D'en haut
Nebela militaris Penard (85).
Cette espèce semble à première vue n'être qu'une variété de la Nehela bursella, et correspond sans doute aux figures de Vejdovsky (PI. II, fig. 2) et de Taranek (PI. III, fig. 8) indiquées comme représeïitant cette dernière espèce ; Leidy donne un dessin qui doit s'y rapporter également (PL XX, fig. 18), mais sous le nom de Hyalosphenia tincta.
GENRE NEBELA
Pour moi, cette petite forme est bien une espèce distincte, voisine de la Nehela hursella, mais indépendante. La structure de la coque est la même, peut-être un peu plus claire et plus pure encore, hyaline ou d'un jaune chamois peu prononcé, transparente, comprimée sur ses côtés, lisse ou couverte de dessins délicats ; mais il existe trois caractères qui séparent nettement ces deux Nébélides: la taille, la forme générale et la bouche.
La taille est plus petite, arrivant rarement au delà de 65 ^y., bien que dans des cas spéciaux elle puisse atteindre à 70 ; la moyenne est de 60 u. celle de la Nehela burseUa étant de 80 fx.
La forme est relativement beaucoup plus allongée, la coque étant presque tubulaire, renflée en arrière, et pouvant se comparer à un canon court, à culasse très renflée : parfois cependant on la trouve quelque peu étranglée au col, pour s'élargir de nouveau à la bouche (fig. 2).
Un troisième caractère différentiel se montre dans la forme des lèvres ; ces dernières, sur les faces larges, sont toujours très proéminentes (tig. 1 et 2), beaucoup plus que dans la XeheJa hioseJla, arrondies en un arc fortement convexe et parfois comme brisé dans son milieu, de sorte que les côtés de Tare, au lieu de décrire une courbe régulière, auraient quelque peu l'apparence de lignes droites se rencontrant sous un angle obtus. En même temps les lèvres sont fortes, et dépassent les côtés de l'enveloppe, qui se trouve par là munie en apparence d'une dent latérale. Quant aux côtés étroits ils se trouvent toujours creusés d'une profonde échancrure. Comme dans la Nebeki hiirseUa, il existe deux pores latéraux, un de chaque côté, au niveau du tiers antérieur.
Le plasma est identique à celui de l'espèce précédente; le noyau également (tig. 4). L'animal est extrêmement timide, et jamais je ne l'ai vu sortir ses pseudopodes.
On rencontre fréquemment des individus enkystés, où les kystes sont pai-faitement semblables à ceux de la Nehela h/irseJIa (fig. 2).
Nehela militaris. — 1. Forme habituelle. — 2. Forme plus rare. — 3. Coque vue de côté. — 4. Noyau.
La Nébela mUitaris est plutôt rare; je ne l'ai trouvée qu'à la vallée de Joux et aux Pitons, peu abondante.
Nebda crenulata Penard spec. (88).
Nebela dentistoma Penard (85).
Nehela coUaris Leidy i. p. (67).
Après avoir décrit cette espèce, en 1890, sous le nom de Nebela dentistoma, mon attention fut attirée sur le fait que cette dénomination spécifique était inadmissible, comme composée d'un mot latin et d'un mot grec à la fois; aussi en 1893, avais-je proposé
de changer ce nom en celui de Nehela crenulata.
Voici quelle était à l'origine la diagnose de l'espèce : « Coque très « variable de gi-andeur, « obovale ou ovale-al- « longée , quelquefois « presque ronde, trans- « parente, comprimée, composée d'écaillés amorphes rondes, ovales, rarement allongées et « rappelant alors des diatomées modifiées, avec matière cimentitielle chitineuse peu abon- « dante et parfaitement hyaline. Les écailles sont reliées les unes aux autres par des ponts de « substance claire, laissant entre eux des espaces (perforations?) par lesquels sont souvent « exsudées des gouttelettes brillantes, ou bourrelets, qui se répandent sur les écailles. « Bouche terminale, à coupe elliptique allongée, bordée de dents irrégulières, arrondies, « qui représentent les bords libres des écailles buccales ou qiii sont quelquefois remplacées « par un bourrelet ondulé. Pas de poi-es latéi-aux visibles. Plasma et pseudopodes comme « dans les Nehela en général. »
Nebela crenulata, — 1. De face. — 2. Vue par la bouche. — 3. Vue de côté. — 4. Détails de la bouche. — 5. Partie antérieure d'un autre individu.
GENRE NEBELA 371
Cette description est exacte, mais il est quelques points sur lesquels je désirerais un instant revenir.
La taille est dans cette espèce plus fortement variable que dans beaucoup d'autres, mais cependant il faut remarquer que les individus très grands sont toujours rares, ou plutôt qu'ils ne se trouvent que dans des localités très peu nombreuses. J'indiquais en 1890 les limites détaille comme allant de 85 à 130 /i^; mais en revisant mes notes de cette année-là, et qui concernent des Rhizopodes récoltés à Wiesbaden, je vois que ce chiffre maximum de \30 ^jl, concerne exclusivement, non pas un seul individu, mais une seule station ; dans les autres localités, la moyenne était de 80 à 90 [j.. L'année dernière, j'ai trouvé comme limites de variations de 66 à 111 «; mais les deux extrêmes étaient fort rares, la moyenne étant de 77 //, et le maximum toujours inférieur à 90 ix, sauf dans une seule station, aux Voirons.
La forme est très caractéristique, ovale ou obovale, parfois très large, et les contours sont toujours réguliers, bien que la surface ne soit pas très lisse, grâce à la présence des écailles qui parfois font légèrement saillie. La bouche se montre ici, suivant les individus, soit franchement crénelée (tig. 4), soit simplement onduleuse (fig. 5) ; la première apparence est due aux écailles orales, dont chacune figure une dent, la seconde à un dépôt de matière chitinoïde qui se fait sur ces écailles et finit parfois par les recouvrir complètement. Cette bouche est ovale dans son contour, dépourvue, soit de lèvres proéminentes sur les faces larges, soit d'encoche sur les côtés.
Le plasma est identique à celui des Nehela en général ; on y trouve les boulettes brillantes caractéristiques, beaucoup d'amidon, généralement deux vésicules contractiles en arrière, et un noyau dans lequel j'ai pu voir des nucléoles assez nombreux, inégalement répartis, mais qui malheureusement se prêtaient mal à un examen détaillé.
Les pseudopodes sont vigoureux, vifs, et l'animal est robuste.
Cette espèce semble particulière aux sphagnum; je ne l'ai en tout cas jamais trouvée, sur notre territoire, ailleurs que dans les tourbières à sphaignes '.
Il est étonnant que la Nehela crenulata, qui se distingue par des caractères bien nets,
' Il est intéressant de remarquer cependant que dans les Montagnes Rocheuses (Colorado), sous le sommet du Bald Mountain, et à 4000 mètres, altitude ft laquelle le sphagnum ne semble plus arriver, je Tai trouvée en abondance, dans un petit marécage garni de mousses.
permanents, et faciles à reconnaître, n'ait été décrite ni par Leidy ni par Taranek; le premier ligure cependant (PI. XXIV fig. 12) au moins un spécimen qui doit se rapporter à cette espèce.
Nehela vitma Penard (89).
Cette grande Nébélide, qui n'est pas rare dans le lac de Genève, où elle habite la
profondeur, à oO, 40, et 50 mètres, a été décrite en 1899 (89) dans les termes suivants:
« La coquille a presque toujours la forme d'un aérostat (y compris les cordes laté-
« raies, et supposé « comprimé). Elle « estforméed'écail- <- les brillantes, « minces mais un « peu plus épaisses « au centre que sur « les bords, dé- « pourvues de toute « forme régulière « mais arrondies sur « les angles quand « ilyena. Cesécail- « les se touchent par « leurs bords, mais « avec très peu de « solidité, et sont en bonne partie cimentées les unes aux autres par des écailles plus petites collées aux points de jointure de manière à couvrir partiellement deux plaques ou plus à la fois (tig. 4).
« Il est très ditïicile de distinguer si ces écailles de jointure sont internes ou externes, mais je suis arrivé à la conviction qu'elles se trouvaient normalement collées à Vintérieur de la membrane d'envelopjje.
Nehela vitrxa. — 1. Animal en marche. — 2. Coquille vue de côté. — o. Vue d'en haut. — 4. Détails de la surface. — 5. Forme arrondie, plus rare. — 6. Petite variété. — 7. Pseudopode. — 8. Noyau.
GENRE NEBELA 373
« La coquille est exti-êmeiiieiit hyaline, et il semble qu'elle devrait par sa transi)a- « rence favoriser l'étude du plasma intérieur, mais ce n'est pas le cas ; le plasma n'est guère « plus visible dans cette espèce que chez les Difflugies pierreuses, et je crois pouvoir « attribuer le fait au chatoiement renvojé par les nombreuses plaques, dont l'épaisseur « n'est pas partout la même. Il faut ajouter que ces plaques supportent très bien l'action « de l'acide sulfurique bouillant, même additionné de bichromate de potasse. Mais alors, « sous l'effet de ces réactifs, elles se détachent toutes les unes des autres, par dissolution « du vernis qui les relie. Il doit en effet exister un vernis interne, d'une nature un peu « particulière, auquel il faut également attribuer la couleur d'un beau jaune citron claii' « qui revêt certaines coquilles. Cette teinte lorsqu'elle existe concerne toute la coque, à « l'exclusion des écailles de la bouche, qui restent incolores.
« Il faut ajouter que cette coquille, bien que très constante dans sa composition, et « toujours facilement reconnaissable, est sujette à d'assez grandes variations de forme. « Souvent on la trouve boursouHée, plus ou moins élargie, jusqu'à devenir presque rcmde « et de temps à autre tout à fait monstrueuse; mais c'est la forme régulière, telle que la « représente la lig. 1, qui est de beaucoup la plus fréquente. Quant à la bouche, elle est « toujours de forme elliptique, plutôt petite et bordée d'écaillés semblables aux autres, « généralement avec un angle dirigé en avant comme une dent. »
« Le plasma, grisâtre, toujours plein de grains et de nourriture, ne remplit jamais « la coquille tout entière, et souvent pas plus de la moitié : il est alors relié au fond de cette « coque par des prolongements ou ('piporles, comme du reste chez tous les Rhizopodes « testacés.
« Le noyau se montre généralement sous la forme d'une sphère pleine de granulations « (nucléoles). J'ai rencontré un joui' un de ces noyaux dans lequel les graïuilations, extrê- « mement petites, étaient disposées en groupes ou ilôts répartis sur toute la surface du « plasma nucléaire (fig. 15 et 16).
« La plupart du temps on voit deux vésicules contractiles, l'une près du noyau et « l'autre non loin de la bouche.
« Les pseudopodes sont clairs, mats, coulants et très actifs. Quand l'animal marche <' très rapidement, il n'y en a qu'un seul. Souvent on voit de toutes petites plaques amorphes « provenant du plasma interne, pénétrer dans ces pseudopodes et y courir même jusqu'au
« bout dans le courant liquide qui circule à l'intérieur. C'est là un phénomène qui n'est « pas particulier à cette espèce, mais qu'on y constate beaucoup plus fréquemment que « dans d'autres.
« J'ai trouvé parfois des animaux enkystés ou plutôt retirés en boule dans l'inté- « rieur de la coquille, car on n'y voyait pas de membrane de kyste solide. Par contre la « bouche était fermée par un diaphragme de débris agglutinés. Inutile d'ajouter que dans « cette espèce comme chez tous les Rhizopodes testacés à coque non continue, on trouve « souvent dans le plasma des plaques ou écailles de réserve destinées à la confection « d'une nouvelle coque. »
J'indiquais alors la Nebela vitrœa comme présentant en moyenne une longueur de 170 à 200 fj.. C'est encore à ce résultat que m'ont conduit mes études de l'année dernière, qui m'ont fait retrouver cette espèce en assez grande abondance, mais sans m'apporter de nouveaux détails '. Il faut ajouter que si cette longueur de 170 à 200 jtx concerne la plus grande partie des individus, il existe des extrêmes qui rendent cette espèce très variable. Le plus petit exemplaire que j'aie observé mesurait 155 ,u, le plus grand 231 /;i.
Jusqu'à présent la Nebela vitrrea ne s'était montrée que dans le lac de Genève, et semblait lui être tout à fait particulière. Cependant, j'ai retrouvé en très petit nombre dans le marais de Gaillard, lequel est en communication par l'Arve et le Rhône avec le lac, des individus que Ton ne peut guère faire autrement que de rapporter à cette espèce, mais d'une taille bien inférieure, car les quatre exemplaires examinés, mesuraient respectivement 66, 77, 115 et 115 (u. De plus j'ai rapporté un jour du marais de Mategnin, un seul et unique spécimen identique en apparence à la Nehela vitrcea, et pourvu du noyau caractéristique avec nucléoles en traînées, mais de taille également très faible. Dans toutes les autres stations, qui sont au nombre de plus de soixante, où j'ai fait des recherches, jamais je n'ai rencontré un seul représentant de cette espèce.
Il est intéressant de remarquer la grande analogie qui existe entre la Nehela vitrœa et la Nehela crenulata. Ces deux espèces sont les mêmes par leur forme, par leur transparence, par l'agencement de leurs écailles, et même peut-être par la structure spéciale du
' Sauf pour ce qui concerne le noyau, que j'ai reconuu posséder normalenienl les nucléoles en traînées aperçus en 1899.
GENRE NEBELA 375
noyau (nucléoles avec tendance à la formation de traînées); de plus dans un des grands individus de Nehela crenulata provenant des Voirons, on constatait, dans le seul exemplaire ofi j'ai vu des pseudopodes déployés, la présence de petites parcelles brillantes qui pénétraient dans leur intérieur, ce qui est, avons-nous dit, un trait caractéristique de la Nehela vitrœa.
En somme, les différences entre ces deux espèces peuvent se résumer dans les caractères suivants : la Nehela vitrœa est bien plus forte, de longueur double (et par conséquent de volume buit fois aussi fort) en moyenne; elle tend parfois à revêtir une teinte jaune citron très claire, que la Nehela crenulata n'a jamais; les écailles y sont plates, auguleuses bien qu'arrondies sur leurs angles, et non pas rondes ou ovales comme dans cette espèce; enfin, tandis que dans la Nehela crenulata les contours sont toujours réguliers, on les trouve ici très fréquemment, dans le 30 "o des cas au moins, plus ou moins tourmentés, bosselés et inégaux.
Ces caractères, s'ils revêtent ces deux espèces d'apparences qui les font toujours nettement reconnaître l'une de l'autre, ne sont pas suffisants, surtout si nous prenons en considération les quelques individus de Gaillard et celui de Mategnin, qui pourraient servir de transition, pour nous empêcher de leur reconnaître une même origine. Je serais alors porté à croire que la Nehela vitrœa représente un dérivé de la Nehela crenulata, adapté à la vie des grands fonds ; à moins pouitant qu'il ne faille accepter une solution toute contraire, solution qu'il y a deux ans j'aurais regardée comme la plus probable, mais à laquelle il faut probablement renoncer (voir note 12) et qui consisterait à dire que la Nehela crenulata dérive de la Nehela vitrœa, et s'est adaptée à la vie dans les tourbières.
Nehela tenella Penard (88).
J'avais autrefois trouvé cette espèce dans les sphagnum du Jura, et l'année dernière c'est également dans le Jura, à la tourbière de la Pile, que je l'ai récoltée.
C'est là, avec la Neh. minor, la plus petite espèce du genre; sa longueur est de K)^ environ, et il est rare qu'elle s'écarte beaucoup de cette moyenne.
Elle est pyi'iforme, mais toujours assez fortement comprimée, mince, hyaline ou
jaunâtre, rugueuse, parfois plissée ou froissée, peu régulière dans ses contours, et terminée en avant par un évasement généralement bien prononcé (fig. 1), mais qui peut, dans certains cas, manquer (fig. 3).
L'enveloppe est composée d'une matière chitinoïde, revêtue d'écaillés rondes ou
amorphes, très petites, à peine visibles, et souvent mélangées de petits bâtonnets ou de diatomées modifiées.
Cette espèce s'est toujoux"s montrée sous la forme de coques, soit vides, soit pourvues d'un kj'Ste à membrane lisse généralement bourré d'amidon, et protégé en avant soit par un diaphragme, soit par un tampon de débris, soit par ces deux éléments à la fois. Bien qu'on doive sans doute considérer cette espèce comme appartenant encore au genre Nehela, il n'en est pas moins vrai qu'à première apparence elle en diffère considérablement par la nature de son enveloppe, où les éléments de recouvrement sont si peu apparents que parfois on ne les distingue pas.
Nehela tenella. — 1. Face large, étroite. — 3. Individu enkysté.