‹ Faune rhizopodique du bassin du LémanChapitre 20 sur 41 · Détail d'une des cornes · texte numérisé non relu

Détail d'une des cornes

avait un pseudopode quatre fois aussi long que le corps). Un caractère d'une certaine importance dans la Bifflufjia constrida, et qu'on ne retrouve que dans deux ou trois autres Rhizopodes testacés (Centropyxis, Nébela vitrœa), est la pj'ésence dans l'intérieur du pseudopode de petites particules brillantes, provenant du plasma somatique, qui sont entraînées par les courants internes jusqu'à l'extrémité du bras (fig. 6, 7).

Cette description de la Difflugia constrkta concerne la forme la plus habituelle, telle qu'elle est représentée par les fig. 1 et 2. Mais il n'est i)eut-étre pas, dans toute la série des Rhizopodes d'eau douce, d'espèce plus variable ou plus polymorphe que celle-ci. Tout varie ici; la taille, l'aplatissement, l'excentricité de la bouche, la couleur, la teneur en fragments siliceux, la présence ou l'absence de cornes, et quoique les différentes formes se reconnaissent toujours facilement comme devant appartenir à un même groupe, il est impossible souvent de n'y pas voir des variétés distinctes. Mes dessins reproduisent ici quelques-unes de ces fonnes : la fig. 3 par exemple représente une variété munie à la lèvre d'un cercle (interrompu en arrière par l'invagination de la coque) de belles pierres brillantes, et dans la fig. 4 qui représente un exemplaire vu par devant, on voit également un demi-cercle de pierres, soudées à l'intérieur de la paroi, sur la ligne où se fait l'invagination buccale. La fig. 5 montre une variété très allongée, la fig. 6 une autre, de grande taille, et très aplatie, la fig. 7 une forme analogue, mais pourvue de cornes. La fig. 8 correspond, comme la fig. 11, à la forme dont en 1890 j'avais fait une espèce sous le nom de Difflugiapïatystotna, forme très caractéristique, pierreuse, à coquille sphérique mais prolongée d'une visière plate presque aussi grande que le reste de l'enveloppe, à bouche ronde, avec un étranglement en arrière. Les fig. !) et 10 montrent une autre variété, aplatie, acuminée en arrière; en 12, c'est une grande forme chitinoïde analogue à la fig. 8; enfin en 13 et 14, nous avons des petites variétés où la bouche est parfois si peu excentrique que des coquilles vides pourraient être prises pour des représentants de la Pseudodifflugia gracilis.

Il faut remarquer que toutes ces formes quelles qu'elles soient, ne se rencontrent jamais conjuguées qu'entre elles, et pas avec d'autres variétés distinctes, même dans une

GENRE DIFFLUGIA 301

Station où plusieurs formes habiteront en même temps. Dans la division, le produit est également toujours de même tj-pe que le parent.

Il semblerait donc naturel de considérer la Diffluf/ia constricta comme représentant un groupe tout entier, mais il est impossible pour le moment de songer à démêler le chaos qui règne encore dans ce groupe. La confusion devient bien plus considérable encore si l'on rapproche la Bifflugia constrida du genre Centropyxis, et plus spécialement de la Centropyxis aculeata.

Cette dernière en effet présente un grand nombre de variétés, qui finissent par ne plus se distinguer de certaines formes de la Difflugia constricta, et on peut en somniQ trouver toutes les transitions entre cette espèce, bien nette, et la Centropyxis bien nette aussi ; les deux extrêmes présentent des différences considérables, mais les termes de passage semblent montrer que toutes ces formes, reliées soit à l'un soit à l'autre de ces deux types différents, constituent en définitive un seul et même groupe, ou une seule et même espèce, alors très polymorphe. Ce qui contribuerait encore plus à le faire supposer, c'est que, dans ces deux types, l'animal présente la même timidité extraordinaire, et possède le même genre tout spécial de pseudopodes, ainsi que le même noyau, et des cornes absolument identiques. J'avais cru dans le temps pouvoir indiquer un caractère différentiel d'un critère certain : dans la Centropyxis l'enveloppe est constituée par une membrane chitineuse d'une certaine épaisseur, marquée sur toute sa sm-face de ponctuations plus ou moins régulières, tandis que dans la Difflugia constrida ces ponctuations n'auraient jamais existé. Mais cette année je les ai retrouvées sur quelques individus qu'il m'était impossible de séparer de la Diffluyia constrida, et ce caractère semble par là perdre aussi sa valeur.

En résumé il est à regretter que la Difflugia constrida ait jamais été placée parmi les Difflugies ; elle est la seule dont la bouche soit excentrique, et elle tranche, par d'autres caractères également, beaucoup trop fortement sur toutes les autres espèces du genre.

Par contre il est en tout cas nécessaire de la regarder comme bien plus voisine de la Coitropyxis que des Difflugies, si voisine qu'on ne sait comment la séparer de la Centropyxis aculeata, et sa réunion à ce dernier genre s'impose d'elle-même, sous le nom si l'on veut de Centropyxis constrida. Ce déplacement est d'ailleurs peut-être pour le mo-

ment inutile, dans ce sens que plus tard, après des études plus minutieuses et des résultats plus signiticatits, on préférera probablement en faire tout droit une Centropy.ns aculeata.

Genre Centropyxis Stein, 1857.

Echinopyxis Clavabède et Lachmann, 1859.

Homœochlamijs Ehrenberg, 1871.

Ce genre est caractérisé par une coque discoïde, rarement obovale, comprimée de haut en bas, ou subhémisphérique, montrant une face ventrale légèrement invaginée à la bouche, et une face dorsale arrondie. La bouche, ronde ou plus souvent irrégulière dans ses contours, est relativement étroite, rarement centrale, plus souvent excentrique et alors antérieure, mais toujours en même temps ventrale.

La coque est chitnioïde, plus ou moins recouverte de pierres ou de particules de différente nature.

Centropyxis aculeata Stein, 1857.

Arcella aculeata Ehrenberg (28).

Difflufjia aculeata Perty (92).

Echinopy.ns aculeata ClaparÈde et Lachmann (20).

La coquille est toujours plus ou moins arrondie dans ses contours, et en même tenq)s comprimée de haut en bas et plus en avant qu'en arrière, de manière à présenter une face inférieure ai)latie et une face dorsale renflée, plus élevée en arrière. La bouche est ventrale, plus ou moins excentrique, et antérieure, rarement arrondie, plus souvent irrégulière dans ses contours. Son diamètre atteint le tiers environ de celui de la coquille. Autour de la bouche la membrane s'invagine faiblement. Sur une partie de son pourtour.

GENRE CENTROPYXIS

et dans la règle en avant, cette membrane se prolonge à l'intérieur sous forme de dentelures, de lambeaux ou aussi de brides, qui peuvent aller rejoindre la paroi opposée \

Cette enveloppe est cliitinoïde, jaunâtre, devenant brune avec le temps. Mais cette chitine n'est pas lisse : à un fort grossissement, lorsqu'elle n'est pas encore très foncée, on peut constater, comme Leidy l'a déjà observé dans le temps, que la surface est toute couverte de ponctuations serrées, qui rappelleraient l'apparence présentée par l'enveloppe des ArcelJa, mais avec beaucoup moins de régularité (fig. 4).

Sur des individus très clairs et surtout sur ceux qui représentent un produit très récent de division, on voit que ces ponctuations figurent en réalité non pas des perforations, comme ou pourrait le croire au premier abord, mais bien des écailles rondes extrêmement petites noyées dans la matière cliitinoïde, et très rapprochées les unes des autres. Dans la variété discoïdes, j'ai vu des écailles, plus grandes, assez serrées pour se toucher par leurs bords.

Cette enveloppe chitinoïde, qui dans les individus jeunes est encore douée d'une certaine souplesse, mais durcit bien vite en prenant une teinte plus foncée, est toujours recouverte d'éléments siliceux amorphes, particules de boue, petites pierres plates, parfois diatomées. Ces éléments sont plus ou moins nombreux et serrés, mais rarement assez pour cacher complètement aux regards la membrane proprement dite (fig. 4).

La Cerdropijxis aculeata est également ornée de cornes, postérieures et dirigées vers le haut.- On les trouve en nombre très variable, rarement inférieur à deux, et rarement

Centropyxis aculeata. — 1. Forme normale. — 2. Aspect d'un pseudopode étalé. — .3. Enveloppe double. — 4. Détails de la surface. — 5. Noyau.

' Leidy a le premier constaté la présence de ces brides, dont il donne une bonne description. J'en reparlerai un peu plus au long dans la Cenlropyxis lœviijald.

supérieur à huit ; quelquefois au contraire il n'y en a pas ; quand elles sont nombreuses, on en voit jusque sur la partie antérieure de la coque, et elles peuvent alors former une couronne complète, mais le fait est rare.

Ces cornes ne représentent qu'un prolongement spiniforme de la membrane (fig. 5, planche suivante), et sont creuses à l'intérieur. A leur sommet on les voit le plus souvent terminées par une écaille brillante, ou par une sorte de bâtonnet pointu qui semble pénétrer par sa base dans la lumière de la corne, comme un bouchon. Claparède et Lachmann ont cru voir des filaments étroits sortir de ces cornes et fonctionner comme pseudopodes. C'est là sans aucun doute une erreur; probablement ces auteurs auront-ils pris la pointe terminale, souvent longue et fine, pour un prolongement protoplasmique.

Le corps vivant ne remplit généralement qu'une assez faible partie de la coque. Il renferme les éléments caractéristiques, et parfois de gros globules graisseux, brillants, ainsi que deux ou plusieurs vésicules contractiles, et un noyau sphérique, de 25 ij. environ de diamètre, remi)li d'une masse de plasma (suc nucléaii'e) cendré dans lequel baignent un nombre considérable de petits nucléoles (fig. 5),

L'animal est comme dans l'espèce précédente (Difflucjia constrkta) d'une timidité exti'aordinaire, et rarement on peut le voir déployer ses pseudopodes. Généralement alors il n'en existe qu'un seul, très large, plat, où se dessinent souvent des lignes longitudinales de ponctuations extrêmement fines (fig. 2). Ces ponctuations représentent des micelles ou particules extraordinairement petites, entraînées dans les courants internes. D'autres fois le pseudopode est plus long, plus épais (fig. 1), et on y voit courir, connue dans la Diffliig'm cor/stricta, des parcelles plus grandes.

France (32) a décrit comme « forma Duplicata » une variété qui semble résulter de la fusion de deux coquilles, et dont il a trouvé quelques représentants dans le lac Balaton. J'ai observé également un individu qui se rapporterait à cette forme (fig. 3), et qui montrait bien, par l'échancrure de sa partie postérieure et la position de ses cornes, qu'on avait affaire à une coquille anormale, comme on en peut trouver de temps à autre dans d'autres Rhizopodes également.

La taille de la Centropyxis aculeata est extraordinairement variable, en rapport avec les nombreuses variétés que peut présenter cette espèce. Les individus de 150 ^ de diamètre représentent une grandeur un peu supérieure à la moyenne.

GENRE CENTROPYXIS 305

Nous avons vu plus haut qu'il est parfois pratiquement impossible de séparer la Difflufjia constricta de la Centropyxis acuJeata, et qu'il serait à désirer que ces deux espèces fussent réunies sous un seul nom, ou en tout cas dans un même groupe. Si l'on réunissait les unes à la suite des autres, et d'après l'ordre de ressemblance, toutes les formes diverses que peuvent revêtir ces deux espèces, on aurait une échelle divisée en un certain nombre de degrés, dont le premier et le dernier seraient alors extrêmement dissemblables; l'un représentant la Difflugia constricta, l'autre la Centropyxis acuJeata. Mais alors la Centropyxis la plus extrême, la plus éloignée du type Difflugia constricta, ne serait pas la forme typique qui vient d'être décrite, mais bien une autre, qu'en 1890 déjà, j'avais mentionnée comme variété distincte, sous le nom de

Centropyxis aculeata var. discoides.

C'est là une forme en effet très nette, et qui se distingue de la précédente par des caractères bien tranchés. Elle est beaucoup plus grande que la Centropyxis aculeata typique, variant presque toujours entre 200 et 230 ;/. La coquille est parfaitement .arrondie et très fortement aplatie (fig. 2), à peu près autant que cqWq^gV Arcella discoides, jusqu'à ressembler à une assiette. La structure est la même que dans la forme type, mais les ponctuations s'y distinguent mieux (fig. 3), et avec un fort grossissement on voit qu'elles ne sont que l'expression visuelle de la présence de petites écailles rondes (fig. 4). La bouche est centrale, ou subcentrale, au fond d'une légère invagination de l'enveloppe; les lambeaux, qui continuent cette invagination, vont rejoindre la paroi opposée sous forme le plus souvent de deux brides foncées bien nettes (fig. 2). Enfin l'arête circulaire de l'enveloppe, très étroite, presque aiguë, est dans la règle munie d'une ceinture plus ou moins complète de grosses pierres ou de diatomées (fig. 1, 2). Très fréquemment il n'existe pas de cornes, d'autres fois on en trouve une, ou deux, trois ou quatre, toutes sur un seul côté, qu'on peut considérer comme postérieur.

Le noyau, de 38 ^j. environ de diamètre, est sphérique ou légèrement ovoïde suivant le point de vue, cette dernière forme résultant de l'exigTiïté de l'espace laissé entre les deux parois de l'enveloppe, et qui oblige le noyau à se comprimer. Il est toujours

rempli d'une grande quantité de nucléoles très petits. J'en ai trouvé un jour un dont la membrane était tout entière chagrinée et comme divisée en une infinité de petites perles (flg. 6, 7). Mais il n'y a pas là de caractère spécial ou spécifique, car dans d'autres

noyaux la membrane nucléaire s'est montrée lisse.

Une fois également j'ai eu l'occasion d'examiner un exemplaire dont le plasma, d'ailleurs bien portant et non comprimé, était en train de quitter sa coquille. Il en sortit peu à peu, par la bouche, et finalement abandonna complètement son enveloppe; puis, après être resté un instant immobile, avec des contours déchiquetés, l'animal s'allongea, et partit au loin, sous la forme caractéristique de VAmœba Umax, et avec une grande vésicule contractile en arrière, mais sans houppe caudale. L'endosarc était tout entier jaunâtre, grâce à la présence des myriades de micelles dont j'ai parlé plus haut, et qui remplissent tout le corps connue d'une fumée. Par contre, le plasma ne renfermait aucune nourriture, à moins qu'il ne faille considérer connue telle un nombre restreint de fragments grisâtres très petits. Chose curieuse, cet individu ne semblait pas renfermer trace de noyau.

Centropyxis aeuleata, var. discoïdes. — 1. De face. — De côté. — 3. Aspect de la surface. — 4. Même aspect, plus grossi. — 5. Une des cornes. -— 6. Noyau. — 7. Détails de ce noyau.

Centropyxis lœvigata Penard (85).

Dans cette espèce, l'enveloppe est plus renflée que dans la précédente, la coque est à peu près hémisphérique, ou presque sub-globuleuse (fig. 1, 5), avec un dùme arrondi dont le sommet est refoulé quelque peu en arrière (fig. 5).

GENRE CENTKOPYXIS

Ccntropyxis Ixvigata. — 1. Coque, vue par derrière, avec animal enkysté. — 2. Vue par l'orifice buccal. — 3. Vue par devant. — 5. Vue de côté.

• La bouche est légèrement excentrique, antérieure, infère. Elle se trouve au fond d'une invagination tabulaire de la face ventrale de la coquille ; ce tube est alors déchiqueté sur ses bords, et sa partie terminale se prolonge dans l'enveloppe jusqu'à rejoindre la paroi opposée, sous forme d'un large ruban chitinoïde, foncé (fig. 5). Dans la région de soudure de ce ruban avec la paroi, on trouve toujours lixées à cette dernière un certain nombre d'écilles amorphes, internes, plus

fortes que celles de la coquille

en général. La bride semble

dans cette espèce agir sur

la paroi, en la resseiTant, et

en la rapprochant de la

bouche; ainsi dans la fig. 2,

on voit que la face antérieure

(sur la droite de la figure),

reconnaissable à l'indice de

la bride foncée, a perdu ses

contours arrondis, et s'est rapprochée de la bouche. La fig. 3 montre la même coquille

vue par devant; on y distingue l'invagination de la membrane buccale, continuée en un

large ruban étalé qui rejoint la membrane à peu près à la hauteur des petites pierres

qu'on y voit collées. C'est encore le même exemplaire que représente la fig. 5, mais vu

cette fois de côté. Le tube buccal s'y montre bien net, avec la courbe de sa bride

interne.

Quant à la structure de l'enveloppe dans cette espèce, elle est analogue à celle de la Centropyxis aculeata, et parfois comme elle, on la voit ponctuée. Elle est faite d'une chitine jaunâtre couverte d'écaillés amorphes plus ou moins abondantes, rarement assez serrées pour se toucher les unes les autres.

La fig. 1 représente un exemplaire vu par devant, et qui renferme un kyste sphérique, granulé, grisâtre, à membrane lisse et hyaline ; c'est fréquemment sous cette forme qu'on rencontre cette espèce. Une fois ou deux cependant j'ai trouvé le plasma non enkysté, et pourvu d'un noyau sphérique à nucléoles nombreux. Quant aux pseudopodes, il ne m'a jamais été possible de les observer à Genève. Mais en 1890 je les ai vus une fois, à

Wiesbaden ; ils étaient alors identiques à ceux de la Centropyxis aculeata, larges et av^ec grains brillants courant dans l'intérieur.

La Centropyxis Jœviçjata varie passablement de taille; dans une de ses stations, au Bachet-de-Pesay, les individus avaient de 70 à 83 a de diamètre; à la tourbière de la Pile, ils étaient en moyenne de 120 à 135 //.

Cette espèce habite le plus souvent les sphagnum et les mousses; mais on peut, plus l'arement, la trouver dans les marécages.

Centropyxis delicatula spec. nov.

J'ai hésité longtemps à considérer cette petite forme comme autre chose qu'une variété extrême de la Centropyxis aculeata, mais après l'avoir trouvée dans deux localités différentes (Rouelbeau et la Pointe-à-la-Bise), où elle était représentée par de nombreux individus tous parfaitement typiques, sans déviation vers une autre forme, j'ai fini par y

reconnaître une espèce sufti-

' ^"^ -*' ^ 35 à 48 (ix de diamètre, ar-

Centropyxis delicatula. — 1. Aspect habituel. — 2. Vue de la coque, rondie SUr SOn pOUrtOUr, llé-

par transparence, en arrière. — 3. Vue par devant.

misphérique déprimée, à face ventrale nettement aplatie. La surface est jaunâtre, presque transparente, chitinoïde, lisse et en apparence dépourvue d'écaillés de recouvrement. Très rarement on y voit une ou deux cornes en arrière.

La bouche est centrale ou à peu près, au fond d'un tube invaginé. Les bords de ce tube sont alors développés en brides foncées, brunâtres, d'un caractère et d'une forme spéciale. Sur l'un des côtés du tube, en regard de la partie postérieure de la coquille, la bride va rejoindre la paroi opposée sous forme de deux rubans jumeaux, qui s'élargissent en arrivant à la ligne de soudure, s'y rejoignent par leurs extrémités étalées, et l'espace libre qui les séparait ne figure plus alors qu'une fenêtre arrondie (lig. 2) ; d'autres fois il

GENRE CENTROPYXIS 309

y aura trois rubans au lieu de deux, et inégaux entre eux (fig. 1), mais le principe est le même. En avant, ces rubans, produits de la même manière, vont rencontrer la paroi à un niveau plus bas, de sorte qu'on les voit beaucoup plus courts (lig. 3). En résumé le tube buccal se comporte connue s'il traversait la coquille tout entière jusqu'à la paroi opposée, mais dans une course postéro-antérieure, en se développant en largeur à partir du niveau de la bouche vraie, et en laissant dans ses parois 3, 4 ou 5 larges fenêtres pour le passage des pseudopodes '.

Dans la fig. 3, on remarque, dessinés en noir, le tube et les brides antérieures, tandis qu'en arrière les brides postérieures sont marquées en pointillé.

Il faut observer cependant que si, dans la Centropyxis delicafMla, la structure est toujours telle à peu près qu'elle vient d'être décrite, il existe bien des variantes, et ce qu'il faut retenir en somme, c'est l'existence d'un tube découpé de larges fenêtres, où le nombre et la disposition relative des cloisons de séparation entre ces fenêtres peut être variable d'un individu à l'autre. Néanmoins, et si j'en juge d'après plusieurs observations sur des individus pris dans des localités différentes, les modifications qui peuvent se produire ne doivent pas beaucoup s'écarter du type.

Le plasma est grisâtre, granulé, et de forme discoïde dans sa masse générale ; je n'y ai malheureusement pas pu observer le noyau. Les pseudoi)odes sont analogues à ceux des Difiliigies en général; je ne les ai vus qu'une fois (fig. 1) sans y remarquer de granulations brillantes courant dans leur intérieur, telles qu'on les trouve dans le genre Centropifxis en général.

Centropyxis arceUoides spec. nov.

Ce n'est que d'une manière provisoire qu'il faudrait peut-être considérer cette espèce comme se rapportant au genre Centropyxis. J'ai cru en tout cas devoir envisager comme tel un animal pourvu d'une coque hémisphérique, brune, uunce, chitinoïde, recouverte de

' On |)eut d'ailleurs voir quelque chose de sembiabit* dans la Ci'iitropi/xls acnlfalu, inai.s rarement, et jamais les brides n'y sont aussi régulières.

petites écailles plates, à face inférieure très faiblement invaginée, munie d'une bouche centrale, très large, dont le diamètre atteint la moitié de celui de l'enveloppe.

Il n'existe ni tube ni brides, et la bouche n'est pour ainsi dire qu'une déchirui-e de la membrane. On voit toujours alors quelques petites écailles brillantes faire saillie sur le

bord de cette bouche, comme des denticulations spéciales (fig. 3).

Le noyau est sphérique, de 30 fi environ, et tout entier rempli d'une véritable poussière de nucléoles extrêmement petits.

Je n'ai pas pu observer de pseudopodes. La taille est de 100 à 110 ^ en moyenne. Cette espèce s'est trouvée, peu abondante, aux marais de Troinex et de Bernex. Par contre au Bois de la Bâtie et à Onex j'ai récolté un Rhizopode analogue, mais de taille inférieure (70 a en moyemie), à bouche très petite. Le plasma, grisâtre et poussiéreux, était assez fortement vacuolisé ; il renfermait un noyau absolument semblable à celui qui vient d'être décrit. Cette forme se rapportait donc à la Centropyxis arcdloïdes par tous ses caractères, sauf par la grandeur bien moindre de la bouche.

Centropyxis arcelloides. — 1. Coquille, vue par la face orale. — 2. De côté. — 3. Détails de l'enveloppe, à la bouche. — 4. Noyau.

Genre Cucurhitella gen. nov.

Les Difïlugies représentent le genre le plus encombré que l'on trouve chez les Rhizopodes, et toutes les fois qu'on en pourra séparer des organismes, même très rapprochés par leur forme générale, qui s'en distingueront par des caractères tranchés et bien constants, il y aura grand avantage à le faire. C'est ainsi que Rhumbler a créé le genre Pontù/nJasia, très voisin du genre Diffl/i/jiu, mais dont les caractères spéciaux que nous étudierons tout à l'heure, font un type tout particulier. A mon tour, et me

GENRE CUCURBITELLA

basant sur les résultats que m'a fournis l'étude d'un organisme que l'on pourrait au premier abord regarder comme une simple Difflugie à collerette, je crois bien faire de créer le genre CucurhiteUa pour des Rhizopodes, qui tout en appartenant à la grande tribu des « Lohosa, » possèdent une bouche centrale, entourée d'une collerette qui ellemême à son sommet se replie vers l'intérieur pour former un péristome externe.

CucurhiteUa mespiliformis spec. nov.

La coquille est dans cette espèce identique dans sa composition à celle de la plupart des Difflugies; elle est formée tout entière de petits fragments de quartz, liés par une matière cimentitielle hyaline.

La forme est celle d'un œuf d'autruche, large, à contours réguliers, et à son extrémité orale l'enveloppe se voit surmontée d'un bourrelet, ou d'une collerette courte mais très nette, et d'une nature un peu spéciale (fig. 1,4,5).

Cette collerette prend naissance

brusquement sur la coque, et ses côtés s'arrondissent d'abord quelque peu à l'extérieur, pour revenir bientôt vers l'intérieur et s'y replier, de manière à laisser place à une ouverture ou péristome plus étroite que le diamètre de la collerette. En même temps

CucurhiteUa mespiliformis. — 1. Aspect habituel. — 2. Vue par la face orale. 3. Détails de la bouche, de face. — 4 et 5. Détails de la collerette buccale, de côté (à demi schématique). — 6 à 9. Noyaux à diflërents états.

il se produit sur la lèvre une ondulation régulière qui la divise en quatre lobes peu accentués, et le péristome se présente, vu d'en haut, comme quadrilobé (fig. 3). Mais si l'ondulation de la collerette, sur une coquille vue de coté, est assez apparente, il est extraordinairement difficile de distinguer de face le dessin quadrilobé qui vient d'être mentionné; en examinant une coquille par la face orale, on voit au contraire tout autre chose, c'est-à-dire, une ouverture étroite, centrale, arrondie, mais en même temps étoilée, échancrée sur tout son pourtour de denticulations acérées, dirigées vers l'intérieur (fig. 2). Un examen attentif montre alors qu'il existe là, à la hauteur de la constriction où naît la collerette, un plancher formé de toutes petites pierres ; ce plancher est alors percé d'une ouverture dont les bords sont constitués par des fragments acérés de quartz ; c'est la bouche véritable.

En élevant alors quelque peu l'objectif du microscope, on distingue d'autres pierres, appartenant au sommet de la collerette (fig. 3), et l'ouverture quadrilobée de cette dernière devient visible.

Cette ouverture ou péristome externe existe toujours, mais elle est, comme je le disais plus haut, extraordinairement difficile à distinguer de l'orifice interne, et pour la voir il faut des coquilles particulièrement bien orientées. Il peut arriver également que sur une coque brisée la collerette se détache, et alors l'examen devient plus facile. Ajoutons que les bords de ce i)éristome sont formés d'une rangée de petits grains arrondis, alignés comme un chapelet. La fig. 5, qui est à demi-schématique, montre la structure qui vient d'être décrite.

Le plasma renferme les inclusions habituelles; on y voit une ou plusieurs vésicules contractiles, puis des Zoochlorelles vivant en sjanbiose; il ne m'est jamais arrivé de trouver un individu qui ne fût pas rempli de ces petites algues. J'ajouterai en passant que la surface de la coquille parait, dans cette espèce, être très recherchée par les végétaux libres, en particulier par une protococcacée très petite, fusiforme, que l'on trouve fréquemment implantée normalement à la surface par une de ses extrémités, et recouvrant toute la coque d'une armature de petites pointes.

Les pseudopodes sont normaux, plutôt étroits, et généralement nombreux (fig. 1).

Quant au noyau, il mérite que nous l'examinions un instant. Il est très grand, sphérique, et entouré d'une membrane hyaline particulièrement délicate, qui se déchire plus

GENRE CUCUEBITELLA 313

facilement que chez les autres Rhizopodes. Cette membrane entoure un suc nucléaire finement cendré, dans lequel la matière chromatique est répartie sous différents aspects. En principe, c'est un gros nucléole sphérique, délicat, pâle, d'un bleu verdâtre cendré, et qui se détache du suc nucléaire par des contours très francs. La netteté de ces contours proviendrait, à mon avis, de l'existence d'une véritable pellicule entourant le nucléole, pellicule d'ailleurs simplement adventive et qui représenterait, dans cette espèce comme peut-être dans d'autres où le nucléole est pourvu de contours très nets, un simple durcissement du plasma périphérique; mais toujours est-il que la pellicule nucléolaire peut figurer une véritable membrane, et que je l'ai vue, parfaitement distincte, s'écarter du nucléole par le fait de la compression de ce dernier.

Mais il est bien rare de trouver le nucléole dans l'état où il vient d'être indiqué. Presque toujours on le voit creusé à son intérieur d'une ou de plusieurs lacunes arrondies, et presque toujours aussi on remarque, dans le suc nucléaire, la présence de quelques boulettes ti-ès pâles de plasma différencié.

A un stage plus avancé, une des lacunes devient beaucoup plus forte que les autres, grandit toujours en prenant des contours parfaitement arrondis, et la masse du nucléole n'est plus qu'un anneau ou une couronne (fig. 7), qui peut devenir très étroite, en même temps qu'il s'en détache des fragments (fig. 9). Ce n'est que rarement du reste que la couronne se voit aussi mince que le montre la fig. 9 ; avant d'en arriver à ce stage, en général elle se fragmente, se coupe en morceaux, qui se séparent les uns des autres, ou bien aussi restent plus ou moins agglomérés (fig. 8). Peut-être ce stage n'est-il pas le dernier, mais jamais je ne l'ai vu poussé plus loin, malgré le nombre assez considérable de noyaux examinés. Ajoutons encore que dans la Cucurbitella mespiïiformis le plasma nucléolaire est particulièrement visqueux; isolé par le déchirement du noyau, on le voit, si l'on provoque sur la lamelle du microscope de petites pressions ou frottements, s'étirer comme un fil de verre fondu.

Le diamètre du noyau dans cette espèce est de 40 à 45 ^.

Quant à la longueur de la coquille, elle varie eu général entre 125 et 140 u.

J'ai récolté la CiicurUteUa mespiïiformis dans plusieurs stations, mais surtout dans un étang de l'Avenue d'Aïre, où elle se trouve toute l'année en masses considérables, en compagnie des Diffl/<gia })yriformis, Ihmiefica, gramem, et d'autres. C'est une espèce

très robuste; dans les bocaux, elle est encore en bonne santé quand toutes les autres sont mortes ou malades.

Genre Pmtigulasia Rhumbler (96).

Ehumbler a créé en 1896 le genre Pontiguhsia pour des Rhizopodes qui se distinguent avant tout des Difflugies par la possession d'une bride transversale ou pont, qui, à une certaine distance en arrière de la boucbe, relie l'une à l'autre les faces larges de la coquille, toujours au moins un peu comprimée.

Après avoir retrouvé moi-même les trois formes que Rhumbler a rattachées à ce genre et m'être livré à un examen minutieux sur un Rhizopode qui présente avec lui la plus grande analogie, et qui a toujours, jusqu'à présent, été considéré comme représentant une variété de la Difflugia pyriformis sous le nom de var. ras, j'ai fini par y reconnaître des caractères, d'ailleurs absolument constants, qui rattachent cet organisme au genre Pontigulasia.

Il existe pourtant entre la Difflugia pyriformis var. ras. de Leidy, dans sa forme typique, et la Pontigulasia de Rhumbler, une différence essentielle : tandis que les Pontigulasia de Rhumbler sont caractérisées par une bride ou un pont jeté en travers de la coquille, dans la Diffhigia vas nous avons un véritable plancher, percé d'une fenêtre arrondie, excentrique. Autrement dit, dans la Pontigulasia de Rhumbler, on trouve au dessous de la bouche deux ouvertures pour le passage des pseudopodes, ici il n'y en a plus qu'une.

Mais ces différences, comme nous le verrons plus tard (Pontigtûasia spectahiUs), n'ont pas l'importance qu'on pourrait, à première vue, leur attribuer, et ces deux types sont si voisins l'un de l'autre qu'il y aurait désavantage à les séparer en deux groupes différents. Aussi ferai-je rentrer la Difflugia pyriformis var. vas de Leidy dans le genre Pontigulasia, en modifiant quelque peu la diagnose de Rhumbler et en indiquant ce genre comme caractérisé par l'existence, ou d'un jjont, ou d'une cloison traversant la

GENRE PONTIGULASLV

coquille d'une paroi à l'autre, et percée alors d'une ouverture pour le passage des pseudopodes.

Pontiffulasia incisa Rhumbler (96).

Difflufjia elisa Penard (88).

Cette espèce est caractérisée par une coquille légèrement jaunâtre, chitinoïde, pyriforme, très faiblement comprimée sur ses côtés (à coupe transversale elliptique), recouverte de particules de boue, de petites pierres, ou souvent de diatomées. L'enveloppe est arrondie en arrière, et en avant se voit sous la forme d'un tube large, renflé à sa base, puis resserré à son point d'attache sur la coque par une constriction brusque qui divise cette coquille en deux parties distinctes. Au niveau de cette constriction, c'est-à-dire au tiers antérieur de la coque, se trouvent en

général agglutinés quelques fragments quartzeux de forte taille, qui cachent partiellement l'étranglement (fig. 1 , 2).

A la hauteur de cet étranglement on constate la présence d'une bride interne qui traverse la coquille de part en part, en unissant les deux côtés larges l'un à l'autre. Cette bride est formée d'une lame chitinoïde dans laquelle sont empâtées des écailles quartzeuses, la plupart très petites. Très large à son point d'attache, lequel se fait remarquer à l'extérieur par une ligne foncée qui va presque d'un bord à l'autre de la coquille, la bride

Pontigulasia incisa. — 1. Vue de la coque, de côté. — 2. Autre cnque, face postérieure. — 3. Vue par la face orale. — 4. Détails de la bouche, vue d'en haut. — 5. Coupe longitudinale par le milieu de la coque. — 6. Noyau.

devient toujours plus étroite à mesure qu'elle se rapproche du centre (où en coupe elle se voit comme dans la fig. 5), pour s'élargir de nouveau en allant rejoindre la paroi opposée. Ainsi constituée, la bride laisse dans la coquille deux ouvertures latérales dont chacune est plus ou moins ovale dans son contour.

Le plasma est normal. Il renferme assez fréquemment quelques Zoochlorelles, qui dans les individus examinés appartenaient à une espèce différente de la fonne habituelle ; mais cet organisme ne semble pourtant pas être normalement sujet à la symbiose.

Je n'ai aperçu qu'une seule fois les pseudopodes, et à peine déployés; Rhumbler les donne comme prenant volontiers la forme de bois de cerf, et le peu que j'en ai vu me porterait à confirmer les observations de cet auteur.

Le noyau est sphérique, à nucléoles arrondis logés sous la membrane.

J'ai trouvé la l'ontigiilasia incisa au Bois de la Bâtie, où les individus étaient très nombreux, mais représentés par une forme de taille relativement faible, de 85 à 100 ix en moyenne. Rhumbler indique une longueur de 120 à 150 p..

En 1893 j'avais décrit sous le nom de Difflugia elisa un organisme de 100 à 120 u de longueur, récolté dans une autre localité, où je ne l'ai plus l'etrouvé, et qui n'est pas autre chose que la Pontigulasia incisa de Rhumbler. Je n'avais alors cru voir à l'intérieur qu'une « bride ou un croissant de matière chitinoïde brunâtre s'avançant plus ou moins « dans l'intérieur de la coque, » tandis qu'un examen plus approfondi de la coquille, orientée de différentes manières, aurait pu m'y montrer la bride complète'.

Pontigulasia compressa Rhumbler (96).

Rhumbler décrit cet organisme comme pourvu d'une coquille en forme de poche, assez fortement comprimée, recouverte de préférence de diatomées, et atteignant une longueur de 130 à 140 «.

' Sur des préparations microscopiques concernant la Di/fluf/ia. elisa, et qui avaient servi à la description de l'espèce, j'ai pu voir distinctement, après destruction des préparations, et examen dans le baume des coquilles sous toutes leurs faces, la bride interne caractéristique, et reliant les deux parois.

GENRE rONTicULASIA

Je n'ai obtenu qu'une demi -douzaine d'individus se rapportant à cette espèce, et provenant des marais de Bernex et de l'Asile des Vieillards.

La coquille, assez fortement comprimée, était formée d'une mince pellicule de chitine jaunâtre, et recouverte alors toute entière de diatomées allongées qui en déformaient parfois fortement les contours (les fig. 1 et 2 montrent un même spécimen vu par sa face large et par sa face étroite.) La bride interne était analogue à celle qui a été décrite dans l'espèce précédente (fig. 3). Dans le seul individu que j'aie vu en marche, les pseudopodes étaient allongés, nombreux et vifs; le noyau était visible à travers la coque, mais il ne m'a pas été possible d'en distinguer les détails.

La longueur de la coquille variait dans les individus examinés entre 111 et I3b (a.

Foniigulasia compressa. — 1. Face large. — 3. Vue par la face buccale.

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