Proverbe
La chèvre a pris le loup.
Allusion à un certain nombre de contes, dans lesquels on voit le loup victime des ruses de la chèvre.
Dans le conte suivant on trouve un exemple du loup déçu par la chèvre, et en même temps l'origine de la . locution : montrer patte blanche.
(1) Voyez aux articles oors, loutre, quelque chose de semblable.
« Commère la Chèvre habitait une maisonnette dans le milieu des bois. Un matin, elle dit à ses petits biquets : « Ecoutez bien, mes chers enfants, je vais à la ville vendre des œufs et du fromage blanc ; prenez bien garde au loup et n'ouvrez la porte que lorsque je vous montrerai ma patte blanche. Quand je reviendrai, si vous avez été bien sages , je vous rapporterai du bonbon. » Compère le Loup qui rôdait toujours aux environs, ayant vu partir la chèvre, fut bien cpntent, il s'écria : « Quelle chance ! Voilà la vieille chèvre qui part pour la ville , les petits biquets sont restés seuls , courons vite les croquer. Quelle bombance je vais faire ! Justement j'ai une faim terrible, car je n'ai rien pu attraper depuis trois jours. Courons vite aux petits biquets. » Le loup fut bientôt arrivé à leur cabane ; il frappe à la porte : Toc ! Toc I et imitant de son mieux la voix de Commère la Chèvre, il dit :
« Ouvrez, ouvrez, mes chers petits, c'est moi ! je vous apporte du bonbon. » Le méchant loup croyait déjà les tenir, ses yeux brillaient comme des charbons. Les petits biquets avaient reconnu le loup à travers les fentes de la porte.
« Obéissant à la recommandation de leur mère, ils dirent au loup : « Montrez-nous patte blanche et nous vous ouvrirons. »» Les petits biquets riaient derrière la porte de voir la sotte figure et la colère du loup. Le loup qui ne s'attendait pas à cela, faillit étouffer de rage, car il avait les pattes toute noires. Il voulut enfoncer la porte, mais elle était solide. Il s'en alla en jurant comme un païen : « Ah! petits scélérats, petits brigands, vous me paierez ça, vous avez beau faire, je finirai bien par vous croquer.» Le loup courut aussitôt chez compère le renard, et lui raconta comment les petits biquets s'étaient moqués de lui et lui demanda conseil. Le renard lui conseilla d'aller au moulin voisin et de, tremper sa patte dans
la farine, qu'il pourrait alors montrer patte blanche aux petits biquets. Le loup, sans perdre un instant, courut au moulin le plus proche et trempa plusieurs fois sa patte dans la farine. Ah I ah I s'écria-t-il, pour le coup, je vous tiens , petits scélérats !
«On va vous montrer patte blanche, mes petits chéris, mes petits chérubins. » Il était si content qu'il s'en passait d'avance la langue sur le museau. Le loup se hâta de retourner à la porte des biquets, mais lorsqu'il voulut montrer patte blanche , il fut de nouveau bien attrapé , car toute la farine était tombée en chemin.
u Cependant Commère la Chèvre revint de la -ville , apportant des [gâteaux à ses chers petits biquets. Ils lui racontèrent comment le méchant loup était venu deux fois, mais qu'il avait chaque fois été bien attrapé. Le loup s'en retourna tout confus chez Compère le Renard, qui lui dit : « Cette fois je connais un très-bon moyen d'entrer chez les biquets ; il faut vous déguiser en pèlerin et vous irez demander l'hospitalité. Bien sûr on vous ouvrira. *» Le loup s'étant déguisé en pèlerin, revint frapper à la porte des biquets : toc ! toc ! et s'écria d'une voix plaintive et nazillarde: « Ouvrez, pour l'amour de Dieu, c'est un pauvre pèlerin qui vous demande l'hospitalité, ouvrez , chrétiens charitables, je prierai Dieu pour vous » et il marmottait tout haut ses patenôtres. La Mère la Chèvre avait reconnu le loup à travers la fente ; elle lui dit : « Entrez , entrez, bon pèlerin, nous vous coucherons pour l'amour de Dieu, et nous vous régalerons de notre mieux: mais la porte est barricadée, passez parla cheminée, nous allons vous mettre une échelle pour descendre. Le loup se hâta de monter sur le toit et entra aussitôt dans la cheminée. Il se mit à descendre en criant : « Me voici , mettez l'échelle. »
« Au môme instant, une fumée épaisse faillit le suffoquer
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et l'aveugler. «Hé ! là-bas, hé ! arrêtez donc, s'écriart-il. » La chèvre s'était hâtée de bourrer dans la cheminée un grand tas de paille et de branches sèches et aussitôt qu'elle vit le loup qui descendait elle y avait mis le feu qui se mit à pétiller et à s'élancer en longues flammes jusqu'en haut de la cheminée. Le loup déjà à moitié aveuglé et suffoqué par la fumée, se sentant grillé tout vif, se mit à pousser des hurlements terribles.
« Mais plus le loup criait dans sa cheminée, plus la chèvre faisait grand feu. « Aïe I aïe ! hurlait le loup , je brûle ! je brûle ! Pardon , Gonunère la Chèvre, pardon , je vous jure que je n'y ferai jamais plus! » Il avait beau crier et demander pardon , il perdait son temps. Enfin suffoqué , grillé et à moitié mort , il se laissa tomber dans le brasier ardent, où la chèvre le tenait avec sa fourche et le retournait sur les charbons ardents jusqu'à ce qu'il fut grillé comme un boudin. »
Collection d'albums d'images publiée à Epinal, Ch. Pinot. Sans dat^.
J^ai entenda raconter ^ RémiUy (paya messin), on conte ^ pea près semblable :
La chèvre va au moulin chercher de la farine, en route elle fait la rencontre du loup qui lui demande où elle va : « au moulin » répond la chèvre, « c'est comme moi » reprend le loup, eh bien ! courons, nous verrons qui de nous deux y arriver^ 1q premier. Et ils se mettent à courir, mais au bout de quelques minutes, le loup laisse prendre l'avance 4 la chèvre et faisant un demi-tour, prend rapidement la direction de la maison de la chèvre où il trouve les petits biquets qu'il croque i belles dents. — Cependant le plus petit des chevreaux, qui s'était caché dans un coin, avait échappé au danger et avait tout observé, n put raconter
à sa mère ce qui s'était passé. A quelques jours de là, la chèvre rencontre le loup et lui dit : « Bonjour loup, je suis contente de toi, tu as bien travaillé, aussi je veux t'inviter à dîner pour demain. *» « J'accepte, » dit le loup. Le lendemain, le loup arrive à la maisonnette de la chèvre et frappe : toc ! toc ! « qu'est-ce qui est là ? »» « C'est moi, le loup. » « Je ne peux pas ouvrir la porte, je suis occupée à faire la pâte, mes mains sont pleines de farine, mais tu n'as qu'à monter sur le toit et passer par la cheminée, rien n'est plus facile. » Le loup monte sur le toit, se laisse glisser dans la cheminée et tombe lourdement dans la marmite pleine d'eau bouiHante que la chèvre avait préparée à son intention. « Chaud le cul ! chaud les pattes ! s'écrie le malheureux loup, commère la chèvre, je ne mangerai plus tes petits, » et commère la chèvre l'aide à sortir de là et le laisse partir (^).