LE SURBCULOT Die Wanderratte
Mus DECUMAHTJS, PallftS
D'un gris fauve ou brunâtre ett dessus ; Uanchâire en de$êom$. Queue un peu plus courte que le corps. Oreille très légèrement plus
UmgHequô le tiers de la tête. Daigùs réunis à la hase par une petite membrane. Longueur totale moyenne =:= 425"^.
Mus DECUMANUS, PoU, Nov. spec. p. 91 , n. 40.
» HiBEBNicus, Thompson, Proceed. of the Z. S. 1837, p. 52.
» AQUATicus, Gessner, Quadr. p. 732.
» SYLVESTRis, BfHss, Reg. anim. p. 170, 3.
s NORVEGicus, Briss. Reg. anim. p. i23, 9.
Glis norvegic'US, Klein, Quadr. p. 56.
Rattus migrans, Zimmerm, Spec. zool. Geogr. p. 345, sect. iv.
En tout 16 dents, dont 12 molaires à tubercules saillants et arrondis ^
Palais plat et généralement sans sillon longitudinal; les raies palatines granuleuses.
Pieds trapus, couverts de petits poils blanchâtres et entièrement nus sur la face plantaire. Doigts réunis à la base par une légère membrane natatoire et armés d'ongles peu acérés.
Oreille munie de poils ras, dépassant très légèrement le tiers des dimensions de la tête et à peu près égale au pied antérieur.
Queue épaisse, un peu plus courte que le corps, très peu velue, d\uie annelure grossière, brunâtre en dessus et plus claire en dessous.
Museau pointu et orné d'une moustache brunâtre et blanchâtre, dont les plus grands poils atteignent à peine Textrémité de Toreille.
Mamelles au nombre de douze, également réparties sur le ventre et la poitrine.
' J'ai déjà dit plas haut que la grande ressemblance qui existe entre les dents des diverses espèces du même genre et l'usure continuelle de ces organes avec l'&ge empêchent de s'en servir ici comme de caractères spécifiques. Le prof. Blasius a cherché à combler cette lacune par une étude plus approfondie de la structure du palais et de la nature de ses raies trana- Terses. D a distingué la présence ou le dé&ut d'un sillon longitudinal ches le premier, et la présence ou l'absence de granulations sur les secondea. Cependant, je dois faire observer que ces deux caractères sont un peu variables avec r&ge, et qu'il ne faut pas, je crois, y attacher une trop grande importance.
Pelage médiocrement fourré, long et mélangé sur le dos de grandes soies foncées et rigides.
Faces supérieures d'un gris fauve ou brunâtre, plus claires sur les côtés.
Faces inférieures blanchâtres; quelquefois parfaitement blanches, d'autrefois faiblement teintées de jaune.
Jeunes très semblables aux adultes.
Cette espèce varie un peu dans Tintensité de la coloration ; Ton en connaît, en particulier, des variétés albmes.
Longueoi
-totale
0",410àO-,450
de la tète
de l'oreille (aa bord externe)
da pied antérieur (avec les ongles)
du pied postérieur (avec les ongles)
de la queue (de Tanus au bout des poils)
Le Surmulot est le plus gros et le plus fort de nos Rats ; aussi pourchasse-t-il partout le Rat noir qui disparaît petit à petit devant cette usurpation incessante. Il y a au plus cent cinquante ans que cette espèce est bien connue en Europe, où elle a été probablement apportée d'Asie avec des marchandises dont elle faisait sa nourriture. Sa force lui a permis dès lors de se répandre rapidement et de s'établir en divers lieux, tellement qu'elle couvre maintenant presque toute la surface de la terre.
Il semble, d'après Scliinz, que le Summlot n'était point encore arrivé en Suisse au commencement de ce siècle, et déjà il s'est introduit dans bon nombre de nos villes et infeste plusieurs de nos cantons, sans s'élever jamais à une hauteur notable dans les montagnes.
Les cantons voisins du Rhin et du lac de Constance paraissent avoir été les premiers envahis; il est bien probable que cet h6te terrible nous est venu d'Allemagne au travers de ce grand fleuve ou par les bateaux du lac. Son existence a été constatée jusqu'ici dans les cantons limitrophes, à Bâle, à SchaiThouse, à Constance et à St-Gall. Je l'ai vu moi-même, du côté de l'est, à Zurich ; mais le prof. Théobald m'écrit qu'il est encore très rare dans les
Grisons, n est abondant dans le centre de la Suisse, à Berne et à Luceme, et se répand maintenant petit à petit vers Touest et le sud ; il se trouve à Neuchâtel et près de Grandson, au moulin de Bru et dans les marais d'Orbe ; il est même arrivé à Lausanne, où Ton prétend qu'il a débarqué, en 1836, à Ouchy, avec des chargements de graines étrangères. Je doute qu'il soit, jusqu'ici, réellement établi à Genève, quoiqu'il ait été signalé par diverses personnes ; du moins les individus qui m'ont été procurés conmie tels étaient, toujours, de l'espèce du Mus aHexandrinus. Le seul siget authentique que j'ai reconnu dans notre ville est un beau m&le que j'ai trouvé, dernièrement, écrasé près de la gare.
Les Surmulots sont de terribles voisins ; ils dévorent avidement tout ce qu'ils rencontrent, et ne se contentent pas de substances végétales, mais s'attaquent aussi volontiers aux Oiseaux de basse-cours, parfois même aux Mammifères domestiques. Réunis en grandes troupes et poussés par leur voracité, ils peuvent devenir réellement dangereux V Ces gros Rats habitent les maisons, les caves et les dépendances, et pullulent dans les égouts. On les aperçoit, assez souvent, en rase campagne, le long des fossés et dans les canaux, nageant et plongeant avec agilité.
Les femelles mettent au monde, deux ou trois fois l'an, de 3 à 9 petits.
Au nombre des Rats européens se trouvent deux formes qui, tout récemment encore, étaient considérées comme des espèces parfaitement tranchées ; je veux parler du Rat à ventre blanc et du Rat noir qui continuent à être distincts pour beaucoup de zoologistes. J'étais moimême de l'opinion de ces derniers, jusqu'au moment où les intéressantes recherches de M. Arthur De l'Isle* atti-
* Ces turbulents animaux sont la terreur de beaucoup de Chats, et ne sont promptement tués que par de petits Chiens terriers qui leur brisent, d'un seul coup, les vertèbres cervicales.
* De l'existence d'une race nègre chez le Rat, ou de Tidentité spécifique du Mus, Battus et du Mus. (Uexandrinus, par M. Arthur De Tlsle. Annales des Se. nat Septembre 1865.
19i FAUNE DES VERTÉBRÉS.
rèrent mon attention de ce côté et ébranlèrent ma conviction première. Bientôt des observations propres ont encore ajouté pour moi un nouveau poids à la conclusion du naturaliste français, et je suis arrivé à regarder, avec lui, les Mus (ûexand/rinus et Mus Battus comme formant une seule et même espèce.
Les expériences de divers croisements, poursuivies avec beaucoup de soins, et complètement réussies par M. De risle, semblent prouver suffisamment l'unité de Tespèce. Je ne m'arrêterai donc pas davantage sur ce point, me contentant de renvoyer, pour de plus amples détails, soit au mémoire cité, soit simplement à ma description de l'espèce unique, aussi parfaitement applicable à l'une des formes qu'à l'autre, dans tous les caractères de quelque importance.
Mais M. De l'Isle va plus loin encore: il cherche à démontrer, par de nombreux arguments, que le Rat d'Alexandrie est le t}^e, et que le Rat noir n'est qu'une race nègre déviée petit à petit.
Le Rat à ventre blanc a été découvert en Egypte j lors de l'expédition de Napoléon !•', et décrit d'abord par Geoffroy. Dès lors, il a été observé en Italie, puis en Suisse, en France et dans le sud de l'Allemagne. H est bien possible que des individus aient été, durant les derniers siècles, importés de l'Afrique dans le midi de l'Europe par les bâtiments marchands, ainsi que le supposent généralement les zoologistes ; cependant, je n'en pense pas moins que, si l'espèce n'est pas autochtone dans notre pays, la première invasion doit, en tout cas, dater de bien loin, d'une époque même où l'on ne saurait guère l'attribuer au commerce des hommes. Le prof. Pictet* a, en effet, trouvé dans les gra-
* Pictet, F.-J. Ossements de Mattegnin, Mém. de Soc. de Phys. et Hist. JML 1846, XI, p. 90.
viers stratifiés de Mattegnin plusieurs débris de cette espèce qui feraient remonter son habitat sur notre sol à une époque, conune il le dit, antérieure aux derniers cataclysmes. Même alors cette espèce était si semblable, ostéologiquement parlant, à ce que sont ses deux formes actuelles, que M. Pictet déclare n'avoir pu, en aucune manière, reconnaître à laquelle des deux il fallait plutôt rapporter ces ossements fossiles.
n est bien à présumer que le Rat, indigène ou importé dans une époque ancienne, sera, avec la multiplication des demeures de l'homme sur notre sol, devenu de plus en plus parasite. C'est donc, probablement, peu à peu aussi que sa livrée se sera modifiée, sous l'influence d'une alimentation et d'un genre de vie nouveaux. Les anciens paraissent n'avoir pas connu le Rat noir ; est-ce peut-être que le parasitisme n'était pas aussi complet qu'il l'est devenu de nos jours; ou bien l'espèce du Rat était-elle confinée alors dans quelques localités seulement? Vers le milieu du seizième siècle, Gessner attribuait au Rat une coloration qui, quoique légèrement variable, semble bien devoir s'appliquer à la race nègre ' .
Le fait est que la livrée claire qui distingue aujourd'hui le Rat à ventre blanc du Rat noir est celle que l'espèce porte en Egypte, où elle est demeurée, semble-t-il, dans des conditions d'existence plus normales, où elle mène, dans un autre climat, un genre de vie moins généralement parasite, où elle trouve, enfin, une alimentation un peu différente.
La réapparition du type ancien dans nos contrées peut
* Battus quadrupla fere maior est mure colore subniger velfuscus, qui rcntrum versus dilutior est Quad. Tivip. Mus wK^jor dowesticus, p. 829.
196 FAUNE DBS VERTÉBRÉS.
être attribuée, maintenant, à Pinvasion comparativement très récente de bandes nouvelles arrivées de pays où l'homme et la civilisation n'ont pas entièrement transformé la nature primitive et, avec elle, les allures des animaux.
Un parallélisme semblable, entre l'état libre et l'état parasite chez la Souris {Mus Musadus), nous montre les mêmes effets et les mêmes modifications. Les Souris qui vivent à l'extérieur et dans des conditions naturelles, sont bien différentes de celles qui habitent et pullulent dans nos maisons. Les premières sont plus rousses en dessus et plus blanches en dessous, un peu comme le Mulot; les secondes sont plus noirâtres sur le dos et plus grises sur le ventre, plutôt comme le Rat noir.
Les Souris des chalets de nos Alpes, soumises à un genre de vie et à une alimentation plus rustiques que celles des maisons de nos villes, sont déjà plus fauves et moins grisâtres que ces dernières ' .
J'appuye avec intention sur l'influence du parasitisme et de l'alimentation, parce que M. De l'Isle me semble attribuer la plus grande part des changements de livrée aux influences climatériques. Sans vouloir nier l'effet incontestable du climat sur les couleurs, je tiens pourtant à faire remarquer que si celui-ci peut modifier la livrée, en même temps que les proportions d'un animal, le genre de nourriture agit cependant aussi profondément sur la coloration*.
' L^on troavera plus loin de nouveaux détails sur les effets de ralimeatatioQ à propos des Mua Museulus et Mus poschiavinus.
* n ne sera peut-être pas déplacé de faire remarquer, à propos de cette espèce, comment les diverses influences extérieures qui ont agi durant des Hîrcles sur le Rat, au point de modifier ses apparences jusqu^à faire croire généralement à deux espèces distinctes, ont cependant eu peu d'action sur des caractères plus profonds que la taille, le pelage et la coloration.
Avant de passer à la description commune des deux races, je citerai encore textuellement les quatre lignes par lesquelles De Selys termine sa description du Mus alexandrinus^ :
« Quatit aux i/ndividus ordinaires, on peut les caradérir • seren deux mots. On croirait voir des M. rattus ayoMt « la couleur des Decumanus, mais didinds de ces derniers « par une queue plus longue. »
C'est, en peu de mots, l'identification des deux races; et, si l'on y ajoute : et des oreîUes pim longues aussi, l'on aura en même temps la distinction de cette espèce d'avec le Surmulot*.
7. LE RAT NOIR ET LE RAT A VENTRE BLANC Die Hausratte und die Egtptische Ratte
Mu6 Rattus, Albert. Magn. et Mus alexandunus, Geoffroy *
D'un gris fauve, roussâtre ou noirâtre en dessus; blanchâtre ou gris en dessous. Queue un peu plus longue que le corps. Oreille à peu près égale à la moitié de la tête ou légèrement plus lotigue. Pas de membrane interdigitale. Longueur totale moyenne=420'^.
(a) Mus Battus, Albert. Magn, De Anim. Ub. XXU, f. i82.
» Rattus, Linn. S. N. XII, p. 83, n. 12.
<b> » alexandrinus, Geoffr. Descript. de TÉgypt. Hist. Nat. vol. II, p. 733.
» TECTORUM, Savi, Nuovo Giorn. de Lett. 1825.
> LEUCOOASTER, Ptctct, Mém. de la S. de Ph. IX, 1841, p. 153.
* Ed. De Selys-Longchamps, Micromammalogie, 1839, p. 68.
* Le Muê Mbendeus de Thompson, qui n'est, très probablement, qu'une ▼ariété dn Sormulot {Mus decitmanm)^ a présenté aussi, en Irlande, des traces d'un mélanisme analogue à celui qui a atteint le Rat à ventre blanc.
' n me semble que l'un des noms de cette espèce devant nécessairement disparaître, il sera plus naturel de conserver celui de Mua Battus beaucoup pins anciennement et plus généralement conna.
1 98 PAUNE DES YERTéBRÉS.
En tout 16 dents, dont douze molaires à tubercules saillaiits et arrondis (Voy, PL VI, fig. 12).
Les principaux caractères invoqués par Blasius pour distinguer ces deux races comme espèces sont les suivants : chez le Mus àlexandrinuSj un profond sillon longitudinal dans le palais et des plis palatins granuleux ; chez le Mus BaUus^ pas de sillon longitudinal et des plis palatins sans granulations.
M. De risle a déjà fait remarquer qu'il a reconnu ces caractères, prétendus spécifiques, également chez les deux Rats. J^ajouterai que j'ai observé moi-même le sillon longitudinal chez quelques mdividus du Mus Battus^ et que j'ai trouvé, bien souvent, des granulations très accentuées sur les plis palatins des jeunes siyets du Rat noir; persistance et représentation du caractère typique dans le jeune âge.
Vis-à-vis de cette variabilité dans la race, il est difficile de rien préciser pour cette espèce sur ces premiers caractères que j'ai déjà dit peu profonds; l'on peut, tout au plus, ajouter, par comparaison avec l'espèce précédente:
Palais marqué d'un sillon longitudinal plus ou moins accentué chez les adultes ; raies palatines plus ou moins granuleuses avec l'âge.
Pieds forts, sans trace de membrane natatoire entre les doigts, finement velus en dessus et entièrement nus en dessous; blancs ou blanchâtres, avec un faible trait brunâtre sur les postérieurs, dans la race à ventre blanc ; gris ou noirâtres, dans la race nègre.
Oreille ovale quoique large, mesurant au moins la moitié de la tête, toiyours beaucoup plus longue que le pied antérieur et presque nue ou couverte de poils très courts ; grisâtre ou rosâtre chez le Rat alexandrin, plus noirâtre chez le Rat noir.
Queue épaisse, un peu plus longue que le corps, très écaillense, peu velue et comptant le même nombre d'anneaux dans les deux formes, de 250 à 270 ; brunâtre en dessus chez le Rat à ventre blanc, noirâtre dans la race nègre.
Museau acuminé, allongé et orné d'une moustache bien fournie,
dont les plus grands poils, en partie blancs chez YAlexandrinus et noirs chez le Battus, dépassent la moitié de Foreilla
Mamelles au nombre de douze, pectorales et ventrales.
Pelage assez fourré, long et parsemé, sur le dos, de grandes soies foncées donnant un aspect plus ou moins brillant aux parties dorsales.
Faces supérieures d'un gris fauve ou roussfttres, mélangées de noir&tre et plus claires sur les flancs, dans le type alexandrin ; d\in noirâtre ardoisé plus ou moins foncé, parfois avec des reflets verdâtres produits par Tabondance des soies dorsales, chez la race nègre.
Faces inférieures blanchâtres ou blanches, souvent légèrement lavées de jaune et quelquefois avec transition brusque, sur les flancs, entre les couleurs du dos et du ventre, chez le Rat à ventre blanc ; d'un noirâtre ardoisé clair ou d'un cendré foncé chez le Rat noir.
Jeunes assez semblables, dans les deux races, à leurs parents, s'il n'y a pas eu de croisements entre eux.
Les métis, après plusieurs générations, produisent indifiéremment les deux formes.
Cette espèce a varié énormément depuis quelques siècles, au point même de £ûre croire à deux espèces ; cependant ces variations n'ont atteint que des caractères superficiels seulement Du reste, elle varie encore sous nos yeux dans les mêmes limites. L'on trouve, entre les deux races, une foule d'individus transitoires, soit des siyets mélangés des deux colorations ; des Alexandrins très foncés, machurés sur le ventre ou des Rats noirs très clairs, presque blanchâtres en dessous. J'ai capturé, pendant plusieurs années consécutives, dans une ferme, non loin de Genève, des sigets de la race nègre, tous porteurs d'un cachet local de famille. Jeunes et vieux avaient régulièrement un forte mèche blanche au milieu du front. Je mentionne ce fait de peu d'importance, en apparence, parce qu'il rappelle la tache pectorale blanche qui devait distinguer spécifiquement le Mus hibentietis de Thompson.
L'on connaît aussi des variétés blanches de cette espèce.
(a) Rat noir. (b) Rat A ventre bUoc
Long.totale 0«,360 à0«,420 ~0V20 àO-440
. delatête 0,045 0,049 — 0,048 0,052
» de l'oreille (au bord externe). 0,0225 0,0255— 0,0255 0,0230 » du pied ant. (avec les ongles). 0,018 0.019 — 0,0195 0,0200 » du pied post. (avec les ongles). 0,036 0,041 — 0,039 0,088 » de la queue (de l'anus au bout
des poils) 0,195 0,226 — 0,215 0,235
Cette espèce, avec un genre de vie et des mœurs un peu différentes suivant les localités, et dans un parasitisme plus ou moins invétéré, est répandue dans toute l'Europe. Il y a un demi-siècle que la race nègre (Rat noir) résidait encore partout sur notre continent ; cependant, elle a maintenant disparu sur bien des points, devant les poursuites du Surmulot; elle est même, aujourd'hui, plus abondante en Amérique, où les bâtiments Font transportée en émigrée. Toutefois, de nouvelles cohortes de la forme typique arrivent, depuis l'Italie dans le midi de la France, en Suisse et jusqu'en Allemagne; résisteront-elles mieux que leurs congénères nègres aux persécutions du terrible Surmulot ; verrons-nous encore une seconde race noire apparaître dans nos foyers, ou le nouvel occupant restera-t-il seul maître du terrain ?
Dans la Suisse, le Rat noir se trouvait encore partout, il y a peu de temps, dans les plaines et les vallées. A l'heure qu'il est, il a promptement diminué dans chaque canton où s'est introduit le Surmulot ; il est même presque entièrement extirpé de quelques-unes de nos villes. A Genève, où le Decumanus n'a pas encore exercé ses ravages, il existe encore des Rats noirs qui me semblent vivre en bonne intelligence avec un nombre presque égal de Rats à ventre blanc. J'ai reconnu dernièrement cette espèce, dans sa forme alexandrine, à Lausanne, à Neuchâtel et à Berne ; il est bien probable qu'elle se trouve aussi ailleurs dans notre pays, mais qu'elle y aura été confondue avec le Surmulot. Le Rat vit, d'ordinaire, en société et volontiers dans nos maisons ou nos dépendances. Il est bon grimpeur et pille, sans honte et avec fracas, tout ce qui est à sa portée, s'attaquant aussi volontiers aux substances animales qu'aux matières végétales. La race nègre, parasite depuis des siècles,
RONGEURS. sot
ne s'écarte guère des demeures humaines, des caves et des greniers. Quant à la race type à ventre blanc, ses nouvelles phalanges parcourent nos campagnes, habitant par bandes dans nos bois, et se jetant ça et là dans les fermes ; abordant, petit à petit, les villages et les villes et se répandant souvent dans les maisons par les égouts. C'est ainsi qu'une bande de trente à quarante Alexandrins passa, en plein jour, devant moi, il y a deux ans, au travers d'une route, dans les bois près de Genève. Les femelles mettent au monde, trois à quatre fois l'an, de 2 à 10 petits déjà féconds dans leur première année.
Des ossements fossiles de cette espèce ont été trouvés, comme je l'ai dit plus haut, dans les graviers stratifiés des environs de Genève *.
Seconde section. SOURIS
Mi£USC Mi'SCULUS, Rafin.
Le crâne des Souris est légèrement arrondi, bien développé eu arrière, et dépourvu de crêtes latérales le long des frontaux. Le côté pariétal de ces derniers os demeure toujours nettement distinct de leur partie antérieure.
Les raies palatines sont généralement au nombre de 8, quelquefois, mais rarement, à celui de 7 seulement; les intermolaires franchement divisées par le milieu (Voy. PI. \1, fig. 13 et 14).
Les pieds postérieurs mesurent, d'ordinaire, un peu plus de deux fois la longueur des antérieurs; tous les tubercules plantaires sont également arrondis.
* Pictet, Ossements de Mattegnin. Soc. de Phys. XI, 1846, p. 90.
tOÎ FAUNE DES VERTÉBRÉS.
La queue est longue, moins épaisse et plus velue que chez les Rats ; de fonne assez constante et cerclée par un nombre d'anneaux qui ne dépasse pas le chiffre de 190.
Les mamelles sont en quantité variable de six à huit et à dix avec les espèces.
Ce sont des animaux de petite taille, firugivores ou granivores et volontiers omnivores; adroits grimpeurs, ils vivent dans les champs, les bois et les maisons et se creusent souvent des galeries souterraines.
L'Europe possède huit espèces de ce groupe, dont trois exclusivement orientales.