‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 5)Chapitre 43 sur 91 · LA SOURIS Die Hausmaus · texte numérisé non relu

LA SOURIS Die Hausmaus

Mus MuscuLUS, Linné

D'un cendré plus ou moins fcuive^ brunâtre ou noirâtre «i dessus; blanchâtre, légèrement fauve ou cendré clair en dessous. Queue à peu près égale à la longueur du corps et pourvue d^anneatu écaHleuXj petits et serrés. Oreille un peu plus longue que la nwitie de la tête. Œil plutôt petit. Huit plis palatifîS. Longueur totale mayefifie = 180"^.

Mus Mrs( TLUS, Limt, S. N. XII, p. 83, n. 13.

» isiANiiici'â, Thiefiettian, Nat. Dem. p. 153, n. 8.

» DOMESTici's, Albert, Magn, De Anim. lib. XXII, fol. 182.

» MINOK, Klein, Quadr. p. 57.

SoREX DOMEsTicus, Charlet, Exercit. p. 25.

Toqjours 16 dents, dont douze molaires à tubercules saflUmtâ et arrondis.

Crâne, d'un profil comparativement plat et s'amincissant graduellement, jusqu'au museau, en forme de c6ne dirigé en avant L'interpariétal toujours beaucoup moins large dV

vant en arrière que les pariétaux sur leur suture médiane. Arcades zygomatiques de moyenne grandeur et assez épaisses.

Plis palatins au nombre de huit; trois antérieurs simples et cinq intennolaires divisés. Le troisième pli simple plus ou moins recourbé en avant vers le milieu. La seconde molaire soutendant les deux derniers plis divisés (Voy. PL VI, fig. 13).

Pieds minces, gris ou blanchâtres, velus en dessus et entièrement nus en dessous.

Oreille grise, munie de poils ras, assez large et mesurant légèrement plus que la moitié de la tête.

Queue à peu près de la longueur du corps, médiocrement épaisse, ronde, conique et sensiblement amincie vers la base ; couverte de poils courts et cerclée d'anneaux assez déliés et serrés pour s'élever, en nombre, jusqu'au maximum du sous-genre, soit 170 à 190 ; enfin, grise ou noirâtre en dessus et plus claire ou quelquefois blanchâtre en dessous.

Museau graduellement acuminé depuis les joues et orné d'une moustache grise et noire, dépassant un peu l'extrémité de l'oreille.

Yeux comparativement petits.

Mamelles au nombre de dix.

Pelage fourni et de moyenne longueur chez les adultes, avec de faibles soies dorsales.

Faces supérieures variables d'an gris fauve à un gris brun ou noirâtre plus ou moins foncé; les flancs toujours plus clairs et plus fauves que le dos.

Faces inférieures passant souvent du blanchâtre légèrement lavé de fauve au cendré ou au gris plus ou moins foncé.

Jeunes toujours assez semblables à leurs parents.

Cette espèce varie énormément, comme je l'ai dit plus haut, suivant qu'elle vit libre dans les champs et les prés ou en parasite dans les maisons ; selon même qu'elle se trouve dans les viUes de k plaine ou les chalets des Alpes. Les individus qui mènent une vie champêtre étant toujours plus roux en dessus et plus blancs en dessous ; les sijyets parasites étant, par contre,

ÎOi FAUNE DES VERTÉBRÉS.

constamment plus noirâtres K L'alimentation a, sur la robe, une telle influence, que Ton a vu parfois des variétés locales se former sous la simple action d'une nourriture particulière. C'est ainsi que M. 6. Lunel, conservateur au Musée zoologique de Genève, a pu observer à Cette, dans le midi de la France, que des Souris se nourrissant exclusivement des graines de millet destinées à des Oiseaux, devinrent assez promptement d'un jaunâtre clair ou presque blondes. Des variétés albines de la Souris sont assez fréquentes.

Longaear totale 0",170 à0",190'

> delatdte 0,0240 0,0255

de l'oreille (au bord externe) 0,013 0,()U

* du pied antérieur (avec les ongles) 0,008 0,009 » du pied postérieur (avec les ongles) 0,0180 0,0195

• de la queue (de l'anus au bout des poils). 0,067 0,095

La Souris commune habite le monde entier et se trouve en Europe depuis le nord jusqu'au midi. La Suisse en est naturellement infestée comme les autres pays, car ce petit parasite poursuit l'homme dans ses habitations jusqu'à de grandes élévations dans les Alpes. On le rencontre encore à 2700 mètres dans les chalets et les auberges. Tschudi semble croire que ce Rongeur ne reste pas en hiver dans ces régions élevées, mais qu'il abandonne les maisons en même temps que les habitants, et revient avec eux dans les vallées. Néanmoins, cette espèce est abondante dans hi Haute-Engadine à près de 2000 mètres et y passe l'année entière.

Pendant la belle saison, bien des Souris vont séjourner quelque temps à la campagne; elles se répandent dans les prés et les jardins, se creusent des galeries souterraines et s'attaquent aux graines et aux racines.

Les femelles, très fécondes, mettent au monde, trois à cinq fois l'an, de 4 à 10 petits.

* Gcssner araît déjà bien décrit, en 1561, ces variatious de couleurs cbei la Souris ; il dit, entre autre, dans le volume de Quad. vivipariê, p. 806, au sujet de son Mus (Souris) : Mures domesHei non muo omnes colore mmI, sed o/it nigricani, olti exfusco colore a russum oui gUuwn, aUi ad cinereum iendmd.

La Souris est, fort probablement, indigène dans notre pays, car on a trouvé des ossements de son espèce dans les graviers stratifiés des environs de Genève '.

Je décrirai, maintenant, sous un nom nouveau, une Souris noire dont j'ai capturé plusieurs exemplaires dans les Grisons et qui, quoique voisine de l'espèce commune, s'en distingue néanmoins par des caractères assez importants.

Je n'ai, pendant longtemps, voulu voir en elle qu'une race nègre du Mus Musculm. Ce rapprochement avec le Rat noir me plaisait singulièrement ; cependant, je n'ai pas osé négliger certaines différences anatomiques dont je ne pouvais apprécier exactement la valeur, n'ayant pas en mains soit le grand nombre de sujets, soit la quantité d'observations qui avaient facilité ma décision dans l'affaire des deux Bats.

Je préfère décrire, à fond, cette Souris d'un faciès particulier et pourvue de signes distinctifs plus profonds que ceux qui différentiaient jusqu'ici les Mus Battus et Mas oiexandrinus ; prêt, du reste, à reconnaître en elle une simple race nègre, du moment où je découvrirai quelque modification dans ses caractères spécifiques.

En outre de sa coloration et de plusieurs petites divergences dans le détail des proportions sur lesquelles je serais mal venu de m'appuyer maintenant, cette forme nouvelle se distingue constamment de la Souris par un nombre différent des plis palatins, ainsi que par une disposition également un peu différente de ces saillies transverses. Les raies divisées intermolaires sont, en effet, régulièrement au nombre de quatre au lieu de cinq qu'elles

* Pictet, F.-J. Ossements de Mattegnin. Soc. de Phys. vol. XI, 1846, p. 91.

sont chez nos antres espèces, et le troisième pli simple présente une courbure opposée (Voy. PI. VI, fig. 13 et 14).

La variabilité accidentelle des plis intermolaires chez nos espèces se faisant plutôt par subdivision ou par multiplication, j'ai cru devoir attacher une certaine importance à cette infériorité constante.

Voici, en deux mots, comment je fus amené à remarquer la Souris en question. Visitant, en 1864, la fabrique de tabac du bourg de Poschiavô, dans les Grisons, sur le versant méridional des Alpes, je questionnai l'un des directeurs, M. Ragazzi, sur les animaux des environs; j'appris alors de lui qu'un petit Rat noir faisait, depuis quelques années, de grands ravages à l'intérieur de la fabrique dans les feuilles de tabac. Curieux de voir quelle pouvait être cette espèce, je le priai de m'en procurer et tendis moi-même des pièges dans les recoins qu'il m'indiqua.

Le lendemain, et pendant quelques jours, je capturai, en effet, plusieurs Souris de la taille du M. Musculus avec une coloration noire, plus foncée même que celle du M. Battus. Au premier exemplaire je pensai voir un jeune Rat noir ; mais j'obtins bientôt des femelles pleines et des mâles adultes à testicules descendus et bien développés. L'idée me vint alors d'une espèce nouvelle peutêtre importée avec le tabac, mais je ne pus savoir dans quels paquets on l'avait d'abord remarquée ; je reconnus seulement qu'elle s'était répandue déjà dans les maisons avoisinantes, où j'en pris aussi quelques-unes parfaitement semblables aux premières.

De quelque côté que je retourne la question, et quelle qu'en soit la solution, cette forme nouvelle, race nègre ou

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espèce, me semble mériter toujours une attention assez spéciale pour que je la décrive scrupuleusement ' .

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