‹ Faune populaire de la FranceChapitre 138 sur 164 · LE LOUP ET LE RENARD · texte numérisé non relu

LE LOUP ET LE RENARD

Le loup voulut un jour manger le renard ; celui-ci lui dit : ** loup, ne me mange pas, je connais une cave où il y a beaucoup de miel, nous irons ensemble nous y régaler. » Ils y allèrent ; pour entrer, ils furent obligés de passer par une ouverture assez étroite. Chaque fois que le renard avait mangé un peu de miel^ il allait voir auprès du trou s'il pourrait • encore y passer; enfin il arriva un moment où il crut prudent de cesser de manger et sortit en invitant d'un ton railleur le loup à en faire autant. Le loup n'avait songé qu'à son appétit, il avait tant mangé, qu'il était devenu énorme ; impossible de sortir de la cave. Quelque temps après, des gens y entrèrent et il fut roué de coups.

Un autre jour, ayant rencontré le renard, le loup le poursuivit, désireux de se venger, mais le renard se fourra sous un tas de pierres ; le loup était arrivé juste à temps pour lui saisir la patte de derrière. « Tire, tire, tant que tu voudras la racine du buisson n, dit le renard ; le loup crut avoir saisi par erreur une racine et lâcha le renard.

Un autre jour, le loup surprit le renard et voulut le manger : » loup, ne me mange pas^ supplia le renard, nous irons faire bombance dans un champ de navets que je connais. » J'accepte, dit le loup et les voilà partis. Arrivés au champ de navets, le renard dit : mon ami loup, il nous faut partager, aimes-tu mieux ce qui est dessus ou ce qui est dessous? Le loup préféra ce qui était dessus; bien, dit le renard, et il se mit à manger les navets, tandis que le loup mangeait les feuilles qu'il trouvait détestables.

« Comme compensation, je vais te régaler d'excellentes truites, dit le renard au loup, je connais un gouffre, (trou d'eau très-profond) où il y en a une quantité ; j'irai les pêcher moi-même. »» Ils vont pêcher des truites ; le renard attache à la queue du loup un panier destiné à recevoir les produits de la pêche, puis il se met à la besogne ; chaque fois qu'il plonge, il prend une truite qu'il croque immédiatement, et, en guise de poisson, va mettre dans le panier une grosse pierre. Finalement il s'enfuit en se moquant du loup. Celui-ci voyant qu'il a encore été mystifié, s'élance à la poursuite du renard, mais ô douleur I toute la peau de sa queue reste attachée au panier chargé de pierres.

Tout écorché qu'il est, le loup rattrape le renard.

« Loup, pardonne-moi, je connais tout près d'ici, dit l'animal rusé, une vieille femme ; c'est l'heure où elle va mettre sur le feu sa poêle pleine d'huile, tu entreras tout doucement et tu y tremperas ta queue ». Ce que fit le malheureux loup, qui se brûla horriblement ; l'huile était bouillante. Le renard choisit cet instant pour s'esquiver. Depuis ce temps, le renard, aussitôt qu'il aperçoit le loup, s'enfuit prudemment. Le loup qui le voit se sauver lui crie hé! fié! fuyard! fuyard I

Je ne m'appelle pas ^j/areî, répond de loin le renard, je

OANIS LUPUS. L. 151

m'appelle celui qui fixit tremper la queue du loup dans la poêle.

(Tai recueilli ce conte à Vais (Ardèche), en aoift 1876.)

Page 1