‹ Faust dans l'histoire et dans la légendeChapitre 15 sur 77 · Ch. XV · texte numérisé non relu

Ch. XV

telle fausseté recogneue, sinon que c’est encore une calomnie qui s’est glissée de la glosse de ses envieux , sur ce que , comme il est certain que les hommes ont leurs affections diverses envers certains animaux, et qu’Alexandre le Grand aimait particulièrement son Bucéphale, l’empereur Auguste un perroquet, Néron un étourneau , Virgile un papillon , Commode un singe , Héliogabale un moineau, Honorius une poule, et ainsi des autres ; aussi est - il vrai qu’ Agrippa s’était laissé aller à la plus commune et honnête, nourrissant toujours cinq ou six chiens dans sa maison , les noms desquels sont spécifiés et souvent répétés dans cinq ou six de ses épîtres — J’estime que l’on ne saurait manquer de conclure avec le susdit Wierus qu’ils ont donné sujet à ses ennemis de vouloir persuader que le diable conversait avec lui sous la forme d’un grand chien noir, suivant ce qu’ils avaient autrefois ouï dire que Simon le magicien , Sylvestre , le docteur Faust et le Bragadin de Venise le faisaient toujours marcher à leur suite sous la forme d’un tel animal. »

Manlius place Faust à Wittemberg et à Nuremberg, d’où le chassa la persécution, puis il le mêle à l’histoire de la rivalité de François I®'' et de Charles- Quint, faisant allusion aux batailles de la Bicoque, deBiagrasse et dePavie {1522, 1524', 1525). Faust a été à la cour de Charles-Quint, nous le verrons encore par un autre récit, et il a fait servir ses connaissances scientifiques à l’art de la guerre.

A Manlius doit succéder mainlenanl Wier ou Wierus. Wier est l’auteur du traité des Prestiges des démons' , dans lequel il se montre d’une crédulité assez prononcée , mais où en même temps il élève la voix en faveur des sorciers qui , à ses yeux , ne sont souvent que des malades ou des insensés. «Jean Faust, dit Wier, né dans la petite ville de Kundling, étudia la magie à Cracovie où on l’enseignait publiquement, et la pratiqua peu avant 1540 en divers lieux d’Allemagne, à l’ébahissement de la foule , non sans user de mensonge et de fraude. Sa jactance lui rendait tout possible. Je vais donner un exemple de son art , mais à la condition que le lecteur ne l’imitera pas. Faust , fait prisonnier à Batenbourg sur la Meuse , aux frontières delaGueldre, pour je ne sais quel méfait, était, en l’absence du baron Herrmann , traité avec beaucoup de douceur par son chapelain le docteur Jean Dorsten, parce qu’il promettait à cet homme bon , mais simple, la connaissance de force secrets. Le chapelain, de son côté , versait à Faust du vin tant et plus , et Faust y faisait grand honneur.

I. De præstigiis dæmonum et incantationibus uc ven^ciis libri V, Bas., t663. Plus lard il y eut six livres. Voy. I. Il, ch. iv. De l’imposture et tromperie des diables, des enchantements et sorcelleries, traduit du latin de J. Wierus par Jacques Grévin , Paris . <567. — Histoire, disputes et discours des illusions des diables, etc., avec deux dialogues de Th. Eraslus sur le pouvoir des sorciers , Genève, <679 (trad. de Simon Goulart). Goularta traduit six livres, Grévin cinq. Bodin, à la suite de sa Démonomanie, <580, combat les opinions généreuses de Wier. M. Léon Feugère, dans une note de sou chapitre sur Bodin (Caractères du seizième siècle), est dans l’erreur quand il dit que c’est Uvier (Wier) qui réfuta Bodin.

Faust, connaissant ainsi son homme et ayant appris qu’il devait se rendre à Grave pour se faire raser, lui promit, s'il ouvrait un nouveau tonneau, de lui communiquer le secret de se raser sans rasoir. Le chapelain ayant consenti , Faust lui dit de se frotter la barbe avec de l’arsenic, sans lui indiquer, du reste, comment il devait préparer la drogue. Il en suivit une telle inflammation que non-seulement les poils du docteur Dorsten tombèrent , mais que la peau et la chair furent brûlées. Celui - ci me raconta en maugréant le trait plus d’une fois. »

Parce que le chapelain , homme simple , aura mal suivi une prescription , cela vaut-il la peine d’accuser Faust de tromperie? Au moins voyons -nous Faust, conservant, d’autre part, toujours son caractère ; il est vantard , il aime le bon vin , cela est acquis au sujet. De plus, Wier donne une date, 4540, époque avant laquelle « Faust exerçait la magie ».

Les deux autres récits de Wier n’ont guère plus de signification que le premier: «Un autre, de ma connaissance , qui avait la barbe noire et le teint foncé , comme d’un mélancolique (il était en effet splénétique), s’approcha unjour de Faust, qui lui dit : «Parbleu! je te prenais pour mon beau-frère , c’est pourquoi je regardais si tes pieds se terminaient par des grifl'es;» l’assimilant ainsi au diable qu’il croyait proche, et il continua d’appeler le même son beau-frère. Il fut finalement trouvé mort près de son lit, dans un village du

duché de Wurtemberg, la face contre terre, non sans que la nuit précédente la maison n'eût été ébranlée, comme on le raconte.

(A Goslar, un maître d'école apprit du magicien Faustus ou plutôt infaustus la manière d’enfermer Satan dans un verre. Pour n’être gêné par personne, il se rendit un jour dans la forêt, où, après une conjuration magique , le diable lui apparut sous un aspect horrible , avec des yeux de flamme , un nez en corne de bœuf, de longues défenses semblables à celles d'un sanglier, et des joues qui rappelaient celles du chat, bref affreux à voir. Terrifié par cette apparition, le maître d’école se jette par terre et reste quelque temps étendu à demi mort. Lorsqu’il a repris haleine, il suit le chemin de la ville et rencontre des amis qui , frappés de la pâleur de son visage, lui en demandent la cause. Le raagister tremblant, comme fou, reste muet, et lorsqu’on l’a conduit chez lui, il pousse des cris horribles et extravague complètement. Au bout d’un an il parle enfin et raconte l’apparition dont il a été témoin. Il communia, et trois jours après, se recommandant à Dieu , il dit adieu à cette vie de malheurs. »

L’art d’enfermer un esprit dans le cristal est mentionné dans Gervais de Tilburg', dans Gerson *, dans

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