au milieu de nombreux synonymes *•
La Suisse seule compte, à l'heure qu'il est, 18 espèces jyarfaitement établies. Un seul genre européen (Dysopes) n'a pas de représentant dans notre pays.
Nos Chéiroptères se tiennent cachés, durant la journée, dans quelque réduit obscur, à cause de la lumière qu'ils ne peuvent aisément supporter ; mais ils sortent au crépuscule, et plus ou moins tard, selon les espèces. Quelquesuns volent avec mille petits cris aigus jusque très-avant dans la nuit; d'autres disparaissent bientôt pour se remettre en chasse le matin jusqu'à l'aurore. Tantôt ils recherchent le voisinage des habitations et des jardins,
' Oa 30 si Ton accepte deux nouvelles espèces encore peu connues.
* Un grand nombre d'auteurs se sont occupés de l'étude des Chéiroptères à différents points de vue. Daubenton, Gray, Geoffi'oy St-Hilaire, Leack, Kohi, de Blainville, Wagner et bien d'autres ont traité chacun de quelque partie dans cet ordre. Je me bornerai, cependant, à signaler ici les ouvrages les plus récents, ou les plus directement en rapport avec notre siijet. Temminck, Mongraphies de Mammalogie, 1827. — Prince C. L. Bonaparte, Iconografia délia Fauna Italica, 1832-1841. — Ketserlino et Blasius, Die Wirbelthiere Europa's, 1840. — Blasius, Naturgeschichte der Siogethiere Deutschlands, 1857. — Kolenati, Beitrftge zor Naturgeschichte der europseischen Chiroptem, 1857. — Monographie der europœischen Flederm&use, 1859, etc. — Carl Koch, Das wesentliche der Chiropteren mit besonderer Beschreibung der in dem Herzogthum Nassau und den angr&nzenden Laudestheilen vorkommenden Fledorm&use, 1865, etc., etc.
iO FAUNE DES VERTÉBRÉS.
tantôt ils préfèrent le bord des bois, ou semblent se plaire davantage près des eaux.
Au point du jour toutes les Chauves-souris se retirent dans quelque coin obscur; les unes isolées, les autres groupées en compagnies de même espèce. Un grenier, une grotte, un tronc d'arbre, une simple fissure dans une muraille, leur peuvent servir d'abri.
La position du repos varie avec les circonstances. Quelquefois, réunies et entassées entre deux poutres, ces petites bètes sont couchées à plat sur le ventre, d'autrefois elles sont fixées par les pouces; cependant, c'est, le plus souvent, la tète en bas et suspendues par les pieds qu'elles se tiennent immobiles et accrochées à quelque aspérité de la pierre ou du bois.
Le vol de ces animaux est très variable en promptitude comme en élévation ; mais il est toujours plus ou moins irrégulier et entrecoupé de zigzags verticaux faits à la poursuite des Insectes.
L'on peut observer ici une diflFérence frappante entre la manière de voler des diverses espèces, suivant qu'elles ont des ailes longues et effilées, comme les Vespériens , ou courtes et larges, comme les Rhinolophes et les Vespertiliones. Chez les premiers le vol est prompt, léger et très accidenté ; chez les seconds il est lent, lourd et constamment plus régulier. Si le vol est facile à ces animaux, la marche leur est, par contre, assez pénible. Le membre antérieur, avec ses grandes membranes rejJiées le long du •c()q>s, est peu propre à cet usage et ne permet guère que des mouvements embarrassés. J ai remarqué que la queue, chez quelques esjièces, peut ser\ir parfois d'organe momentané de suspension pendant le déplacement des pieds.
CHÉIROPTÈRES. i t
D est rare de rencontrer des Chauves-souris en plein jour; toutefois, on aperçoit de temps à autre une Pipistrelle qui, dérangée probablement dans sa retraite, tourne avec agitation autour du bâtiment qu'elle vient d'abandonner ; ou bien l'on peut voir quelques Vespertilions murins, exécutant en plein midi et à de grandes hauteurs, des voltes superbes à la manière des Rapaces.
Beaucoup d'entre elles craignent la pluie et le vent, et restent parfois deux ou trois jours dans leur retraite, réduites à une abstinence complète jusqu'au retour du beau temps.
Malgré leurs ailes, nos Chéiroptères ne sont pas, comme les Oiseaux,» de vrais animaux de passage ; chacun sait qu'ils s'endorment en automne au lieu d'aller chercher de nouveaux climats. Cependant l'on attribue, généralement, de petits voyages à la Barbastelle et à une ou deux espèces du genre Vesperugo. Quelques-unes s'écartent assez de leur demeure pour n'y pas revenir chaque soir et doivent se chercher ailleurs un abri pour la journée ; d'autres semblent exécuter de petites pérégrinations de la montagne à la plaine et vice versa, suivant les saisons.
En automne, à une époque variable, les Chauvessouris disparaissent peu à peu; après avoir chassé tout l'été les Insectes Névroptères, Diptères, Coléoptères, et surtout les Lépidoptères, elles se retirent les unes après les autres, pour se livrer à un sommeil léthargique plus ou moins long et profond. Plusieurs, et tout particulièrement la Noctule, sont à ce moment munies d'une abondante couche de graisse. C'est alors que nos maisons, les clochers des églises, les grottes et les arbres recèlent, pour quelques mois, de nombreuses sociétés de ces petits animaux. Sur tous ces points l'on reconnaît très vite la
n FAUNE DBS VERTÉBRÉS.
présence des Chéiroptères aux amas des excréments et à leur odeur douce&tre un peu musquée.
D faut absolument que ces lieux de retraite soient soumis à une certaine température et à une certaine dose d^humidité nécessaires à la respiration et à la circulation , pour que les Chauves-souris ne gèlent pas ou ne sèchent pas sur place, comme cela arrive quelquefois.
La plupart se réunissent en compagnie pour passer rhiver, serrées les mies contre les autres, et il est bien rare que deux espèces se trouvent confondues dans un même réduit. Quelques-unes seulement, d'une humeur^ parait-il, plus chagrine, vivent de préférence isolées.
L'on reconnaîtra toujours, à première vue, si un individu suspendu appartient à la famille des Phyllostomidés ou à celle des Gjmnorhinidés, par le fait que les premiers s'enveloppent dans leurs ailes, en rejetant la queue en arrière sur le dos, tandis que les derniers laissent leurs ailes fermées le long des flancs, en ramenant la queue en avant sur le ventre.
Cependant, le sommeil hivernal n'est pas toujours si profond que quelques Chauves-souris ne se réveillent parfois, soit pour se chamailler en criant et se bousculant, soit pour voltiger un moment et se fixer de nouveau. Un dérangement quelconque, ou simplement un brusque radoucissement de la temi)érature, suffit à ressusciter les individus les plus exposés aux influences extérieures. De même que nous avons vu des Pipistrelles se promener en plein jour, nous en voycms encore, même au cceur de l'hiver, parcourir avec hésitation les rues de nos villes et les b(»rds de nos toitures.
Dès qu'elles ont secoué leur torpeur, u mie é]K>que variable avec les esjièces du ccimmencement de mars à celui
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de mai, les Chauves-souris se livrent à leurs amours, les sexes s'accouplant face à face.
Cinq à six semaines après, et une seule fois par an, à la fin de mai, en juin, ou même en juillet, suivant les conditions, les femelles mettent au monde de un à deux petits au plus '. Suspendues, en cette occasion, par les pouces et la tête en haut, elles reçoivent dans leurs ailes et leurs membranes interfémorales repliées en forme de mains, ces petits êtres qui s'accrochent bientôt aux mamelles de leurs mères pour les suivre ainsi partout dans leurs évolutions aériennes*. Deux mois plus tard les jeunes sont déjà assez développés pour vivre seuls; mais ils ne reproduiront que Tannée suivante. Us se distinguent encore de leurs parents par des proportions plus petites et des teintes plus foncées.
Les mâles semblent peu jaloux et, les amours une fois passées, ils ne s'occupent plus de leurs épouses. Celles-ci se réunissent alors pour attendre en société le moment de leur délivrance dans quelque coin retiré et obscur. Les diverses espèces ne se mêlent pas davantage dans cette circonstance, et les mâles sont d'ordinaire complètement exclus de ces sortes d'ét^lissements de couches '.
* MM. Âgassiz et Gervais ont, les premiers, fait observer qae Taile n^existe point encore chez Tembryon au commencement de la vie intra-utérine, et que, jusqu'à un développement assez avancé, il n'a plutôt qu'une nageoire ou main palmée dont il se serre la tète ; les oreilles étant repliées et pendantes.
' Les dents sont, en effet, alors pourvues de petits crochets tournés en arrière.
' Une seule fois, en 1864, j'ai remarqué une exception à cette règle. Je trouvai, en effet, près de Brigue, en Valais, dans une grotte verticale contenant une source chaude, parmi un grand nombre de femelles du BMn. Hipposiden», attendant toutes leur délivrance et renfermant deux petits,
S4 FAUNE DES TEHTÉBRÊS.
Quoique la multiplication des Chéiroptères soit comparativement peu prompte, Ton trouve parfois des localités où leur existence est si facile que leur nombre y devient étonnant ' .
n me semble qu'il ne sera pas inutile,- en abordant chaque ordre, de décrire brièvement les organes qui peuvent fournir les principaux caractères distinctiiis de ses représentants dans notre pays ; aussi vais-je essayer d'en dire ici quelques mots, en cherchant à expUquer la valeur des termes usités pour les désigner dans les descriptions.
Les appendices pauciers, ou feuilles nasales, qui enveloppent les narines des Phyllostomidés, portent divers noms suivant leurs formes, et passent généralement pour des organes de tact (Voy. PL m, fig. 2). Us sont très-constants et déjà très-dé veloppés dans un âge i)eu avancé de la vie intra-utérine ; aussi les verronsnous servir à distinguer d'emblée deux familles de structure et de mœurs bien différentes. La disposition des narines, en dessus,
uo seul individu étranger de l'espèce du Vesp, mmritMa, Cette pau^xe créature isolée, incomprise peut-être, avait été recueillie et tolérée par ce& bonnes Rhinolophes.
' C'est ainsi qu'en me dévalant sous les fondements de l'Isola Bella, au lac Migeur, je découvris, en 1865, une innombrable colonie du Vesp. mii* rifMif. Cette grande espèce habitait seule, par plusieurs centaines d'indiWdus, l'espace a>scz vaste qui sépare le roc, base de l'ile, des voûtes solides qui supportent ses châteaux et ses jardins.
C^était en été, de sorte qu'une chaleur et une odeur nauséabonde ren* daient presque insupportable le séjour dans cet obscur repaire. La lueur d'une lumière vacillante me permettait seule de voir ces nombreux Chéiroptères qui tournoyaient en phalanges serrées autour de moi. J'en abattis plusieurs à coups de bÀton.
n y avait probablement bien des années que ces animaux étaient étabUs et vivaient ignorés dabs cette localité, car, dans toutes les places où le roc émergeait, il était couvert d'une couche très profonde de tientes et àv Chauvefc-bouris mortes.
L'on pourrait certainement sortir de cet endroit un fort chargement d*im nouveau guano qui serait peut-être très utile aux jardiniers qui entretiennent, quelques pieds au-dessus, cette magnifique végétation qui fiitt l'admiration de tous les visiteurs.
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au bout ou sur les côtés du nez, présente aussi quelque importance dans rétude des genres dépourvus d'appendices nasaux.
Les formes du crâne et de la tête varient beaucoup (Voy. PI. III, fig. 5, 6 et 7). La bùîte crânienne et la face pouvant offrir des développements divers, il est nécessaire d'examiner la forme particulière de Yoccipitalj Aq^ pariétaux, du frmitoi et des os nasaux, ainsi que les rapports qui existent soit entre ces différentes pièces, soit entre les maxillaires et les intermaxïUaires. Le crâne d'un jeune individu sera, généralement, plus arrondi que celui d'un adulte.
Les Chauves-souris ont toujours les trois sortes de dents, des incisives^ des canines et des molaires, toutes pourvues de racines et simples, soit enveloppées par une lame d'émail unique et continue. La couronne de leurs molaires est armée de tubercules aigus et tranchants, connue celle de tous les animaux destinés à broyer des Insectes (Voy. PL ni, fig. 1). Le nombre variable des dents, ainsi que la forme et la position de ces divers organes, fournissent d'excellents signes distinctifs. Ainsi, les incisives inférieures peuvent être implantées sur le maxillaire obliquement, de manière à se trouver parallèles et à se recouvrir en partie les unes les autres, ou bien, suivant la courbe de la mâchoire, de manière à ne se toucher que par leur bord (Voy. PL UI, fig. 8 et 9). De même encore, les premières petites molaires, dites prémolaires, peuvent être soit sur la ligne des autres dents, soit en dedans ou en dehors. Cependant, il faut toujours bien prendre garde aux effets de l'âge sur la position des prémolaires et les divers rappoits de proportions qu'elles ont entre elles. Telles prémolaires qui seront égales chez l'adulte, sont, par exemple, très-différentes dans le jeune âge. Les dents croissent d'avant en arrière, à cette exception près que souvent la première molaire perce avant les prémolaires. Les dents de lait ofrent un tout autre aspect que celles des adultes; les incisives, et même les canines inférieures, minces au bas et larges eu haut, sont inclinées en arrière et pourvues au sommet de deux ou trois crochets.
Les oreilles des Chéiroptères sont doubles ou simples, droites ou penchéeset séparées ou réunies par la base. Elles peuvent se composer d'un seul pavillon externe déformes variées, ou être comme
doublées à Tintérieur par une petite feuille membraneuse nommée orviUon {Trugtis) (\'oy. PL HI, fig. 3, 12 et 14). La grande constance de Toreillon dans les espèces permet de tirer de très-bons caractères, soit de ses formes, soit de ses rapports avec Toreille. Le fait de la soudure de ces dernières par la base du côté interne sur le front, chez quelques genres, joint à Tétude sérieuse de la conformation de ces organes et à l'observation des raies ou plis transverses plus ou moins nombreux sur la surface intérieure du pavillon, suivant sa longueur, achève de faire de ces parties Tun des i)oints les plus importants dans la diagnose de ces animaux (Voy. PI. HI, fig. 10 et suivantes).
Le pied de nos Chauves-souris, pourvu de cinq doigts et d'ongles crochus, porte en arrière du talon un petit os long et mince que Ton nomme ciktoh (Cdcar), servant à soutendre les membranes qui embrassent la queue. Sur le côté externe de cet éperon se trouve, chez beaucoup d'espèces, un petit lotM* membraneux (EpiUenM) qui fait défaut chez d'autres, et peut ainsi servir souvent de caractère générique (Voy. PL III, fig. 4). Le pied doit encore être étudié au point de vue de ses rapports avec les membranes alaires qui peuvent le border plus ou moins (Voy. PL I et II). Il est bon aussi de recourir quelquefois à Texamende la plante et de ses diverses particularités.
Les membranes sont formées, comme je Tai dit, aux dépens de la i)eau du coq)s qui vient sëtaler entre les membres antérieurs et postérieurs, et jusqu'autour de la queue. L'on nomme idaires celles qui s'étendent, depuis les côtés, le long de la jambe et du bras, jusqu'entre les doigts de la main. Connues, en latin, sous le nom de Patofflum, on les subdivise en PropnUufiuin au-dessus du bras, PhufioiMtiu/mm au-dessous du bras entre le cin(iuième doigt, les flancs et la jambe, et Dfuiyhinitat/mm entre les doigts. L'on appelle iidn-fim mtivs, en latin rrojMUat/liim ou PrrisaHs, celles qui envelopjK^ut la queue depuis les jaml)es. Ces diverses parties peuvent acquérir des dévelopIHnnents différents par suite des dimensions variables du bras et des doigts. L'égalité approximative des trois derniers doigts fournira une aile courte et large, tandis qu'une plus grande dispn)|K)rtion entn* le cinquième, le quatrième et le troisième doigt donnera une aile plus longue et plus éfilée (Voy. PL I et II).
Dans le premier cas le vol sera d'ordinaire lent et lourd ; dans le second il sera prompt et accidenté. Les membranes peuvent être, en outre, plus ou moins pubescentes dans des places déterminées, surtout en dessous; en même temps qu'elles peuvent embrasser plus ou moins et le pied et la queue.
La forme de la jambe est souvent dans un rapport intime avec celle de Taile ; elle peut être allongée et grêle ou courte et forte.
La queue, nulle chez beaucoup d'espèces exotiques, est constante chez toutes nos Chauves-souris. Ses dimensions comparées ne doivent pas être négligées ; mais, ici comme ailleurs, Tâge amène des modifications ; elle est, par exemple, toujours relativement plus longue chez l'adulte que chez un jeune.
Un caractère quelquefois utile peut être tiré du nombre et de la position des raies palatines ou replis charnus qui traversent le palais. Le nombre total de ces lignes ne varie, il est vrai, que de 7 à 9 chez la plupart de nos Chauves-souris ; mais l'on accordera, cependant, une certaine importance à cette légère différence, quand l'on saura que j'ai reconnu chez plusieurs de nos espèces le nombre et l'arrangement de ces repUs, déjà semblables chez l'embryon à ce qu'ils sont chez l'adulte. C'est surtout la position de la première raie, située en avant entre deux sillons, qui a le plus de valeur ; car le chiffre total peut être estimé différemment, suivant que l'on tient compte ou non de la barre limitant le palais en arrière et de la base du bec charnu qui s'avance entre les incisives et forme une semi-barre de chaque côté. Ainsi, la première raie palatine complète peut se trouver, ou en avant des canines, comme chez le Vesp, murinus, ou entre ces dents, comme chez le Plecotus aurituSy ou encore un peu en arrière, comme chez le Vesj), Noctida (Voy. PI. ni, fig. 1). En outre des raies complètes, quelques espèces possèdent des demiraies constantes intercalées dans les autres ; c'est ainsi que le Vesp.Xaihiisii atoigours une demi-raie de chaque côté du palais, après la troisième et au niveau de la dernière molaire. Cependant, cette étude étant quelquefois difficile, je ne m'en servirai pas ici dans la diagnose ordinaire.
L'examen du pelage a aussi son importance. Ce dernier peut être long et soyeux ou court et raide, égal ou inégal, terne ou brillant, et surtout noir&tre ou clair à la base. Le poil peut
iH FAL'XE DES VERTÉBRÉS.
recouvrir certaines parties, comme la face, et quelques por* tions des membranes, ou les laisser à nu. U peut même présenter des différences de structure suivant les espèces, comme Ta démontré Kolénati ; mais je pense qu'une pareille recherche doit être réservée à des cas de déterminations assez difficiles pour que les autres caractères soient devenus insuffisants.
La coloration mérite, enfin, d'être prise aussi en considération. Il £aut bien distinguer la couleur des deux faces du corps et celle des membranes ; mais il faut en même temps, ne pas lui attribuer trop de valeur, et tenir compte toiyours des modifications que I)euvent amener Tftge et les conditions d'existence.
Après l'analyse de ces premiers traits généraux suit une série d'observations à faire et de dimensions à prendre sur les diverses parties de chaque espèce, autant pour permettre d'en constater la variabilité que pour en détailler les formes exactes et accuser les rapports qui existent entre elles. Ces mesures peuvent être multipliées à l'infini, mais je me bornerai à relever, dans mes descriptions, celles qui me paraissent les plus nécessaires et les plus constantes*.
* Vareille et VoreilUm sont toiyours mesurés sur le bord externe, du coin antérieur ou inférieur au sommet.
La longueur du pUd est prise du talon au bout des ongles, et colle de la queue depuis Tanus à Textrémité.
J'entends toi^ours par corp$ la tête et le tronc.
CHEIROPTERES. ii)
FamiUe L PHYLLORHINIDES
PHYLLORHINID.E
Les représentants de cette famille, très variés sous beaucoup de rapports, sont tout particulièrement caractérisés par la présence d'appendices membraneux qui ornent de différentes manières le pourtour de leurs narines.
Ils sont répandus dans les diverses parties du monde et habitent de préférence les climats chauds ou tempérés. Leurs mœurs changent avec les espèces et leur habitat * .
L'on divise généralement ces Chéiroptères en tribus et en genres d'après les formes de la tête et des oreilles simples ou doubles', ainsi que d'après les dimensions de la queue, le nombre des dents et la disposition des feuilles nasales.
L'Europe et la Suisse n'en possèdent qu'une tribu.
* Quelques espèces de la tribu des Phyîloatomina, connues sous les noms de Vampires et de Fers-de-lances, sucent le sang des animaux endormis.
* L'oreille peut être, en effet, chez ces Chéiroptères, simple ou pourvue d'un oreillon.
Tribu des RHINOLOPHINS
RHIXOLOPHINA
La partie faciale ou antérieure du crâne des Rhinolophins est fortement relevée et séparée de la boite, ou partie postérieure, par un étranglement et une dépression très sensibles. L'os intennaxillaire n'est pas soudé, chez eux, au maxillaire supérieur, mais simplement fixé dans le palais. La tète est dans une direction verticale à la colonne vertébrale.
Les incisives sont toujours au nombre de quatre à la mâchoire inférieure.
Les oreilles sont dépour\Ties d'oreillon, non réunies et profondément échancrées sur le bord externe.
Les ailes sont larges et la queue de moyenne dimension.
Les femelles portent deux fausses mamelles ingumales qui se tuméfient au moment de la reproduction et, au lieu de ser\'ir à la lactation, semblent plutôt devoir fournir un premier pomt d'appui aux petits naissants ' . Lorsque ces animaux dorment, la tète en bas, ils s'enveloppent entiè-
' Le Prof, et D^ Koleoati (Beitraj^e zar Xaturgescbtchte der europaeischen Chiropteren) suppose que ces fausses mamelles sont saisies par les petits qui Tiennent de naître, et qu'ils s'y attachent jusqu'à ce qu^ils soient assez forts pour remonter jusqu'aux vraies mamelles. ï\ leur attribue le r61e de glandes lymphatiques que sucerait le jeune Rhinolophe pendant les pre* miers moments de son existence.
CHEIKOPTÈKES 3t
rement dans leurs ailes, comme en un manteau, rejetant la queue en arrière sur le dos.
Les Rhinolophins peuvent être répartis en divers genres d'après le nombre de leurs molaires et la forme des feuilles nasales.
Nos représentants de cette tribu, unique en Europe, sont réunis dans un seul genre et, comme je Tai dit, plus communs dans les contrées tempérées ou méridionales.
Genre RHINOLOPHE
RHINOLOPHUS, Geoffroy
Fa<:e relevée et nettement séparée de la boîte crânienne par une dépression et un étranglement très accentués. Nœ^maternent 32 dents ; -j- vtcisives. Narines ouvertes dans un appendice membraneux divisible en trois padies distinctes. Oreilles séparées, acuminées et sans oreilhn. Ailes courtes et larges. Jambe longue et pied entièrement libre. Base du poil claire.
Le crâne des Rhinoloplies présente une structure assez particulière (Voy. PL III, fig. 5). La boite crânienne est arrondie vers le centre, mais rétrécie en arrière et comme séparée de la face, en avant, par un fort étranglement entre les cavités orbitaires.
Les os nasaux, très courts et bombés, ainsi que les frontaux, dans leur partie antérieure, sont relevés et comme isolés du reste du crâne par une dépression bien accentuée.
L'espace qui divise les deux branches des maxillaires supérieurs est toujours très large et très profond.
Le nombre des dents est normalement de 32 ; mais il arrive souvent que les plus petites, comme la prémolaire unique supérieure, la seconde prémolaire inférieure et les incisives supérieures viennent à tomber, par accident ou par vieillesse, et que le nombre total ne s'élève plus alors qu'à 30, à 28 ou même à 26 dents. Une pareille caducité de ces organes est unique dans les Chéiroptères de notre pays.
La mâchoire supérieure compte 14 dents réparties comme suit; de chaque côté: 1 petite incisive, 1 canine, 1 petite prémolaire et 4 molaires.
La mâchoire inférieure possède 18 dents réparties comme suit; sur chaque branche: 2 incisives, 1 canine, 2 prémolaires, dont la seconde très-petite, et 4 molaires.
Cette dentition peut être facilement représentée par la formule suivante * :
-4TT- T • -T- • T • -TTT' = 32 dents.
Les narines s'ouvrent, chez les Rhinolophes, au milieu de feuilles nasales formées de trois parties distinctes V Une première partie, nommée le fer-à-cheval à cause de sa forme, sY'tend comme une lame aplatie en croissant de chaque côté du nez autour des narines, depuis le bout de celuici juscjue dans le voisinage des yeux. Une seconde partie sï'lève derrière ces orifices, et au centre du fer-à-cheval, connue une sorte de corne prolongée en arrière et adossée
* Dan9 ce système de formules généralement employé, les incisives sont placées an milieu, les autres dents divergeant à droite et à gauche ; celles de la mÀchoire supérieure en dessus, celles de rinférieure en dessous, et une même sorte de dents reposant toujours sur une barre unique.
* Ces trots parties sont déjà parfaitement distinctes chez l'embryon.
à la troisième partie. Cette dernière représente une lancette plus on moins allongée sur le devant du front et qui joint par sa base l'extrémité des branches du fer-à-cheval près des yeux. Cette feuille ou lancette est creusée en bas et de chaque côté, de trois cavités limitées par des parois membraneuses. Tout ce développement cutané est parsemé de grands poils (Voy. PI. ni, fig. 2).
Les oreilles, dépourvues d'oreillon et toujours séparées, sont parallèles sur le front et ne divergent que dans leur moitié supérieure. Elles sont fortement échancrées et repliées en avant et en dedans vers le tiers inférieur du bord externe. Ce repli antérieur est susceptible de les fermer entièrement. Pointues et recourbées en dehors vers Textrémité, elles sont sillonnées en dedans par 10 à 13 raies transverses (Voy. PL m, fig. 3).
L'éperon ne porte pas de lobe latéral.
Les ailes sont courtes et très larges, malgré la grande longueur de l'avant-bras, à cause de l'égalité des quatrième et cinquième doigts.
La jambe est longue et frêle.
Le pied est grand et mince; la plante est allongée, étroite et compléteqient dégagée des membranes qui s'arrêtent même au-dessus du talon.
La queue est comparativement courte et presque entièrement enveloppée par les membranes interfémorales qui viennent l'embrasser sous un angle presque droit. Ces dernières sont bordées de petits cils.
Le poil est clair à la base sur les deux côtés du corps.
Les Rhinolophes sont friUeux, ont un sommeil long et profond, ne sortent que tard et volent bas et lentement à la recherche des Insectes qui constituent leur nourriture. Ds habitent en société de vieux bâtiments, des grottes ou des
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trous d'arbres. Leurs mœurs les rapprochent assez des Phyllostomes suceurs pour que Ton ait pu leur attribuer les mêmes habitudes. Kolenati assure qu'ils s'attaquent quelquefois à des animaux à sang chaud endormis, à des Oiseaux et à des Mammifères*.
Les espèces de ce genre sont au nombre de quatre en Europe, dont deux seulement ont été trouvées jusqu'ici au nord des Alpes.
Celles que nous possédons sont les moins délicates; elles s'élèvent assez haut dans nos montagnes et s'étendent assez loin vers le nord.
Les Bhindophus divosus et Bh. Euryale n'ont point encore été découverts sur notre sol, quoiqu'ils aient été observés déjà, non loin des frontières du Tessin, dans les environs de Milan.