‹ Faune des vertébrés de la SuisseChapitre 22 sur 77 · LA TANCHE · texte numérisé non relu

LA TANCHE

Dn ScBuoiu. — TixoÀ

TivcA VUL0ABI8, CoTier.

Olivûtrey verte ou hrun-jaunâtre, en dessus ; verte ou dorée, sur les côtés ; blanchâtre, jaunâtre ou lilacée, en dessous. Na-geoires enfumées, noirâtres oit violacées, parfois légèrement rougeâtres. Corps assez épais, en avant, plus réduit du côté de la queue, et légèrement rei\flé vers l'origine de la caudale. Écailles relativement très petites, dejorme allongée et se recouvrant beaucoup. Museau obtus, avec un barbillon latéral angn^ laire au plus égal au diamètre de VceiL Opercule lisse. Dorsale et anale assez semblables, convexes sur la tranche, plus hautes que longues et sans rayon osseux dentelé. Caudale peu ou pas échancrée. (Taille moyenne de vieux sujets : 40 à 60 cetitimètres.)

Sept à huit sous-orbitaires : le premier subtriangtdaire et au moins aussi long que Vœil ; les derniers très petits. Maxillaire supérieur prolongé et un peu tordu en spirale au sommet, at^c WH coude postérieur en hachette subcarrée. Pharyngietis présentant une corne supérieure très développée. Meule subovale, épaisse et très dure. Dents médiocrement allongées et ret\flérs au sommet en massue comprimée, oblique, creusée au milieu et légèrement crochue.

I), 3—4/8—9, A. 3— 4/6— «, V. J/8-9, P. 1/15—18, C. 19 miv

Sq. 90 -|g-25- ««O. Vert. 37-41.

OPRiMb TiNCA, lÀnné, Svst. N»t., I, p. 526, éd. XIII; Gtnel., I, lii. p. 1413. — BUkH, Fische Deutschl.. p. 83, taf. 14 et p. W, Uf. 15. — L4Mcep, V, p. 186. — Pailaê, Zoogr. Ross.-As., III, p. 310. — Bazoîttnotvêki^ Hist. Nat. du Joint, p. 131.— Jurine^ Hist des PoKs. du L^man. llém. Soc. Phys., p. 905, pi. 10. — Hartmann, Helvet. Ichthyol., p. 190. — S/etnmii/lep, N. Alpina « II» p. 343. — Ekëtrbm et Friet, Skand. Fisk., p. «05, pi. 5«. — Nenning^ Fische des Bodensees, p. M. — ifolandre^ Faune de U Moselle, p. 244.

C\P. TiN( A AïKATis, Bfoch, Hiit. Nat., 1, p. 47, taf. XV.

TINGA YULGARIS. 211

TiNCA TULGARis, Cuvier, Reg. Anim.^ II, p. 103. — Fieming^ Brit. An., p. 186. — NiUson, Skand. Fauna, IV, p. 296. — Cuv. et Vol., XVI, p. 323, pi. 484. — De Filippi, Cenni, p. 396. — Bonaparte, Cat. Met., p. 28. — Yarrell, Brit. Fish., I, p. 328. — Ueckel et Kner, Sûsswasserfische, p. 75, fig. 34. — Fritsch^ Fische Bohmens, p. 5; Ceske Ay&y, p. 10. — De Betta^ Ittiol. Veron., p. 70. — Dybovosky^ Cyprin. Livlands, p. 66. — De Si^foldy Sûsswasserfische, p. 106. ^- JeitteieBf Fische der March, p. 26. — Monti, Not. dei Pesci, p. 36. — Jdckely Fische Bayeras, p. 26. --^ Canestrini, Prospet. crit., p. 25. — Cfûnther, Catal. of Brit. Mus., Fishes, VII, p. 264. — Blanc?^aixi, Poissons de France, p. 317, fig. 64. ^^ Delà Fontaine, Faune du Luxembourg, p. 26. — Lunel, Poissons du Léman, p. 42, pi. V. — Pavesi^ Pesci et Pesca, p. 26. T. VULQ. TAR. MACULATA, Costa, Fauna Nap. Peso., tab. 12.

» CHRYSrns, Aga»9iZy Mëm. Soc. Hist. Nat. Neuchàtel, I, p. 37. — Bonaparte^ Faun. Ital., III, fasc. XVIII. — Schinz, Faun. Helvet, p. 157, et Europ. Fauna, p. 306. — De Séigs-Lcmgchamps, Faune belge, p. 202. — Bapp, Fische des Bodensees, p. 5.

T. CHRYS. VAR. AURATA, Agass.^ Mém. Soc. Hist. Nat. Neuch., I. p. 37.

» rTALiCA, Bonap.y Faun. Ital., III, fasc. XVIII. — Schim^ Europ. Fauna, p. 307.

1 AURATA, Schinz, Europ. Fauna, p. 307. Lechscds timca, Gûnther^ Fische des Neckars, p. 50.

Noms vûLoaircs suisses : (S. F.); La Tanche — (S. A.); Schlei^ Schleihey Schleyen ou Schleiche. — (T.) ; Ténca ou Tinca.

Corps plutôt ramassé, médiocrement élevé, assez épais en avant et un peu renflé vers Torigine de la caudale. Le dos et le ventre subarrondis transversalement. Le profil supérieur sensiblement et à peu près graduellement convexe, jusqu'à la dorsale, puis s'abaissant, de ce point à la caudale, en courbe plutôt concave. Le profil inférieur légèrement convexe jusqu'à Tanus, relevé obliquement le long de Tanale, et légèrement concave jusqu'à la caudale.

La hauteur maximale, vers la dorsale ou un peu en avant, à la longueur totale, comme 1 : 3 '/• — ^ V» et, à la longueur sans la caudale, comme 1:3 — 4, selon Tétat des individus ou Tftge plus ou moins avancé. La hauteur minimale, sur le pédicule caudal un peu en avant de l'origine de la caudale, comme 1 : 2 — 2 Vs- L'épaisseur la plus forte, vers l'opercule ou un peu plus en arrière, à l'élévation maximale,

fit FAUNB DES VERTÉBRÉS.

comme 1 : 1 Va — 2. Une section verticale moyenne d'un ovale plus ou moins large.

Ouverture anale située aux deux tiers environ de la longueur du poisson, sans la caudale»

Tête de moyenne dimension, de forme subovale et notablement plus longue que haute, avec im museau large et obtus. Le profil supérieur presque droit ou légèrement convexe et suivant à peu près la courbe du dos ; le profil inférieur presque semblable.

La longueur céphalique latérale, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 4 V4 — 0, selon l'âge ou le sexe des sujets, et à peu près égale à la hauteur du tronc, ou environ de Va moindre, non seulement selon l'âge et le sexe, mais encore selon l'état et les conditions de vie des individus. La longueur de la tête, en dessus, à la longueur par le côté, selon les sujets, comme 1 : 1 V? — l 'A- La hauteur, à l'occiput égale aux */* de la longueur latérale, ou un peu moins. L'épaisseur, sur l'opercule, égale à un peu plus ou un peu moins des Va de la même longueur, et correspondant, suivant les individus, à l'élévation vers le bord antérieur, le milieu ou le bord postérieur de l'orbite.

Un barbillon charnu, de chaque côté du museau, un peu au-dessus et en arrière de l'angle de la bouche, au plus égal au diamètre de l'œil, souvent égal seulement à la moitié ou au tiers de celui-ci et relativement plus court chez les jeunes que chez les vieux.

Bouche antérieure, oblique ou tombante, passablement protractile et fendue au plus jusqu'au-dessous des narines. Les deux mâchoires à peu près de même longueur et garnies de lèvres épaisses. La langue bien développée.

Narines doubles, de moyenne dimension, ouvertes dans un enfoncement situé à peu près au tiers de la distance séparant l'œil du museau et conformées, à peu près comme chez la Carpe et la plupart de nos Cyprinides, d'un orifice antérieur bordé d'une valvule susceptible de recouvrir un orifice postérieur un peu plus grand.

Des pores régulièi-ement distribués, faisant suite à la ligne latérale du corps, de manière à embrasser l'œil entre deux

TINGA VUL6AKIS. 21 3

séries de petites ouvertures très apparentes : une première série de pores naissant au-dessus de T opercule et courant, de chaque côté sur la tête, jusqu'aux narines ; une seconde série cerclant Toeil en dessous, tout le long des sous-orbitaires, jusque sur le museau. D'autres pores accompagnant le bord de la joue sur le préopercule et jusque sous le maxillaire inférieur.

Œil relativement petit, parfaitement rond, assez élevé bien que franchement latéral et très mobile; d'un diamètre, à la longueur céphalique latérale, comme 1:5 — 77*, suivant les sujets jeunes ou vieux, parfois même 4 Va chez de très petits individus K

L'espace préorbitaire mesurant, suivant l'ftge plus ou moins avancé, de 2 Vs ^ 2, ou même seulement 1 y, diamètre de l'œil, et, selon les cas, entrant de 2 V2 à, 3 fois dans la longueur latérale de la tête.

L'espace postorbitaire d'ordinaire légèrement moindre que la moitié de la tête par le côté.

L'espace interorbitaire à peu près égal à la moitié de la longueur de la tête, en dessus ; mais généralement un peu plus fort que l'espace préorbitaire, chez l'adulte, et à peu près égal à celui-ci, chez les jeunes, soit, par conséquent, mesurant, suivant les sujets petits ou grands, de l V2 — 2 Va ou même 3 diamètres de l'œil.

Arcade sous-orbitaire composée de sept ou plus souvent de huit 08 juxtaposés, en courbe flexueuse, entre le maxillaire supérieur et le cr&ne, et parcourus par un tubule mucifère : le premier os, situé entre le museau et l'œil, d'assez grande dimension, de forme subtriangulaire allongée et de moitié environ plus long que haut ; le second très petit et trapézoïdal ou subcarré ; le troisième presque aussi long que le premier, mais très étroit et en demi-croissant, les quatre ou cinq suivants très petits et très étroits.

La voûte susorbitaire bien développée, fixe et assez saillante.

' Ciaestrim (Prospet. crit., p. 26) donne même 8 ^lo pour de très petits sujets d'Italie.

su FAUNE 0B8 VCATÉBr.ÊS.

Maxillaire supérieur plutAt étroit et un peu convexe en avant dans la moitié supérieure, prolongé et un peu tordu en spirale au sommet d^articulation * et offrant, vers le milieu en arrière, un coude moyen en forme de hache à peu près carrée; enfin, présentant une branche inférieure assez longue, presque droite et faiblement développée ainsi que relativement peu tordue à l'extrémité (Voy. PI. Il, fig. 19).

Opercule grand, environ de un tiers plus haut que lai^e, et à surface généralement lisse. Le côté supérieur quasi horizontal, un peu creusé et égal, suivant les individus, à la moitié ou aux deux tiers du c6té inférieur; le côté postérieur, ou un peu convexe, ou comme bilobé et légèrement concave au milieu ; le côté inférieur long, très oblique, presque droit ou faiblement convexe, parfois finement festonné, et formant, avec le bord postérieur, un angle arrondi beaucoup plus ouvert que r angle droit.

Sous-opercule assez large, en demi-croissant et passablement plus long que chez la Carpe.

Interopercule formant, entre les pièces précédentes et le préopercule, un coin relativement très grand et demeurant k découvert tout le long au-dessous de ce dernier. Préopercule largement arrondi en croissant. Membrane branchiostège formant k Tappareil operculaire une bordure très large et épaisse.

()s pharyngiens assez grands, avec une aile plutôt courte, assez large au milieu, arrondie vers le haut et subarrondie ou faiblement anguleuse au niveau de la quatrième ou de la cinquième dent inférieure ' ; la corne supérieure longue, fortement recourbée en avant , suivant la direction du bord de Taile, comprimée et assez élevée. La branche inférieure plutôt grande et passablement épaisse (Voy. PI. IV, fig. 5 et 6).

Dents pharyngiennes au nombre de quatre ou cinq et en un

^ Cette forme, comme je Pai déjà fait remarquer, est très caractéristlqoe et tout à fait exceptionnelle dans nos Cyprinidés. Je ne troare «b prolongement supérieur analogue que chez la Loche, parmi not poinona.

* Ce léger angle m*a paru d'ordinaire un peu plus acceatoé ches les Tiens que chez les jeunes.

TINCA VULGARIS. S) 5

seul rang, sur chaque os : le plus souvent quatre à gauche et cinq à droite, quelquefois cinq à gauche et quatre h droite, pins rarement cinq des deux côtés. Ces dents, médiocrement allongées, un peu étranglées à la base et élargies transversalement en massue oblique vers le sommet. La couronne fraîche un peu pincée de chaque côté d'un sillon médian et un peu relevée en crochet à Fextrémité ; la couronne usée plus plate, moins sillonnée et peu ou pas crochue. La quatrième dent à partir du haut généralement la plus large et subovale, les autres en dessus de plus en plus étroites ; la cinquième ou inférieure un peu couchée contre la précédente, plus arrondie, ainsi que plus petite que celle-ci, et parfois bOobée ou trilobée. Assez souvent une couche de cément noir autour de la couronne ( Voy. PI. IV, fig. 5 et, à la fig. 6, un des 06, par le côté postérieur, avec deux dents de remplacement en voie de développement).

Meule de moyenne dimension, dure, épaisse, de forme subovale et facilement isolable. Le bord antérieur large et arrondi, l'extrémité postérieure plus étroite et un peu retroussée en crochet; la surface de frottement relevée au milieu en colline longitudinale (Voy. PI. IV, fig. 7 et 8).

Dorsale naissant d'ordinaire un peu plus près de l'origine de la caudale que du bout du museau, soit un peu en arrière de l'origine des ventrales, beaucoup plus haute que longue et ne s'étendant pas tout à fait jusqu'au-dessus de l'anus, soit occupant un espace à peu près égal à la Vs de la hauteur du corps, un peu moins ou un peu plus, suivant les individus femelles ou mftles et vieux ou jeunes. La hauteur maximale, au second rayon divisé, variant, suivant le sexe et l'flge plus ou moins avancé, des Vs aux V^ de l'élévation du tronc, et, par le fait, de Vt ^ V» plus forte que la longueur ou la base. Cette nageoire susceptible de se dresser verticalement, et médiocrement rabattue en arrière, avec une tranche convexe largement arrondie.

Onze à treize rayons : trois ou, plus souvent, quatre rayons non divisés, plus huit k neuf rayons plus ou moins rameux. Le premier non divisé très petit, le second à peu près égal au tiers du troisième, celui-ci mesurant environ la moitié du

116 FAUNB DES VERTÉBRÉS.

quatrième, ce dernier relativement mince, articulé, mais souple et non dentelé, et un peu plus court que le premier rameux. Le second divisé d'ordinaire le plus long ou égal au troisième ; le dernier profondément bifurqué et mesurant, suivant les sujets, un peu plus ou un peu moins des '/& du plus grand.

Anale prenant naissance à une distance de Tanus presque égale * à la moitié de sa base ; son origine se trouvant, par le fait, en arrière de T aplomb de la dorsale d'une quantité à peu près égale au tiers ou à la moitié de la base de cette dernière. Cette nageoire, rabattue, parvenant plus ou moins près de Torigine de la caudale, suivant Tâge et le sexe des individus, dépassant même souvent un peu les premiers rayons basilaires de celle-ci, chez beaucoup de mâles. Quant à la forme, assez semblable à la dorsale, quoique un peu plus petite : la tranche arrondie, bien qu'un peu décroissante en arrière, la hauteur maximale, toujours au second divisé, suivant les sujets, im peu plus forte ou un peu plus faible que les V» de l'élévation de la dorsale ; la longueur ou la base un peu plus grande que la moitié de la hauteur.

Neuf à douze rayons : trois ou plus souvent quatre rayons non divisés, plus six à huit rameux. Les quatre simples à peu près dans les mêmes rapports qu'à la dorsale, le quatrième articulé, mais souple et non dentelé, un peu plus court que le premier divisé ; le second rameux le plus long, le dernier profondément bifurqué et égal à peu près à la ^1^ du plus grand.

Ventrales implantées d'ordinaire très légèrement en avant de Taplomb de la dorsale, à tranche largement arrondie, médiocrement décroissantes et, rabattues, s'étaodant plus ou moins loin au delà de l'anus, suivant le sexe et l'âge des individus: quelquefois dépassant à peine le dit orifice, chez certaines grosses femelles, souvent parvenant au contraire jusqu'au tiers environ de la base de l'anale, chez beaucoiq) de mâles. Ces nageoires , non seulement plus longues, mais encore plus larges à la base, avec un pied d'insertion plus épais et saillant, chez les mâles que chez les femdles, par le fait de l'épaisseur beaucoup plus forte du second rayon sim-

TINCA VULGARIS. St7

pie nécessitant, chez les premiers, un développement plus grand de Tos pelvien et des muscles qui s'y attachent.

Dix à onze rayons : deux simples et huit à neuf divisés. Un premier simple, petit, latéral externe, osseux, sans articulations ni genou d'insertion et mesurant environ le quart du second (Voy. PL II, fig. 20) ; le second, ou grand simple, un peu plus court que le premier divisé, toujours étroit chez les femelles, mais, par contre, très large ou graduellement renflé vers le milieu, avec des articulations saillantes, chez les m&les. Cette différence sexuelle, d'ordinaire plus accentuée au moment du rut, mais cependant constante et cela déjà depuis un ftge peu avancé. Le second divisé le plus grand ; le dernier égal enviroh à la V2 ou aux Vs du plus long.

Pectorales complètement réversibles, à peu près de même longueur que les ventrales, bien que parfois relativement un peu plus longues que celles-ci, chez les femelles adultes, ou au contraire un peu plus courtes chez les mâles. Naissant au-dessous de Tangle de l'opercule et parvenant, rabattues, plus ou moins près de la base des ventrales, selon le sexe, disproportion apparente provenant ici en partie des développements sexuels différents de ces secondes nageoires paires : demeurant, par exemple, souvent distantes des ventrales de V« ^ Vs de leur longueur, chez les femelles, ou dépassant au contraire quelquefois l'origine de ces nageoires, chez les mâles. Quant à la forme : très larges et presque rondes ou subovales, grâces à la position reculée du plus grand rayon.

Seize à dix-neuf rayons : un premier simple toujours étroit, plus court que le suivant et égal d'ordinaire au neuvième ou au dixième ; plus quinze à dix-huit divisés, le cinquième ou le sixième le plus long, le dernier volontiers non bifurqué et égal environ & % ou Vs du plus grand.

Caudale très large, mais médiocrement allongée et droite ou à peine échancrée sur la tranche, avec les extrémités largemrat arrondies. Les rayons les plus longs, soit la plupart du temps le quatrième divisé de chaque côté, égaux à peu près aux plus grands de la dorsale et, à la longueur totale du poisson, comme l : b\\ — 5 Vt^ selon l'âge peu ou plus

avancé, plus rarement 5 ou 6 chez des individus ou très jeunes ou très vieux.

Dix-neuf rayons majeurs, dont dix-sept divisés, appuyés, en haut et en bas, par une série de petits rayons décroissants, en nombre plus ou moins élevé ; souvent sept à huit en haut et cinq à six en bas. Les rayons médians de Vs ^ Vs seulement plus courts que les plus grands.

Écailles très petites, de forme généralement allongée, fortement implantées et se recouvrant mutuellement sur une grande partie de leur longueur. Les squames latérales moyennes, audessus de la ligne latérale , subelliptiques, d'une hauteur égale environ aux trois cinquièmes de leur longueur, d'une surface égale à peu près à un sixième ou un huitième de celle de rœil, ahez des sujets de taille moyenne, se recouvrant aux deux tiers environ, arrondies au bord fixe comme au bord libre et à peu près droites aux côtés supérieur et inférieur (Voy. PI. lU, fig. 9). Les squames latérales antérieures, audessous de la ligne latérale, les plus grandes, soit presque doubles des précédentes et de forme plus ramassée ou plus carrée. Les latérales postérieures plus petites que les latérales moyennes et de forme plus ovale, soit un peu plus courtes. Les dorsales plus petites encore, mais de même forme ovale; les pectorales plus petites aussi que les moyennes, mais par contre de forme un peu plus allongée.

Toutes ces écailles caractérisées par la position du nœud très reculé vers le bord fixe. Autour de ce nœud des stries concentriques assez espacées et, à partir du dit, des rayons en éventail, courts et très divergents du côté du bord fixe, beaucoup plus longs et plus parallèles du côté du bord libre.

Selon les sujets plus ou moins élevés, de vingt-deux à trente-trois écailles au-dessus de la ligne latérale, vers la hauteur maximale, et de dix-huit à vingt-cinq en dessous, jusqu'à la base des ventrales '.

Peau très épaisse.

Ligne latérale descendant du haut de l'opercule, pour suivre,

' Les minima, en dessas et en dessous c(b la ligne latérale, m'ont pam rares dans nos eaux suisses ; les chiffres 27-30 sur 20*25, m'ont para les plus communs.

TINCA VUL6ARIS. 219

au milieu du corps ou légèrement plus haut, une ligne presque droite, jusqu'au centre de la caudale. Les écailles de cette ligne, au nombre variable de quatre-vingt-dix à cent vingt (souvent 96-105) et affectant des formes assez semblables à celles de leurs voisines. Une gouttière graduellement évasée amène du nœud reculé vers le bord fixe à im tubule cylindroconique et assez court s'ouvrant sur le bord libre volontiers un peu échancré en cet endroit (Voy. PI. III,

fig. 10).

Tout le corps couvert d'un enduit muqueux ou visqueux '. Coloration des faces supérieures généralement d'un vert olivâtre uniforme, plus ou moins enfumé, ou parfois presque noir; assez souvent aussi grise, franchement verte ou même d'un jaune doré, avec ou sans taches noirâtres plus ou moins apparentes. Les flancs volontiers moins foncés et plus verts ou plus jaunes, avec des reflets métalliques verdâtres ou dorés. Les côtés de la tête souvent parés de teintes émeraude et de reflets bleuâtres. Les faces inférieures, suivant l'âge, la saison et les conditions, d'un blanc jaunâtre, rosâtres, lîlacées ou orangées.

Les nageoires la plupart du temps enfumées, noirâtres ou violettes; les pectorales et. les ventrales souvent aussi légèrement teintées de rougeâtre en arrière.

Iris rose, rouge ou brun, d'ordinaire avec un cercle intérieur doré.

Dimensions très variables, selon les conditions plus ou moins favorables.

D'après Blanchard, la Tanche, en France, atteint d'ordinaire à un poids de 125 grammes, soit '/« de livre, dans sa première année, à 1 ou 1 Va kilog. au bout de trois ans, et à 3 ou 4 kilog., soit 6 à 8 livres, & Tâge de six à sept ans. Selon quelques auteurs allemands, Gdnther, Heckel et Kner, par exemple, ce poisson arriverait rarement au poids de 8 livres ; la majorité des sujets capturés demeurerait même au-dessous de trois livres. Hartmann dit qu'une Tanche de

' Le prof, de Siebold (SQsswasserfische, p. 107) considère cet enduit comme le véritable épiderme de la Tanche.

FAUJNE DES VERTEBRES.

trois livres est une rareté dans le lac de Constance, mais que, selon Morigni, la même espèce parvient dans le lac Majeur, au sud des Alpes, au poids énorme de 12 livres. Pavesi, dans son étude des Poissons du Tessin, répète le même poids maximum de 6 kilog.

La moyenne des adultes me paraît demeurer, pour la plupart de nos lacs, au nord des Alpes, entre 2 et 4 livres; toutefois, l'on rencontre, il est vrai, de temps à autre, des individus de 5 à 6 livres. J'ai examiné une belle femelle provenant du lac Ter, non loin du lac de Joux, dans le Jura, laquelle mesurait près de 40 centimètres de longueur totale et pesait environ 2 livres et '/i, soit 1 kilog. et 375 grammes ; un autre individu, de la même localité, égalait près de 50 centimètres et pesait déjà 2 kilog. et 150 grammes \ M. Valloton, pêcheur dans la dite vallée jurassienne, m'a assuré que, dans le lac Ter, très voisin de celui de Joux, mais à fond plus vaseux, la Tanche parvient d'ordinaire à un poids beaucoup plus élevé que dans le lac de Joux ; il aurait pris lui-même, dans le dit lac Ter, une Tanche de 10 livres V4 et aurait vu, quelques années auparavant, im individu du poids de 15 livres, soit 7 Va kilogrammes. Suivant le même observateur, cette espèce aurait presque entièrement disparu du lac de Joux où elle ne trouverait pas des circonstances suffisamment favorables.

Vertèbres au nombre de 37 à 41.

Vessie à air plutôt courte et étranglée en avant du milieu : la partie antérieure large et légèrement bilobée en avant ; la partie postérieure subconique, souvent un peu ceintrée en arrière, plus ou moins acuminée, parfois un peu tordue à l'extrémité.

Tube digestif un peu plus long que le poisson, souvent d'un tiers environ. Ovaire et testicule doubles.

Des pseudobranchies rudimentaires au sommet de la cavité branchiale.

Mâles d'ordinaire pourvus de nageoires un peu plus grandes que

* Pavesi (Pesci e pesca, p. 26) donne 54 centimètres de longueur totale h une Tanche de Lugano qui pesait 2 kilog. et 250 grammes, soit 4 '/i livres.

TINCA VULGARIS. 22 1

celles des femelles, mais surtout reconnaissables, dès un âge peu avancé, à une saillie notablement plus forte de la base charnue des ventrales, à un développement plus grand du pied osseux ou pelvien de ce membre et à un épaississement très caractéristique du second simple ou premier grand rayon des dites nageoires. Ce gonflement, volontiers exagéré dans la saison des amours, faisant paraître d'ordinaire les articulations du rayon, comme autant de petites carènes ou escaliers et amenant souvent à sa suite une courbure et une torsion plus ou moins accentuées de la partie ainsi tuméfiée. Le prof. Canestrini * a décrit, chez la Tanche, un développement des os antérieurs et postérieurs du bassin plus grand dans le mâle que dans la femelle, développement sexuel qui avait été déjà signalé par plusieurs auteurs ^ Les os antérieurs qui donnent attache aux rayons ventraux, présentent une crête médiane bien plus accentuée, les postériem's montrent, à leur tour, en haut et en avant, une apophyse beaucoup plus développée. Le muscle moteur de la ventrale latéral inférieur prend, avec cela, un développement tout à fait extraordinaire. Lunel ', à son tour, fait remarquer que si Ton presse le gros rayon ventral avec le doigt, en même temps que Ton tire la nageoire en avant, toute la ventrale se courbe en haut et en dedans. Cette torsion en dedans m'a paru se produire déjà par simple pression sur le pied musculaire de la nageoire. Canestrini a supposé que ce développement de la ventrale devait avoir pour but de permettre au mâle d'éjaculer sa laitance avec plus de force, au moyen d'une compression des flancs par les nageoires. La courbure que prend facilement la ventrale et le fait que la Tanche, vivant de préférence sur la vase, rencontre moins que d'autres poissons des corps durs pour se frotter le ventre, au moment de la fraye, semblent venir à l'appui de l'hypothèse du professeur italien.

* Attî dellâ SocietaYeneto-Trentinadi Sdenze naturali; Agosto, 1872, p. 127.

' Citom, en particulier, Sander, Fries et Ëkstrôm, Giinther, Heckel, de Siebold et surtout Willughby qui en avait déjà parlé dans son Historia piseium, en 1686.

' Poissons du Léman, add. p. 191.

FAVNE DES VERTEBRES.

De Siebold ' dit n'avoir point pu constater, sous ce rapport, de différence sexuelle chez des jeunes Tanches de 2 '/i à 2 Vi pouces de longueur, soit de 60 à 68 millimètres ; Lunel, par contre, assure avoir déjà remarqué un gonflement assez accentué du rayon ventral, chez des mâles de 80 à 90 niillimëtres.

Les mflles sont volontiers plus petits que les femelles, à flge égal.

Jeunes caractérisés par des nageoires relativement plus grandes sur un corps volontiers plus élancé, par une tête plus forte en comparaison du tronc, par un œil plus grand, par un museau plus court et par un front plus étroit, avec une livrée d'ordinaire plus grisfltre, bien qu'ornée souvent de jolis reflets verts ou bleus sur les ouïes.

La Tanche varie passablement, comme nous venons de le voir, tant dans les formes et dans le nombre des rayons ou des écaiUes que dans les diverses teintes de la livrée, selon Tftge, le sexe et les conditions d'existence. J'ai montré comment Ton trouve, dans cette espèce, des individus trapus ou élevés et des sujets relativement bas et effilés ; j'ai dit également que l'on rencontre, dans des conditions différentes, des Tanches d'-un beau vert uniforme, ou olivâtres, ou grises, ou noirfttres, ou jaunes, ou blan* châtres avec ou sans taches, ou encore noires sur le dos et orangées sous le ventre. Les individus qui vivent dans des eaux troubles et vaseuses sont généralement plus sombres en couleur que ceux qui habitent des eaux plus pures, celles de nos lacs par exemple. Suivant les circonstances plus ou moins favorables, chaque sujet prend aussi plus ou moins d'épaisseur et d'élévatiou. M. E. Covelle, de Genève, m'a montré trois petites Tan* ches qui, mises vertes, le 15 septembre, dans un aquarium dont le fond et deux côtés étaient en roche d'un blanc jaunâtre, avec de l'eau pure et transparente, étaient devenues, le 18 au matin, d'un blanc jaunâtre légèrement rosé. J'ai vu des Tanches chez lesquelles les pores céphaliques étaient tellement saillants et

' SûasvaMerfische, p. 108.

TINCA VULGARI8. |St

apparents, qu'elles semblaient comme armées de lunettes. On rencontre aussi fréquemment des déformations accidentelles des rayons dans les nageoires, des torsions et des nodosités qui résultent probablement de Thabitude qu'a ce poisson de creuser ayec ses membres, pour s'enfoncer plus ou moins profondément dans la vase.

Bonaparte a décrit, sous le nom de Tinca italica, une variété méridionale de notre Tanche qui affecterait des formes généralement moins élevées ou plus effilées que la moyenne. Les deux phrases suivantes, par lesquelles cet auteur cherchait à différencier sa T. italica de la Tanche ordinaire qu'il nommait T. chrysitis, suffisent déjà à montrer comment , même par leurs principaux caractères distinctifs, ces deux formes ne peuvent point être spécifiquement séparées. Bonaparte dit, pour la première : « J^nica capite parum breinori altitudine corporig, quartam longitudinis partem mx œquante; » pour la seconde : a Tinca capite multo breviori altitudine corporis, qiiartam longittidinis partem valde superante ; » les rapports que je donne, à cet égard, pour des Tanches suisses, sur tous autres points semblables, me paraissent fournir des écarts au moins aussi exagérés. D'autres caractères tirés p^r le même auteur des proportions des nageoires, feraient supposer que Bonaparte n'a étudié qu'un des sexes dans chacune des formes ; ces quelques mots textuels le montrent assez, quand l'on connaît les différences sexuelles dans cette espèce. Pour l'une, il dit : radiis pinnanim ventralium gracHinsculis ; pour l'autre : radiis jnnnartim ventralium validiusctdis.

Une autre variété a reçu de Bloch le nom de Tinca aurata, ou plutAt Cyprintis Tinca auratus, principalement à cause de la beauté de sa livrée d'un jaune doré très brillant, plus ou moins mélangée de tons orangés et volontiers ornée de taches noires. Les lèvres sont, chez cette dernière, d'un rose rouge et les nageoires de couleur beaucoup plus pftle. Cette forme, le pendant de la Dorade dans le genre Carassin, m'a paru assez rare dans notre pays, du moins à l'état parfait; cependant, j'ai rencontré çà et là, chez nous, des Tanches plus ou moins jaunes ou orangées et dorées, avec des macules noires qui s'en rapprochaient beaucoup. Lunel cite, en particulier, la capture, en 1867,

d'uD individu complet en couleur de cette variété, dans le lac Léman non loin de Genève '.

La Taocbe est très répandue eo Europe et jusqu'en Asie Mineure, dans les lacs, les étangs, les marais et les rivières ou k'S fleuves tranquilles, toujours de préférence dans les eaux à tond vaseux ou plantureux. Elle habite, en pluB ou moins grand nombre, la plupart des lacs inférieurs de la Suisse, tant au nord cgu'au sud des Alpes, et se répand de là, par les courants paisilileset les ruisseaux, jusque dansées marais et les étai^. Beaul'Dup de personnes ont introduit ce poisson dans leurs bassins et i<-ur8 carpières. On rencontre la Tanche jusqu'à 1600 mètres i>a\'iron, soit 5000 pieds h peu près, au-dessus de la mer. Cette l'spèce se trouve, en effet, dans quelques petits lacs assez élevés de Qotre pays; mais elle ne prospère guère que dans ceux qui ont un fond vaseux ou tourbeux, et paraît avoir été importée tlaus plusieurs des plus élevée. D'un naturel plutôt sédentaire, t'tle n'eût jamais remonté d'elle-même les petites rivières cailliiuteuses et à courant i^ouvent très accidenté qui y eonduiseot. Du reste, Hartmann, en 1827, signale, d'après SteinmûUer ', itu essai d'importation de cette espèce dans les lacs de nos Alpes.

Je n'ai, dans ces dernières années, pu constater la présence de lii Tanche, en dehors de nos grands bassins et de nos vallées basses, soit au-dessus de 500 mètres, que dans les lacs de Thun h .liîO", de Brienz * h 565", de Goldswyl, non loin de là à 614", de Kret, sur S'evey à 670", d'Egeri dans le canton de Zug, à 727", ilans les lacs de Joux et des Brenets, à 1009~ dans le Jura vauilois, et dans le lac Ter, voisin des précédents, à 1023". Eafio, le docteur Killias me communique que la Tanche se trouve au&sî dnDS le lac du Saint-Bernardin, à 1650" environ au-dessus de la iiiev, dans les Grisons. Des pêcheurs m'ont assuré que l'espèce l'st maintenant presque entièrement détruite dans les lacs de ioux et des Brenets, oii elle aurait été importée autrefois du lac Tel-; tandis qu'elle prospère admirablement dans ce dernier un

' Poissonadu LérnSD, p. 45.

' Alpenwirthsc!i. I., p. 201.

' L'espÈce est relativemeot très rare dans ce lac trop froid et trop gn-

TINCA VULGAR18. 225

peu plus élevé, grâces probablement à la nature plus vaseuse du fond. Du reste, Técoulement souterrain de ces trois lacs ne permet guère de supposer que la Tanche soit arrivée d'elle-même dans ces parages relativement élevés. Ce poisson a dû avoir été importé là autrefois, comme dans le lac du Bernardin. Les pécheurs de la vallée de Joux croient que la Tanche fut apportée dans le lac Ter du temps de Tancien couvent.

L'époque du rut varie notablement avec les localités et les conditions. Dans la majorité des cas, les amours se passent dans la seconde moitié de mai.ou en juin; toutefois, le temps du frai peut être reculé jusqu'en juillet, parfois même jusqu'au mois d'août. Quelques personnes ont voulu voir dans ce fait la preuve d'une seconde ponte annuelle chez cette espèce, mais rien ne prouve que ce ne soit pas le résultat d'un simple retardement amené, conune chez d'autres poissons, par diversescirconstances. II paraîtrait, en particulier, que les individus de marais et d'étangs frayent notablement plus tôt que ceux qui habitent les eaux plus froides de nos lacs et, au dire de quelques pêcheurs, les jeunes femelles pondraient toujours bien après les vieilles. Les mUes de la Tanche paraissent à cette époque un peu moins turbulents que ceux de la Carpe. Les œufs, verdAtres et très petits, sont déposés d'ordinaire sur les plantes aquatiques, non lom de la rive. Bloch a évalué à 297,000 les œufs d'une femelle de trois livres et trois quarts; Lunel' en a compté jusqu'à 310.000, chez une femelle du poids de 525 grammes. Avec une température favorable, une semaine suffit généralement pour amener l'éclosion de ces germes. J'ai dit plus haut que les alevins arrivent à peu près au poids de 125 grammes, dans leur première année, pour atteindre, à six ans, dans de bonnes conditions, au poids de 3 kilog. environ. La plupart des auteurs s'accordent généralement pour ne pas accorder à cette espèce phis de sept à huit années d'existence; mais cette limite de vie paraît contredite par les dimensions bien supérieures auxquelles la Tanche peut arriver quelquefois. La Tanche a, comme l'on dit, la vie très dure ; grâces au développement de la membrane qui borde ses ouïes, elle peut protéger longtemps ses branchies

* PotSBons du Léman, p. 46.

contre la dessiccation par le contact de Tair. Tous les pêcheurs savent bien que ce poisson bouge souvent encore plusieurs heures après avoir été sorti de l'eau et qu'on peut le faire voyager facilement, simplement enveloppé dans un linge humide. Cette résistance à la suffocation est telle que j'ai vu des individus de taille moyenne qui remuaient encore et faisaient des soubresauts, après être demeurés pendant plus d'une heure au sec sur ma table, et avoir ensuite été plongés, dix minutes durant, dans un bocal d'alcool peu étendu. Du reste, on sait que la Tanche peut conserver longtemps la vie enfouie dans la vase épaisse des mares desséchées. Lunel raconte, à ce propos, une observation intéressante qu'il fit, durant Tété de 1866, dans une petite mare à Pinchat, non loin de Genève. Cette mare isolée était, suivant le temps, complètement desséchée par le soleil ou plus ou moins emplie d'eau, par la pluie seulement; et cependant elle contenait toujours de petites Tanches de 50 à 150" en parfaite santé. Tantôt M. Lunel prenait ces petits poissons dans l'eau avec une trouble, tantôt il allait les chercher, sous une couche de boue desséchée, profondément enfouis dans la vase dont l'humidit^ paraissait suffire à leur existence et où ils attendaient patiemment qu'une nouvelle averse \1nt leur permettre de remonter dans leur élément.

La Tanche gobe très volontiers de petits animaux, des vers, des insectes et des petits mollusques; toutefois, sa principale nourriture consiste surtout en éléments végétaux, ou en vase même, car elle trouve dans cette dernière des débris mélangés des deux règnes. On la voit souvent prendre de grandes bouchées de limon et cracher bientôt les corps étrangers ou minéraux qui ne lui conviennent pas.

Les allures et les postures de la Tanche varient beaucoup avec les circonstances. Cette espèce n'est guère voyageuse et forme rarement des troupes ou bancs, comme tant d'autres qui se livrent à des promenades d'exploration ou à des migrations annuelles ; elle est plutôt paresseuse de sa natiu^ et mène d** ordinaire une vie assez tranquille. Elle peut rester, par exemple^ très longtemps immobile sur le fond^ les nageoires fortement écartées et reposant sur ses membres paires comme sur quatre pieds; la grande mobilité de son œil, qu'elle peut faire saillir

TIKCA VULGARIS. 237

plus OU moins et qui tournant facilement dans son orbite lui permet de regarder aussi facilement sur le sol au-dessous d'elle ou en arrière qu'en avant ou au-dessus, lui donne, par moments, unebizarre physionomie. Souvent, cependant, quand le temps doit changer ou à Tépoque des amours, on la voit promener gravement entre deux eaux ou venir sauter à la surface ; c'est particulièrement dans cette circonstance qu'on l'entend produire un petit bruit sec, par battement des lèvres. Malgré son apathie habituelle, la Tanche sait cependant faire à l'occasion un usage plus violent de ses puissantes nageoires, soit pour fuir avec la rapidité de la flèche, au travers des roseaux, soit pour s'enfoncer plus ou moins profondément dans la vase, lorsqu'elle veut éviter un danger pressant, jttposer en toute sécurité ou encore éviter quelque influence délétère.

A l'approche de la maum^se saison, les Tanches s'enfouissent profondément dans la vase du fond, pour se mettre à l'abri soit du froid, soit de leurs ennemis. C'est ainsi embourbées qu'elles passent d'ordinaire les hivers, dans une complète immobilité et dans un état de léthargie qui ne peut être comparée qu'à un véritable sommeil hivernal. Disparaissant grasses, en automne, elles reparaissent généralement assez maigres et le ventre plat, au premier printemps. Une curieuse observation du prof, de Siebold* donnerait même l'idée d'états léthargiques plus fréquents chez cette espèce, et dans certaines conditions, d'un sommeil quasi diurne. Cet auteur raconte, en effet, que des Tanches qui, de plein jour, s'étaient enfouies dans le fond d'un étang, furent retirées inunobiles de la vase et déposées ainsi sur le bord ; ces poissons demeurèrent même assez longtemps sur le flanc, sans donner signe de vie, et ne se reveillèrent qu'après avoir été frappés plusieurs fois avec un bflton, pour regagner alors en sautant leur élément et se replonger dans l'étang.

Ce poisson compte certainement bon nombre d'ennemis, principalement durant son jeune ftge; toutefois, le mucu^ gluant qui le recouvre paraît répugner à plusieurs carnassiers, aussi semblet-il ne pas fournir une aussi bonne amorce que beaucoup d'autres.

La chair delà Tanche, bien que plutôt fade, n'a rien de désa-

^ Sûsswasserfische, p. 108.

tS8 FAUNE DES VERTEBRES.

gréable et peut au besoin, comme celle de la Carpe, fournir un met assez présentable, si elle est bien apprêtée ; je ne lui reproche, pour ma part, que la grande quantité d'arêtes qu'elle renferme, ainsi que tous les autres Cyprinides. La Tanche est généralement peu prisée dans notre pays; cependant on Testime davantage dans quelques cantons allemands et dans le Tessin que dans la Suisse française. Il est bon, d'ordinaire, de faire dégorger, pendant quelques jours, dans une eau fratche et pure, les individus capturés dans des étangs bourbeux. On prend beaucoup de Tanches au moment de la fraye ; mais ce poisson est meilleur, dit-on, au mois de septembre, quand il est plus dodu et plus gras. Comme tous les êtres un peu bizarres, la Tanche a passé autrefois pour fournir d'excellents remèdes dans diverses maladies ' ; on croit, par contre, dans quelques pays que l'emploi de la viande de ce poisson détermine facilement la fièvre intermittente.

On pêche quelquefois la Tanche avec les filets ; toutefois, elle échappe trop facilement en s'enfonçant dans la vase ou en sautant par-dessus, et on la prend plus volontiers avec des nasses, avec la truble, ou simplement à la ligne amorcée d'un ver.

Lunel a observé que les Tanches captives, privées du fond vaseux qui leur est si nécessaire, sont souvent prises de convulsions et qu'elles tombent sur le flanc le corps fortement plié en arc ; ces sortes de crampes seraient toujours un signe précurseur de la mort. Ce poisson porte, comme tant d'autres, une foule de parasites, un petit Crustacé* et bon nombre d'Helminthes *.

^ On purgeait antrefois les chevaux avec les intestins de la Tanche. Le fiel de ce poisson était censé un bon remède contre les vers. Appliqué sur la nuque, Tanimal devait enlever les maux de tête, les inflammations des yeux, etc. Mis sous la plante des pieds, en petits morceaux, il devait guérir de la peste et abattre la fièvre. Divers poissons trouvaient un soulagement à leurs maladies en venant se frotter contre la Tanche et en a' imprégnant de son mucus, ce qui avait valu à notre Tinca le titre de médecin des poissons : Fischarzt.

' ArgulusfoUacetta (Jurine) ; à 1* extérieur.

' On a reconnu jusqu'ici, chez la Tanche, les parasites suivants : Cucullanua Tincœ{Rud.); dans les intestins. — Trichina Cyprinorum (Dîes.); dans le mésentère, dans des kystes. — Agamonema Tinca (Dies.) ; dans

BAHBU8. ÎM

Genre 3. BABBEAU

BARBUS, Cuvier.

Dents pharyngiennes au nombre de dix et sur trois rangs de chaque calé, la base assez élevée , la couronna suhconique, un peu recourbée au sommet et plus ou moins creusée en cuHUr à la face supérieure. Bouche inférieure et en demilune. La lèvre supérieure charnue et plus ou moins épaisse^ garnie de deux barbillons de chaque côté. Œil rdativement petit. Museau plus ou moins prolongé en avant de la bouche. Corps de forme plutôt allongée et subarrondi ^ soit non pincé en arête sur les lignes dorsale et ventrale. EcaiUes petites ou moyennes y assez minces, en majorité plus longues que hautes et marquées de rayons déliés très nombreux en avant et en ar^ rière. Ligne latérale complète, à peu près au milieu du corps et presque droite. Dorsale à base courte, portard un grand rayon osseux avec ou sans dentictdes et commençant à peu près audessus des ventrales. Anale à base courte et naissant bien en arrière de V extrémité de la dorsale. Caudale plus ou moins profondément échancrée, à lobes égaux ou subégaux.

Dentés dividentes '2,3, 5-— 5, 3.2 cochlearif ormes.

le mésentère. — Echinorhynchus clavœceps (Zeder); dans les intestins. KMn. glohulwua (Rad.); dans les intestins. Echin, cungustatm (Rud.); dans les intestins. Echin, 1^'oteus (Westr.) ; dans les intestins, à l'intérieur et à la surface {IntesL et ad. inteitt.^ Diesing, II, 52, 86.) — DistO' mum globiporum (Rud.) ; dans les intestins. Diai. perlatum (Nordm.) ; dans les intestins. — Ligula tuba? (Sieb.); dans les intestins. Lig. digramma (Creplin); dans les intestins et la cavité abdominale. — Triœnophorus noduloêus (Rud.); dans des kystes du foie. — Monobothrium tuba (Dies.); dans les intestins. — Gryporhyfichus pusiUu» (Nordm.); dans le mucttf intestinal et dans la vésicule biliaire. — CaryophylUeus nuUabih'H ( R ttd . ) ; dans les intestins .

' I>n verbe dividert^ séparer en pièces.

Le docteur Gûnther^ a réuni au genre Barbeau bon nombre d'espèces, en majorité exotiques, à deux barbillons seulement ou dépourvues de ces appendices, et établi alors dans son genre Barbus ^ par le fait très étendu, trois groupes principaux basés sur cette différence de caractères. Je préfère, toutefois, conserver ici ce genre dans les limites plus restreintes que lui a assignées l'auteur du Règne animal.

Les Barbeaux semblent préférer les eaux courantes et pures, à fond graveleux ou sablonneux, et voyagent sou veut en très nombreuse compagnie. Ces poissons sont omnivores ; toutefois leur régime parait consister surtout en principes animaux , vers, insectes, crustacés, mollusques, etc.

Sur sept espèces européennes, la Suisse n'en compte que trois : une au nord des Alpes, le Barbus fluviatUis et deux au sud, les Barbus plebejus et B. caninus^.

Les divers Barbeaux que j'ai examinés n'ont pas, à proprement parler, une véritable meule facilement isolable et dure comme celle de beaucoup des représentants de la famille. La plaque qui fait face aux dents est chez eux relativeûient molle^ souple, multilobée et fortement adhérente à rarrière du palais. Les dents paraissent n'agir sur elle que pour lacérer ou diviser les aliments. Le maxillaire supérieur de ces poissons est large et épais dans le haut et développé en arrière, plus bas que le milieu, en un coude convexe en dessus soit tourné vers le bas, contrairement à ce qui se voit chez la plupart de nos Cyprinides suisses ; la branche inférieure de cet os est tordue, ainsi que plus ou moins élargie en palette vers Textrémité. L^arcade sous-orbitaire est généralement formée de cinq pièces dont la

» Catal. of Fishes, VII, p. 82.

' Il nous manque le Barbus Petenyi (Hepkel) de TransyWanie et de Hongrie, les B. Bocagii et B, Comiza (Steindachner) d'Espagne et le B. chaJyheaius (Nordm.) de Textrême Orient.

BARRUS FLUVIATILIS. t3l

pfremitoe, prolongée en lame aplatie et incurvée, s^étend depuis Fœil jusque sur les côtés du museau'.

Les 08 pharyngiens ont une aile généralement faible et subarrondie. Les écailles sont plus ou moins pincées ou subconiques au côté libre. La nageoire anale compte, le plus souvent; trois rayons simples et cinq divisés. Nos représentants du genre possèdent aassi des pseudobranchies passablement développées.

Page 1