PROF. LINDEN
M. le professeur Linden, de Buffalo, qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme, le botaniste Linden, a fait, à une époque un peu antérieure à 1875, mais qu'il nous est impossible de préciser, faute de documents suffisants, un voyage dans la partie Haïtienne de Saint- Domingue. Il a visité les environs de Port-au-Prince, l'ile de la Gonave, et il y a recueilli un certain nombre de Mollusques terrestres, qui ont été étudiés successivement par M. Th. Bland (2) et par M. Weinland (3). Parmi eux, M. Bland signale un Helix appartenant à la section des Caracolus, trouvé en plusieurs exemplaires vivants, dans l'ile de la Gonave et qu’il dit n’avoir pu parvenir à distinguer spécifiquement de l'Helix Arangiana, Poey, sauf en un point : son péristome est blanc, au lieu d'être d’un brun rougeâtre, comme celui de l’H. Arangiana typique de Cuba. Il signale également une intéressante variété minor de l’H. cepa, Müller, provenant des environs de Portau-Prince ; l'existence du Bulimulus Bahamensis, Pfeiffer, à Fort-Saint-Jacques, à peu de distance de la même ville, et celle du Liquus virgineus, Linné, dans l'ile dela Gonave, où de nombreuses coquilles vides de l’espèce sont habitées
(1) Journ. de Conchyl., vol. XXI, p. 355 (1873) et vol. XXII, p. 88
OT Annals of the Lyceum of Nat. Hisl. of New-York, vol. XI,
(3) In Jahrb. deuts. Malak, Ges., vol. VII, p, 338, 1880,
par des Pagures.M.Weinland décrit comme espèce nouvelle le Ghondropoma Lindenianum, de Fort-Saint-Jacques. V,-P. PARKHURST. 1875.
M. Parkhurst, ayant eu, en 1875, occasion d'aller passer quelques jours à Port-au-Prince, explora les environs immédiats de cette ville, particulièrement dans la direction du Nord. Il recueillit une quinzaine d’espèces de Mollusques terrestres, parmi lesquels nous mentionnerons les suivantes : Helix obliterata, Férussac ; I. bizonalis, Deshayes ; H. cepa, Müller; H. crispata, Férussac ; H. indistincta, Pfeiffer; Cylindrella gracilicollis, Férussac; Macroceramus Klatteanus, Bland; Cyclotus? floccosus, Shuttleworth; Calobostylus Aminensis, Pfeiffer ; Chondropoma serraticosta, Weinland ; Helicina Cumingiana, Pfeiffer ; H. rugosa, Pfeiffer ; H, Paivana, Pfeiffer. La plus importante découverte de M. Parkhurst est assurément celle de l'existence, à Haïti, de l’Helix obliterata, Férussac, que, d’après sa grande ressemblance avec l'A. angulata du même auteur, on croyait également de Portorico. Elle a, d’ailleurs, été confirmée plus tard, par M. Rolle, qui, en 1887, a retrouvé l’espèce dans les environs de Jérémie.
D' BRowN. 1880,
M. le D' Brown, dans le courant de l'hiver de 1880, visita l’ile de la Gonave, située à l'extrémité occidentale de Saint-Domingue, au milieu du golfe formé par les deux presqu'’iles, inégales entre elles, qui terminent l’ile, du côté Haïtien. Cette île, la plus grande de celles qui existent autour de Saint-Domingue, était très peuplée, au temps de Christophe Colomb : il n’en est pas de même à présent. Elle est montagneuse, couverte de bois et presque déserte. Le voyageur y recueillit une quinzaine d’espèces
PONS L'ONU RS O1 PT RS Enr Sid Me, , . n ns h
de Mollusques terrestres, parmi lesquelles se trouvaient
d'assez nombreuses nouveautés qui furent décrites, en
1850, par M. Weinland (1). Il explora également, au point
de vue malacologique, les environs de Port-au-Prince, HERMANN ROLLE. 1887-1888,
M. Hermann Rolle, jeune naturaliste allemand, déjà connu par quelques excursions dans le Bassin Méditerranéen, excursions effectuées en 1885 et dans le cours desquelles il explora la Corse, la Sardaigne, la Sicile et les petites îles peu connues de Favignana et de Maritimo, entreprit, en 1887, un voyage scientifique dans la partie Haïtienne de Saint-Domingue, où il débarqua, le 11 novembre, au Cap Haïtien, localité qui, parait-il, est beaucoup mieux partagée sous le rapport herpétologique qu’au point de vue de la malacologie et dans laquelle, par conséquent, il récolta plus de Lézards et de Serpents que de Coquilles. De là, il visita Grand’Rivière, où il recueilli en abondance le bel Helix undulata, Férussac, très commun sous les bananiers. Il se rendit ensuite à Milo, où il trouva un excellent accueil auprès d’un missionnaire français, qui v résidait et en compagnie duquel il fit une excursion à Sans-souci, château-fort en ruines, bâti par le roi Christophe sur le sommet d’une montagne. Si la mémoire de ce digne monarque est généralement exécrée des habitants, ce n’est pas précisément à cause des nombreux massacres, ni des autres actes de cruauté ou de tyrannie dont il s’est rendu coupable envers eux, mais bien plutôt parce que, dans son désir immodéré de voir son château terminé, il a forcé les nègres à travailler, et à travailler durement, ce qui ne s'était jamais vu avant lui
(1) In Jahrb. deuts. Malak. Ges., vol. VIT, p. 338 et suivantes et pl. XII. 1880,
OR
et ce que ses sujets et leurs descendants n’ont jamais pu lui pardonner.
Quoi qu’il en soit, les ruines de Sans-souci sont une excellente localité, au point de vue conchyliologique, et le voyageur y a trouvé un bon nombre de Mollusques terrestres nouveaux ou peu connus : c’est là, notamment, qu’il a découvert, dans un couloir souterrain où la lumière du jour ne pénétrait pas, le seul individu vivant du rare Helix gigantea, Scopoli, qu’il ait recueilli, dans le cours de son exploration.
Il poursuivit son voyage avec des fortunes diverses. Tantôt on l’accueillait bien, trop bien même, comme à Dondon, petit village, où le Général commandant la place (il ya des Généraux partout, dans ce singulier pays), un homme excellent, sachant un peu lire et écrire (4), ce qui est rare, à Haïti, mais d’ailleurs sans préjugés et pratiquant la polygamie sur une assez vaste échelle, le reçut fort civilement et poussa l’hospitalité jusqu’à lui offrir la compagnie de deux de ses épouses. Le voyageur se déclara très sensible à cette offre aimable et se confondit en remerciements, mais il ne crut pas devoir accepter, moins peut-être pour des motifs tirés de la morale pure que par des considérations d'hygiène intime, vu la réputation d’insalubrité notoire dont jouissent les beautés Haïtiennes. Tanlôt, par contre, on le recevait assez mal, comme à Marmelade, où il tomba sur un Général qui, moins accommodant que l’autre, prit ses manipulations photographiques pour des actes de sorcellerie et lui signifia d’avoir à déguerpir au plus vite. Tantôt enfin, la
(1) L’instruction gratuite et obligatoire figure dans la Constitution
d'Haïti, mais elle ne figure guère que là, et la majeure partie des habitants est restée dans un état d’ignorance inouï, H, C.
. data 7
Si M
réception devint tout à fait mauvaise, comme à Plaisance, où, par deux fois, il fut arrêté, pendant qu’il cherchait innocemment des Mollusques, et trainé devant l'Autorité (toujours un Général !), sous l’inculpation fantastique d’être venu dans l'ile pour déterrer les trésors cachés par les anciens colons et se les approprier ensuite, au détriment des finances Haïtiennes ! !
Dondon est la localité la plus élevée comme altitude qu'ait visitée M. Rolle. Il essaya, dans les montagnes environnantes, une ascension très pénible et à laquelle il dut renoncer, après plusieurs heures de marche, pendant lesquelles les soldats qui l'accompagnaient étaient obligés de lui frayer un chemin en coupant, à l’aide de sabres d’abattis, les branches d’arbres , lianes et buissons qui obstruaient le passage. Pareille mésaventure élait déjà arrivée à un autre explorateur, M. W.-M. Gabb, qui fut forcé de s’arrêter, pour les mêmes causes, lors de sa tentative d’ascension du Mont Yaqui. Gette excursion, d’ailleurs, ne fut point sans profit pour la science, car le voyageur recueillit, dans cette localité, des Helix et des Cyclostomacés intéressants ; de plus, il y trouva, par centaines, des fragments d’'Helir gigantea, Scopoli (H. cornumilitare, Auctorum, non Linnœæi), sans pouvoir parvenir à découvrir un seul individu vivant, ce qui le confirma dans l’idée que ce Mollusque devait avoir des habitudes nocturnes et ne pas sortir pendant le jour.
De Plaisance, où il découvrit le genre Rollea et qui serait une localité excellente à explorer, au point de vue zoologique, s’il n’y avait pas autant de Généraux, ou s’ils étaient plus intelligents, le voyageur fut dirigé sur les Gonaïves, par ordre et avec l’escorte imposée de deux soldats, ce qui n’était pas trop pour surveiller un conspi-